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REVUE DE THÉRAPEUTIQUE

Là THÉRAPEUTIQUE ET L’HYGIÈNE

Deux tendances bien manifestes sont accusées aujourd’hui par le mouvement de la thérapeutique médicale. C’est d’abord celle qui consiste à rechercher, dans un état morbide quelconque, les troubles les plus élémentaires, pour en faire l’objet d’une indication. Puis il y a cette autre tendance, en vertu de laquelle, s’adressant avant tout aux modificateurs hygiéniques les plus simples, le médecin leur demande de remplir quelqu’une de ces indications.

Je ne veux point rechercher aujourd’hui jusqu’à quel point ces deux tendances s’accordent ou se contrarient, mais seulement constater les travaux qu’a fait éclore cette pensée que, dans le cadre des modificateurs hygiéniques, nous pouvons rencontrer une foule de moyens aussi puissants pour l’action thérapeutique, plus puissants peut-être, que beaucoup d’agents de la matière médicale.

La portée de ces moyens ne se mesure pas exclusivement par les résultats immédiats dont est susceptible leur action, mais bien plutôt, et surtout, par la fréquence avec laquelle leur influence se répète, par la permanence même avec laquelle agissent plusieurs d’entre eux.

11 semble que ces faits se soient particulièrement offerts à l’esprit des chercheurs en ce moment, où nous voyons le professeur Peter étudier, avec la sagacité qui le caractérise, le traitement hygiénique des tuberculeux, le professeur Bouchardat faire un examen approfondi du traitement hygiénique des dyspeptiques ; et cela, tandis que les recherches des physiologistes s’appliquent plus que jamais aux actes de la digestion gastrique, ainsi qu’en témoignent les études de MM. Richet et Leven, et le travail plus pratique encore du docteur Dujardin-Beaumetz.

Pour ce qui est des tuberculeux, nul ne s’étonnera de la portée que peut avoir, dans leur traitement, le règlement d’une hygiène bien entendue. A première vue peut-être se demandera-t-on quelle puissance peuvent avoir de simples modificateurs hygiéniques^pour atteindre une affection aussi spéciale et un produit morbide aussi près de la spécificité que l’est le tubercule. La maladie ainsi conçue il semble, en effet, qu’il soit presque puéril de lui chercher d’autre remède* qu’un spécifique.

Mais telle n’est pas l’idée qu’il faut s’en faire. M. Peter nous le dit dès le début de son étude et en termes assez topiques pour qu’on les relève : il n’y a pas de traitement de la phthisie, pour une bonne raison, c’est que la phthisie n’existe pas. Mais,

s’il n’y a pas de phthisie, il y a des phthisiques, hélas ! Et il y a nombre de moyens de soigner les phthisiques. Et 1 hygiene peut et doit tenir une place importante parmi ces moyens thérapeutiques.

Je ne sais si j’ai bien fait comprendre comment ici l’idée synthétique , doctrinale si l’on veut, qu’on se fait d’une maladie, peut conduire à des applications pratiques toutes différentes, selon qu’on adopte ou qu’on rejette la doctrine. Mais ce n’est pas le moment d’y insister davantage.

Le professeur Bouchardat a passé en revue les indications que l’on tire des conditions pathogéniques en général, et, dans un article intitulé : «De la thérapeutique étiologique » (Bull, de thérap .), il insiste sur la haute valeur que possède cette indication tirée des causes de la maladie, dans les cas où il est possible de la dégager nettement des données du problème. Mais quand la cause reste au-dessus de nos moyens d’action, il faut bien s’attaquer aux effets. Et quand les effets échappent, ainsi qu’il arrive souvent encore, à toute influence thérapeutique, ce sont les conditions déterminantes indirectes qu’il nous faut combattre.

Je ne rappellerai pas tous les moyens sur lesquels le professeur Peter arrête sa critique, les indications qu’il leur reconnaît, et la mesure dans laquelle ces moyens peuvent y satisfaire, mesure plus large qu’on ne le croit souvent et que ne tendrait à le faire croire la pratique nosocomiale.

Appliquant à cette question du pronostic la façon judicieuse de parler de mon maître et ami, je répéterai : La phthisie n’est pas curable, peut-être ; mais les phthisiques peuvent être guéris. Il faut qu’on le sache. Et, dans la pratique nosocomiale elle-même, où les conditions sont si défavorables à une cure semblable, il ne faut pas désespérer du phthisique.

Abandonne-t-on le rhumatisant, parce que son attaque de rhumatisme articulaire aigu une fois terminée, il reste rhumatisant et sous le coup de nouvelles attaques ? Le scrofuleux n’est-il pas voué à des manifestations multiples, que le traitement peut combattre, mais dont il ne peut tarir la source et anéantir le principe? Et, quant au syphilitique, malgré le traitement spécifique le mieux conduit, quand et comment pourra-t-il se dire guéri et à l’abri de toute nouvelle expression de la diathèse?— En un mot, la tuberculose, sous ce rapport, ne diffère pas tant de ces maladies constitutionnelles, qu’il y ait à soigner celles-ci et à abandonner celle-là, sous le prétexte d’impuissance et d’inefficacité des moyens thérapeutiques.

La phthisie n’est-elle pas d’ailleurs une maladie qui s’arrête, parfois même spontanément, et dont les stades peuvent se prolonger, au point de conduire jusqu’à la vieillesse l’homme qui en est atteint? On cite tous les jours des exemples qui prouvent qu’il peut en être ainsi.

Je pourrais y joindre les suivants, qui sont des plus significatifs : Un jeune homme de 22 ans, ayant perdu son frère phthisique vers l’âge de 18 ans, est pris lui-même d’une hémoptysie abondante. Il quitte ses occupations, passe deux hivers en Algérie, fait dans l’intervalle une saison à Cauterets ; puis, suffisamment rétabli, s’adonne à l’agriculture, dans une province qui n’a rièn de méridional, s’y marie, et y élève une famille de trois enfants. Il a aujourd’hui 42 ans et se porte à merveille.

Un jeune séminariste, à la suite d’hémoptysies abondantes, ayant été condamné par Récamier comme phthisique, se voit fermer, pour cause de santé, la porte d’une congrégation religieuse. Il se rend en Belgique, dans une famille où il fait l’éducation de jeunes gens, en suivant d’ailleurs une hygiène assez douce et un régime largement réparateur. Après quelques années de cette existence, il sollicite de nouveau l’admission dans une congrégation qui l’agrée. Vers l’âge de 50 ans, à la suite de fatigues causées par la grande prédication, il tombe dans un état d’épuisement excessif, et des signes manifestes de ramollissement tuberculeux sont constatés par un de nos éminents confrères de Belgique et constatés par moi. Je prescris un repos prolongé à la campagne, avec l’usage du lait largement pratiqué et l’emploi de quelques révulsifs locaux. Après dix-huit mois de ce régime, le malade peut reprendre un ministère des plus actifs, qu’il continue encore aujourd’hui, âgé de plus de

l’union médicale.

Citerai-je encore le père de six enfants, morts successivement, depuis lage de quelques mois jusqu a -40 ans, de méningite tuberculeuse, de tumeur blanche, de phthisie pulmonaire, de carreau, etc , tandis que lui, ayant eu à diverses reprises des hémoptysies dans le cours de son existence, meurt phthisique vers l'âge de (35 ans au moins?

Je pourrais ajouter à ces faits celui d’une jeune femme chez laquelle le professeur Charcot reconnut, avec moi, la présence d’une caverne sous la clavicule droite ; puis, après six mois de campagne et de bonne hygiène, la disparition complète de celte caverne.

Tous ces faits ne prouvent-ils pas qu’un phthisique peut guérir ou du moins vivre indéfiniment, dans un état aussi satisfaisant que s’il était totalement guéri ?

Les moyens sur lesquels insiste M. Peter sont la vie en plein air et en pleine lumière, à la campagne autant que possible; l’exercice, dans la mesure où il permet la réparation des forces, et dans une atmosphère propice. C’est dans ce but que l’émigration vers les villes d’hiver doit être réservée. Les questions d’aménagement intérieur, de mobilier, de chauffage et de ventilation, sont passées en revue par lui et appréciées comme il convient. Le régime alimentaire est mûrement étudié, ainsi que l’usage de l’hydrothérapie. Je n’y insiste pas. J’ai pu communiquer à M. Peter le cas d’un jeune homme phthisique, fils d’une mère phthisique, qui, ayant eu le croup à 6 ans (son observation a été publiée par moi dans TUnion Médicale en 1860), demeurait confiné à la maison par des bronchites successives et presque permanentes, quand j’eus l’idée, l’ayant déjà tiré du croup par la trachéotomie, de le faire lotionner tous les matins à l'eau froide. L’enfant s’aguerrit sous cette influence, put mener une assez rude vie, partagée entre l’étude et des labeurs nécessités par la modicité de ses ressources, entrer à Saint-Cyr; et c’est aujourd’hui un officier qui porte gaillardement l’uniforme.

Faire fonctionner la peau, c’est une recommandation sur laquelle on ne saurait trop insister et une indication qu’il faut remplir, dût-il même en résulter quelques risques. La fièvre, les sueurs, la diarrhée, constituent ensuite les principaux éléments d’indication, auxquels il faut ajouter l’état du larynx.

La dyspepsie n’est pas moins l’ennemi des phthisiques que de beaucoup d’autres malades, et c’est encore un ennemi que nous pouvons attaquer et combattre, quelle que soit l’apparence, variée d’ailleurs, sous laquelle il se présente.

Le professeur Bouchardat passe en revue ces variétés et nous montre judicieusement de quelle multiplicité de moyens l’hygiène nous arme pour cette lutte. Après avoir judicieusement établi que le régime des dyspeptiques ne saurait comporter d’exclusion systématique; qu’il en est auxquels il faut permettre, sinon conseiller l’usage de la salade et des fruits; il énumère les diverses dyspepsies, celles auxquelles conviennent les alcalins; celles qui se trouvent bien des acides, celles surtout qui se lient à l’insuffisance de sécrétion des sucs normaux et des ferments que doivent contenir ces sécrétions.

Je me permettrai ici de différer quelque peu d’avis avec un maître pourtant si autorisé. Loin de croire que l’insuffisance de sécrétion d’un ferment digestif se rencontre rarement, je pense, au contraire, que c’est souvent en cela que consiste l’écueil de nombre de dyspeptiques. J’ai vu souvent, comme lui, l’administration de ces ferments en nature échouer chez des dyspeptiques chez lesquels on croyait devoir compter sur leur efficacité; mais souvent aussi j’ai vu ces mêmes ferments, administrés d’une autre façon et sous une autre forme, être suivis des meilleurs résultats. La pancréatine, la pepsine, la maltine, données isolément, échouent en effet très-fréquemment; mais il n’est pas rare de voir les peptogènes, le lait, la bière, les stimulants légers des sécrétions spéciales, réussir là où les ferments en nature étaient demeurés sans effet. C’est une question de régime, dans laquelle il n’importe pas seulement de choisir les aliments de facile digestion, mais encore ceux qui peuvent provoquer par fleur présence les aptitudes digestives.

Plus rares sont les cas où il importe d’atténuer l’activité des ferments sécrétés.

M. Bouchardat les a prévus cependant, et il pense que c’est à ces conditions que répond l’usage de l’éther et des essences balsamiques.

Quoi qu’il en soit de cette dernière affirmation, nous pouvons conclure avec notre auteur que, dans l’étude de ce sujet, un des plus difficiles de la médecine, la thérapeutique étiologique, celle dans laquelle l’hygiène tient la plus grande place, est la voie dans laquelle il faut s’efforcer de marcher, d’autant plus qu’elle est aussi sûre qu’inoffensive.

A. Ferrand, médecin de l’hôpital Laënnec.

MEMENTO BIBLIOGRAPHIQUE

Mesmer, — Le magnétisme animal, — Les tables tournantes et les esprits, par Ernest Bersot, membre de l’Institut, directeur de l’École normale supérieure. Quatrième édition. Paris, 1879. Librairie Hachette et Cle, boulevard Saint-Germain, 79. Un vol. in-18.

Cet ouvrage est divisé en trois parties. La première, intitulée Histoire du Magnétisme, raconte d’une manière rapide, mais assez complète, les hauts faits de Mesmer, Desion, Puységur, Deleuze, Dupotet, etc. Plusieurs de nos confrères, hélas ! jouent un triste rôle dans cette honteuse et malsaine comédie ! Ce récit est écrit d’une manière remarquable et excite un véritable intérêt.

La seconde partie, intitulée Tradition du Merveilleux, va chercher ce merveilleux dans l’antiquité et dans le moyen âge, et nous fait passer par les possédées de Loudun, les trembleurs des Cévennes, les convulsionnaires de Saint-Médard, etc., pour nous amener aux tables tournantes, aux esprits frappeurs, et autres farces, qui, en faisant tant de dupes de nos jours, ont eu, pour tout esprit sérieux et humanitaire, un résultat d’une haute utilité, celui de démontrer combien il est urgent de répandre l’instruction dans notre société, et principalement dans le sexe faible.

Enfin la troisième partie est la partie critique. Dans cette dernière partie, l’auteur a fait preuve d’érudition et de talent.

Une courte citation donnera une idée très-juste de l’excellent livre deM. Bersot : « ... Nous avions en vue le merveilleux contemporain, qui nous intéresse et intéresse particulièrement le public. Il ne pouvait être ni connu ni expliqué tout seul, et nous en avons rapproché les récits semblables de divers temps, pour expliquer le tout ensemble. Dans cette tentative d’explication, une règle s’imposait à nous : avant d’admettre qu’il y a une chose que la nature est incapable de faire, il faut s’informer de ce qu’elle est capable de faire ; et nous avons essayé cette information, étudiant aussi exactement que possible les forces naturelles, les suivant depuis le degré ordinaire, qui, en général, est seul considéré et sert d’unique mesure, jusqu’aux degrés les plus élevés où on les connaisse, sans exclure le par delà, qu’il ne faut jamais exclure . »

Dans tout cet écrit règne un esprit éclairé, libéral et scientifique; c’est un bon souvenir pour les médecins, un bon enseignement pour les lecteurs étrangers à la médecine. — G. R.

Bibliothèque des Merveilles. — L’éclairage électrique, par le comte Th. du Moncel, membre de l’Institut. Ouvrage illustré de 70 figures dessinées sur bois. — Paris, 1879 ; librairie Hachette et C10, 79, boulevard Saint-Germain. Un vol. in-18.

Rien de ce qui concerne l’éclairage électrique n’a été oublié dans cet intéressant petit . livre, où toutes les descriptions sont très-claires. Nous y remarquons, entre autres choses à signaler, un historique très-curieux, des considérations préalables importantes sur l’électricité, la définition et le mode de production de la lumière électrique. Voici une remarque qui a beaucoup d’importance : « La lumière électrique, dit l’auteur, a une grande analogie avec celle du soleil, mais elle renferme plus de rayons chimiques, ce qui la rend un peu dangereuse pour la vue. » On lira avec intérêt tout ce qui est relatif au prix de revient de l’éclairage électrique et aux applications de cette lumière à l’éclairage public, à l’éclairage des phares, à l’éclairage des navires, aux signaux nautiques de grande portée, aux arts militaires, à 1 éclairage des voies ferrées, h l’éclairage des galeries de mines, des travaux de nuit, des travaux agricoles, à l’éclairage des gares, des ateliers, à la pèche, aux travaux sous-marins, aux projections et aux reproductions photographiques, aux représentations théâtrales, etc.

de ^iclaira9e électrique de M. Du Moncel doit être dans toutes les mains; car ? ^ 1 ^e. différent à une découverte qui promet à la civilisation des résultats

P grande utilité; personne ne peut rester ignorant sur les faits relatifs à une industrie

que nous sommes destinés à rencontrer partout dans la vie sociale et jusque dans la vie privée. — G. R.

ACADEMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ MÉOICALE DES HOPITAUX

Séance du 24 janvier 1879. — Présidence de M. Hervieox.

SOMMAIRE. — Correspondance imprimée. — Discours de M. Rigal aux obsèques de M. A. Tardieu. — Rapport de M. Ernest Besnier sur les maladies régnantes du quatrième trimestre de 1878. Discussion : MM. Dujardin-Beaumetz, Dumontpallier. — Communication de M. Debove sur Y hémiplégie saturnine. Discussion : MM. Dujardin-Beaumetz, Dumontpallier, Debove. — Nomination de M- le docteur Vergely (de Bordeaux) au titre de membre correspondant.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Correspondance imprimée : Mémoire sur les latrines scolaires, par M. Perrin. — Marseille médical. — Archives de médecine navale. — Bulletin médical du Nord. — Annales de gynécologie, etc.

M. Vallin présente le premier numéro de la Revue d’hygiène et de 'police sanitaire.

M. le Président annonce la perte regrettable que la Société médicale des hôpitaux vient de faire en la personne de M. A. Tardieu, ancien président de la Société.

M. le Président prie M. Rigal de donner lecture du discours qu’il a prononcé sur la tombe de M. Tardieu, au nom de la Société médicale des hôpitaux. (Voir I’Union Médicale du 18 janvier 1879.)

M. Ernest Besnier lit le rapport sur les maladies régnantes pendant le quatrième trimestre de l’année 1878. (Voyez Union Médicale, février 1879.)

M. Dujardin-Beaumetz demande à insister sur la concordance des épidémies de varicelle et de variole. Aussi est-il persuadé que, bien souvent, les médecins commettent une erreur de diagnostic en considérant comme une variole la varicelle.

M. Dumontpallier : Pour ne pas commettre d’erreur, il est facile de s’en assurer en pratiquant l’inoculation. La varicelle ne s’inocule pas, tandis que la variole s’inocule.

M. Debove donne lecture de l’observation suivante, relative à un cas d’hémiplégie saturnine. (Voir le dernier numéro.)

M. Dujardin-Beaumetz : Ce fait est des plus intéressants; toutefois, je demanderai à M. Debove quelques renseignements au point de vue du diagnostic. Notre collègue vient de nous dire que son malade est atteint d’hémiplégie saturnine. Ne s’agit-il pas plutôt d’un névropathe travaillant le plomb? En général, chez les saturnins, les phénomènes morbides sont tenaces ; chez le malade de M. Debove, les accidents ont l’allure qu’on observe chez les hystériques, chez les névropathes. N'aurait-on pas pu tenter une simulation de traitement?

M. Debove : Il y a plusieurs variétés de paralysie saturnine : Les unes sont d’origine périphérique, les autres d’origine centrale. Mon malade est atteint d’une paralysie d’origine centrale. Je ne puis admettre avec mon collègue qu’il soit un névropathe ; car c’est un sujet vigoureux qui n’a jamais eu d’accidents nerveux. Au point de vue de la simulation, il n’y croit pas non plus; car il a fait la contre-épreuve avec un faux aimant et n’a rien obtenu.

M. Dujardin-Beaumetz a vu une jeune fille hystérique chez laquelle la vision était totalement abolie. Le docteur Abadie, consulté, constata la perte de la sensibilité des deux yeux. Il appliqua des plaques d’or. Au bout d’une demi-heure, la vue était revenue.

M. Debove : Lorsque l’anesthésie est générale chez l’hystérique, l’application d’aimants ne produit aucun résultat. J’ai dans mon service deux malades chez lesquels j’ai complètement échoué. M. Charcot a observé les mêmes résultats.

M. Dumontpallier : Notre collègue, M. Dujardin-Beaumetz, vient de nous exposer l’observation d’une jeune fille devenue subitement amaurotique et guérie, dit-il, en quelques instants par l’application de plaquettes d’or sur les régions temporales et sus-orbitaires. Puis, dit-il, ceUe guérison pourrait paraître miraculeuse.

Ce fait. Messieurs, vient s’ajouter à d’autres faits semblables d’amaurose ou d’achroma-

lopsie partielle ou complète traitées avec succès par la métallothérapie externe et n’ont rien de miraculeus, c’est-à-dire d’inexplicable, pour ceux d’enlre nous qui ont été témoins de l’évolution des phénomènes produits par l’application externe des métaux.

En effet, il est scientifiquement établi aujourd'hui que l’achromatopsie partielle ou totale morbide ou expérimentale, se manifeste presque toujours dans un ordre déterminé, et que lè retour de la vision normale se produit aussi dans un ordre presque toujours le même. M. Dujardin-Beaumetz et M. Abadie ont dû constater chez leur jeune malade, très-probablement hystérique, le retour de la perception des couleurs dans un ordre déterminé, dans un ordre classique, et, dès lors, le fait cesse d’offrir rien de miraculeux.

Quant à l’abservation de M. Debove où il est relaté qu’une jeune personne hystérique, sensible à l'application externe de plaquettes d’or, a été soumise sans aucun bénéfice à l’administration interne du même métal, qu’il me soit permis de demander à notre honorable collègue si la malade qu’il a soignée avec M. Charcot, prenait bien exactement la préparation métallique qui lui avait été prescrite. Enfin, dans je cas où il serait établi que le traitement a été régulièrement suivi, ce fait négatif ne prouverait pas que l’état morbide de la malade ne pouvait pas être modifié par un autre métal que l’or. L’expérience enseigne qu’il est des hystériques polymétalliques, c’est-à-dire dont les phénomènes hystériques peuvent être modifiés par l’application externe de plusieurs métaux. En général, le polymétallisme est une mauvaise condition thérapeutique; toutefois, telle malade dont l'insensibilité générale et spéciale est incomplètement modifiée par l’or, peut recouvrer complètement la sensibilité sous l’action d’un autre métal. Le fait est établi par l’observation de la jeune Morissot, dont l’achro* matopsie avait été modifiée avantageusement par l’application externe de plaquettes d’or, et qui ne recouvra complètement la sensibilité générale et spéciale, de même que la santé, que par l’application externe du métal argent, dont l’action thérapeutique fut fixée et rendue durable par l’application d’un métal neutre pour la malade.

Celte dernière remarque me conduirait à vous entretenir des phénomènes métalloscopiques auxquels la commission de la Société de biologie a donné les noms de phénomènes d’arrêt et de fixation. Tous les détails des expériences qui nous ont révélé ces faits pourront être repris dans une autre séance. Qu’il me soit permis aujourd’hui de faire remarquer que l’étude de la métallothérapie demande beaucoup de temps, beaucoup de patience, et qu’il ne faut pas se hâter de rapporter des observations, peut-être incomplètes, pour les opposer à une étude assidue qui a été poursuivie depuis plus de deux ans par des hommes qui n’ont eu d’autre mobile que la recherche scientifique de la vérité.

Quant à la question qui m’est posée par notre honorable collègue M. Laboulbène, à savoir s’il existe une métallothérapie interne, je rappellerai que la commission de la Société de biologie, dans ses deux rapports, a conclu ;

1° Que les phénomènes exposés par M. Burq, et résultant de l’application externe des métaux, sont parfaitement exacts;

2“ Que, chez les malades soumises aux expériences de la commission, les métaux, or, argent, cuivre, administrés à f intérieur, sur l’indication fournie par l’action externe des mêmes métaux, ont rendu auxdites malades la sensibilité générale et spéciale, et toutes les apparences de la santé. Je dis toutes les apparences de la santé, parce que la commission, faisant œuvre scientifique, ne s’est pas crue autorisée à affirmer que les malades étaient guéries, — et cela pour deux motifs : 1° parce que, après quatre, cinq ou six mois de guérison apparente, l’anesthésie et l’amyasthénie pouvaient réapparaître si l’on cessait le traitement; 2* parce que la guérison apparente pouvait, par certaines expériences, être arrêtée dans son évolution. Mais il n’en reste pas moins acquis ce double fait, que les troubles nerveux hystériques sont modifiés par l’application externe d’un métal déterminé, et que l’administration du même métal à l’intérieur produit une modification thérapeutique d’une durée variable. Il me resterait encore à vous dire comment la commission de la Société de biologie est arrivée, et cela par des expériences répétées devant des professeurs de la Faculté de médecine et devant des membres de l’Académie des sciences, à reconnaître la mesure de la métallothérapie et à concevoir une théorie des phénomènes métalloscopiques. L’occasion se présentera dans l’avenir de vous entretenir de tous ces faits, assurément très-intéressants, dussent-ils même, pour les plus sévères, n’avoir que la portée que l’on accorde aux faits de physiologie expérimentale.

M. Debove a donné à l’intérieur le métal indiqué pour l’application externe, et il n’a rien obtenu. Ainsi, il a vu une jeune fille hystérique, hémianesthésique, sensible à l’or appliqué extérieurement. Il prescrivit à l’intérieur des préparations d’or, et n’obtint aucune modification, malgré la continuation de cette médication pendant six semaines.

M. le docteur Vergely (de Bordeaux) est proclamé membre correspondant de la Société médicale des hôpitaux, à la suite du scrutin ouvert au commencement de la séance.

— La séance est levée à cinq heures.

Le secrétaire, MARTINEAU.

JOURNAL DES JOURNAUX

Des troubles hémi-thermiques ( hémi-hyperthermie , hémi-hypothermie) clans la méningite, par M. H. Henrot. — Malade de 20 ans, atteint d’abord de pleurésie double, puis de méningite. Pendant la durée de cette maladie, il a présenté d’abord des phénomènes d’hémi-parésie et d’ hémi-hypothermie du côté gauche, sans troubles de la sensibilité. Puis, après l’apparition des phénomènes cérébraux, on constata au contraire une élévation de température plus marquée à gauche qu’à droite. Ainsi, deux thermomètres laissés pendant 5 minutes aux deux plis du coude donnèrent les résultats suivants :

A gauche . 37°

A droite . 34°, 8

soit une différence de 2 degrés 2 dixièmes. A l’autopsie, on trouva les lésions de la méningite tuberculeuse.

L’auteur rappelle que l’existence de troubles thermiques localisés a été notée : par Broca, au front pendant l’activité cérébrale; par Peter, dans les points correspondant aux poussées congestives d’une partie du poumon atteint de tuberculose; par Billroth, qui a noté chez un individu ayant la moitié du corps brûlé, une température de 33° dans l’aiselle correspondante; par Demarquay, dans les anévrysmes; par Yulpian, dans un cas de rhumatisme ( Clinique médicale de la Charité).

Au sujet de son observation, l’auteur se demande s’il n’y aurait pas dans le cerveau des centres thermiques , comme il y a des centres moteurs. Dans cette hypothèse, M. Henrot a noté un point de méningite plastique d’un demi-centimètre d’épaisseur dans le sillon limitant en dehors le lobule paracenlral droit. Est-ce donc ce foyer localisé qui a pu amener l’hémihypothermie? La question doit être réservée. ( Union mèd. et scientifique du Nord-Est , 28 février 1879.) — H. H.

FORMULAIRE

Moyen de calmer la douleur résultant de la cautérisation de la

CONJONCTIVE PAR LE SULFATE DE CUIVRE. — Cari PlCK.

On touche, comme à l’ordinaire, la conjonctive avec le crayon de sulfate de cuivre à surface polie. Puis, quatre ou cinq minutes après l’opération, on dépose du calomel sur la muqueuse cautérisée, et la douleur cesse instantanément. Après avoir procédé de celte façon pendant 5 ou 6 jours, on applique le calomel sur la conjonctive, immédiatement après la cautérisation par le sulfate de cuivre, et la cuisson cesse au moment même. — Dans six cas, le docteur Pick a obtenu de bons résultats de ce mode de traitement. — N. G.

Ephémérides médicales. — 13 Mai 1856.

Mort de J. Zuléma Amussat, membre de l’Académie de médecine. Ses nombreux travaux l’ont placé au premier rang. C’était un esprit ingénieux, inventif, qui a fait faire des progrès signalés à plusieurs branches de l’art. On peut voir son magnifique tombeau, orné de son buste en bronze, au cimetière du Sud. — A. Ch.

Appel

Aux médecins et aux étudiants en médecine de Paris et de ta province.

Il s’est formé à Paris un Comité français de secours aux inondés de Sz^gedin, ville de Hongrie, détruite par un débordement de la Theiss. Au nombre des membres de ce Comité, se trouve un groupe de médecins qui se croient autorisés à faire appel à l’esprit de charité de leurs confrères. La France studieuses n’a pas oublié que, pendant les désastres de 1870-1871, elle a reçu de Hongrie de nombreux témoignages de sympathie, et que nos soldats prisonniers et malades en Allemagne ont été chaleureusement secourus par la bienfaisance des Magyars.

La souscription ouverte en faveur des inondés hongrois, si bien accueillie par tous nos concitoyens, trouvera de chauds partisans parmi nos confrères et la jeunesse de nos Écoles. Nous venons leur demander de tendre une main secourable à un pays où le nom de la France vit dans tous les cœurs.

. Ball, Broca, Krishaber, baron Larrey, Peter. Nota. — Les souscriptions sont reçues dans tous les bureaux de la Société générale, à Paris et en province. Les noms des souscripteurs sont publiés par le Journal officiel.

Nous croyons être utiles à nos lecteurs en publiant l’analyse faite par M. Joulie, pharmacien en chef et chimiste à la Maison de santé Dubois, du lait pur et non écrémé de la ferme d’Arcy-en-Brie (Seine-et-Marne). Ce lait est expédié directement de la ferme à domicile, dans des boîtes en cristal plombées. Ce mode de vente, qui supprime l’intervention frauduleuse des intermédiaires entre le producteur et l’acheteur, mérite d’être encouragé.

Académie de médecine de Belgique. — Dans sa séance du 26 avril, l’Académie de médecine de Belgique a choisi pour président, à une très-grande majorité, M. le docteur Mascart. Dans la même séance, MM. Fauvel, inspecteur général des services sanitaires de France ; Pasteur, membre de l’Institut de France ; Vulpian, doyen de la Faculté de médecine de Paris, ont été élus membres honoraires étrangers.

— L’administration des hospices de Saint-Étienne (Loire), fait savoir que le lundi 12 avril 1880, un concours public, pour une place de médecin, sara ouvert à l’Hôtel-Dieu de Lyon. Le concours aura lieu devant le Conseil d’administration, assisté d’un jury médical ; il durera 5 jours et se composera de 5 épreuves.

Le médecin nommé à la suite de ce concours entrera en exercice le 1er juin 1880. Son traitement sera de 1,500 francs par an.

S’adresser, pour les conditions particulières, au secrétariat des hospices de Saint-Étienne, rue Valbenoite, n° AO.

Service médical de nuit. — Le service médical de nuit, dont nous avons eu déjà l’occasion d’entretenir nos lecteurs, fournil, d’après la statistique de M. le docteur Passant, son organisateur, un nombre de 1,385 visites pour le premier trimestre écoulé de 1879. Ce chiffre se décompose de la manière suivante : Femmes, 68 A; hommes, A66; enfants, 235. La moyenne des visites, par nuit, est donc de 15 à 16.

Les quelques relevés suivants donneront une idée des services réels rendus par cette institution philanthropique. Dans ce trimestre, les médecins ont été appelés pour 9A congestions et apoplexies, 96 angines, 53 croups et 106 accouchements. Ce dernier cas suffirait à lui seul pour démontrer toute l’importance d’une institution aussi utile et dont le succès même prouve la nécessité.

Ajoutons que le tableau comparatif des deux premiers trimestres de 1878 et 1879 donne à ce dernier un chiffre supérieur de 288 visites. On ne saurait trop signaler ces faits et donner à l’organisateur habile et dévoué tous les éloges que mérite son zèle.

— La Société contre l’abus du tabac vient d’adresser au Sénat et à la Chambre des députés une pétition tendant à obtenir une loi qui interdise aux enfants au-dessous de seize ans, l’usage du tabac dans les lieux publics, loi analogue à celle qui les protège déjà contre l’abus des boissons alcooliques.

— La Gazette médicale de Saint-Pétersbourg publie, à la date du 20 avril-2 mai, quelques renseignements sur le nouveau règlement concernant l’Académie de médecine de Saint- Pétersbourg.

Le nombre des chaires va être réduit à 19, au lieu de 26; l’administration de l’École va être complètement réformée dans le sens des institutions militaires, et les étudiants seront considérés comme remplissant des fonctions militaires effectives.

La Gazette apprend que beaucoup de professeurs de l’École de médecine sont très-mécontents de ce nouveau règlement, et qu’ils cherchent à s’entendre entre eux pour offrir leur démission.

Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages.

Le gérant, Richelot.

Pari». — Typographie Félix M Atteste et C«, rue des' Deux -Portes-Saint -Sauveur, 22, .

Jeudi 15 Mai 1879

BULLETIN

SUR LÀ SÉANCE DE l’àCADÉMIE DE MÉDECINE

M. Colin a mis sous les yeux de ses collègues diverses pièces pathologiques provenant de lapins auxquels il avait inoculé de la matière tuberculeuse, et chez lesquels celte inoculation a déterminé le développement d’une véritable diathèse dont les manifestations se sont généralisées à la presque totalité des tissus et organes de l’économie : peau, muscles, os, synoviales articulaires et tendineuses, membranes séreuses; plèvre, péritoine, méninges; parenchymes du poumon, de la rate, des reins, etc. C’est là un fait curieux et remarquable d’anatomie pathologique comparée, et bien digne d’être signalé à l’attention des pathologistes.

M. Pasteur a ensuite lu une note dans laquelle il s’est efforcé de justifier, par des citations empruntées à l’ouvrage de Jenner, l’opinion qu’il a soutenue dans la dernière séance, savoir : que le grease de Jenner, lorsqu’il se communique aux hommes, provoque des manifestations morbides assez graves, bien plus intenses, en général, que quand il revient de la vache aux hommes. On se rappelle peut-être que cette assertion avait été contestée, dans la dernière séance, par les académiciens les plus compétents en cette matière, MM. Bouley et Depaul.

La communication la plus intéressante et la plus importante de la séance a été celle de M. Luys, relative aux fonctions cérébrales et à l’aphasie. L’éminent aliéniste s’est attaché à démontrer par des arguments tirés de l’anatomie, de la physiologie et de la pathologie, que le cerveau est, contrairement à ce qui a été enseigné par les auteurs, un organe asymétrique dont les lobes droit et gauche jouissent, dans une certaine mesure, d’une véritable indépendance et d’une sorte d’autonomie au point de vue des manifestations phsychiques. Médecins et philosophes pourront trouver dans la lecture et la méditation du mémoire de M. Luys de précieux enseignements. Nous reviendrons sur cet important travail lorsque l’auteur en aura terminé la lecture.

À la fin de la séance, M. le docteur Armand Paulier a lu une note, accompagnée de pièce anatomique à l’appui, relative à la préparation du cerveau par un procédé particulier dont il est l’inventeur. Nos lecteurs trouveront au compte rendu un résumé de cette communication. — A. T.

FEUILLETON

Fàodlté de Médecine de fa-lris Cours de M. le professeur Peter

On a vu que l’alvéole pulmonaire, c’est-à-dire le poumon en soi, était formé exclusivement de tissu conjonctif rudimentaire. C’est une trame amorphe (Villemin), composée de cellules contenant beaucoup de noyaux. Entre les alvéoles, on trouve du tissu conjonctif ordinaire, et point de vaisseaux propres dans les alvéoles.

Nous pouvons reprendre maintenant les définitions du tubercule. Virchow dit que c’est une néoplasie pauvre et mort-née, destinée à la nécrobiose. Villemin écrit que le tubercule se développe au milieu d’un tissu anémié; il ne contient pas de vaisseaux, et les vaisseaux autour de lui s’atrophient. C’est bien. Mais la caractéristique, le fond du tubercule, c’est la coloration, tout le reste est secondaire. Laënnec l’a vu et l’a dit, et, notons le fait en passant, il fallait un génie synthétique singulièrement puissant pour distinguer, au milieu des lésions multiples, variées, chaotiques qui envahissent le poumon : hypérémie, granulations, infiltration, masses caséeuses, ramollissement, etc., il fallait une vue bien perçante pour distinguer le point initial, la lésion fondamentale.

(i) Suite. — Voir les numéros des 7, 16 janvier, 6, 27 février et 22 avril.

TomeXXVIL — Troisième série.

CLINIQUE MÉDICALE DE L’HOTEL-DIEU

DIAGNOSTIC ET PHYSIOLOGIE DE LA MÉNINGITE TUBERCULEUSE

Par le professeur G. Sée.

Leçons recueillies jiar le docteur Hütinel, chef de clinique adjoint, et par le docteur Ferdinand Dreyfous interne lauréat des hôpitaux , revues par le Professeur.

11 est rare d’observer dans les services de clinique la maladie appelée méningite tuberculeuse, qui constitue généralement un fâcheux privilège de l’enfance : je mets à profit une circonstance exceptionnelle, et l’histoire de la jeune femme du n° 14, salle Sainte-Jeanne, nous permettra de fixer votre attention ainsi que vos idées sur les symptômes de cette grave affection, sur leur valeur clinique, et surtout sur leur mécanisme physiologique.

Si, comme tous les observateurs, j’ai pu m’assurer de l’inanité de nos efforts pour combattre la méningite, j’ai pu reconnaître aussi l’incertitude qui pèse sur la description des symptômes, la confusion qui préside à leur groupement. Ce n’est pas l’omission des signes qui soit à signaler ; l’énumération des phénomènes n’est, au contraire, que trop complaisante ou trop complète. En les plaçant tous sur un même plan, on a négligé de mettre en relief les signes constants, les seuls qui permettent de porter un diagnostic positif.

A côté des auteurs classiques, de jeunes médecins, imbus des idées modernes de localisation, se sont hâtés de les appliquer à l’étude de la méningite tuberculeuse. Or, la plupart de ces théories s’appuient sur des faits rares, sinon exceptionnels, qui ne doivent occuper qu’un rang secondaire, et dans la séméiologie, et dans la théorie physiologique de cette maladie.

Mais, avant de commencer cette étude, je dois vous rapporter l’observation complète de notre malade.

Observation. — Le là février 1879, il entre à la clinique de l’Hôtel-Dieu (salle Sainte- Jeanne, n° là), une jeune femme de 23 ans, qui se plaint de fièvre, de mal de tête, et qui paraît fort abattue.

Née en Bourgogne de parents sains, grande et forte, elle n’avait jamais été sérieusement malade (quand elle quitta son pays), au commencement de l’hiver, pour venir à Paris, où elle se plaça comme femme de chambre. Au mois de décembre, elle contracta « un gros

Bayle, qui avait été le camarade d’internat de Laënnec, et qui avait fait les mêmes éludes que lui, n’a pas su voir seulement la chose essentielle. Il s’est égaré. Laënnec, une fois le fil conducteur saisi, le suit sans jamais dévier : « Les tubercules, écrit-il, se présentent sous l’aspect de petits grains gris et demi-transparents..., d’une consistance un peu moindre que celle des cartilages; leur grosseur varie depuis celle d’un grain de millet jusqu’à celle d’un grain de chènevis; leur forme est obronde ; iis sont intimement adhérents au tissu pulmonaire, et on ne peut les en détacher sans en arracher des lambeaux. Ces grains grossissent, et, le plus souvent, se réunissent par groupes. Avant que cette réunion arrive, un petit point d’un blanc jaunâtre et opaque se développe au centre de chaque tubercule, et, gagnant du centre à la circonférence, envahit la totalité du tubercule à mesure qu’il grossit. C’est alors le tubercule cru.

Quand cette réunion ne se fait pas, les tubercules sont dits isolés; quand elle se fait, les tubercules deviennent agglomérés et constituent l’infiltration, laquelle est également « grise et demi-transparente. »

La granulation, c’est le tubercule sous une forme plus petite; elle aussi est grise, demitransparente, et passe par les mêmes changements de coloration que le tubercule. Elle est plus sphérique que ce dernier, qui n’est lui-même que l’agglomération de plusieurs granulations.

Ainsi, la couleur du tubercule est, pour Laënnec, la considération importante, et c’est bien à tort que les micrographes ont cru qu’il avait, en cela, commis une erreur. La seule chose, en effet, qu’il importait de découvrir, était le caractère du tubercule. Tout le reste, encore une fois, est secondaire et ne constitue que de simples accidents anatomiques, comme l’infiltration gélatiniforme , par exemple, que Laënnec a su réduire à sa juste valeur, et comme tous les phénomènes inflammatoires qu’entraîne la présence du tubercule dans le

rhume » qui la fatigua beaucoup. Elle toussait nuit et jour, crachait peu, et éprouvait souvent des douleurs dans le côté gauche de la poitrine; le soir, elle avait de la fièvre; l’appétit se perdait, les forces diminuaient, les règles venaient mal et la malade se trouvait « trèschangée ».

Dans les derniers jours de janvier, la toux avait cessé, mais les forces ne revenaient pas; au contraire, la malade se plaignait d’une douleur frontale qui la rendait incapable de tout travail. Quand elle était debout, elle avait des vertiges et des éblouissements ; le soir, elle était courbaturée, elle avait la peau brûlante, et sentait parfois des frissonnements parcourir ses membres. Ces symptômes s’aggravèrent notablement dans les quinze jours qui précédèrent l’entrée de la jeune femme à l’hôpital. Elle prit un purgatif qui n’eut qu’un effet passager. Le 8 ou le 9 février, elle vomit à plusieurs reprises des matières alimentaires et de la bile ; la douleur de tête devint intolérable, et la fièvre parut augmenter. Depuis lors les symptômes n’ont pas beaucoup changé.

Ce qui frappe tout d’abord quand on examine cette malade, le 15 février, c’est une hébétude toute spéciale de la face. Les paupières sont abaissées, les pommettes rouges, mais le pourtour des lèvres est jaunâtre; la parole est lente et traînante, et cependant les réponses sont claires et précises. La peau est chaude et sèche, 39° ; sa coloration est d’un blanc mat. Les lèvres sont trémulantes, la langue est humide, large, et recouverte d’un léger enduit saburral.

fc’appélit est nul; pas de vomissements depuis 5 jours. Le ventre est légèrement tendu, sans être douloureux spontanément; gargouillement dans la fosse iliaque droite. Il y a eu dans la nuit deux selles liquides. La rate n’est pas très-volumineuse ; on voit sur l’abdomen deux petits points rouges qui pourraient bien être des taches lenticulaires rosées.

Pas d’épistaxis, pas de toux. La respiration est lente; parfois elle est profonde, sans être suspirieuse; le' murmure vésiculaire est peut-être un peu faible à gauche, mais on n’entend en aucun point ni râles ni frottements.

Les battements du cœur sont réguliers et bien frappés : souffle anémique à la base et dans les vaisseaux.du cou. Pouls : 8ô, mou et dépressible, assez égal.

La malade ne dort pas ; la tête est douloureuse et pesante : pas de bourdonnements d’oreilles ; pas de strabisme, pas d’inégalité des pupilles. Les bras et les jambes sont le siège de douleurs sourdes ; mais, par l’examen direct, on ne constate aucun trouble de la sensibilité ni de la motilité.

La malade s’assied facilement sur son lit, mais bientôt elle est prise de vertiges.

Les urines ne sont pas albumineuses.

En présence de ces symplômês, le diagnostic reste hésitant, mais on songe à une dothiénentérie. — Eau de Sedlitz, deux verres.

16 février. L’état général est le même; le purgatif a provoqué deux ou trois sellés liquides.

poumon. Le mal vient moins du tubercule lui-même (puisqu’on le trouve quelquefois, chez les enfants surtout, dans le tissu pulmonaire encore inaltéré), que de l’hypérémie qu’il détermine, dans son voisinage d’abord, et, par rayonnement, dans les parties éloignées ensuite.

Ces commencements insidieux rendent fort difficile le diagnostic clinique de la tuberculisation au début. Voici une jeune fille un peu pâle; elle s’essouffle facilement; elle a des palpitations. La percussion n’indique pas grand’chose ; l’auscultation non plus. A-t-on affaire à de l’anémie? Est-ce une phthisie commençante? On ne sait. Mais, chez les anémiques, le thermomètre placé dans l’aisselle marque 36,8, 37 au plus. La température des espaces intercostaux est inférieure à ces chiffres. Si donc le thermomètre, dans le troisième espace intercostal, marque 37 ou 37,5, il est très-probable qu’il s’agit de tubercules; et cette probabilité se change en certitude si l’on constate de la douleur dans un point très-circonscrit ; ces deux phénomènes chaleur et douleur étant les signes d’une hypérémie trophique dans la profondeur des tissus.

Revenons au caractère du tubercule. Avec Laënnec, rien de plus clair ni de plus simple. L’évolution commence par la granulation, qui ne diffère du tubercule que par le volume, mais qui lui ressemble par la forme et par la couleur. L'infiltration ressemble à la granulation et au tubercule également par la couleur. La couleur est donc la qualité fondamentale, pathognomonique; c’est une constante , comme disent les mathématiciens. Le tubercule, de son côté, évolue en passant de la coloration grise à la jaune, et en se ramollissant. C’est tout, et c’est complet.

Il est peut-être curieux de mettre en regard le tableau des opinions de l’école allemande et des micrographes :

1° Le tubercule est privé de vaisseaux, sinon à la périphérie; il s’oblitère rapidement (Vir-

Pas de lâches sur l’abdomen. Temp. axill. 39*, 2 le soir; pouls, 76. La céphalalgie persiste. — Sulfate de quinine, 0 gr. 50.

17 février. L’aspect de la malade est absolument le même ; pas de selles dans la journée. Temp. axill. 38°, 8 le soir; pouls 72. Décubitus dorsal; immobilité presque complète.

18 février. Vomissements alimentaires et bilieux. La céphalalgie augmente plutôt qu’elle ne décroît ; la malade est très-prostrée et semble indifférente à tout ce qui l’entoure. Pouls, 76. Temp. 39% 2 le soir.

19 février. M. le professeur Sée voit cette jeune femme pour la première fois, et fait inscrire, sur la feuille de diagnostic : « méningite ». Le pouls est à 72 ; la température à 39°. Le faciès est hébété ; les pommettes sont rouges ; il y a eu une selle, la veille. Les réponses sont claires ; pas de délire.

20 février. En examinant attentivement la malade on découvre un certain nombre de phénomènes nouveaux qui ne permettent plus de méconnaître l’existence d’une affection des méninges. Le cou est raide ; les mouvements de la tête sont pénibles ; le ventre est dur. Strabisme convergent; diplopie; la malade voit deux tètes à chacune des personnes qui entourent son lit; dilatation inégale des pupilles; hyperesthésie des membres inférieurs. Temp. axill. 38% 8; pouls, 68.

21 février. On retrouve les mêmes symptômes, mais la raideur du cou a augmenté.

Quand on fait asseoir la malade sur son lit, la tête se renverse en arrière. Les paupières

sont à demi fermées, les pupilles sont extrêmement dilatées; pas de selles. La température reste la même; le pouls n’augmente pas de fréquence, il est petit et peu régulier.

22 février. Temp. axill. 39% Pouls, 72. Hyperesthésie très-notable des membres inférieurs et supérieurs. Gargouillement dans les fosses iliaques, deux selles liquides. Tache méningitique; cependant ce phénomène n’est pas encore très- net. La paupière gauche est abaissée ; les mouvements du globe oculaire sont peu étendus ; il existe une paralysie du moteur oculaire commun de ce côté. La raideur du cou et du dos persiste.

23 février. Temp. 39°, 3. Il y a eu, dans la nuit, un peu d’agitation et de délire, et quelques cris; maintenant la malade est fort calme; profondément indifférente à tout ce qui l’entoure, elle répond lentement aux questions qu’on lui pose ; ses paroles sont parfaitement sensées. Le cou est très- douloureux; le ventre est ballonné. Tache méningitique très-nette. Pouls 78.

1k février. Pouls, 100 puis. La peau est chaude, 39°, 6. La respiration est irrégulière et suspirieuse. Il y a eu de l’agitation et du subdélirium dans la nuit ; cris plaintifs. Hyperesthésie de tout le tégument. Un peu de raideur des membres, La paralysie du moteur oculaire gauche est très-accentuée.

25 février. Le pouls était à 112 puis, la veille au soir; la température s’est élevée depuis ce moment, La malade est tombée dans le coma vers 8 heures, et elle a succombé le matin, sans avoir présenté de convulsions. Le 2k elle répondait encore aux questions qu’on lui posait.

chow), — Le tubercule contient des vaisseaux très-petits, presque imperméables (Charcot).

2° Le tubercule est formé dans l’intérieur d’un vaisseau (Schüppel). — Il est formé à l’extérieur des vaisseaux, dans la membrane externe, la tunique adventiye, la gaine lymphatique (Hérard et Cornil).

3° Le tubercule dérive de cordons angio-plastiques (Bradowski, Arnold, Rouget), — De cellules vaso-formatives ; de cellules géantes {idem).

h° La cellule géante est un produit 'pathologique propre au tubercule (Longhauss, Cornil, Bradowski), — La cellule géante est une forme commune à un certain nombre d’espèces différentes d’éléments anatomiques en voie de développement normal (Malassez).

5° Le tubercule contient au centre des éléments nombreux, très-petits, la plupart amorphes, granuleux (Virchow). — Le tubercule contient au centre une cellule géante (Koster).

6° Le volume des éléments tuberculeux décroît de la circonférence au centre (Virchow). — Le volume des éléments croît de la circonférence au centre (Koster),

7° Le tubercule est caractérisé par de petits éléments lymphatiques (Villemin) ; — par une cellule géante (Koster, etc.).

8° Le tubercule est le produit d’un solide (cellules conjonctives) (Virchow). — Le tubercule est le produit d’un liquide (de la fibrine du sang, dans un vaisseau) (Schüppel),

9° Il n’y a que la granulation qui soit du tubercule; ce qui est caséeux n’est pas du tubercule (Virchow). — il n’y a que la granulation qui ne soit pas du tubercule ; ce qui est caséeux est seul du tubercule (Empis).

10° La granulation naît sans inflammation (Laënnec). — La granulation naît par inflammation spéciale (Empis). Etc., etc.

C’est la confusion. Nous sommes loin de Laënnec et de la doctrine, si satisfaisante, de

L'autopsie révèle toutes les lésions de la méningite tuberculeuse.

Il s’écoule, à l’ouverture du crâne, une assez grande quantité de liquide séro-purulent. Les méninges sont congestionnées, opalines, adhérentes par places; cependant les lésions sont très-peu marquées sur la convexité des hémisphères. Dans les scissures de Sylvius, le long des vaisseaux, on voit un grand nombre de granulations tuberculeuses assez fines ; dans les confluents arachnoïdiens de la base on trouve un liquide mêlé de flocons fibrineux. La masse encéphalique est peu altérée; pas de ramollissement central très-étendu; pas d’épanchement ventricul^jre. Les granulations tuberculeuses se rencontrent presque exclusivement à la base du cerveau.

Les méninges rachidiennes sont notablement lésées ; elles présentent à leur surface un certain nombre de granulations tuberculeuses très-fines, et, sous l’arachnoïde, dans l’intervalle des racines postérieures, à la région dorsale et lombaire, on voit des exsudats purulents et fibrineux.

Les altérations des autres viscères sont moins intéressants ; dans l’intestin et dans les poumons on découvre quelques tubercules ; la plèvre gauche est épaissie et parsemée de nombreuses granulations,

( A suivre dans un prochain numéro .)

THÉRAPEUTIQUE

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