‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 40 sur 44 · PROGRÈS MATÉRIEL · texte numérisé non relu

PROGRÈS MATÉRIEL

À l’époque de l'Union, il n’y avait dans les deux provinces ni chemins de fer, ni lignes télégraphiques, et les canaux étaient à peine commencés, Le bateau à voile et la pirogue — sous le nom de canot — régnaient sur les eaux, et le cabriolet à soupente — sous le nom de calèche—régnait sur terre. De Montréal à Toronto, à Ottawa, et dans les vastes territoires de l'Ouest et du Nord- Ouest, le voyage par eau se faisait en canot, et comme les rapides étaient nombreux, les portages étaient très pénibles, les voyages longs, intermin: bles, le transport des marchandises extrêmement difficile.

L'esprit de progrès sommeillait sur les bords du Saint-Laurent, et pourtant on y avait vécu heureux jusqu’en 1837, et on aurait continué d’y vivre dans la paix et le bonheur, si les abus du pouvoir et les injustices de la bureaucratie n’avaient pas poussé à la révolte une population loyale et patiente, mais jalouse de ses droits et de ses traditions, si on avait songé qu’un jour viendrait où la fertilité des terres défrichées ne suffirait plus aux besoins d’une population qui se multipliait merveilleusement.

En 1840, la situation financière du Bas-Canada était supérieure à celle de l’autre province.

I entrait dans l’Union avec un actif de $4,253,436.74, moins

un passif de #416,424.00, ce qui laissait un actif net de $3,837,012.74. Son revenu qui était de sept à huit cent mille dollars, excédait ses dépenses et lui donnait tous les ans un surplus.

Le Haut-Canada entrait dans l’Union avec un passif de $5,782,358.07 et un actif de $5,592,746.34, ce qui laissait un passif net de $189,611.73, c’est-à-dire qu’il lui manquait $4,026,- 624.47 pour être sur un pied d'égalité avec le Bas-Canada. Son revenu, de moitié moins élevé que celui du Bas-Canada, ne suflisant pas à ses dépenses ; il avait tous les ans un déficit considérable.

A l’époque de la Confédération, la dette des deux Canadas s'élevait à $62,000,000, et leur revenu était de quatorze à seize millions. Le chiffre des importations et exportations s’était élevé de cinquante-cinq à cent millions.

La production agricole et industrielle avait augmenté dans les mêmes proportions.

Mais le Bas-Canada qui était entré dans l’Union avec un actif respectable, en sortait chargé de la moitié d’une dette de soixantedeux millions, et M. Dorion affirmait devant la Chambre, en 1865, que cette dette avait été en grande partie contractée pour des travaux destinés à faire la prospérité du Haut-Canada, à ouvrir son vaste et riche territoire à la colonisation et à l’immigration étrangère. Il est vrai que le Bas-Canada avait bénéficié des canaux et des chemins de fer construits dans le Haut-Canada, que le commerce de Montréal en particulier en avait largement profité; mais il est aussi vrai qu'une partie de cet argent aurait pu être employée, d’une manière plus utile pour le Bas-Canada,

à favoriser le défrichement de ses terres incultes et à garder sa

population chez lui.

Supposons qu’on eût commencé avant l’Union et qu’on eût ensuite continué à faire les sacrifices nécessaires pour garder au pays au moins la moitié de la population qui a émigré, quelle différence on pourrait constater aujourd’hui dans la situation de la province de Québec, tant au point de vue matériel que sous le rapport politique ou national! Nous ne voulons pour le moment qu’effleurer cette question sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Signalons avant de terminer ce chapitre un autre fait important.

La plus grande partie du revenu des deux Canadas sous l’Union provenait des droits de douane. Or, les deux tiers environ de ce revenu avaient été perçus dans les ports du Bas-Canada. Le tableau suivant en fournit la preuve :

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