Tome XXVIL — Troisième série
liquide séro-gommeux, puis des croûtes se former et se détacher peu à peu, p0Ur faire place de nouveau à la sécrétion liquide. La durée de l’affection est alors presque indéterminée, et, si l’on vous demande d’en fixer le terme, gardez-vous de commettre pareille imprudence; l’événement vous donnerait bien souvent un démenti.
Enfin, quand la guérison doit survenir, les surfaces exulcérées et suintantes se cicatrisent, se dessèchent, et l’épiderme se reforme; mais il ne reprend pas immédiatement son aspect et ses propriétés normales; pendant longtemps, vous le verrez s’exfolier en squames minces et superficielles; c’est ce que l’on a appelé la période pityriasique de l’eczéma. La guésison n’est complète que quand l’épiderme a recouvré son intégrité première.
De cet aperçu rapide, nous pouvons en conclure que l’eczéma présente, dans sa marche, quatre périodes successives : la première est caractérisée par de l’érythème ; la seconde, par la production des vésicules; la troisième, par les exulcérations superficielles et taillées en biseau, avec leur sécrétion épaisse et visqueuse et leurs croûtes jaunâtres; la quatrième, enfin, par ses squames de plus en plus rares.
A côté de ces phénomènes objectifs de l’éruption eczémateuse, voyons maintenant quels en sont les phénomènes fonctionnels. Eux aussi vont nous révéler le caractère inflammatoire de la lésion. C’est qu’en effet l’eczéma est par excellence la dartre vive, la dartre chaude, suivant l’expression de Sauvage. Dès le début, c’est un sentiment douloureux de brûlure, qui s’atténue et disparaît pendant la seconde et la troisième période de l’affection , mais. pour renaître pendant la période squameuse avec de nouveaux caractères ; c’est alors un prurit pénible, une démangeaison continuelle, phénomène qui, comme nous le verrons, est un des meilleurs caractères des herpétides. Laissez-moi en passant, Messieurs, vous signaler cette sorte de balancement, d’alternance entre la sécrétion de l’eczéma et les douleurs ; ce n’est pas là une exception isolée, c’est presque une loi, et les maladies les moins sécrétantes, comme le prurigo ou le lichen, sont souvent les plus douloureuses.
Un mot maintenant, Messieurs, sur le traitement de l’eczéma, et spécialement de l’eczéma de cause interne ou herpétique. Contre lui, vous devez employer deux ordres de moyens : à l’intérieur, vous donnerez l’arsenic pour combattre la diathèse herpétique, soit sous forme de pilules, telles que celles quej 'emploie journellement, à la dose de 6 par jour, et qui contiennent chacune :
Nouvelle bibliothèque médicale. C’est dans ce journal que M. Jolly combattit, avec une énergie dont nous n’avons pas idée, journalistes à l’eau rose que nous sommes , les doctrines philosophiques et médicales de Broussais, dont, avec Amédée Dupau et Bousquet, de la Revue médicale, il se montra le plus ardent antagoniste.
Ah ! la Presse médicale a singulièrement baissé de ton depuis ce temps-là, et a mis une fameuse sourdine à son violon. Je vous promets quelques citations curieuses que je ferai à votre intention, mon cher lecteur, et vous serez étonné de rencontrer tant de fougue et de vivacité, une critique si acerbe sous la plume de ces confrères que vous avez connus si calmes, si bienveillants et si amènes. Je vous assure que, si nous écrivions nos journaux comme écrivaient les journalistes pendant la période de 1820 à 1830, nous passerions pour des gens très-mal appris et de mauvaise compagnie. Il faut que, un de ces jours, je vous régale de quelques morceaux de ce genre.
Si je ne me trompe, c’est M. Jolly qui dirigea la publication du Dictionnaire de médecine et de chirurgie ■pratiques en 15 volumes, édité par la maison J.-B. Baillière.
Un grand nombre d’articles de thérapeutique et tout ce qui concerne la névropathie ont été écrits dans ce dictionnaire par M. Jolly.
A propos de dictionnaires , ne trouvez-vous pas que le xixe siècle pourra être nommé le siècle des dictionnaires de médecine? On se perd dans leur nombre. Voyons si ma mémoire est fidèle :
Dictionnaire des sciences médicales, 60 volumes.
Dictionnaire de Nystcn et continuateurs, 13e édition.
Dictionnaire lexicographique.
: Dictionnaire en 20 volumes, Béchet, 1” édition.
Arséniale de soude . 1 milligramme.
Extrait de gentiane . 10 centigrammes.
soit sous forme de solution titrée ; vous pourrez, par exemple, faire prendre chaque jour trois cuillerées à bouche de la solution suivante :
Arséniate de soude. . 10 centigrammes.
Eau . 500 grammes.
Mais vous ne devrez pas oublier que l’arsenic ne convient pas à toutes les périodes de l’eczéma; il a sur la peau une action excitante qui, nuisible au début, devient au contraire salutaire dans la période squameuse. Aussi, tant que l’affection présente un caractère d’acuité, donnez seulement des purgatifs légers, des diurétiques, des bains émollients; l’arsenic viendra plus tard achever la guérison.
A ces moyens généraux, il faudra toujours associer un traitement local antiphlogistique très-simple, et je vous recommande, Messieurs, soit le cataplasme de fécule, soit l’enveloppement au caoutchouc. Mais surtout ne prescrivez jamais ni pommades ni onguents ; vous aggraveriez le mal au lieu de le guérir.
Telle est, Messieurs, dans ses traits principaux, l’histoire rapide de l’eczéma. Si nous étudions maintenant le psoriasis, nous allons voir quelles différences profondes ces deux affections présentent dans leur nature et leur développement.
Au point de vue de la lésion élémentaire, le psoriasis rentre dans la classe des affections squameuses. Mais la squame qui le caractérise n’est pas le fait primordial; avant qu’elle se produise, nous voyons que la peau prend une coloration spéciale, et forme une série de saillies papuleuses que surmonteront plus tard les squames épidermiques. La coloration initiale varie du rouge sombre au jaune cuivré ; elle rappelle souvent très-exactement la teinte des syphilides, et peut facilement en imposer à un observateur inattentif ou inexpérimenté. Bientôt, au niveau de ces macules, la peau s’élève légèrement, en forme de papule ou de disque plus ou moins étalé, et à celte lésion du derme succède une sécrétion exagérée de la couche cornée de l’épiderme. La squame se montre alors, et peut, suivant les cas, revêtir divers aspects : tantôt elle est d’un blanc mat, semblable à des gouttes de plâtre ou de bougie; tantôt d’un blanc brillant et argenté; tantôt elle est trèsépaisse, tantôt assez mince, mais toujours très-adhérente à la surface dermique, dont, par le grattage, on la détache en poussière furfuracée. Quant aux variétés de forme et de siège des lésions, dans le psoriasis, je ne puis aujourd’hui vous les
Dictionnaire en 30 volumes , Béchet, 2e édition.
Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 15 volumes.
Dictionnaire des dictionnaires , Fabre.
Dictionnaire encyclopédique, en voie de publication.
Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , J.-B. Baillière et fils , en voie de publication.
Dictionnaire de médecine, publié par M. Decaisne, et récemment terminé.
Est-ce tout ? Possible que non et que j’en oublie, car je ne compte pas les deux ou trois tentatives d’autres dictionnaires dont la publication n’a pas été continuée , ni ne compte les dictionnaires annuels, dont un seul d’ailleurs survit et subsiste, celui de M. Garnier.
Un très-aimable et bon confrère de Paris, qui ne veut pas que je le désigne autrement, a adressé au rédacteur en chef du journal la communication suivante :
o Très-honoré confrère,
« Un ingénieur très-distingué et très-connu à Paris est soigné par, moi depuis une douzaine d’années, pour une affection organique de la valvule milrale. Je n’ai pas d’autre prétention, par mes soins, que de lui faire supporter la vie le moins désagréablement possible.
« Mon client ne voyant pas sa guérison arriver, s’est décidé à se rendre dans le quartier de la Madeleine, à un cabinet de consultation, dont l’adresse lui avait été donnée par la brochure ci-jointe envoyée à ce qu’il paraît, en ce moment, par milliers d’exemplaires, au domicile des bons bourgeois qui la reçoivent par la poste.
« Mon ingénieur a été reçu par deux jeunes gens dans le cabinet de consultation. Ils se sont
décrire; qu’il me suffise de vous dire que rien n’égale leur infinie diversité, et que vous ne trouverez jamais deux cas parfaitement identiques.
Quant à la cause du psoriasis, quant à sa nature, elle relève toujours uniquement de l’herpétisme. C’est donc à l’arsenic qu’il faudra encore vous adresser, et cela dès le début, sans traitement préparatoire, sans avoir à craindre de poussées inflammatoires comme dans l’eczéma. Voiis modifierez en outre directement le tégument externe par des applications locales, telles que les bains de vapeur, les bains alcalins, les frictions à l’huile de cade. J’emploie souvent avec avantage une solution saturée de sulfate de fer, de sulfate de cuivre et de sulfate de zinc, additionnée d’essence de térébenthine, à la dose d’une cuillerée à bouche pour un verre d’eau.
Sous l’influence de cette médication générale et locale, Messieurs, vous verrez peu à peu le psoriasis s’améliorer et marcher vers la guérison, et les lésions disparaître dans l’ordre inverse de leur éclosion; la squame d’abord, puis la saillie papuleuse, et enfin la macule, s’effaceront successivement, et le malade sera non pas guéri définitivement, mais au moins blanchi pour un temps qui n’est malheureusement jamais bien long.
Après vous avoir ainsi donné une idée sommaire de l’eczéma et du psoriasis, je voudrais, en terminant, mettre en regard ces deux affections, vous faire voir les liens qui les unissent, les différences bien plus nombreuses qui les séparent.
L’eczémà est une maladie inflammatoire, une dartre vive, changeante, douloureuse, à aspects multiples. Il surexcite et exagère la vitalité de la peau; semblable à ces plantes qui ne se développent que dans des terrains riches et fertiles, il envahit de préférence les régions où la peau est ehaude et fine, ou humide et sécrétante, telles que la face, les creux axillaires ou poplités, la zone génitale.
Le psoriasis, au contraire, est la dartre morte et immuable; il diminue la vitalité et les sécrétions de la peau, en fait une carapace sèche, inerte, rugueuse, sillonnée de fissures douloureuses. Son siège d’élection sera partout où la peau est épaisse et aride, aux coudes, aux genoux, sur la région postérieure”, et, aux membres, du côté de l’extension.
Enfin, chacune de ces deux affections a son époque d’apparition dans la vie et, pour ainsi dire, son climat. L’eczéma sera la maladie des périodes brûlantes de la vie, chez le nouveau-né, l’enfant, l’adolescent. Chez l’homme mûr, il est déjà plus rare; chez le vieillard, il ne nous offre plus que des désastres accomplis, une peau amincie, déchue, ulcérée de plaies atoniques et presque inguérissables.
mis h deux pour lui déclarer qu’il était atteint d'une névrose et qu’il pouvait guérir radicalement. Coût de la consultation : 20 fr., plus 30 fr. de médicaments non formulés, à prendre chez un pharmacien indiqué; ci : 50 fr.
« Au bout de quinze jours, mon client ne voyant pas arriver la guérison radicale qui lui avait été promise, m’est revenu, m’a raconté sa fugue et m’a remis la consultation et la brochure, riant le premier de sa déconvenue.
« Cette consultation écrite est mirobolante et cette brochure est pharamineuse. J’ai l’honneur de vous les envoyer, vous priant de les transmettre à votre ami Simplice. Peut-être y trouvera-t-il intérêt pour ses charmants feuilletons. Il pourra faire voir à ses lecteurs comment, en plein xix° siècle, et dans le plus riche quartier de Paris, on plume les gogos di primo cartello.
' « Veuillez agréer, très-honoré confrère, l’assurance de mon affectueux respect.
Voici cette curieuse ordonnance ;
« Prendre 1 granule d’ars. d’or le matin, à jeun, et 1 autre le soir en se couchant.
« Après 3 jours, prendre 2 granules matin et soir.
« Prendre 5 gouttes dépuratives n° 1 dans un peu d’eau avant le repas de midi, et 10 gouttes du n° 2 avant le repas du soir.
« Prendre une cuillerée à bouche de la sève interne deux fois par jour, une heure avant les repas.
« Se purger tous les 10 à 12 jours, en prenant 2 pilules purgatives le soir, en se coucnant, et un tlacon de citrate de magnésie dissous dans une tasse d’eau bouillante le lendemain matin des pilules purgatives.
On peut dire que le psoriasis nous offre une gradation inverse suivant les âges. Rarement nous le voyons chez l’enfant, plus souvent chez l’adulte, mais surtout chez l’homme mûr et déjà arrivé au milieu de sa carrière.
Ainsi, Messieurs, à part leur commune origine (l’herpétisme), tout concourt à vous montrer combien diffèrent l’un de l’autre le psoriasis et l’eczéma, au point de vue de leur début, de leurs symptômes, de leur évolution et de leur traitement.
CONSTITUTION MÉDICALE