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LES ENFANTS QUI NAISSENT AVEC DES DENTS

Rambervillers (Vosges), 20 mars 1879.

Monsieur et très-honoré confrère,

Dans I’ürion Médicale du 19 mars 1879» je lis, au compte rendu de la Société de médecine de Paris, une note de M. Jules Besnier concernant une enfant née avec des dents ; — coryza et ulcération consécutive de la langue.

Permettez-moi de faire» au sujet dé cette note, une petite rectification :

Il n’est pas tout à fait exact que* « parmi les observations publiées depuis bon nombre d’années », on nè puisse trouver qu’ « un seul fait où il soit question d’ulcération de la langue. » (Dr Dumas, de Gette.) Dans la Gazette obstétricale de Paris dü 20 août 1875» page 255, j’ai publié une observation à peu près semblable à celle de notre honoré confrère du Midi.

Dans le cas que j’ai observé, l’incisive droite inférieure, qui dépassait la gauche d’environ 1 millimètre, dut être enlevée treize jours après là naissance, car sa présence, qui avait occasionné l’ulcération, gênait énormément la succion, et aurait fini par la rendre impossible. Je n’ai pas attendu» comme le docteur Dumas, que l’enfant devînt presque cachectique pour pratiquer l’avulsion de la dent, car je ne trouvais pas cette petite opération à craindre. L’hémorrhagie est un fait absolument exceptionnel; dans le cas de M. Magitot, l’enfant était hémophile. L’avulsion de dents semblables n’offre certainement pas plus de dangers que l’incision de la gencive au moment de l’éruption dentaire.

Tant que la présence dés dents» chez un nouveau-né, n’est la cause d’aucun accident» on doit les respecter ; mais, si elles entravent l’exercice de la succion, il ne faut pas tarder à en pratiquer l’avulsion ; câr, à dire vrai, elles ne sont pas, au début de la vie* d’une utilité incontestable. Dans les cas où le fait a pu être observé, il est à remarquer que toujours elles sont tombées de très-bonne heure.

Je dois ajouter, en terminant, que la relation de M. Jules Besnier est des plus intéressantes et des plus instructives, et que les considérations dont elle est suivie sont destinées à éclairer les observateurs sur une question qui» jusqu’à ce jour, a toujours été obscure.

Veuillez agréer, Monsieur et très-honoré confrère, l’assurance, *tc.

D' P» Lardier ,

Chirurgien de l’hôpital dê Rambervillers,

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 5 mai 1879. — Présidence de M. Daübrée.

M. Dulaurier adresse une note sur la transformation du mouvement des vagues en force motrice utilisable. Il pense qu’avec des appareils assez simples, dont il ne donné pas la description, mais qu’il indique sommairement, il serait possible de faire en sorte que l’agitation des flots servît à pousser Un navire dans la direction voulue. M. Bertrand, qui mentionne cette note, ne semble pas mettre en doute la facilité de réalisation de tels effets, au premier abord très-surprenants.

M. Maurice Richard père, notaire à Paris, écrit à l’Académie qu’il tient à la disposition de la commission administrative une somme de 50,000 fr. qui a été léguée, en 1852, à la savante Compagnie par le docteur Lallemand. M. le professeur Gubler, én faveur de qui constitution d’usufruit avait été faite de celte somme, étant mort, l’Académie doit entrer en jouissance actuellement.

Dans une des précédentes séances, M. Ferdinand de Lesseps avait lu un fragment d’une lettre de M. Soleillet dont nous avons fait mention. Dans cette lettre, M. Soleillét disait qu’il était parti de la côte ouest de l’Afrique au-dessous du Sénégal et qu’il se dirigeait sur Tombouctou en remontant le cours du Niger, qu’il voyageait avec un seul domestique lui servant d’interprète, et que se faisant tout à tous, s’arrêtant dans chaque village, il était bien accueilli partout et n’avait, jusqu’à présent, rencontré aucun obstacle de la part des habitants. Aujourd’hui M. le président de la Société de géographie, tout en rendant hommage aux services rendus par l’intrépide explorateur, proteste contre un détail de sa lettre qui, d’ailleurs, avait été passé sous silence par M. de Lesseps, ou qui, du moins, nous avait échappé : Ce n’est point avec ses seules ressources que M. Soleillet a entrepris sou ,u/ugej il a été aidé

par la Société de géographie. Cette rectification sera insérée aux comptes rendus, et, par conséquent, rendue publique; c’est pourquoi nous en parlons. Nous aurions préféré que la Société de géographie y mît plus de discrétion. Il est fort honorable de venir au secours des voyageurs peu fortunés, mais l’encouragement ne perdrait rien de sa valeur à ne pas être

affiché* ....

M. Berthelot remet une note relative à de nouvelles expériences sur le cyanogène.

M. Guillot envoie un second travail sur la coloration du ciel et des nuages à Nancy, comprenant les observations quotidiennes faites du mois de juillet au mois de décembre 1878.

M. Husson, pharmacien à Toul, adresse un mémoire touchant les moyens qu’on emploie pour teindre frauduleusement le thé. Ce n’est pas sans sourire que M. le secrétaire perpétuel énonce le titre de ce mémoire, car précisément trois Chinois, vêtus du costume national, assistent à la séance, dans les places réservées de l’hémicycle. Ce sont, dit-on, des élèves de l’École des mines du Célesle-Empire; ils parlent parfaitement le français et connaissent la plupart des membres de l’Académie, qui, tour à tour, viennent leur serrer les mains. Hâtonsnous d’ajouter que la communication du pharmacien de Toul ne parait leur faire aucune impression. Us sont sans doute fort au courant des fraudes du commerce de leur pays, et n’en sont pas plus responsables que nos académiciens des falsifications que les négociants français font subir à nos vins, par exemple, et à bien d’autres denrées.

M. Gilbert fait hommage à l’Académie d’une notice biographique sur Léon Foucault.

M. Chevreul, bien qu’enrhumé, reprend ses démonstrations du contraste simultané et du contraste successif des couleurs. Nous en retenons ceci : que les couleurs n’ont aucune réalité objective. Il y a, comme le disait Newton, une cause qui éveille en nous les sensations du jaune, du rouge, du jaune et de toutes les nuances intermédiaires. Mais la couleur, hors de nous, n’existe pas. M. Chevreul rappelle que, dès 1819, il a, étendant ce principe, assimilé les saveurs et les odeurs aux couleurs. A ce moment, les Chinois quittent la salle des séances.

L’ordre du jour appelle la nomination d’un correspondant pour la section d’économie rurale, en remplacement de M. Chevandier de Valdrôme. La commission avait proposé la liste suivante de candidats :

En première ligne, M. Mac Cormik (de Chicago) ; — • en deuxième ligne, M. Fowler (de Londres); ■— en troisième ligne, M. Zonden (de Strasbourg).

Il y a 51 votants. Au premier tour, M. Mac Cormik obtient l’unauimité des suffrages.

Deux observations à ce propos ;

1° Comment se fait-il que pas un seul nom français n’ait été inscrit parmi les candidats? Il y avait un Strasbourgeois, c’est vrai, et c’est bien; mais n’y a-t-il plus d’économistes ruraux dans les autres parties, non contestées, de la France?

2‘ Les élections, à l'Académie des sciences, se font toujours sans appel nominal. Nous signalons le fait à l’Académie de médecine, qui perd un temps considérable à appeler successivement chacun des votanls, sans utilité, paraît-il, mais non sans fatigue pour le Secrétaire perpétuel.

M. Jos. Bertrand annonce que le XXVI* volume du Journal des savants étrangers est en distribution. Il contient, entre autres travaux, les mémoires de M. Max. Cornu sur le phylloxéra vastatrix.

M. Du Moncel met sous les yeux de l’Académie le modèle d’un nouvel appareil, fort ingénieux et très-économique, qui, au moyen d’une pile d’antimoine et de zinc, sert à la fois de foyer de lumière et de foyer de chaleur. Cet appareil, appelé à un grand succès, a été inventé par M. Clamone.

M. Larrey présente, au nom de M. le docteur Béranger-Féraud, un volume intitulé ; Les peuplades de la Sinègambie.

M. Chalin, au nom de M. Heckel, de Marseille, dépose un travail relatif à l’action de la strychnine sur les mollusques; — M. Wurlz, une note de M. Lebel, sur la séparation de l’alcool et de l’eau par la distillation; — M. Daubrée, de la part de M. Abitch, un volume sur la géologie de la mer Caspienne, dans lequel l’origine inorganique du pétrole est mise hors de doute. — M. L.

MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE

Analyse physiologique des éléments de la parole : voyelles et consonnes. — Mécade leur Prononciation, par le docteur Arthur Chervin. Paris, J. -B. Baillière et fils; 1879. Brochure in-8° de 50 pages.

, comprendre le mode de formation des voyelles et des consonnes, il faut

eYiae ni avoir des connaissances sur l’anatomie et la physiologie des organes phonateurs.

et posséder les notions d’acoustique biologique se référant à l’étude du son et de ses qualités. Mais, comme l’auteur ne se proposait pas d’écrire un travail complet sur la physiologie de la voix, il a laissé de côté toutes les questions qui se rapportent à la physiologie générale, et les phénomènes physiques qui président à la phonation, pour ne s’occuper que d’un seul point, un peu délaissé par les auteurs, et relatif au mécanisme de la prononciation des voyelles et des consonnes. C’est dire que, délaissant les définitions et les distinctions arbitraires des philologues et des grammairiens, l’auteur s’est placé, à la suite d’Helmollz, de Kœnig et de Donders, au point de vue purement physique pour différencier les unes des autre les voyelles et les consonnes.

L'introduction de cette brochure, assurément digne d’attention, est consacrée à examiner rapidement : 1° l’origine du langage; 2° les transformations successives qu’ont subies les éléments de la parole; 3° les divers changements survenus dans le mode de représentation de la pensée humaine. Comment, se demande-t-il, a pu se former ce que Max Muller appelle les racines du langage? Est-ce par onomatopée, comme le voulait Herder? Est-ce par interjections ou eris involontaires, comme le pensait Condillac? M. le docteur Chervin repousse ces deux hypothèses en s’appuyant sur des considérations qui, nous l’avouons, ne nous ont pas convaincu. Nous croyons qu’avec l’imitation (onomatopée), avec le cri instinctif, et, d’une façon plus générale, avec la réaction de l’organisme contre les impressions extérieures, on peut, en l’absence des données historiques, se rendre suffisamment compte de l’origine du langage humain. M. Chervin n’est pas éloigné d’admettre que l’homme a commencé par connaître les idées générales, et que c’est par elles qu’il est arrivé à connaître et à nommer ensuile les objets individuels auxquels il lui était possible d’attacher une idée générale. « Pour fixer l’expression de sa pensée, l’homme, dit-il, a mis en œuvre deux procédés qu’il peut expliquer séparément ou ensemble : l’idéographisme, ou peinture des idées, et le phonétisme, ou peinture des sons. Au début, les idées se représentèrent directement par la figure des objets eux-mêmes ; plus tard celte représentation devint symbolique, et on se servit de signes conventionnels pour rendre une idée abstraite. Puis vint l’écriture phonétique. Mais, comme on peut représenter les sons de deux manières, par syllabes, en exprimant par un seul signe un ensemble formé d’une ou de plusieurs consonnes et d’une voyelle, et par caractères alphabétiques, en représentant par un signe différent chaque consonne et chaque voyelle, on posséda ainsi l’écriture syllabique, dont l’assyrien et le chinois nous fournissent des exemples, et l’écriture alphabétique, qui est l’écriture moderne des idiomes européens. »

Je ne puis ici pousser plus loin l’exposition de théories de l’auteur ; on les lira avec intérêt et plus de profit dans le texte même. — M. L.

FORMULAIRE

Traitement de la kératite phlycténulaire. — Gayet.

Dans le cas de kératite phlycténulaire intense, avec photophobie et spasmes douloureux, on administre des douches locales d’eau à 15 ou 18 degrés en été et à 35 ou 38 degrés en hiver. Leur durée est d’une demi-heure, sans interruption. Si l’effet est favorable, on recommence le lendemain ; si l’effet est mauvais ou nul, on renonce à l’emploi de ce moyen. Les cataplasmes, les compresses chaudes, les fomentations de camomille, de thé vert, de pavot, de belladone, de jusquiame, de digitale, agissent dans le même sens. Dans certains cas, on pratique de légères scarifications conjonctivales et palpébrales ; puis, quand l’inflammation a cessé, on suspend tout traitement. — Cependant, si la maladie a de la tendance à s’éterniser, on a recours au collyre au nitrate d’argent (0 gr. 20 pour 30 gram. d’eau distillée) et aux pommades avec les précipités de mercure jaune ou rouge, dont il est indispensable de surveiller l’emploi avec le plus grand soin. — Quant au traitement général , c’est celui de la scrofule : boissons amères, huile de foie de morue, sirop d’iodure de fer, toniques analeptiques, lotions hydrothérapiques en été, bains sulfureux ou salés pendant l’hiver, frictions alcooliques ou sèches ; séjour du malade dans une chambre saine et bien aérée. La kératite phlycténulaire étant sujette à récidives, il est indispensable de persévérer dans l’emploi des moyens généraux, longtemps après la guérison de l’état local. — N. G.

Éphéméridcs Médicales. — 10 Mai 1812.

Ch.-sig. Sonnini-de-Manoncourt est enlevé aux sciences naturelles, qu’il avait cultivées avec un grand succès. Le cœur est déchiré quand on voit cet infatigable naturaliste, auteur

de tant de voyages lointains et périlleux, de tant de travaux, la plupart accomplis avec gloire, et tous entrepris dans les vues du bien public, terminer dans la misère et le désespoir des jours si bien employés et commencés sous de fortunés auspices, *— A. Ch.

COURRIER

La peste bubonique. — Le bureau de santé de l’empire allemand, bureau établi à Berlin, fait publier que, d’après les rapports du professeur Hirsch, il est hors de doute que l’épidémie qui a éclaté sur le Volga, et qui est maintenant terminée, était la peste bubonique ( Beulen pest), et qu’il y a certaines probabilités pour que la guerre d’Asie ne soit pas étrangère à la marche et au développement du fléau.

Opération chirurgicale sur un tigre, — Sauver un tigre du tétanos en lui coupant les griffes, constitue une opération chirurgicale dont bien peu d’opérateurs voudraient se charger. Elle vient cependant d’être pratiquée au Jardin zoologique de Philadelphie, sur un tigre royal du Bengale, à qui depuis longtemps ses griffes rentrant dans la chair causaient d’atroces souffrances et qui se trouvait menacé d’accidents tétaniques. Un dompteur de lions entreprit la guérison du tigre, l’un des plus intraitables qu’on ait connus et qui avait, peu de temps auparavant, causé la mort d’un de ses congénères en lui dévorant la jambe.

On établit solidement aux barreaux de la eage cinq forts cordages, terminés par des nœuds coulants et une corde de sûreté au moyen de laquelle on pouvait à volonté desserrer et resserrer les nœuds coulants. On parvint à enlacer l’animal et à l’attacher aux barreaux ; on lui lia successivement les jambes de devant. Le tigre, qui d’abord avait supporté ces prélimi-r naires avec assez de patience, commença à se débattre furieusement et à pousser des rugissements, L’opérateur, sans en être ému, entra dans la cage et assura les deux jambes de derrière comme les précédentes.

L’opérateur se mit à l’œuvre et lui coupa les griffes, en passant de l’une à l’autre jusqu’à la dernière; puis il saupoudra les blessures avec de l’alun et y versa de la térébenthine} c'est surtout pour les jambes de devant que l’opération fut difficile, parce que l’opérateur se trouvait très-près de la tête du tigre et de ses formidables dents.

Quand tout fut fini, à un signal convenu, tous les câbles furent retirés simultaqémênt} le tigre se releva vivement et, à la manière dont il marchait dans sa cage, on put juger qu’il avait éprouvé un soulagement immédiat.

L’opération s’est faite en vingt minutes, mais comme les griffes repousseront sans douté, dans une mauvaise direction, un seconde opération pour les rogner sera probablement nécessaire.

Société de médecine légale. — Séance du lundi 12 mai 1879 , à 3 heures précises, au Palais de Justice (salle d’audiences de la 5e Chambre du Tribunal civil).

Ordre du jour : I. Élection d’un membre correspondant national. — II. Observations de M. E. Horteloup sur l’emploi du forceps par les officiers de santé. — III, Sur les renseignements fournis par l’examen du col de l’utérus, au point de vue de la constatation des gros* sesses antérieures, par M. Lutaud. — IV. Suite de la discussion sur les voleuses dans les magasins, par M. Lunier,

Société médicale des Bureaux de bienfaisance, — La Société médicale des Bureaux de bienfaisance tiendra sa prochaine séance mercredi 14 mai, à huit heures précises du soir, à Y administration de L'Assistance puhliqw,

Ordrç du jour : 1° Élections de membres titulaires. — 2° Du meilleur mode de nomination des médecins adjoints des Bureaux de bienfaisance (suite de la discussion). — 3° Deux observations d’angine couenneuse avec diphthérie généralisée, guéries par le perchlorure de fer, par M. Watelet. — 4° Présentation d’instruments destinés à faciliter l’opération de la trachéotomie, par M. Girault.

— U vient de paraître, à Y Écho de la Sorbonne, une brochure sur laquelle nous appelons l’attention de nos lecteurs. Les Musées cantonaux, tel est le titre de ce remarquable travail, qui traite une des importantes questions d’instruction populaire à l’ordre du jour. L’auteur, M. Georges Wickham, officier d’ Académie, membre du comité du Cercle parisien de la Ligue de 1 enseignement, a développé ce sujet avec conviction, érudition et grand succès.

Le gérant , Richelot.

Paris. — Typographie Félix Mixtes te et »>, me des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.

Mardi 13 Mai 1879

CONSTITUTION MÉDICALE

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