L'union des partis politiques dans la province de Québec [microforme]
La bataille électorale est terminée, c’est l'heure de la juger, d'en apprécier les conséquences, de songer à l'avenir qu’elle prépare. Nous n'avons pas tous combattu au même titre, mais obéissant à des convictions patriotiques nous nous sommes tous engagés plus ou moins, d’un côté ou de l’autre, dans cette mêlée générale. Dans l'étude que nous entreprenons, nous devons donc également redouter et nos préventions et les préjugés dulecteur. Toutefois, si personne d’entre nous n’a pu assister au combat en spectateur froid et désintéressé, quelques-uns l'ont vu d'assez près pour en connaître les détails et d'assez haut pour en saisir l’ensemble. Nous croyons être de ceux-là. Nous espérons d'ailleurs que le nombre est grand de ceux qui, aimant avant tout leur pays, savent se dégager des préoccupations de la ve‘lle pour prendre les déterminations du lendemain. C'est à eux que s’adressent les réflexions suivantes.
Et, tout d’abord, l'issue de la lutte n’est point contestable; la victoire n’est pas restée indécise et ne saurait être réciamée des deux côtés comme il arrive quelquefois. Le parti ministériel est victorieux, les conservateurs sont désorganisés. On pourra exagérer ce succès ou atténuer cette défaite; on ne pourra nier ni l’un ni l’autre.
Mais il n’est pas aussi facile de dire quels sont les principes qui ont triomphé ; car s’il est évident que les vaincus sont des conservateurs, il n’est pas certain que les vainqueurs soient tous des libéraux. N’est-il pas vrai que le National, le Nouveau- Monde et le Journal de Québec ont combattu côte à côte durant les dernières élections ? Ces journaux ne soutiennent pas tous au même titre le parti
RARE EN nr DRE PARENT ds) 2 {. CT 5 PT uns nn is es ù
bains ananas 1H Mdr
si
ministériel. Plus d'une fois le National a refusé le nom de conservateur au parti déchu, donnant ainsi à comprendre | que ses propres amis le méritaient davantage, Le Nouveau- Monde s’est toujours prétendu conservateur, et il n'y a 1 pas longtemps qu'il demandait l'entrée de M. Jetté dans Ù le cabinet fédéral comme le représentant des idées con- 1 servatrices modérées. Enfin le Journal de Québec n'est k pas une feuille libérale, et M. Cauchon tient sans doute $ autant que jamais à ses premières couleurs. Quels ont donc ‘ été les défenseurs déclarés du libéralisme durant la cam- x pagne électorale qui vient de finir ? Dans la presse, on n’en E a vu qu’au National, où ils avaient en M. Dessaulles un k vigoureux interprète; sur les hustings, ils étaient plus P puissants que nombreux. MM. Dorion, Holton, Laflamme, : Fournier, Geoffrion, Huntington, Thibaudeau étaient les ” principaux ; mais encore faut-il ajouter aue, loin de frois- “ ser ouvertement comme jadis le sentiment catholique, ils . se sont au contraire efforcés de le flatter autant que pos- tc sible, au moins d’une manière indirecte. dé Etant donné ces faits, lesquels nous semblent incontestables, on doit reconnaître que dans l’organisation minis- térielle telle qu'elle s'est révélée au combat, l'élément wo libéral comptait seulement pour une fraction. Assuré- e : ment cette fraction renfermait les chefs qui dirigeaient des les opérations générales; mais ceux-ci ont-ils exercé cb une influence immédiate et déterminante sur la masse M, de la population ? Ne sont-ce pas au contraire un leurs alliés, moins compromis qu'eux, plus modé- pe rés ou se disant coaserva-eurs, dont l'appoint a fait pen- é cher la balance du côté ministériel? Les amis du Nouveau- in Monde, du Journal de Québec, et les conservateurs ‘ na- M tionaux”’ ne forment-ils pas cette majoritéj des suftrages | populaires obtenue par les candidats du gouvernement ? P Pour se convaincre que tel est le cas, il suffit de se rap- : peler certaines démarches des chefs libéraux pour ras- ri surer les catholiques à leur endroit et le soin particulier qu'ils ont pris de ménager sans cesse les modérés de toutes se
nuances. Tant de précautions prouvent l'importance du vote qu'elles étaient destinées à rallier.
Mais alors ce ne sont donc pas les principes libéraux
ne qui triomphent ; n'ayant pas 4té à ia peine ils ne sont té pas à la gloire. Il est très-évident que le peuple en au- \
masse est resté conservateur : nous prenons ce mot, non we pas dans le sens de partisan de tel ou tel homme, mais Pl dans l’acception large d’un attachement inné ou rai-
cat sonné au pays, 8es constitutions, ses lois, et à la doctrine \ est catholique, Notre province est conservatrice ainsi, et ute tout ce qui sent l’Annexion ou l'irréligion lui inspire une k nés invincibie antipathie. La majorité est en ce moment À rF4 groupée autour des chefs libéraux, mais on aurait gran- ! es dement tort de supposer pour cela qu'elle approuve leur { oi passé ; elle les à acceptés bien plutôt parce qu'elle les plus croit revenus de leurs anciennes exagérations, En les À ne, suivant, elle compte moins leur obéir que témoigner de les sa confiance en quelques hommes nouveaux qui lui con- \ 10 seillent cette allégeance. Au reste, les chefs libéraux ont 1! e, ils toujours à ses yeux le mérite d’être les plus expérimentés ê Ke dans le parti victorieux.
Il est donc impossible, à cause même des éléments ntes modérés que l’on a laissé prédominer dans la lutte élecsp torale, de dire que les principes libéraux aient reçu da ment cette lutte une sanction. Nous devons admettre cepense dant que les hommes qui triomphent aujourd’hui sont les aien
chefs libéraux. C’est M. Dorion, c’est M. Fournier, c'est xeroë M. Letellier de St. Just, c'est M. Huntington dans le
Era ministère; ce sont MM. Laflamme et Doutre dans le cotraine mité central des élections; c'est M. Dessaulles dans la modé- presse. Le parti ‘conservateur’ du Nouveau-Monde et t pen- le parti ‘national’ de M. Jetté sont laissés à l'écart : uveau- | injustice et faute manifeste. Injustice, car si, d’une part, | ‘na- M. Dorion et ses amis ont gagné le droit aux dépouilles trages par de nombreux combats soutenus avec courage, d'autre nent ? part, les services de leurs alliés méritent également une e r'ap- récompense ; faute, car le pays ne tardera peut-être pas a à s’alarmer en voyant reléguer dans l’oubli ceux-là mêmes iculier qui, parmi les ministériels, représentent le plus fidèlement toutes ses idées et ses aspirations.
rtance
Ce sont les chefs du parti libéral, non les principes du
pe ere paptsue «2 2 HS eme <j59" EEE ” . -
libéralisme qui ont triomphé aux dernières élections : quiconque connaît un peu notre peuple et s'est trouvé en position de juger à quelles influences la majorité a obéi, l'admettra facilement et ne trouvera 1ien d'étonnant dans cette anomalie étrange au premier abord, Mais cette anomalie n’en existe pas moins, et elle doit finir bientôt d'une manière ou d'une autre, Le. “ nationaux” ne pourront la souffrir longtemps, le peuple en général ne tarderait pas à s’en alarmer; l'esprit de parti dans tous les cas l’exploiterait facilement à son profit. Le meilleur moyen de sortir de cette fausse position, celui que réclament les intérêts de notre province et qu'un patriotisme éclairé nous conseille, c'est une fusion des partis
politiques.
Cette fusion est-elle possible ?
ds en “M M. it M Dai DE M Ent © 0 0 À ee Om ed,
ons :
6en »béi, lans ette ntôt ' ne ne tous leur > rétrio.
artis
Les ménagements des vieux libéraux pour l'opinion catholique ne sont pas seulement une preuve éclatante de la persévérance du peuple dans la foi de nos pères; ils sont de plus un témoignage en faveur du régime de la Confédération qui impose cette attitude à tous nos hommes politiques. ÆEn eflet, ies théories libérales, en autant qu’elles se rapportent aux questions religieuses, ne sont pas d’une application fréquente à Otta. wa, car, placées sous le contrôle de la législature locase, nos institutions spéciales sont à l'abri d’une autorité bienveillante en laquelle nous avons confiance puisqu’elle tient de nous son mandat, et les députés fédé. raux n’ont ainsi que de rares occasions de légiférer sur les matières religieuses ou touchant à la religion. De Ià impuissance relative du libéralisme. D'un autre côté, le fait que les catholiques ne sont qu'une petite minorité dans le parlement fédéral rend la population de notre province d'autant plus craintive dans les cas exceptionnels où ces sortes de questions peuvent être soulevées à Ottawa. Ayant conscience de sa faiblesse, elle redoute malgré elle que la majorité n'abuse de sa force, et elle veut avant tout que chacun de ses députés reste ferme au poste pour la défense de ses droits religieux et nationaux. Sur ce point nous sommes bien plus susceptibles qu'autrefois, et nous avons raison, car souvent c'est en paraissant résolu que l’on gagne de n'être pas abtaqué, et dans to" les cas l'on est toujours plus fort contre l'attaque lorsqu’on est uni. Les libéraux se sont rendu compte de cette susceptibilité du peupie; ils ont compris que les électeurs pourraient peut-être rester indifférents à certaines dissidences dans notre législature de Québec où nous sommes ma’. :8, mais qu'ils seraient sans miséricorde pour quiconc e à Ottawa, où domine l'élément protestant, contracterait alliance dans les affaires reli-
we
m x ji - S | nine tenues sin. Se EN K 4 4 : 1 stream
AS EE ee 4
Mods 5 tement À
er Stones rate oral pérenen —
gieuses avec nos adversaires naturels. Aussi avons-nous vu les députés 'iberaux voter dans le sens le plus incontestablement orthodoxe sur la question des écoles du Nouveau-Brunswick, et, depuis 1867, sortir les uns après les autres de l’Institut-Canadien. Je crois que cette société ne comp’: plus un seul éputé catholique parmi ses membres.
Les libéraux ont donc changé complètement d’attituue devis quelques années. On dira qu'ils sont sincères ou qu’ils sort hypocrites selon qu'on sera leur ami ou leur enremi; quant à nous, nous les prenons teis qu'ils se montrent et ous constatons le fait de leur amendement ostensible.
Si tout le monde veut juger les hommes et les choses avec cet esprit de conciliation, la plupart des députés libéraux, au lieu d'être regardés comme des obstacles insurmontables à une fusion des partis politiques dans notre province, deviendraient acceptables aux catholiques, tolérables du moins aux plus difficiles. Durant la dernière lutte, le Nouveau-Monde a donné un exemple qui tranche la difficulté aux yeux d’un bon nombre, en se montrant bien disposé pour M. Geottrion et en ne s’opposant pas à M. Laflamme. Il est possible d’ailleurs que plusieurs des chefs du parti libéral songent à se retirer de l4 vie publique pour prendre place sur les bancs de la magistrature ; ieur retraite faciliterait un compromis.
Quant au parti “ national,” son alliance est déjà accomplie avec les libéraux. Lorsque M. Jetté a commencé l’organisation de ce nouveau parti, il n’a pas caché son intention d'agir indépendamment de M. Dorion et son entourage ordinaire. Le Pays venait de disparaître, le National prit sa place, et le chcix de M. Cha. l'aberge pour rédacteur-en-chef devait, dans la pensée de ses fcndateurs, être une garai ie de modération et d'’orthodxie. Dans un des prem'ers numéros, celui-ci condarana ou regretia les ‘‘exagérations’’ auxquelles le parti nvéral s’'éts laissé entraîner. Plus tard M. Dorion est reparu à la tête de la fraction bas-canadienne de l’opposition; mais nous devons croire qu'il a fait des conces-
De à
put "# ñ
sions à l'opinion modérée pour compenser celles qu’on lui faisait quant aux uommes. Ila pu faire abnégation de quelques idées comme les chefs n:tionaux ont fait abnégation de leur personnalité. Mais si ies nationaux ont pu contracter cette alliance, s'ils ont accepté pour leaders des hommes dont ils regrettaient le passé, à plus forte raison pourraient-ils s’allier aux conservateurs dont le passé, ne refusons pas de ls reconnaître, ne renferme rien qui, au point de vue de nos traditions nationales et religieuses, doive être désavouêé. Les nationaux prétendent au titre Ce conservateurs, et bon nombre d’entre eux se sont sép”rés &u parti qui porte ce nom plutôt par antipathie contre certains hommes que ar suite de divergences sur les principes. Ces hommes étant disparus de la scène, les conservateurs restent leurs ailiés naturels. Soyons francs: siles n&tionaux sont opposés d’une manière absolue à l’annexion, s’ils veulent la confédération pour aujourd’hui et l'indépendance pour plus tard, il n’y a pas un seul principe essentiel qui les sépare des conservateurs ; des rancunes, des inimiti*s person-elles les éloïgnent d’eux on ce moment, mais de principes point. Au reste, il ne faut pas oublier que le parti national est allié à M. Cauchon ; après avoir accepté le plus violent et le plus compromis des conservateurs, ils peuvent bien, n’écoutant que leur patriotisme, se coaliser avec tous les autres.
Enfin, pour ce qui est des conservateurs eux-mêmes, ils ne peuvent avoir d’'objections invincibles à une fusion. Ils doivent admettre que le régime fédératif, en créant un équilibre nouveau des intérêts de race et de religion, a modifié le champ d'action, la juridiction des anciens partis, et pa” ‘à même le sens des noms qu'ils se donnent, et que, les circonstances ayant changé avec la constitution, les mots conservateur et libéral, dans le langage politique de la chambre des Communes, ne peuvent plus avoir la même signification que dans ia législature du Canada-Uni avant 1867. On peut dire aussi qu'ils n’ont plus une acception complètement opposée, les conser. vateurs ayant accompli plus d'une réforme réclamée par
ONE hr ts, jatisieé dénepniandiécs
je enr à ve
ies libéraux, et ceux-ci ayant de leur côté cn certaines occasions voté dans le sens conservateur, comme nous l’avons constaté plus haut. Si, de part et d’autre, l’on recherchait sincèrement une entente, on s’apercevrait bientôt qu’il n'y a pas d'abîime infranchissable entre les deux camps. La distance est encore moindre entre les conservateurs et les nationaux, car ces derniers n'ont jusqu’à ce jour professé aucun principe de radicalisme, ni même de libéralisme, dans l’acception ancienne et défavorable du mot.
Au fait, il serait curieux de savoir précisément en quoi nous diflérons les uns des autres sur le terrain de la politique fédérale. Nous eontinuons à nous appeler respectivement des noms que nous portions il y a dix ans sous un régime qui n’est plus; mais en quoi, je ne dis pas méritons-nous ces noms-là, mais quelle occasion même avons-nous de les mériter ? Voterons-nous pour le divorce ? Personne ne l’a jamais fait dans le passé. Voterons-nous pour les écoles mixtes ? Depuis longtemps personne n’y songe. Voilà pcurtant les deux principales questions politico-religieuses qui peuvent surgir à Ottawa, et l'on peut affirmer sans crainte qu’elles nous trouveraient unanimes, c’est-à-dire tous sonservateurs et catholiques. Pourquoi donc nous divisor par de vains mots qui ont perdu leur sens primitif ?
Non, le passé est rort par le fait d’un changement de constitution, ne le perpétuons pas pour la vaine satisfaction d’abattre nos adversaires. Assez des vieilles disputes, comprenons le présent, songeons un peu à l'avenir. Ie conservateur maintenant est celui qui tient avant tout à l’intégrité de la Confédération canadienne et, comme moyen nécessaire, au chemir. de fer du Pacifique, et qui, fidèle à nos traditions nationales et religieuses, est décidé à ne jamais faillir à défendre les droits partionliers de notre province. Le radical est celui qui demande ouvertement i'arnexion aux Etats-Unis ou la désire secrète. ment, et cherche à parvenir à son but en faisant manquer l’entreprise du Pacifique. Telle devrait être la démarcation des partis politiques dans le
te tt 2, © PO > mm
mt ee,
sein de la législature fédérale. Radical et conservateurnational sont les deux seuls noms que justifie l’état de choses actuel. Sur ce terrain, peu favorable aux aspirations étroites, mais digne des bons patriotes, un compromis devrait être possible entre tous ceux qui ont foi en la vitalité du peuple canadien et qui se sentent assez de patriotisme au cœur pour faire quelques sacrifices d’amourpropre dans l'intérêt de la patrie commune. Que tous les hommes éclairés qui ont conscience des dangers actuels et que les derniers événements ne laissent pas indifférents, commencent à se regarder sans haine, et leur union sera bientôt un fait accompli.
Si cette union est possible, est-elle également désirable dans les circonstances actuelles ?