V . >, le 12 janvier
Cher et honoré confrère ,
Vous que j’ai vu, il y a longtemps déjà, faire vos premières armes sous Fleury, le vulgarisateur de l’hydrothérapie en France, ce maître entre tous les maîtres de la science hydrothérapique, alors que vous le secondiez si bien dans l’établissement de Bellevue; vous donc, mon cher confrère, à qui l’on n’a rien à apprendre sous ce rapport, voulez-vous permettre à un humble praticien de province de vous initier à un nouveau mode d’hydrothérapie que, dans un jour d’embarras, il dut inventer? C’est de l’ hydrothérapie orthodoxe dont je Yeux vous parler.
A ce mot, je vous vois ouvrir de grands yeux et sourire avec un air de doute frisant le dédain; mais veuillez m’écouter jusqu’au bout, et laissez-moi dire que, lorsque je mis cette méthode en pratique, je ne la connaissais pas plus que vous; ce fut le résultat d’une inspiration heureuse, et je fis ce jour-là de Y hydrothérapie orthodoxe sans le savoir, absolument comme M. Jourdain faisait de la prose.
l’union médicale.
lement, soit aux malades amenés du dehors dont 1 affection reste douteuse à un examen rapide, et qui doivent être l’objet d’une enquête plus approfondie, ou plus prolongée, avant d’être introduits dans un convoi de varioleux, ou dans un service d’isolement ; 2° organisation et réglementation du service d<> transport des malades atteints d’affections contagieuses; mesures de police à l’égard des voitures dans lesquelles sont apportés à l’hôpital les sujets varioleux; mesures restrictives apportées à la libre sortie des convalescents qui, dans l’état actuel, s’en vont librement semer dans la ville les germes varioleux; 3° création d’un Institut vaccinal public dans lequel on pourrait présenter, chaque jour , les sujets à vacciner, ou trouver, sans délai ni difficulté, du vaccin efficace disponible.
Je ne dirai pas que rien de tout cela, ni rien de tout ce que nous avions antérieurement réclamé, n’ait été fait; mais je suis obligé de dire que rien n’a été fait grandement, largement, complètement, et que c’est par lambeaux, en quelque sorte, que nous avons obtenu de trop lentes améliorations. Nous avons des services d’isolement attachés au flanc de quelques hôpitaux généraux, alors qu’il faudrait des hôpitaux d’isolement ; aucun compte n’a été tenu de la nécessité, absolue cependant, d’avoir un petit lazaret à l’entrée de chaque hôpital, soit pour suffire immédiatement et à toute heure à ses propres besoins d’isolement, soit pour donner asile aux malades atteints d’affections contagieuses, apportés au milieu de la nuit, à quelque heure que ce soit, ou dans une situation assez grave par elle-même pour ne pas permettre un nouveau transport. Un grand hôpital qui ne possède pas un pavillon d’isolement, à chambres séparées, avec service spécial pour faire sa quarantaine propre, ou satisfaire aux exigences du dehors que nous venons d’indiquer, est un hôpital imparfait, incomplet, peu digne de notre époque. Ne sera-ce pas prochainement une humiliation de savoir qu’à la fin du xixe sièle, dans une ville qui se considère comme la capitale du monde civilisé, on introduisait encore dans les salles communes les malades atteints de diphthérie, de rougeole, de scarlatine? Et combien faudra-t-il encore d’années pour faire comprendre que c’est un acte blâmable, pour ne pas dire autrement, d’introduire dans les salles communes des hôpitaux des malades atteints d’affections contagieuses transmissibles par simple voisinage. L’isolement des malades atteints d’affections contagieuses, sans exception, est un principe absolu d’hygiène et de morale publiques; le temps est venu de lui donner satisfaction pleine et entière.
L’isolement, seul procédé de prophylaxie pour la presque totalité des affections
Écoutez, je vous prie, l’histoire et le traitement de cette observation merveilleuse. A vous d’en faire votre profit le cas échéant, si vous le jugez à propos; mais je doute que dans le milieu où vous vivez, vous ayez jamais à employer cette méthode. En province et dans les campagnes; ces cas sont plus nombreux qu’on ne le pense ; mais, à Paris, ils doivent être très-rares. Bref, je vous avoue franchement que je ne dus inventer ce mode de traitement que poussé par la gravité des circonstances, et après avoir cherché pendant longtemps par quelle voie diplomatique je pourrais faire accepter l’hydrothérapie à la malade et à ses parents.
Voici l’observation : — Un jour je fus appelé à la campagne pour donner des soins à une vieille fille âgée de 37 ans, que l’on disait atteinte d’une maladie extraordinaire, et que les voisins attribuaient tout naturellement à un sort qui lui avait été jeté par un de ces marchands quelque peu bohémiens qui parcourent les campagnes, et devant lequel la pauvre fille avait fermé sa porte, lui refusant d’acheter de sa marchandise. Cet homme l’avait interpellée dans son idiome, un langage inconnu pour elle, lui disant des injures et proférant probablement des menaces; bref, elle en eut une si grande frayeur, qu’à partir de ce jour elle, en tomba malade. — Celle fille, me disait-on, depuis lors ne dormait plus, ne se couchait plus, se promenait le jour et la nuit, en sautant, dansant et poussant des cris qui ressemblaient à l’aboiement d’un chien.
A ce récit, dont je n’extrais seulement que la partie principale, j’avais compris déjà, et vous le comprenez comme moi, que j’allais trouver une fille atteinte d’hystérie. Cette opinion fut promptement confirmée par mon examen. J’avais bien, en effet, devant moi, un cas d’hvstérie compliquée de spasme choréique.
Le diagnostic, vous le pensez bieD, était des plus simples et des plus faciles à établir; mais,
contagieuses, reste encore un moyen de premier ordre alors qu’il s’agit de la variole, et quelle que soit d’ailleurs l'assistance que peuvent prêter la \accina ion et les revaccinations. En effet, dans une agglomération de plusieurs centaines de mille, et, à plus forte raison, de plusieurs millions d’hommes, l’état de grâce vaccinale permanent (si l’on veut bien me passer cette expression) est une utopie; il supposerait, en effet, pour être réalisable : 1° le consentement et la soumission de la population entière, permanente et flottante, à la vaccination et aux re vaccinations en coupes réglées de quelques années; 2° la possibilité matérielle de réaliser ces vaccinations dans l’état actuel de pénurie, quantitative et qualitative, où sont laissées les sources vaccinales. C’est seulement dans les catégories d’individus classés : armée, hôpitaux, écoles, administrations, que les revaccinations peuvent être appliquées avec sûreté, et encore, même dans ces conditions particulières, combien de difficultés de détail viennent entraver la marche des opérations! Combien d’obscurités naissent du fait des revaccinations négatives!
11 faut que les obstacles que nous signalons soient bien réels et bien multipliés, pour que l’administration de l’Assistance publique, à laquelle nous avons maintes fois fait appel à l’occasion de morts déplorables survenues dans son personnel médical ou administratif, n’ait jamais pu assurer le service des revacci nations obligatoires pour les élèves, ni même exiger le certificat de vaccine. Espérons cependant que le malheureux élève en pharmacie du service de M. Labric, qui vient de succomber à la variole, et chez qui notre savant collègue n’avait pu trouver trace de vaccination, sera la dernière victime. Dans une circulaire récente, l’administration de l’Assistance publique a prescrit la revaccination de son personnel entier, et engagé les médecins à étendre la mesure à tous les malades pour qui elle ne serait pas un inconvénient ou un danger. La source de vaccine mise à la disposition des médecins est la série de génisses, organisée par une entreprise particulière. Est-ce bien là ce qu’il y aurait de mieux à faire? L’Assistance publique ne devrait-elle pas avoir son service particulier et permanent de vaccine, dirigé, en tout ce qui concerne la vaccine animale, par un vétérinaire autorisé qui a, seul, compétence pour accepter ou rejeter les animaux amenés dans les hôpitaux ? Enfin, à défaut de tout cela, et d’une commission opératoire de vaccine, formons le vœu de voir toutes les revaccinations opérées sous la direction de chefs de service, et en leur présence réelle, avec le liquide s’écoulant spontanément de la déchirure de boutons vaccinaux louables.
daDS le cas dont il s’agit, chez des paysans simples et superstitieux, et en pleine campagne, le plus difficile n’était pas d’indiquer le traitement, c’était d’abord de le faire suivre et surtout d’obtenir un succès.
Lorsque je fus appelé près de cette malade, il y avait déjà plusieurs semaines que cette névrose existait; deux ou trois confrères avaient été appelés les uns après les autres, et leur traitement très-rationnel, à n’en pas douter, avait échoué parce qu’il avait été très-irrégulièrement et très-imparfaitement suivi. A un premier confrère en avait succédé un second, puis un troisième; après les médecins, on avait eu recours aux moyens magiques, mystiques, etc. Pour enlever les maléfices, on avait fait dire des messes, des évangiles, brûler des cierges, etc., le tout sans résultat. Puis des guérisseurs un peu sorciers étaient venus à leur tour : celui-ci avait ordonné de faire manger une souris mâle, celui-là avait fait appliquer sur l’estomac un sachet renfermant des pattes de taupes bénites par subterfuges, cet autre avait conseillé de mettre dans le dos une tête de vipère; enfin, on devait faire beaucoup d’autres choses encore lorsque je fus appelé.
En présence d’une affection de cette nature et d’une malade de cette classe, entourée de gens ignorants et superstitieux qui regardaient la médecine plus qu’impuissante, pour nç pas dire inutile, devant ce qu’ils considéraient comme maléfices diaboliques, il était important de réussir ; mais quel traitement conseiller pour être certain qu’il soit exécuté ? Mes confrères n’avaient pas manqué de prescrire les antispasmodiques en usage; je ne pouvais faire mieux qu’eux, mais n’avais-je pas à craindre que mon traitement eût le même sort que le leur?
Bien que la série des agents thérapeutiques à opposer à cette affection fût bien indiquée, j’étais, je vous l’avoue, fort hésitant, cherchant par quels moyens je pourrais appuyer mon traitement en frappant l’esprit de ces pauvres gens.
Déjà, en ouvrant mon carnet pour faire ma prescription, je m’étais arrêté fort irrésolu et
Statistique de la ville. — Marche de C épidémie.
Si l’on veut bien jeter un coup d’œil sur les deux tableaux ci-dessous, dont le premier donne par arrondissement, par mois, par trimestre, la mortalité variolique, à Paris, pendant l’année 1878, et le second les mêmes éléments numériques pour le premier trimestre de 1879, on se rendra aisément compte de la marche de la variole et de la distribution des foyers principaux.
On verra, notamment, que l’arrondissement le plus frappé, pendant l’année 1879, a été le VIIe (Palais-Bourbon) ; que la mortalité n’y apparaît que dans les quatre derniers mois de l’année, et qu’au total elle a été peu considérable (16 décès),
Année 1878
lu
hn
DÉCÈS VARIOLIQUES A PARIS par arrondissement et par mois.
Louvre
Bourse
Temple
Panthéon
OJ
Palais-Bourb
Elysée
Popincourt
Reuiily
Gobelins
Observatoii
Passy
Batignolle
Montmartr
Chaumont
Janvier. . .
F évrier .
Mars .
Avril .
Mai .
Juin .
Juillet .
Août. .......
Septembre .
Octobre ......
Novembre . A . . .
Décembre .
Totaux .
Année 1879
IG
Janvier. ......
Février . . .
Mars .
Totaux .
découragé, car je venais d’entendre les parents et les amis dire, en me regardant d’un air narquois, que mes remèdes ne feraient pas plus que ceux des autres. Cependant il fallait agir, mais agir avec certitude, sinon les guérisseurs, les rebouteurs, etc., tout cela rentrait dans la maison; et je tenais à leur montrer que la médecine seule pouvait triompher d’une semblable maladie; mais quels moyens employer?
Si vous aviez été à ma place, bien cher confrère, et quoique convaincu que l’hydrothérapie seule peut être le traitement héroïque à conseiller, vous eussiez été aussi hésitant que moi ; de bonnes douches froides, comme vous savez si bien les appliquer, devaient être en effet la principale médication ; mais comment faire accepter des douches froides à des paysans qui ne se baignent jamais que lorsqu’ils tombent accidentellement dans l’eau? Parfois encore on peut leur faire prendre des bains tièdes dans un tonneau, mais des bains d’eau froide et des douches, grand Dieu! c’était la pire des médications, et leur proposer de semblables moyens c’était s’exposer à un refus et à un échec.
Je tentai cependant d’indiquer et de leur faire comprendre quel était le mode de traitement par l’eau froide que je complais leur proposer et employer. Je ne pouvais disposer, hélas! pour appareil et outillage, que d’un immense baquet plein d’eau, appelé ici banne, et du classique arrosoir de jardin ; vous voyez déjà combien j’étais loin de vos puissants appareils de Bellevue.
A peine avais-je fini d’expliquer à ces braves gens comment j’entendais traiter la malade, et employer l’eau froide, que tous, parents et assistants, se mirent à se récrier, disant : « Ça n'y fera nen, ça n'y fera rien, et ça la fera mouri! D'abord, ça n’est pas une maladie, c'est un sort; et puis, de Peau de puits, que que vous v'iez que ca y fasse ! # Et tous de le répéter en chœur, et sur tous les tons. ’ 9 .
Grand était mon embarras, mon cher confrère, vous le devinez, je le suppose, et bien
ce qui suppose 120 à 130 cas (variole et varioloïde réunies). Puis, en continuant la lecture sur la même colonne verticale, on verra que le foyer s’est éteint dès les premiers mois de l’année, puisqu’il n’y a plus aucun décès en mars. Le centre principal de ce foyer a eu son siège dans le quartier du Gros-Caillou ; ses irradiations ont été nettement précisées dans un excellent rapport de M. le docteur Grenet à la commission d’hygiène du VIIe arrondissement , — rapport dont notre honorable vice-président, M. Hillairet, a bien voulu me communiquer les éléments (1).
La lecture du second tableau comparé au premier, lait voir, d’un seul coup d’œil, la multiplication des foyers, particulièrement dans les XIX', XIIe, XIe et IIIe arrondissements, c’est-à-dire dans les quartiers à population spécifique très-dense (Temple) ou à population pauvre, comme les trois autres.
Actuellement, aussitôt les foyers de maison signalés dans toutes les habitations qui sont sous la surveillance directe de la police, les mesures d’hygiène les plus énergiques sont prescrites par la préfecture de police, et mises à exécution sous la direction momentanée des membres du Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine.
La note suivante, que M. Hillairet a bien voulu rédiger à ma demande, va vous montrer, pour un de ces foyers de maison, comment les choses se passent :
« Le 14 mars, nous écrit M. Hillairet, M. le préfet de police m’informait que des cas de variole avaient été signalés dans un affreux garni de la rue du Pré-Maudit, au n° 3, quartier de La Chapelle. Un ouvrier hollandais avait été pris le premier, et, quelques jours plus tard, trois autres personnes furent atteintes. Un cinquième cas se manifesta quelques jours plus tard ; total, 5 cas. Il y a eu, à ma connaissance, 3 décès (variole noire). Le dimanche 16 mars, à huit heures du matin, j’ai été visiter ce bouge immonde. J’ai prescrit la revaccination d’office de tous les habitants, puis ils ont été congédiés. Le garni a été lavé, fumigé, et, finalement, on est en train de le réparer, ou plutôt de le refaire de fond en comble.
Mais ces mesures n’ont pas suffi. Il y a huit jours, la variole s’est déclarée dans un autre garni, au n° 1 de la même rue (du Pré-Maudit). Uu nouvel ordre du préfet me prescrivait,
(1) Quand la ville de Paris aura-t-elle un Bureau centrât d’hygiène, dirigé, comme à Bruxelles, par un médecin compétent, pourvu du matériel nécessaire, revêtu de l’autorité indispensable, et rétribué assez largement pour exercer réellement les fonctions dont il sera chargé, et un Bureau particulier dans chaque arrondissement?
d’autres, que moi, en voyant cette obstination stupide et ignorante, se fussent retirés, les abandonnant à leur bêtise . Mais je voulais en avoir raison, je voulais guérir cette malade,
après la guérison leur ouvrir les yeux et, s’il était possible, leur montrer leur erreur.
Les années m’ont appris qu’il ne faut pas craindre de lutter, et sous ce rapport , quoique souvent mon ardeur ait reçu parfois de rudes déceptions, je suis toujours comme le joueur, je voudrais toujours gagner. — Voyant que je n’arriverais à rien en voulant les éclairer par des explications, et que je me heurterais vainement contre leurs préjugés et leur entêtement, j’imaginai le moyen de leur faire accepter mes douches, et, me rappelant cet adage à l’usage de la stupidité du public, « Vulgus vult decipi, ....», je pris mon courage à deux mains, et . j’inventai l’hydrothérapie orthodoxe.
— Tenez, leur dis-je, après avoir paru réfléchir un instant : après tout ce que vous m’avez raconté, je ne suis pas éloigné de croire que la maladie de votre fille est peut-être, en effet, le résultat de quelque chose de peu ordinaire, et qu’il y a sans doute là-dessous une malice
diabolique . Mais la médecine possède des moyens très-efficaces pour combattre et faire
disparaître tout cela; j’ai déjà vu plus d’un cas semblable dont j’ai pu avoir raison, et, si vous voulez m’aider, je suis assuré de la guérison de votre fille.
Lorsque je vous ai parlé d’eau froide, leur dis-je encore, je ne vous ai pas tout dit ; je ne veux pas me servir tout simplement de l’eau de votre puits; non pas, je compte bien me servir encore d’une autre eau devant laquelle le diable ne saura résister. *— Dans chaque arrosoir d’eau, qui servira à doucher la malade, nous allons verser un verre A' eau bénite, non pas non plus de l’eau bénite prise dans le bénitier de votre église, mais de celle prise *dans l’église de Saint-Loup (1) ; et, pendant que nous verserons l’eau sur la malade, elle récitera,
(1) Saint-Loup est une petite commune située à plusieurs kilomètres, et les paysans ont une grande
samedi 5 avril, d’y aller. Pans le même logement, je trouvai (dimanche 6 avril) deux enfants qui av ient é'é abeints. L’un était convalescent, l’autre en voie de guérison Dès la veille, j’avais fait donner au commissaire de police l’ordre de placer deux sergents de ville, dès cinq heures du matin, afin d’empêcher qui que ce soit de sortir, et de faire venir, soit un médecin du Bureau de. bienfaisance, soit une sage-femme, pour revacciner d’office tous les habitants. C’est ce qui a été fait en ma préseuce, à l’exception toutefois de quelques ouvriers belges, qui avaient été vaccinés au régiment (dans leur pays), il y a deux ou trois ans.
Les mêmes mesures d’assainissement ont été prescrites et seront sévèrement exécutées pour le second foyer, d
Statistique des hôpitaux. — Isolement des varioleux.
Le mouvement de la variole, dans les hôpitaux, a repris une activité qu’il avait complètement perdue depuis l’année 1872; il comprend, pour le premier trimestre de 1879, 273 malades et 54 décès.
Le tableau comparatif suivant permet de suivre, mois par mois, et année par année, le courant variolique qui a traversé nos hôpitaux dans la période correspondante des années 1872, 1873, 1874, 1875, 1876, 1877, 1878 :
Variole
Un Ici bôpiluiu 1e Hri» peidint |e 1er
triantre de» liuéei 1871. 71, 74, 75, 76, 77, 78, 79.
Cas
Décès
Cas
Décès
Cas
Décès
Cas
Décès
Cas
Décès
Cas
Décès
Cas
Décès
Cas
Décès
Janvier .
Février .
Mars .
Totaux...
Tous les malades venant du dehors, ou atteints dans les hôpitaux généraux, ont été transportés dans les services d’isolement, lesquels sont au nombre de six, annexés aux hôpitaux suivants : la Pitié, Saint-Antoine, Laënnec, Tenon, Enfants malades, Sainte-Eugénie.
J’ai réuni, dans le tableau suivant, la part qui revient à chacun de ces établissements dans le mouvement général de la variole :
tout haut, deux Pater et deux Ave. (La prière, ici, devait d’abord remplacer pour moi le sablier pour mesurer le temps, et aussi pour frapper l’esprit de la malade en la retenant sous la douche.
Le traitement fut institué dès le lendemain, avec addition, bien entendu, de vin de quinquina, fie pilules ferrugineuses et d’arséniate de strychnine.
Les cinq premières douches furent acceptées avec assez de résignation, et déjà l’on voyait la malade se ressentir des effets marqués; mais comme nous étions encore loin de la guérison, et que ces braves gens s’étaient imaginé que j’allais opérer un miracle, lequel miracle ne se faisait pas immédialement, je ne tardai pas à m’apercevoir que la confiance en mon traitement allait diminuer et me faire faire échec, si je ne trouvais un moyen diplomatique pour les faire persévérer dans les douches. Il me fallut donc encore une fois chercher un moyen qui, par son effet moral, les fît persister dans l’application de l’eau froide.
— Mais vous êtes vraiment, leur dis-je, par trop impatients ; vous ne savez donc pas que ce traitement ne peut avoir d’effet qu’autanl d’abord que votre confiance ne faiblira pas, et surtout qu’à la conditiou qu’il sera suivi pendant deux ou trois neuvaines ? O ombre d’Hippocraie ! m’écriai-je mentalement, pardonne-moi ce subterfuge. Tu avais observé et admis que les septénaires étaient des étapes naturelles dans le cours et le traitement des maladies; dans cette circonstance, il me faut transformer les septénaires eu neuvaines. et je pense que la difficulté devant laquelle je me trouve sera pour moi une circonstance attéuuanle à la dérogation de tes principes !
foi dans ce saint pour tout ce qui regarde les convulsions, la peur, etc., etc. Faire le voyage de Saint- Loup est pour eux leur première pensée dans ces maladies.
Le paysan a, vous le savez, pour la neuvaine, une confiance prodigieuse; il croit en la neuvaine, et la neuvaine lui fait prendre' patience ; il me fallait donc gagner du temps, et c’est ce que j’obtins par ce moyen.
Je pus donc continuer ma douche en arrosoir pendant la première neuvaine ; mais, pour la seconde, je dus modifier le mode hydrothérapique et le remplacer par l’enveloppement dans le drap mouillé, tel que je l’avais vu pratiquer par le docteur Wertheim, au château d’Issy.
Ce fut une heureuse inspiration, car je fus admirablement secondé par un phénomène physique des plus simples, sur lequel je ne comptais guère, et qui eut, aux yeux de mes assistants, une puissance merveilleuse.
La température de la chambre dans laquelle se trouvait la malade, emmaillottée dans son drap, étant assez basse, il se produisit naturellement, par la réaction qui se faisait chez la malade, une évaporation qui se traduisit en forme de vapeurs, traversant draps et couvertures, et que ces braves gens prirent pour de la fumée.
N’oublions pas que, même enveloppée dans le drap mouillé, aspergée d’eau bénite, la malade continuait à réciter tout haut ses prières, et que ce moyen contribuait pour beaucoup à faire cesser l’aboiement; car, sous la douche comme dans le drap, les spasmes cessaient aussitôt.
— Ça fume! crièrent les assistants en voyant les vapeurs sortir des couvertures; «ça fume, c’est le sort qui s’en va! » dirent quelques-uns, et, comme l’odeur qui se dégageait de la vapeur n’avait rien de bien agréable, il s’ensuivit que ces braves gens ne tardèrent pas à lui trouver, quelques-uns, une odeur de soufre, mais tous, pour le moins, une odeur diabolique.
Vous pensez bien que je me gardai de les dissuader, et que, bien au contraire, je profitai de cet incident pour leur démontrer combien il était important de continuer cette opération
imparfaites ou incomplètes les mesures les plus strictes d’isolement nosocomial c’est la longueur de sa période d’incubation, dont la durée n’est pas moindre de deux septénaires; on verra toujours, surtout aux périodes épidémiques, où les atteintes de la maladie sont nombreuses, admettre dans les salles des hôpitaux soit des malades en état d’incubation variolique, et atteints en même temps d’affections diverses, soit des sujets ébauchant la période prodromique, sans cependant pouvoir être convaincus de variole, et supposés, à un examen sommaire, atteints de toute autre affection.
Tout ce que l’on pourra faire, c’est de songer toujours à la variole quand les malades offriront dans leur état quelque signe prodromique propre à cette affection ; ce sera surtout, et cela est capital, d’abaisser au minimum les chances de transmission, en faisant enlever de la salle commune le varioleux, supposé ou déclaré, le plus promptement possible après que le diagnostic réel aura été porté, ou même sera très-probable. Cette nécessité, qui apparaîtra de plus en plus évidente, rend indispensable la création, dans chaque hôpital, d’un service d’isolement des affections contagieuses, seul moyen de rendre rapidement et efficacement applicables toutes les mesures de préservation que commande l’hygiène contemporaine.
Si j’insiste avec soin sur ces divers points, c’est qu’il est nécessaire d’étudier cette question de très-près, en présence de ce fait assez peu prévu, que le chiffre des cas intérieurs reste considérable, malgré les mesures d’isolement telles qu’elles sont prises aujourd’hui. Lorsque l’on saura que le premier trimestre de 1879, sur moins de 400 admissions de varioleux, compte 91 cas intérieurs de variole, on pourra se demander si, en réalité, les mesures d’isolement ont été exécutées partout avec l’ensemble, l’entrain, la régularité et la précision nécessaires. Je ne veux pas aujourd’hui appuyer trop fortement sur ce point délicat; les chiffres que je donne ont été recueillis, à ma demande, par les soins de M. le directeur de l’Assistance publique, toujours empressé à servir les intérêts de la science et de la vérité; mais ces chiffres n’ont pu être collectés que à posteriori , et par une enquête purement administrative.
J’ai hâte d’ajouter, cependant, qu’il est déjà facile de montrer que ces 91 cas doivént être divisés en deux catégories, et que le plus grand nombre ne mérite, en réalité, pas la qualification de cas intérieurs qui est purement administrative.
En effet, sur ces 91 cas, 51 ont été constatés chez des sujets qui avaient moins
pendant deux neuvaines ; qu’il n’y avait que ce moyen de chasser de chez la malade toutes les vapeurs diaboliques qui y étaient renfermées ; que nous cesserions, du reste, aussitôt qu’il ne sortirait plus de vapeurs.
Je fus assez heureux pour obtenir, après dix-huit jours de ce traitement, une amélioration si notable que je cessai l’enveloppement humide et continuai seulement la strychnine, le fer et le quinquina.
Voilà, mon cher confrère, comment il se fait qu’un jour, pour guérir une malade malgré elle et ses parents, j’inventai l’hydrothérapie orthodoxe. — Fis-je bien? fis-je mal?
Le résultat que j’obtins, dans ce cas, semble me donner raison et m’absoudre sur le modus faciendi que j’employai; car, me disais-je, si des médecins et chirurgiens honorables ont cru pouvoir, en caressant la manie de leurs malades, leur faire des incisions superficielles au ventre ou au nez, pour leur enlever une grenouille, une couleuvre ou une araignée imaginaire, n’avais-je pas le même droit et la même raison, afin d’arriver au même but, d’user du moyen thérapeutique que je viens de raconter? Là, il s’agissait aussi de guérir d’abord la malade en caressant sa crédulité et celle des assistants, mais il s’agissait surtout de faire accepter par des gens que l’ignorance et la bêtise rendaient aveugles, un traitement dont le fond était des plus rationnel, et enfin de leur montrer que la médecine a non-seulement pour mission de combattre les misères physiques, mais aussi de lutter contre les misères et les infirmités morales.
Ce qu’il y eut de certain, c’est que la malade guérit radicalement, et n’eut pas de récidives; mais, ce que je n’oserais affirmer, c’est que j’aie pu convaincre la malade, les parents et les amis, qu’il n’y avait là ni sort ni diablerie, et j’ai peur, je vous l’avoue, malgré toutes les raisons que j’ai pu donner, j’ai peur, dis-je, de passer aujourd’hui encore pour posséder, aux yeux de tous ces gens-là, un pouvoir . surhumain.
de dix jours de séjour d’hôpital, c’est-à-dire que ce ne sont pas de véritables cas intérieurs, les malades étant déjà en puissance de variole au moment de leur entrée. D’autre part, les 40 restants représentent encore certainement un chiffre très- supérieur au nombre vrai, car, non-seulement la période de dix jours accordée à l’incubation est un minimum absolu, et, d’autre part, l’enquête administrative ne peut, en aucune manière, permettre de préciser les époques diverses de la période prodromique ou de la période de variolisation confirmée, à laquelle les malades ont été signalés au service administratif.
Cette question ne peut recevoir de solution que par le concours des deux services administratif et médical; l’administration est toute disposée à recueillir les documents scientifiques et à les centraliser, mais il faut aussi que les chefs de service fournissent ces documents, sans lesquels il est impossible de faire la lumière entière. Les médecins des hôpitaux, qui ont pris si activement et si heureusement en main la défense de l’isolement, des maladies contagieuses, ne voudront pas, je l’espère, se désintéresser absolument d’une question qui est la leur propre, et ils ne se refuseront pas à remplir, pour chaque varioleux constaté dans leur service, un bulletin indiquant simplement la date exacte de la constatation de la variole, la date supposée du début, et ce que l’on peut savoir sur l’origine de l’affection.
Voici, pour chaque établissement, le tableau des cas intérieurs de variole constatés dans les hôpitaux civils de Paris durant le premier trimestre de 1879 ; je le
Varioles
cas intérieurs constatés dans les Hôpitaux et Hospices civils de Paris
Premieh trimestre 1879
Cas de Variole
déclarés moins de 10 jours après l'admission à l'hôpital.
Cas de Variole
déclarés plus de 10 jours aprè»
l'admission à l’hôpital.
Janvier
Février
Mars
Tolal
Janvier
Février
Mari
Total
Hôtel-Dieu .
Pitié .
Charité .
Laënnec . . . .
Tenon .
Saint-Antoine .
Necker .
Cochin .
Beaujon .
Lariboisière . . . .
Saint-Louis . .
Lourcine .
Enfants-Malades .
Sainte-Eugénie .
Maison municipale .
Vieillesse (femmes) .
Enfants-Assistés .
SI
Mais, vous le savez, l’homme est un grand enfant, il a peur des ombres et des vapeurs auxquelles son imagination plus ou moins saine donne des formes fantastiques et prête vie. — Pour lui montrer son erreur, il ne faut pas vouloir l’éclairer trop brusquement, la lumière l’aveuglerait, il fuirait en fermant les yeux. Bien au contraire, il faut l’éclairer doucement, le conduire lentement au jour et lui faire toucher s’il se peut, du doigt, ce qu’il considérait comme fantôme ou comme être venant des ténèbres.
J’avais besoin d’ajouter ce petit commentaire à cette observation, pour vous expliquer pour quel motif je me suis trouvé forcé de donner à l’hydrothérapie une forme peu commune et qui, pour tout le monde peut-être, ne serait pas sans cela une thérapeutique complètement orthodoxe.
Agréez, bien cher confrère, l’expression des sentiments d’estime de votre bien dévoué
Dr Édouard Bordel,
Membre correspondant de l’Académie de médecine.
donne sous toutes les réserves du bénéfice de l’inventaire dont j’ai parlé tout à l’heure, et en attendant ses résultats :
Clinique de la variole
Les notes suivantes, qui nous ont été communiquées par nos collègues chargés des services d’isolement, MM. Rigal, Legroux, Cadet de Gassicourt, Brouardel Rendu, et que nous reproduisons in extenso , présenteront pour le lecteur le plus vif intérêt; on y trouvera les premiers chapitres de l’histoire clinique de l’épidémie actuelle de variole, et la physionomie propre des services d’isolement des hôpitaux remarquablement tracée.
Hôpital Saint-Antoine. — M. Rigal. — La variole pendant le premier trimestre de 1879 :
« Pendant ce trimestre, 108 varioleux sont entrés dans les salles; sur ce nombre, k à 5 malades venaient des autres services et paraissaient avoir contracté la variole à l’hôpital.
Le maximum des entrées a eu lieu du 15 février au 15 mars ; la dernière quinzaine de mars a fourni également plus de malades que les deux quinzaines de janvier ou que la première quinzaine de février.
Les cas les plus graves ont été observés pendantda période maxima de l’épidémie, c’està-dire du 15 février au 15 mars ; c’est alors seulement que j’ai observé de véritables varioles confluentes.
Pendant cette période, il est entré, dans mes salles, 19 cas de variole grave, savoir :
I cas' de variole hémorrhagique vraie (épistaxis, hématurie, ecchymoses cutanées). — La mort est arrivée le cinquième jour de la maladie, troisième jour de l’éruption, qui était trèspeu développée.
6 cas de variole confluente vraie. — La mort a été la terminaison constante, elle a toujours eu lieu du septième au huitième jour de la maladie, en général le huitième jour, au commencement de la période de suppuration ; elle paraissait résulter de la dépression graduelle des forces, résultat direct de la variole, de l’empoisonnement et de l’asphyxie cutanée.
J’appelle variole confluente vraie les cas de variole dans lesquels l’éruption constituée par des pustules petites, aplaties, est Si abondante, si serrée, qu’une fois l’éruption faite, et avant la période de suppuration , il ne reste aucun intervalle de peau saine sur le visage. Je distingue complètement ces varioles confluentes vraies des varioles cohérentes confluentes dont je vais parler.
II cas de variole cohérente confluente. — J’appelle ainsi lès varioles cohérentes dans lesquelles la confluence s'établit à la période de suppuration seulement par le fait du développement considérable des pustules, dont quelques-unes peuvent atteindre la dimension d’une pièce de 50 centimes. Jusqu’au deuxième ou troisième jour de la période de suppuration, les pustules sont encore distinctes, mais alors les bords des pustules se joignent, et l’on observe le masque papier gris, comme dans la variole confluente.
Ces varioles cohérentes confluentes sont graves, mais leur gravité est beaucoup moindre que celle des vraies Varioles confluentes, variété de maladie qui me paraît toujours mortelle.
Des 11 cas de variole cohérente confluente observés aü plus fort de l’épidémie, 3 se sont terminés par la guérison, 8 par la mort.
La mort est survenue dans ces huit cas, comme dans tous ceux que j’ai observés, du douzième au treizième jour de la maladie, et non pas du septième au huitième, comme dans les confluentes vraies. .
Un des malades qui a guéri a été affecté d’une néphrite parenchymateuse secondaire qui dure encore et qui paraît comporter un pronostic très-sérieux.
Du 1er janvier au 15 février , quatre varioleux ont succombé, par suite de complications ou de conditions spéciales.
Un jeune enfant débile n’a pu résister à une variole discrète, il a succombé le onzième jour en pleine suppuration. Cet enfant, vacciné quatre jours avant l’apparition des premiers . symptômes de la variole, a eu des pustules de vaccin légitimes qui ont suivi leur évolution normale en même temps que la variole se développait.
Un jeune homme de 18 ans, atteint de variole cohérente, a succombé le quatorzième jour,
& la suite d’une gangrène des organes génitaux survenue le onzième jour, en pleine période de suppuration et provoquée par une pustulation abondante sur la verge et le scrotum.
Une jeune femme de 29 ans, atteinte d’une variole discrète, est morte d’une métrerrhagie que rien n a pu maîtriser, qui s’est produite sans cause appréciable le cinquième jour de la maladie, le deuxième de l’éruption. La mort a eu lieu le neuvième jour, après une série d’hémorrhagies abondantes ; elle a été déterminée par une syncope.
Un alcoolique atteint de variole discrète a été emporté par une attaque de delirium tremens, pendant la période de dessiccation, le dix-huitième jour de la maladie.
Du 15 mars au 1" avril, je n’ai observé aucun cas mortel; mais un individu affecté de variole cohérente confluente a succombé le 2 avril.
En résumé : du 1er janvier au 31 mars, 108 cas.
19 morts : 1 variole hémorrhagique ; 6 confluentes vraies; 8 cohérentes confluentes; 1 cohérente avec gangrène des organes génitaux ; 1 discrète par mélrorrhagie ; 1 id. par débilité congénitale ; 1 id. par delirium tremens.
89 cas guéris ou en traitement.
Parmi les cas de guérison, 3 cohérentes confluentes.
Les particularités présentées par ces divers cas de variole sont les suivantes :
Je signale des irrégularités très-grandes dans la durée de la période d’invasion; cette durée a oscillé entre trente-six heures et cinq jours. Dans 2 cas de variole discrète légère, à éruption très-clair-semée, la période d’invasion n’a duré que trente-six et quarante-huit heures ; par contre, une variole en corymbes, presque cohérente, a eu une période d’invasion de cinq jours.
Les rashs ont été peu fréquents, toujours scarlatiniformes, quelques-uns hémorrhagiques; ils n’ont eu aucune valeur pronostique et se sont montrés dans les formes les plus diverses.
La rachialgie a manqué dans un certain nombre de cas, même dans une variole confluente terminée par la mort ; dans ce fait, du reste, tous les prodromes furent bénins.
Complications dans le cours de la variole. — J’ai observé 1 cas de pneumonie (variole confluente).
Toutes les autres complications ont fait défaut, particulièrement les complications cardiaques. Je signale cependant trois cas de métrorrhagie sérieux. Gomme je l’ai déjà rapporté, une de ces métrorrhagies a causé la mort. Les deux autres ont guéri ; mais, pour une des malades atteintes de variole cohérente confluente, la mort n’est pas moins survenue trois jours après la cessation de l’hémorrhagie.
Pendant la convalescence, j’ai observé : 1 cas de néphrite parenchymateuse; 1 cas de pleurésie purulente; 6 malades ont eu des abcès multiples. »
Service des varioleux à l’ hôpital Laënnec. — Notes fournies par M. Legroux : « Lorsque je pris le service, au 1er janvier 1879, j’y trouvai une quinzaine de varioleux, la plupart en convalescence. Je n’y reçus pas de nouveaux cas, l’administration ayant résolu de fermer le plus tôt possible les salles d’isolement consacrées à la variole, dans cet hôpital, pour remplir le pavillon d’isolement si bien aménagé à l’hôpital Tenon, que l’on venait d’ouvrir. Vers le 20 javier, je n’eus plus un seul malade, et le service fut définitivement fermé.
En mars, devant la recrudescence de l’épidémie, il fut nécessaire de réorganiser le service pour y déverser le trop plein des varioleux qui affluaient dans les autres hôpitaux, et, le 11 mars, nous recevions nos deux premiers varioleux.
Nombre des cas. — De ce jour au 1 h avril, 71 malades furent traités de la variole : 39 hommes, 31 femmes; 1 enfant de 20 mois.
Provenance. — Sur ces 71 varioleux, 68 vinrent du dehors : 19 du XIX* arrondissement, 7 du XI*, 6 du 1er, 6 du Xe, k du XVIIIe, 3 du IVe, 3 du VIIe, 3 du IXe, 3 du XIIe, 3 du XVIIe, 2 du IIIe, 1 du IIe, 1 du VIe, 1 du XIVe, 1 du XVe, 1 du XVIe; enfin, Puteaux et Aubervilliers fournirent chacun 1 malade, Clichy en envoya 2. Les trois autres cas furent des cas intérieurs développés chez des malades atteints de phthisie pulmonaire.
Erreurs. — L’envoi des malades du dehors donna lieu à trois erreurs de diagnostic : un cas d’embarras gastrique, un cas d’érythème développé sous l’influence du cubèbe; enfin, un cas fort remarquable de fièvre typhoïde grave à éruption rosée, tellement généralisée et confluente qu’il était possible de s’y tromper.
Vaccine. — Le plus grand nombre de nos malades avaient été vaccinés dans l’enfance, mais , non revaccinés. Sur nos 71 malades, 2 seulement n’avaient pas été vaccinés : l’un, enfant italien de 20 mois, est mort pendant la suppuration d’une variole cohérente ; l’autre, homme de 26 ans, guérit d’une variole confluente. Quatre autres sujets ne purent fournir de renseignements et n’offraient pas de cicatrices bien nettes de vaccine : deux succombèrent, l’un à une variole confluente, le second à une variole hémorrhagique, le troisième eut une discrète, le quatrième est en voie de guérison d’une confluente.
L’un de nos malades phthisiques, cas intérieur, avait été revacciné, sans succès, avec le vaccin de génisse, dans l’hôpital même, un mois avant de présenter les premiers symptômes d’une variole discrète.
Age. — G’est de 15 à 30 ans que la variole a fait le plus de victimes. Nous comptons, en
effet, sur nos 71 varioleux, 1 cas de 20 mois; 15 cas de 15 ans à 20 ans; 27 cas de 21 à 25 ans; 19 cas de 26 à 30 ans; 2 cas de 31 à 35 ans; 4 cas de 36 à 40 ans; 6 cas de 41 ans à 46 ans.
Sexe. — 39 hommes, 31 femmes, 1 enfant.
Formes. — Nous comptons 24 varioloïdes : 16 discrètes, 10 varioles en corymbes, 8 varioles cohérentes, 10 confluentes, 3 hémorrhagiques.
Le rash, presque toujours purpuroïde, s’est montré 1 fois dans la varioloïde, 8 fois dans la discrète et 1 fois dans la cohérente. L’efflorescence occupait toujours la zone du bassin, et, sur cette zone, l’éruption variolique était des plus rares. Dans un cas de variole discrète en traitement, le rash, purpuroïde à pointillé très-fm, occupait tout le bassin, l’abdomen jusqu’à l’appendice xyphoïde, remontait, en s’écartant du sternum, jusqu’au creux de l’aisselle et les parties latérales du tronc. Partout où le rash a évolué, on ne rencontre presque que trois ou quatre rares pustules avortées; la pustulation vraie ne commence qu’à la limite de l’efflorescence et en dessine les contours.
Les varioles hémorrhagiques ont été remarquables par la généralisation des points hémorrhagiques (bouche, nez, vessie, utérus, intestin), par le mauvais développement de l’éruption variolique et par l’adynamie constatée dès le début. Dans les 3 cas, nous avons pu apprécier que les sujets étaient surmenés par la misère et le travail avant de tomber malades.
Nous avons noté dans les cohérentes et les confluentes une éruption très-abondante sur la langue, le pharynx, le voile du palais.
Phlegmons de la convalescence. — Peu d’abcès disséminés à la période de la convalescence, mais de larges phlegmons sous-aponévrotiques dans 3 cas.
L’un de la partie externe et inférieure de la jambe gauche, anciennement malade d’un ulcère variqueux guéri, chez un Italien, à la fin d’une variole confluente.
Le second, phlegmon de l’avant-bras et du bras gauche, avec dénudation de radius, chez une jeune femme, infirmière à la Salpêtrière, je crois, atteinte de variole cohérente.
Le troisième, phlegmon profond de la partie latérale droite du cou, chez une femme atteinte de variole cohérente.
Ces trois cas sont encore en traitement. Le phlegmon du bras nous inspire encore de l’inquiétude, en raison de l’altération osseuse et du voisinage de l’articulation du coude.
Cas mortels. — Sur nos 71 malades, nous en avons perdu 7 : 2 hommes, 4 femmes,
1 enfant. Des 2 hommes, l’un a succombé la nuit du jour de son admission (variole confluente à la période de suppuration)-, l’autre est mort de variole hémorrhagique. Des 4 décès femmes, on compte 2 varioles confluentes à la période de suppuration, 2 varioles hémorrhagiques. Le septième décès, à la période de suppuration, chez un enfant de 20 mois non vacciné.
Traitement. — Je n’ai rien innové dans le traitement de nos varioleux, et je me suis guidé sur les symptômes. L’alcool, le vin, les stimulants (acétate d’ammoniaque, l’opium, le perchlorure de fer, etc.), ont été employés suivant les circonstances. Pendant la convalescence, les bains, les toniques.
Précautions prises avant la signature de l’exeat. — Tout malade, avant de sortir de l’hôpital, séjourne quelque temps dans une salle où ne se trouve pas de variole en évolution; il est baigné, nettoyé avec soin. Il ne part que dès que l’on n’aperçoit plus aucune squame à la surface de sa peau.
Le service de l’isolement à l’hôpital Laënnec est aussi complet que possible : local éloigné des autres services, séparé d’eux par de grands jardins; personnel séparé; visites médicales faites après le passage dans les autres salles ; admissions des élèves dans le service, en petit nombre et après revaccination. (Revaccinalions à la génisse dont aucune n’a été positive.) — Pendant la première période (janvier), l’interne en pharmacie, M. Lefebvre, a contracté dans l’hôpital une varioloïde des plus bénignes. Aucun autre cas dans le personnel hospitalier ne s’est présenté.
J’ajouterai que surveillantes et sous-surveillantes (laïques), infirmiers ou infirmières, tous,' quoi qu’en aient dit calomnieusement certains organes de la Presse, ont fait leur service avec dévouement et sans aucune défection. »
Sainte-Edgénie. — M. Cadet de Gassicourt : « Depuis le 1" janvier, j’ai soigné dans mes salles 8 affections varioliques qui se décomposent ainsi :
3 varioloïdes ; 5 varioles, parmi lesquelles 3 étaient hémorrhagiques. Les 3 varioloïdes ont guéri. Sur les 5 varioles, 2 ont guéri; elles étaient assez discrètes. Les sujets n’avaient pas été vaccines.
Les 3 varioles qui ont succombé étaient toutes 3 hémorrhagiques. La mort a été rapide;
elle a eu lieu le sixième jour chez l’un des malades, et, le septième jour, chez les 2 autres. Je compte les jours à partir de l’éruption.
Je n’ai eu qu’un seul cas intérieur, au mois de février, dans ma salle des chroniques, et il est fort probable que la contagion avait eu lieu au dehors, car je n’avais aucune variole dans mes salles d’isolement, et l’éruption a débuté huit jours après l’entrée de l’enfant à l’hôpital.
Depuis le 8 mars, pas un seul nouveau cas n’est arrivé dans mes salles. »
Hôpital de la Pitié. — M. Brouardel : « Les salles de varioleux ont été ouvertes le 27 mars 1879, et depuis cette époque jusqu’au 23 avril inclusivement, il est entré 50 malades, dont 28 hommes et 22 femmes, répartis ainsi qu’il suit :
24 varioles discrètes, 8 varioles cohérentes, 5 varioles confluentes, 5 varioloïdes, 3 varicelles, 3 rougeoles, 1 herpès de la face, 1 fièvre intermittente. — Total : 50.
Sur ce nombre, il y a eu 4 cas de mort (varioles confluentes) ; 18 sont sortis guéris ; 28 sont encore en traitement. »
Hôpital Tenon. — M. Rendu : Janvier 1879, 11 varioleux, 1 décès. — Février, 14 varioleux, 2 décès. — Mars, 33 varioleux, 2 décès.
Sur les 58 malades, on compte 1 Anglais, 2 Autrichiens, 2 Italiens, 1 Belge.
M. Rendu appelle l’atlention sur ce nombre de malades étrangers, qui sera montré plus considérable encore dans le trimestre suivant.
(A suivre dans un prochain numéro.)