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titution limitées — n'ayant aucun droit nous-mêmes de rien décider finalement par aucun acte qui nous soit propre — n'ayant que le droit de nous en occuper au moyen de ces résolutions, et non pas de rien décréter qui ait l’autorité de la loi. (Ecoutez ! écoutez !) Nos pouvoirs sont done limités dès l’abord, tellement limités qu'il a été décidé à Terre-Neuve que les privilèges qui appartiennent à la Chambre des communes et à la Chambre des lords en Angleterre n’appartiennent pas entièrement à ns corps législatifs, que ces privilèges ont crû avec le temps jusqu'à ce qu’ils soient devenus parties intégrantes de l'existence même du parlement impérial, tandis que nous possédons nos privilèges d’une manière tout à fait différente, ne les tenant pas d’une main aussi ferme que la Chambre des communes. Il est clair que nous n’avons pas les mêmes pouvoirs que le parlement impérial, — autrement nous ne serions pas obligés d'aller devant ce corps pour lui demander de sanctionner ces résolutions. Il y a même des limites au pouvoir du parlement impérial luimême, auxquelles nous sommes aussi assujétis. Nous ne pouvons rendre aucun de nos actes permanent, pas plus que nous ne pouvons nous rendre permanents nous-mêmes, parce qu’un autre parlement a le droit d’abroger ce que nous avons fait. Nous ne pouvons de nous-mêmes décréter que cette mesure sera loi. Nous pouvons offrir ces résolutions — nous avons le pouvoir de faire cela — et le gouvernement et le parlement anglais ont sans doute le droit d’en faire ce que bon leur semble. Mais la question est celle-ci : — Est-il sage de donner force de loi à ces résolutions, est-il convenable de le faire, est-ce la conduite la plus juste envers le peuple de ce pays, de déclarer que dans
une matière de cette importance nous légiférerons pour lui, jus-
qu’au point de changer complètement la constitution, de décréter que la Chambre haute qu’il a déclaré devoir être élective cesserait de l’être et serait nommée par la Couronne, — sans le consulter ? ”
M. M.-C. Cameron, député lui aussi du Haut-Canada, appuya la résolution de M. Hyliard Cameron dans un discours éloquent dont nous détachons les remarques suivantes :
“Monsieur lOrateur, bien qu'il diffère d'avec moi dans ses conclusions, j’adopte l’opinion de l’honorable député de Peei ; car si nous imposons ce projet au peuple sans son consentement, lorsque les lourdes charges qu’il n’avait jamais prévues le feront sortir de l’apathie où il semble aujourd’hui plongé, ilse déclarera contre l’Union avec bien plus de force que s'il l'avait lui-même acceptée ; ct j’appréhende que le mécontentement que produira chez lui le poids du fardeau immense dont on l'aura chargé aura pour le pays de très fâcheux résultats. (Ecoutez ! écoutez !) IL est encore une autre raison qui milite en faveur de l’appel au peuple : les autres provinces ont rejeté le projet, et je présume que leurs gouvernements n’oseront pas insister sur son adoption contrairement au désir du peuple. Cependant, lorsque les honorables messieurs de l’autre côté de la Chambre ont présenté ce projet, ils ont déclaré qu’ils ne permettraient pas qu’un seul amendement y fût fait, et cela parce qu'il fallait tenir la promesse faite aux provinees inférieures de adopter dans toute son intégrité. J’aime à voir que l’honorable président du Conseil ne se sent pas aussi empressé à manquer à ses promesses envers ces provinces qu'il l'était, il y a deux ans, à l'égard d’un des points les plus essentiels de ce projet, le
chemin de fer Intercolonial. (Ecoutez ! écoutez !) J'aime, mon-
sieur lOrateur, que l’on tienne à ses engagements, mais je ne pense pas que pour les tenir à l’égard de ce projet, il soit nécessaire que la Chambre l’adopte ainsi que le veut le gouvernement, — car, comme les gouvernements des autres provinces, il n’était tenu que de soumettre le projet au parlement et il devait le laisser libre d’en faire ce qu'il voudrait. II n’était nullement nécessaire qu’il vint dire à la Chambre qu’il lui fallait où l’adopter ou le rejeter dans son entier. Tout ce qu'il avait à faire — ses membres n'ayant pas été délégués à la convention par le peuple ni même nommés par le parlement, — tout ce qu'il avait à faire c’était de convenir de quelque plan et de laisser à la Chambre de décider sur sou mérite ; il n’avait aucun pouvoir de mettre cette législature dans l'impossibilité de refuser où d’amender le projet adopté par I convention. (Ecoutez ! écoutez !} Nous voyons des honorables messieurs qui plaident en faveur de cette mesure, déclarer en même temps qu’elle est loin d’être parfaite, mais qu'il est néanmoins nécessaire d’accepter cette constitution difforme parce qu’il est des difficultés qu’il faut à tout prix faire disparaître. Conçoit-on cela ? On admet son imperfection, mais on nous refuse le droit de dire sises dispositions sont bonnes ou mauvaises. À mon sens, agir ainsi c’est faire insulte à l’intelligenc® des membres de cette Chambre et commettre une erreur que ces honorables messieurs auront plus tard lieu de regretter. (Ecoutez ! écoutez !) Plusieurs ont travaillé en faveur de cette mesure avec zèle et sincérité, et aussi, je pense, avec le patriotique désir de servir avantageusement les intérêts du pays. Il y a, par exemple, l'honorable député de Lanark-Sud (M. Morris)
qui, il ya bien des années, dans un de ces rêves que nous savons
et
L'UNION DES DEUX CANADAS rT
par expérience appartenir au jeune âge, a conçu l’idée qu’une union de ces provinces serait éminemment avantageuse à leurs populations ; et comme cette idée lui est en quelque sorte venue avant que ses compatriotes y eussent songé, il a cru que pour notre prospérité il était absolument nécessaire qu’elle se réalisât ; mais il oublie que pour assurer le bon fonctionnement du système fédéral, il est nécessaire d’en bien ajuster les rouages, OU, au lieu d’avoir cette Confédération qui serait avantageuse au peuple, il n’aura qu’un simulacre d'Union et très peu de ses avantages. Si cet honorable monsieur était laissé à son choix. je ne doute nullement qu’ii saurait choisir un systèm. à la fois puissant et stable, et non celui qui n’aurait que les qualités contraites ; car, ainsi que l’a dit l'honorable député de Peel et d’autres honorables collègues, le projet qui nous est offert n’est qu'une mesure temporaire, un expédient à l’aide duquel on compte surmonter nos difficultés, un projet d'Union qui suffira pour le présent, mais sur la durée duquel on ne compte pas. (Ecoutez ! écoutez !) De fait, nous n’aurons pas là une constitution qui pourra durer, mais une œuvre qu’il faudra modifier de temps en temps jusqu'à ce qu’on soit parvenu à la détruire de fond en comble ou à en faire quelque chose de passable. (Ecoutez !'écoutez !) I! me semble, monsieur l’Orateur, que lorsque le gouvernement responsable à été donné à ce pays, et que l’on a appris à son peuple qu’à l'avenir il allait exercer le droit de penser par lui-même, il me semble, dis-je, que ce droit est foulé aux pieds, lorsqu'un certain nombre d'hommes du Canada passent un contrat avec les représentants des provinces inférieures, —au nombre de trente-trois,—qu'ils le signent et déclarent en-
suite que les députés de ces provinces devront d’abord s’y sou.
mettre, et après eux le peuple ; que ni le peuple ni ses représentants n'auront le pouvoir de le changer ou modifier, et que si nous insistons sur notre droit de le modifier, nous allons retomber dans les difficultés que ces honoables messieurs se sont plu à exagérer ; car on a été jusqu'à dire que le pays élait à la veille d’une révolution, qui éclaterait certainement si la mesure n’était pas acceptée dans son entier. (Ecoutez ! écoutez !) Je pense que cette proposition ne passera pas, qu'elle ne sera pas acceptée avec autant d’empressement que se l'imaginent les honorables messieurs. Le peuple est trop intelligent, pour confier le règlement d’une question aussi importante que celle-ci, — car elle est intimement liée à sa prospérilé et à son bonheur futurs, — à un petit nombre d’hommes quelque puissent être leurs talents et leur capacité ; et si le projet est accepté sans que le peuple ait eu l’occasion de se prononcer à ce sujet, les honorables messieurs, lorsqu'ils retourneront auprès de leurs électeurs, s’entendront dire que le peuple a des droits qui doivent être respectés ; qu’il aime à être consulté sur le caractère de la constitution qui doit le gouverner, et qu'avant qu’elle ne soit définitivement adoptée, il tient à dire si elle lui convient et s’il est satisfait de ceux qui se chargent d’agir pour lui.”
Les deux Cameron avaient raison de dire que les députés avaient été élus pour maintenir la constitution et non pas pour la renverser ; qu’en votant pour la Confédération sans la soumettre à leurs électeurs, ils outrepassaient le mandat qui leur avait été confié et manquaient à leur devoir.
M. Archambault, député du comté de lAssomption, l'un des
licutenants de M. Cartier, avait longtemps hésité à accepter le
projet ministériel. Il laissa percer ses hésitations et ses craintes
dans les remarques suivantes :
“ Monsieur l’Orateur.
“Mon intention en me levant maintenant n’est pas d’entre-
tenir cette honorable Chambre pendant longtemps, ni de diseutcr les mérites de la question qui nous est soumise. Je ne veux qu'expliquer les motifs du vote que je me propose de donner sur cette question, et le faire en aussi peu de mots que possible. Je dois avouer de suite que lorsque je suis arrivé à Québec, au commencement de la session, j'étais opposé au plan de Confédération, et que jy étais tellement opposé que j'en étais venu à la détermination de voter contre. Mais après avoir sérieusement examiné la question, les explications que jai entendu donner sur le projet du gouvernement n’ont, sinon convaincu que j'avais tort, du moins que je ne devais pas le repousser uniqement parce qu’il ne satisfaisait pas absolument toutes mes opinions. près avoir entendu la discussion et les explications des membres du gouvernement, j'ai compris que ce projet était un compromis et qu’il ne pouvait par conséquent rencontrer les idées de chacun de nous, pis même celles des messieurs qui l'ont adopté. Je conçois que ceux qui sont opposés à toute confédération, et qui préféreraient la représentation basée sur la population, .ou l’annexion du Canada aux Etats-Unis, peuvent s'opposer au projet du gouvernement et le repousser ; mais quant à ceux qui, comme moi, n’y sont pas opposés quand même, — et qui en sentent la nécessité dans les circonstances actuelles, et qui comprennent en même temps les avantages qui peuvent
en résulter pour le pays, — je crois qu’ils ne doivent pas, qu’ils
ne peuvent pas le repousser seulement parce que certains détails ne sont pas parfaitement conformes à toutes leurs idées ; car, avant tout, nous devons nous demander si des changements constitutionnels sont nécessaires, et je crois que chacun devra dire qu'ils le sont. D'ailleurs, les chefs politiques des deux partis qui divisent cette Chambre en ont parfaitement reconnu la nécessité. Il ne s’agit donc maintenant que de savoir quels.changements il faut faire. Les membres du ministère actu?l ont résolu cette question en pro)osant la confédération de toutes les provinces de l'Amérique britannique du Nord. Ils se sont entendus avec les provinces-sœurs, et viennent aujourd’hui avec leur plan de Confédération. Il ne s’agit pas de savoir si les détails de ce plan s'accordent parfaitement et en tous points avec nos idées particulières, mais si le changement est nécessaire et si le plan proposé est bon et acceptable dans son ensemble ; — car le plan étant un compromis entre diverses parties dont les intérêts sont différents, le gouvernement qui le propose doit se tenir responsable de ses détails et de tout ce qu’il contient. Un amendement fait à ce projet serait en réalité un vote de non confiance dans le gouvernement, et par conséquent il nous faut adopter ce projet tel qu'il est ou voter non confiance dans le ministère actuel. Or, je ne suis pas prêt, pour ma part, à voter non confiance dans les hommes du pouvoir. Pour me décider à le faire, il faudrait que je visse chez leurs adversaires plus de garanties qu'ils n’en offrent pour les intérêts du pays.
Jusqu'ici je ne crois pas qu’ils aient offert, ni qu’ils offrent ces garanties. Au contraire, si l’on doit les juger par leurs actes antérieurs, si on doit les juger par leur passé, il faut convenir
que nous ne pouvons pas leur accorder notre confiance, et
qu'ils ont montré nne grande incapacité à gouverner et à administrer les affaires du pays. Lorsqu'ils étaient au pouvoir, ils n'avaient pas de politique arrêtée, ils ne pouvaient résoudre aucune grande question, mais ils vivaient au jour le jour. Leurs actes administratifs étaient marqués au coin de la vengeance et de l'injustice envers leurs adversaires ; ils faisaient des enquêtes, par exemple, contre des employés publics afin d’avoir un prétexie pour les destituer et faire place à leurs créatures affamées. Et puis, d’ailleurs, ont-ils aujourd’hui à nous offrir un meilleur plan que celui proposé par le gouvernement ? Non! Ils nous offriraient peut-être la représentation basée sur Ja population ou l’annexion aux Etats-Unis ; mais je crois que ce ne sont pas là les remèdes qui nous conviennent. Dans ces circonstances, je n'hésite pas à déclarer que je voterai pour le plan de confédération qui nous est soumis par le gouvernement, bien qu'il ne soit pas parfait et qu'il n'offre pas toutes les garanties que j'aimerais à y trouver, et bien que je ne ie crois pas propre, tel qu'il est, à proteger les intérêts des diverses provinces ct à assurer la stabilité dans le fonctionnement de l'union que l’on propose. Comme ma position ne me permet pas d’agir assez fortement sur Popinion publique pour forcer le gouvernement à faire à ce plan les modifications que je croirais nécessaires, je me range avec les hommes en qui j’ai toujours eu confiance et avec lesquels jai toujours marché, parce que je me fie à leur honnêteté et à leur patriotisme. J’aime à croire que sur cette grande question, qui embrasse d'aussi grands intérêts et qui affecte notre avenir national et social, äs ont agi avec le patriotisme qui les a toujours guidés par le passé.” (Applaudissements.)
Les Cartier, les Macdonald, les Brown, les McGee, les Cauchon, les Taché, les Langevin, les Campbell, les MacKenzie, les MacDougall, les Beaubien, les Blanchet, les Bellerose et Les Archambault (Louis) défendirent avec un talent digne d'une meilleure cause les positions ministérielles, et surent tirer parti des
points forts du projet de confédération.
Tous les amendements proposés par les membres de l’opposition, demandant que le peuple fût consulté, que la Chambre eût le droit de modifier certaines clauses du projet, entre autres celles qui donnaient au gouvernement fédéral le droit de légiférer sur le divorce et le mariage, que la minorité catholique dans le Haut- Canada fût mise sur le même pied, quant à l'Education, que la minorité protestante dans le Bas-Canada, furent repoussés par
de fortes majorités.
M. Dorion et ses amis ne purent même obtenir que lActe impérial sanctionnant le projet de confédération fût soumis à la Chambre après avoir été voté par le parlement anglais. En vain M. Dorion rappela ee qui s'était passé en 1856, lorsque la Chambre s’adressa au parlement impérial pour lui demander Pautorisation de rendre le Conseil législatif électif. Une main, inconnue jusqu’à ce jour, introduisit dans l’Acte impérial une clause faisant disparaître de l’Acte d'Union celle qui exigeait les deux tiers de la Chambre pour changer la représentation.
Tout fut inutile, les amendements furent repoussés par de
fortes majorités, et le projet adopté par les trois quarts des membres de la Chambre. Le Haut-Canada fut presque unanime ; dans le Bas-Canada sur quarante-neuf députés français, vingt-
six approuvèrent le projet, et vingt-deux le condamnèrent.
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Voici leurs noms respectifs :
Pour. — Archambault, Beaubien, Bellerose, Blanchet, Brousseau, Cartier, Cauchon, Chapais, Cornellier, De Boucherville, Denis, De Niverville, Dufresne, Evanturel, Gaucher, Gaudet, Harwood, Huot, Langevin, Le Bouthilier, Poulin, Rémillard, Robitaille, Sylvain, Raymond, Ross.
CONTRE. — Bourassa, Caron, Coupal, A.-A. Dorion, A. Dufresne, Fortier, Gagnon, Geoffrion, Houde, Joly, Labrèche- Viger, Laframboise, Lajoie, Pâquette, Perrault, Pinsonneault, Pouliot, Taschereau, Thibaudeau, Tremblay, J.-B.-E. Dorion, Duckett.
Le résultat du vote fut accueilli par des acclamations enthousiastes, et M, Cartier entonna l’un des premiers le God save the Queen.
C'était juste, car c'était une grande victoire anglaise.
George Brown était heureux, et il avait raison de l'être, car il ne faut pas faire erreur, c'est à lui qu’appartient spécialement la paternité du nouveau régime ; c’est lui qui l’avait préparé et rendu nécessaire par sa croisade en faveur du changement de la représentation.
MM. Macdonald, Galt et Cartier avaient bien, il est vrai, accepté l’idée, et on la trouve consignée dans le discours du Trône prononcé sous le ministère Cartier-Macdonald, en 1858 ; mais le parti conservateur paraissait y avoir renoncé, et c’est George Brown qui la réveilla et l’offrit comme planche de salut au ministère Taché-Macdonald, en 1864.
John-A. Macdonald, qui venait de voter contre le projet, était
trop clairvoyant pour ne pas changer d'opinion, pour refuser de
considérer une constitution qui faisait à sa province, le Haut- Canada, une si belle position.
La session terminée, MM. John-A, Macdonald, Cartier et Brown se rendirent à Londres pour engager le gouvernement à accepter et à soumettre au parlement le projet fédéral, à garantir l'emprunt nécessaire pour la construction du chemin de fer Intercolonial, pour s'entendre avec lui sur le traité de réciprocité, la défense du pays et la cession du territoire du Nord- Ouest. Ils réussirent dans leur mission, revinrent au Canada, et firent convoquer les Chambres pour le mois d’août,.
La mort de sir Etienne-Pascal Taché, le chef du cabinet, venait tout à coup plonger le parti conservateur dans le deuil. M. Taché avait beaucoup hésité, en 1864, à braver les dangers et les fatigues de la politique, à un âge où il avait besoin de repos. Mais ses amis politiques l’avaient convaincu qu’il ne pouvait refuser de se renure à leur désir dans l'intérêt de son pays et de son parti. Ce qu’il avait prévu arriva : il succomba à la tâche, et mourut, laissant le souvenir d’une carrière active, laborieuse, ho-
norable et utile.
Sa vie fut mouvementée, et offre, comme celle de sir George- Etienne Cartier, un exemple frappant de l’efficacité des procédés suggérés par lord Durham pour amener insensiblement les chefs
du Bas-Canada à adopter une politique anglaise.
Le chef le plus actif de l'insurrection de 1837, dans le district de Québec, mourait chargé d’honneurs, après avoir attaché son nom, comme premier ministre, à une constitution essentielle-
ment anglaise, après avoir déclaré que le dernier coup de canon tiré en Amérique en faveur de l'Angleterre le serait par une main
canadienne-française.
M. Morin mourait presque en même temps, et M. Lafontaine était mort, l’année précédente. Une grande génération disparaissait, une constellation brillante s’éteignait au firmament de la patrie.
MM. Lafontaine et Morin auraient-ils accepté la Confédération ? Il est diflicile de répondre à cette question ; mais tout porte à croire qu'ils n'auraient pas au moins refusé de soumettre la nouvelle constitution à l’approbation du peuple.
La mort de sir Etienne-Pascal Taché ayant rendu la place de premier ministre vacante, sir John-A. Macdonald, le plus ancien ministre, y avait droit; mais M. Brown s’y opposa, et pour écarter toutes les difficultés et ma: “nir la coalition, sir Narcisse- Fortunat Belleau fut choisi pour reriplacer, à la tête du gouvernement, l’illustre défunt. M. Belleau était avocat et surtout
homme d’affaires, intelligent, actif, pratique et riche.
La session du mois d'août 1865, convoquée spécialement pour recevoir le rapport des délégués sur leur mission en Angleterre, fut courte. Elle fut marquée par la pron'ulgation du code civil du Bas-Canada, que M. Cartier présenta à la Chambre avec un sentiment d’orgueil légitime. 11 eut raison de rendre hommage aux trois jurisconsultes qui avaient fait ce travail remarquable, et de proclamer, avec sa véhémence ordinaire, que le code civil du Bas-Canada était une œuvre nationale qui conserverait et
ferait connaître et admirer nos belles lois françaises.
Le rapport des délégués en Angleterre donna lieu naturellement à une discussion intéressante sur la réciprocité, le chemin de fer Intercolonial, les fortifications et l’achat des territoires du Nord-Ouest.
Ja question de la réciprocité commerciale avec les Etats-Unis était pour le gouvernement et le publie une source d'inquiétude. Les ministres s’engagèrent à faire tout ce que l’intérêt du pays exigeait pour le renouvellement de ce traité ; aussi, immédiatement après la session, deux délégués, MM. Galt et Howland, furent chargés d’aller à Washington pour essayer de s’entendre, à ce sujet, avec le gouvernement américain. Mais leur mission n'eut aucun succès.
Les sympathies exagérées que les Canadiens avaient manifestées envers le Sud, n’étaient pas de nature à engager les Amériuns à maintenir un traité qu'ils croyaient plus favorable au Canada qu'aux Etats-Unis.
Il n’y a pas de doute que ce traité avait été pour le Canada ane source de prospérité en lui procurant pendant dix ans le marché le plus avantageux, à une époque où les Etats-Unis avaient besoin d’une grande partie de ses rroduits agricoles.
Les avantages matériels que la Confédération devait procurer au Canada étaient insignifiants comparés à la perte de ce marché immense que toutes les nations recherchent.
Non seulement la délégation n’obtint rien, à Washington, mais elle provoqua une crise dans le gouvernement canadien.
Une commission composée de membres représeatant les différentes provinces anglaises avait été nommée dans le mois de juillet, à la suggestion du gouvernement impérial, pour étudier la question des traités de commerce. M. Brown avait été choisi avee M. Galt pour représenter le Canada ; il prétendait, non sans raison, qu'on n'aurait pas dû l'ignorer aussi complètement dans les négociations au sujet du traité de réciprocité, mais la raison
publique qu’il donna fut qu’il désapprouvait la manière dont les
négociations avaient été entamées, et l’attitude humble prise par le gouvernement vis-à-vis des Etats-Unis.
John-A. Macdonald et George Brown ne pouvaient vivre longtemps ensemble ; ils étaient tous deux trop jaloux de leur autorité et de leur influence ; ils s'étaient trop vilipendés pour s'aimer comme des frères.
John-A. Macdonald ne pardonnait pas à Brown de l’avoir empêché de remplacer sir Etienne-Pascal Taché. Il ne voulait pas avoir de rivaux dans le cabinet, et déjà même il commençait à voir d’un mauvais œil l’ascendant que prenait M. Cartier.
M. Cartier n’était pas sans remarquer cette faiblesse chez son collègue, et l’on assure que, malgré ses luttes acharnées contre Gecrge Brown, il fit tout en son pouvoir pour le garder dans le ministère. Il préférait la franchise brutale du grand chef clear grit à l’astuce déguisée de Macdonald. Cette révélation ne paraîtra pas incroyable à ceux qui savent que plus tard Cartier chercha à se faire un ami de M. Blake pour se protéger contre les roueries du grand chef conservateur.
John-A. Macdonald était le type du politicien sceptique, habile, rusé, intrigant et sans scrupules ; les hommes étaient pour lui des instruments dont il se servait pour arriver à ses fins, et qu'il brisait quand il n’en avait plus besoin. 11 jouait avec les hommes comme avec les principes.
Il enleva à George Brown la paternité de la Confédération, et une fois maître de la situation, il fut bien aise de se débarrasser de son puissant rival.
George Brown ne prit pas de temps à se rendre compte de la situation, à prévoir le sort qui l’attendait ; mais comme il était
plus anglais, plus patriote que son rival, il se consola par la pen-
sée qu’en faisant le succès de John-A. Macdonald, il avait assuré le triomphe de sa province.
La démission de M. Brown fit sensation ; mais ses collègues libéraux n'ayant pas jugé à propos de suivre son exemple, la coalition n’en fut pas sensiblement affectée.