DEUXIÈME LEÇON (I
Recueillie par M. Anatole Chauffard, interne du service.
Messieurs , parmi les affections de la peau, si nombreuses et si variées, que nous avons chaque jour à traiter dans cet hôpital, il en est deux qui semblent primer toutes les autres par leur extrême fréquence, par la multiplicité de leurs formes et de leurs complications, par la gravité, enfin, qu’elles peuvent revêtir dans certains cas. Ces deux affections, vous l’avez déjà deviné, sont l’eczéma et le psoriasis. Ce sont elles qu’il faut tout d’abord apprendre à -reconnaître et à traiter, si nous voulons donner à nos études ultérieures une base assurée. Je ne puis, vous le comprenez, vous donner de ces deux maladies une histoire détaillée, qui nous entraînerait à de trop longs développements; je me bornerai aujourd’hui à vous en tracer les principaux traits.
Et d’abord, Messieurs, qu’est-ce que l’eczéma ? Son nom seul nous l’indique déjà : l’eczéma (de s®, je brûle,) est une affection inflammatoire de la peau. Sa lésion primordiale, élémentaire, suivant l’expression consacrée en dermatologie, est une vésicule, c’est-à-dire un petit soulèvement de l’épiderme par un liquide séreux. Mais cette vésicule, qui est toujours petite et acuminée, est souvent difficile à démontrer, très-fugace, aussitôt disparue qu’éclose. L’éruption est en général confluente, et se détache sur un fond érythémateux; quant au liquide que contiennent les vésicules, tantôt il se résorbe sur place, et il ne se produit qu’une desquamation pulvérulente, comme dans l’eczéma • rubrum ; tantôt (et c’est là le cas le plus frequent), il se concrète au dehors en une croûte jaunâtre, lamellèuse, non saillante, foliacée, que Bazin appelait une croûtellc, à cause de sa minceur et de sa ténuité.
Dans les cas les plus heureux, l’évolution morbide en reste là; la cicatrice se forme sous les croûtes; l’eczéma est guéri. Mais, sachez-le bien, ces cas favorables sont les plus rares. Presque toujours vous verrez, des surfaces ulcérées, sourdre un
(1) Voir le numéro du 26 avril dernier.
FEUILLETON
Non, il n’est pas désirable de vivre si longtemps. Les derniers jours s’écoulent dans la tristesse de l’isolement. Des générations nouvelles ont poussé qui n’ont eu ni la curiosité ni le besoin de vous connaître ; vous vivez comme un étranger sur une terre étrangère ; parents, amis, tout ce que vous aimiez, tout ce qui vous aimait, tout a disparu, et l’on en est réduit à s’écrier, comme ce personnage de la Fable à qui Jupiter avait accordé de vivre autant d’années que sa main contiendrait de grains de sable : 0 Jupiter 1
Faites-moi grâce au moins du dernier grain de sable.
Ou donnez-moi quelqu’un pour me fermer les yeux.
Quoique nonagénaire, M. Paul Jolly n’a pas eu à adresser à Dieu cette prière. Une famille dévouée, quelques amis empressés, ont entouré de soins pieux les derniers jours de ce digne et vénéré confrère.
Je ne veux rien ajouter à la notice si bien sentie de M. E. Decaisne, que nous avons publiée mardi dernier. Les éléments, d’ailleurs, me manqueraient entièrement ; car, quoique j’aie beaucoup vu M. Jolly, que j’aie eu de nombreux entretiens avec lui, jamais nous ne nous sommes informés de notre passé, de nos actes, de notre existence antérieure, il ne m’a même jamais parlé de sa vie de journaliste, à moi journaliste, car M. Jolly a été journaliste, et même polémiste très-vif, très-accentué, dans un recueil fondé par lui sous le litre de :