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LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE ET LES TEMPS NOUVEAUX

Bien des causes avaient contribué à la décadence du gouvernement républicain et avaient préparé sa chute. La première fut la découverte du cap de Bonne-Espérance, qui ouvrit une nouvelle route et détourna le flot d’argent qui se portait à Venise par la voie de la Méditerranée. La seconde et la plus active de ces causes fut la démoralisation qui frappa la société vénitienne dès la fin du xvn* siècle, et qui ne cessa de l’envahir d’année en année. Cependant, la chute éclatante à laquelle la République succomba nè serait pas venue si tôt, s’il ne s’était pas trouvé un homme qui sût mettre énergiquement la main à l’œuvre. Cet homme fut le général Bonaparte, qui n’eut pas à employer de grands efforts pour faire sombrer, d^.fqs eaux de l’Adriatique, le vaisseau vermoulu de l’État. ' , ‘

Voilà deux causes, certainement bien puissantes, et surtout la seconde yilye’n. eut une troisième, qui mériterait peut-être le premier rqng. L’imprimerie [avait mis délivre, après la première moitié du xvn' sièçje, , entre les mains de tout le monde, Lesi éqr.itVqqi,’ à la faveur de ce moyen nouveau,, pénétraient partout, depuis le somptueux palaj? jusqu’à la plus hulnîle demeure,, devinrent des agents de divulgation de ce qu’on aurait voulu cacher. De là les c^jigetuents.qiii se: produisirent dans le seppnd cj^re dp ja popujajtjpn, pi us ceux qui entai-* Tome XXVII. - Troisième série. 77

Or, la vérité nous oblige à dire que M. Lefort a fait erreur sur cette prétendue convention, et que nous n’avons promis qu’une chose, l’impression de la note qu’il devait lire à l’Académie. " " ï -

Aussi quand, le lundi 19 mai, le journal nous fut présenté, déjà mis en page, notre surprise fut grande de voir figurer dans ce numéro la note de M. Lefort, que nous croyions destinée à être lue devant l’Académie, note que, dans ces conditions nous aurions impartialement reproduite dans le compte rendu, mais qu’il n’était pas dans nos intentions de publier spontanément, ce qui aurait impliqué de notre part une sorte d’acquiescement que nous ne pouvions lui accorder.

Ainsi, de ces explications que nous faisons tous nos efforts pour abréger, il résulte que, par deux fois, M. Lefort a demandé à lire une note à l’Académie, ce que, par des motifs qu’il ne nous appartient pas de rechercher, il a refusé de faire; et que, probablement par erreur de mémoire, il a cru à un accord entre nous, qui nous aurait presque rendu solidaire d’opinions que nous ne pouvions partager.

Toute compétence nous manque pour entrer dans le fond du dçbat entre M. Lefort et M. Garrigou. Mais nous croyons pouvoir êlre juge de la forme, et, sur ce point, il nous est difficile de donner raison à M. Lefort. Sa note, qu’involontairement nous avons publiée, ne brille pas par la clarté; elle est pleine de réticences, et, sur plusieurs points, elle paraît contradictoire. Voyons, la source du Rocher de Saint-Nectaire contient-elle du mercure, ainsi que l’a annoncé M. Garrigou il y a deux ou trois ans? Est-ce oui? Est-ce non? C’est oui et non, d’après M. Lefort. Ce n’est vraiment pas avec des assertions de ce genre qu’on éclairera la science hydrologique. Obligé de reconnaître que M. Willm a trouvé le mercure dans la source du Rocher de Saint-Nectaire, M. Lefort cherche a atténuer la valeur de cette déclaration en disant que, une fois seulement* l’habile préparateur du laboratoire de la Faculté a trouvé ce métal, comme si une seule fois n’était pas suffisante pour justifier M. Garrigou ; en jetant du discrédit sur la valeur de l’expérience par la lame d’or qui peut aussi bien se recouvrir d’étain, comme si un chimiste aussi expérimenté que M. Willm n’aurait pas su se garantir de cette erreur grossière; en attaquant la pile de Smithson, sans savoir si M. Garrigou s’est ou non servi de ce moyen d’analyse, etc.

Maintenant, nous prendrons la liberté de demander à notre savant collègue, M. Lefort, pourquoi cet abandon, ce désistement, ce désintéressement qu’il annonce d’une question que précisément lui-même a tant contribué à agiter? Personne ne

saient partie s’élevaient en instruction, plus ils se mesuraient avec l’aristocratie et commençaient à la jalouser, en attendant d’être en mesure pour tenter de la renverser. La citoyenneté ou la citadinance se faisait hostile et révolutionnaire, et, chose à noter, le foyer de ce sentiment s’alluma au sein de l’Université de Padoue.

Mais, sous le rapport du rang, la population universitaire n’était pas homogène. Tout ce qui étudiait le droit appartenait, à quelques exceptions près, à l’aristocratie. Cette catégorie avait l’esprit conservateur. Il n’en était pas de même des étudiants en médecine, qui appartenaient à la citadinance ou à quelques enrichis du peuple, et qui représentaient l’opposition et l’agitation dans la vie studieuse de l’École. U s’y trouva des conspirateurs, d’autant plus audacieux qu’ils se sentaient appuyés sur des forces qui ne pouvaient manquer de les aider à l’occasion prochaine. Il y eut des séditions, contre lesquelles le gouvernement, intimidé et hésitant, ne se déterminait pas à sévir. En présence de cette faiblesse, les étudiants en médecine s’enhardirent, et les murs de la vieille Université retentirent de leurs cris destructeurs. Ils ne voulaient plus de gouvernement de l’oligarchie vénitienne; ils applaudissaient d’avance â sa chuté imminente. Elle tomba enfin, cette République, non après des batailles perdues, mais,1 en quelque sorte, par ordre. Le héros du jour dit à ses maîtres séculaires : Je ne veux pjus.de vous ni de vos fantasmagories, qui ne sont plus de notre temps. Et, à l’instant, ce ^quvern'éniynt' s’abfùià. ! ; : "

Après la catastrophe,1 (pif fit dire aux plaisants de ce temps-là, que saint Marc avait tourné la page de son Évangile, la Vëiiëliê1 passa par dés péripéties de peu d’importance, jusqu’au moment où elle triiübâ soüs les’ Serres de l’aigle lâütrichiénne. CeS serres-là, moins redoutables pour la population que cellés du Conseil des Dix, ne leur firent pas un grand mal, quoi qu’on en ait dit. Le pàtriciàt n’eul pas à s’en plaindre, et les médecins n’y perdirent pas. Le chari-

pourra raisonnablement accepter et justifier cette retraite. Si, comme il le dit dans les derniers mots de sa note, les conclusions de son rapport académique « restent entières », ne voit-il pas que la nouvelle analyse de M. Willm et les déclarations de M. Wurlz à l’Académie des sciences entament singulièrement l’intégrité de son rapport académique?

Et si véritablement, malgré son habileté, son expérience et sa science, M. Lefort n’a pas su voir dans l’eau de Saint-Nectaire ce que M. Garrigou y a trouvé; pourquoi ne pas le reconnaître? Quoi de plus beau, de plus loyal, de plus honnête que d’avouer une erreur! Et M. Lefort, qui est l’honnêteté même, ne se laissera certainement pas arrêter par une triste et mesquine question d’amour-propre.

Que M. Lefort me permette une dernière réflexion qui touchera sa bienveillance et sa loyauté. Son . rapport académique, dans lequel il a nettement et carrément nié l’existence du mercure dans les' eaux de Saint-Nectairei ,soiircet du Rocher, a eu pour M.^Garrigou des conséquences désastreuses. Ce rapport, à l’insu très-probablement de M. Lefort, et dans une intention malveillante, a été répandu à un trèsgrand nombre d’exemplaires dans toutes les stations thermales dont M. le docteur Garrigou était ou allait être chargé de faire l’analyse des sources. Cette publicité extra-officielle donnée au rapport de M. Lefort a fait suspendre et arrêter toute demande d’analyse. M. Lefort, dans un rapport sanctionné par l’Académie, déclarant que M. Garrigou s’était trompé dans l’analyse de la source du Rocher, on en a conclu à l’insuffisance des connaissances chimiques et de l’expérience analytique de notre confrère.

Eh bien, notre confrère a consacré la plus grande partie de sa fortune à l’édification et à l’outillage d’un laboratoire qui, au dire de toutes les personnes qui l’ont vu, est un des plus beaux, peut-être le plus beau laboratoire qui existe en Europe, surtout au point de vue de l’analyse des eaux minérales. M. Garrigou avait conçu le légitime espoir que ses travaux en chimie, en histoire naturelle, en géologie et en médecine pourraient lui faire trouver, non pas la richesse, mais au moins une compensation aux sacrifices qu’il s’était imposés pour la fondation de son laboratoire, par quelques demandes d’analyse d’eaux minérales. Rien là que de correct et d’avouable, car quel est celui de nous qui ne cherche à tirer un profit légitime et honnête de ses aptitudes et de sa science?

Très-involontairement, M. Lefort a porté une atteinte grave à la considération scientifique et aux intérêts matériels de M. le docteur Garrigou. Il est aujourd’hui

gement qui s’opéra sous le nouveau régime fut favorable, en effet, à la citadinance, ce second degré de la population que nous nommons la bourgeoisie.

Le travail s’en ressentit. Il y eut plus d’activité, plus d’animation dans la caste qui ne se sentait plus cloisonnée dans le rang qui lui avait été marqué par la loi.

A partir des premières années du siècle, les médecins et les chimistes vénitiens s’occupèrent d’étudier le sol même de Venise, pour en montrer son influence sur le caractère du climat, et pour le faire servir, avec tous les organismes qui le peuplent, aux applications que la science pourrait en tirer. Or, comme le sol vénitien, c’est de l’eau salée avec sa végétation propre et sa spéciale population animale, l’horizon qui s’ouvrait sous les yeux de ces travailleurs était large et promettait des résultats nouveaux. A cette époque, l’iode et le brome étaient pressentis, ou même étaient déjà découverts. Le chimiste Gonedello constata la présence de ces substances dans les eaux de la lagune, et Nardo, Zanardini et Brera en formulèrent les applications. D’autre part, la végétation qui croît sous les eaux vénitiennes forme une prairie sous-marine d’une rare densité. Les Fucus y prennent des expansions qui montrent combien ces parages leur sont favorables. Dans leur nombre, il y a une espèce, le Sphirococcus vésiculaire, qui est le plus fréquent des autres Fucus de la lagune, et qui est doué d’un avantage dont la médecine locale a tiré grand parti ; il est très-riche, le plus riche peutêtre, en gélatine. Celte gélatine n’est pas dépourvue d’iode et de brome, comme les analyses l’ont montré, et comme je l’ai constaté moi-même pendant les premières chaudes journées d’un printemps vénitien. C’est encore une des conquêtes de la médecine vénitienne, qui a fait entrer, non sans succès, l’usage de la gélatine du Sphirococcus dans la thérapeutique, et surtout dans celle de la phthisie scrofuleuse et des maladies qui s’en rapprochent.

L’hygiène générale n’a pas été mise en oubli; les médecins des temps nouveaux n’ont pas voulu

édifié sur la réalité de la découverte de M. Garrigou et qui d’ailleurs ne lui est plus contestée. Un bon mouvement de M. Jules Lefort peut tout réparer. L’attendronsnous en vain? Nous ne pouvons le croire. Qui donc, hélas! n’est pas sujet à l’erreur? Qui donc, avant Thénard, se doutait que les eaux du Mont-Dore étaient arsénicales? Est-ce que l’analyse spectrale n’a pas singulièrement modifié nos connaissances en hydrologie? Le progrès a-t-il dit son dernier mot sur ce point? Non, assurément, et M. Garrigou nous le disait naguère,, lui qui croit être sur la voie de découvertes en hydrologie bien plus importanies que celle de la présence du mercure dans la source du Rocher de Saint-Nectaire.

Encourageons donc ce jeune, ardent et laborieux savant, au lieu de l’accabler sous des critiques décourageantes, sous des oppositions malveillantes, dictées par la passion plus que par la raison, ét auxquelles un homme de la valeur et du caractère de M. Jules Lefort ne saurait s’associer.

Ces quelques lignes n’ont d’autre but, après avoir rectifié une erreur involontaire de M. Lefort, que celui de montrer à notre jeune et méritant confrère, M. lé docteur Garrigou, que nous sommes toujours prêts, ici, à défendre le travail, le talent et l’honnêteté.

Amédée Latour.

CLINIQUE MÉDICALE

LEUCORRHÉE (<) ;

Par le docteur L. Martineau, médecin de l’hôpital de Lourcine.

Valeur diagnostique. — Les caractères physiques, chimiques et microscopiques que j’ai assignés à la leucorrhée utérine, permettent de ia distinguer des différènts liquides, des différents écoulements, plus ou moins purulents oii fétides, qui sortent par lès parties génitales de la femme, et auxquels je donne le nom de fausse leucorrhée.

D’où viennent les liquides qui sortent par les parties génitales de la femme? Tel est le problème clinique que le médecin doit résoudre. Us peuvent venir de la vulve

(l) Suite. — Voir les numéros des 17 et 22 mai.

s’écarter des traditions, laissées par leurs prédécesseurs, des grandes époques de la République. Ont-ils mieux fait qu’eux? Ont-ils rendu plus de services, puisque la science avait mis plus de ressources à leur disposition? Durant la dernière épidémie de choléra, qui gagna quelques villes d’Italie et jeta une pleine terreur dans Venise, tout voyageur était soumis à une désinfection opérée en un réduit hermétiquement clos, jusqu’à l’imminence de l’asphyxie. Le remède de prévoyance atteignait la hauteur du mal. Ce qui n’atteignait pas Un niveau suffisant, c’était le dévouement des médecins. Un littérateur français de renom, que je préfère ne pas désigner autrement, fut frappé de l’épidémie régnante en arrivant à Venise; les médecins appelés interrogèrent le malade de la porte de la chambre, sans s’aventurer au delà, prescrivirent pour tout remède l’emploi à discrétion de vin de Champagne, et le débarrassèrent de toute sa garde-robe, sans oublier son parapluie ; ils voulaient même le priver de sa compagne de voyage, ce qui était trop violent, trop barbare pour ne pas y résister. Vers l’année 1860, un médecin très-érudit, du nom de Spongia, qui avait été directeur de la Faculté de médecine dans l’Université de Padoue, avait l’administration supérieure de la salubrité de Venise et des lieux de sa dépendance. J’allais souvent le visiter, et avec d’autant plus de satisfaction qu’il aimait la climatologie et s’intéressait vivement à tout ce qui se publiait sur elle. C’est sur son bureau que je pus feuilleter une carie de la salubrité pour le territoire autrichien, qui me fil regretter qu’on n’en eût pas dressé une pareille pour la France. J’ai eu quelquefois l’occasion de signaler cette lacune qu’à présent moins que jamais, on ne se bâtera pas de remplir. Les différents degrés de salubrité, au nombre de trois, étaient marqués sur cette, carte par des colorations différentes, comme dans une carie géologique, de manière à hme embrasser d’un coup d’œil les influences salutaires ou insalubres d’une portion du sol. lou nés pas à reprendre dans ce qui précède; il s’y montre des exemples qui mériteraient

(vulvite), du vagin (vaginite), de l’utérus. Pour ce dernier organe, il faut savoir que, outre la métrite, les lésions organiques, plus ou moins graves, dont il est le siège, peuvent donner naissance à un écoulement muco-purulent qui se rapproche par quelques-uns de ses caractères de la leucorrhée symptomatique de la métrite. Parmi ces lésions, je signalerai les môles hydatiformes et charnues, les polypes, les tumeurs fibreuses, les cancers. Par leur présence, ces lésions déterminent l’irritation de la muqueuse utérine, et donnent lieu à un écoulement variable, suivant la nature, suivant le volume des tumeurs et le degré de réaction qu’elles déterminent. Ce liquide est tantôt muqueux, muco-purulent, muco-sangui noient; tantôt sanieux, purulent, etc., etc. Je signalerai de même les abcès de l’utérus (faits rapportés par quelques auteurs, Àshwel, Safford-Lee, Mathews Duncan, M. Courty), qui, par suite de la sortie du pus par l’orifice du col, peuvent être confondus avec la leucorrhée. Je signalerai encore l’écoulement sanieux, mélangé de sang, de pus, ou de débris membraneux ayant une odeur de putréfaction caractéristique, résultant de la décomposition des caillots sanguins retenus dans la cavité utérine, la décomposition du produit de la conception, des membranes fœtales ou du placenta retenues dans l’utérus. Je signalerai, enfin, les abcès pelviens ouverts dans l’utérus, dans le vagin, l’évacuation d’un kyste ovarique par la trompe, etc., etc., qui constituent autant de fausses leucorrhées pouvant donner lieu à des méprises qu’un examen approfondi ne laisse pas longtemps subsister.

Malgré cette diversité d’origine, les pertes blanches présentent toujours ou presque toujours un diagnostic différentiel facile à établir. Et d’abord, la leucorrhée utérine se reconnaît toujours aux caractères physiques, chimiques et microscopiques, que je lui ai assignés et qu’elle possède seule. Dès que le médecin voit sourdre à la vulve ou au col utérin ce mucus visqueux, filant ou consistant, glutineux et tenace, de coloration variable, il peut affirmer qu’il y a leucorrhée utérine et par suite métrite. Les malades fournissent parfois d’excellents renseignements sur la nature de leurs pertes, et le médecin peut faire le diagnostic avant même de procéder à l’examen direct qui, en définitive, lève toujours les doutes qui subsistent. L’ecoulement produit par une inflammation de la vulve, de la glande vulvovaginale, est beaucoup plus limpide, tout en étant légèrement visqueux; il est blanchâtre, purulent, de réaction acide, d’odeur aigre de suif rance ou de lait fermenté. Il laisse ordinairement sur le linge des taches allongées et irrégulières; de plus, le médecin constate la lésion vulvaire : rougeur, gonflement, excoriations,

Venise, dans ces dernières années, a été la ville où tendaient les ambitions de l’Ecole de Padoue. Ce qui attirait ces transfuges du professorat, c’était ou l’attrait d’une clientèle plus rémunératrice, ou celui du repos des derniers jours dans une ville dont le tumulte est exclu, et qui, en outre, se distingue par un climat bienfaisant. Brera, professeur de thérapeutique à l’École de Padoue, se retira à Venise et y publia, en 1838, un livre intéressant et plein d’observations sur l’analogie des eaux mères d’Ischl et les fanges des lagunes vénitiennes (1). Il y jouissait d’une haute réputation et s’y reposait des fatigues du professorat en s’employant de la plume et de la pratique pour honorer jusqu’à la fin sa profession. Un jeune professeur d’anatomie de la même École, le docteur Minich, était devenu le praticien le plus à la mode et le plus répandu de la ville ; il possédait des qualités qui devaient le faire parvenir à ce rang. U était fort joli homme, ce qui ne nuit jamais; il parlait merveilleusement le français et les langues septentrionales de l’Europe, et puis il n’avait pas les allures à la fois Ihumbles et familières du médecin pur sang italien. C’était un homme bien élevé, doté d’un esprit aimable et d’une valeur sérieuse. On comprendra qu’il devint dans la ville des lagunes le praticien international. Il n’y avait pas d’étranger qui ne s’adressât à lui. Il avait, après avoir fait une fortune assez grasse, la nostalgie des loisirs. Quand il eut à peu près renoncé à la pratique (c’était deux ou trois années avant 1870, si ma mémoire ne m’abuse pas), les honneurs vinrent le chercher. Il fut nommé d’abord pour aller représenter l’Italie au centenaire de Pétrarque ; à peu près dans le même temps, il fut élu sénateur de ce royaume d’Italie, qui a recueilli de troisième main l’héritage de la République.

L’influence, pendant la durée d’un demi-siècle, de l’Autriche sur la Venétie y a porté la

(1) Luigi Brera. lschl é Venezia, Memoria ; 1838.

ulcérations, tuméfaction de la glande vulvo-vaginale, etc., etc. Le liquide de la vaginite est fluide, sans aucune consistance, laiteux ou purulent, blanchâtre ou verdâtre, selon la nature de l'inflammation; le médecin constate de même, notamment dans le cas de vaginite blennorrhagique, une inflammation concomitante de la vulve, des glandes vulvo-vaginales , de l’urèthre. La réaction' de ce liquide est alcaline, s’il n’a pas séjourné dans le vagin; autrement elle est acide ; son odeur est nauséeuse. Il laisse sur le linge des taches arrondies,’ épaisses, jaunâtres ou verdâtres; de plus, le spéculum fait constater la rougeur uniforme ou granulée de la muqueuse vaginale. Les antécédents, le mode de début de l’écoulement et les symptômes concomitants apprennent si la vulvite et la vaginite sont primitives ou consécutives à la leucorrhée utérine, à la métrite. Ces deux liquides, vulvaire et vaginal, sont d’ailleurs tellement différents du liquide utérin , que ce dernier ne se mélange presque jamais complètement avec eux, et qu’on le distingue toujours à ses caractères de l’écoulement vulvaire ou vaginal, au milieu duquel il se trouve.

La facilité à distinguer la leucorrhée utérine des écoulements qui sont déterminés par la présence de lésions organiques variables, par la décomposition des caillots sanguins, des débris du placenta retenus dans l’utérus, après un accouchement régulier ou un avortement, par les abcès utérins ou pelviens, n’est pas moins grande, même lorsque le mucus utérin, altéré par suite de son séjour dans la cavité utérine, présente une odeur nauséeuse et putride qui, de prime abord, peut inspirer quelques doutes.

S’agit-il de môles charnues, hydatiformes, de polypes, de tumeurs fibreuses? On observe, en même temps que l’écoulement, des hémorrhagies, une tuméfaction énorme de l’utérus, un agrandissement plus ou moins grand de l’orifice interne dilaté par la production morbide, des douleurs expulsives. S’agit-il d’un cancer? On observe un écoulement séreux, séro-sanguinolent, roussâtre, qui plus tard est mélangé de pus, de détritus cancéreux, et exhale une odeur fétide, nauséabonde. Des hémorrhagies abondantes, répétées , surviennent en dehors des époques menstruelles. Ce n’est que dans le cas de tumeurs faisant saillie dans la cavité interne de la matrice que le diagnostic peut présenter quelques difficultés. Ces difficultés sont facilement levées. L’emploi de l’hystéromètre, faisant constater la présence du néoplasme, permet de rapporter à sa véritable cause l’écoulement blanc, sérosànguinolent. S’agit-il d’un écoulement dû à la décomposition de caillots sanguins

médecine allemande, c’est-à-dire le goût des recherches et des interprétations d’ordre matériel, et une thérapeutique fréquemment en contradiction avec celle des coutumes traditionnelles. Ainsi la médecine allemande combat à outrance la pratique immodérée et même modérée des saignées, tandis que les Italiens ne reculent pas devant cette spoliation du sang, à laquelle ils n’attribuent que des avantages, loin d’en soupçonner aucun dommage. Mais la pratique quotidienne est devenue moins exclusive dans les moyens d’action qu’elle emploie; les innovations médicales ont fait irruption à Venise, surtout quand l’expérience a permis d’en tirer quelqués bonnes applications. Pour donner un exemple, je dirai que les injections souscutanées ont fait fortune dans cette vieille cité; le travail, du reste, ne cesse de s’y maintenir. Les Académies qui se succédaient dans les nobles salons de l’aristocratie, se poursuivent dans l'Ateneo veneto, l’Athénée vénitien où se font des lectures sur des sujets divers, pris dans l’histoire, la littérature, et principalement dans la science. C’est l’antichambre de l' Institut ot autrefois impériale et aujourd’hui reale qui se modèle sur l’Institut de France, dont les membres portent l’épée et se distinguent par l’habit brodé, et, mieux encore, par des savants de mérite. Dans le commencement du siècle, il comptait, parmi ses membres, le chimiste Bixio, le Physicien Zantedeschi, celui-ci connu par ses éludes sur Y influence thermique des rayons colorés\ et dont les travaux ont pénétré jusqu’à notre Institut de France. Le duc de Raguse, qui était le plus instruit des généraux de la pléiade napoléonienne, faisait des lectures à l’Institut vénitien. Namias en était, jusqu’à ces dernières années, le secrétaire perpétuel; Namias, qui rivalisait avec Minich, se partageant tous deux la clientèle, mais le premier plus actif, plus péné- ’nstrnit V<fC * 6 savoir*faire des enfants d’Israël; très-honnête homme d’ailleurs, et médecin trèsmsi un et très-laborieux, fier du prix remporté à notre Institut pour un travail remarquable Sut es ajrp ications thérapeutiques de l’électricité par induction.

Supplément. L’UNION MÉDICALE. 883

ou de débris placentaires? La nature du liquide mélangé de sang, de pus, de débris membraneux, ayant une odeur sanieuse de putréfaction, apparaissant après un accouchement ou un avortement, en fait aisément reconnaître l’origine? S’agit-il, enfin, d’un abcès utérin ou pelvien? L’abondance de l’écoulement complètement purulent, sa soudaineté d’apparition, les symptômes concomitants, révèlent le point de départ que viennent confirmer le toucher vaginal et rectal, l’examen au spéculum. L’abondance et la nature du liquide font également reconnaître le liquide de l’hydrométrie et l’écoulement. consécutif à l’évacuation d’un kyste ovarique par la trompe.

On le voit, la leucorrhée utérine est facile à distinguer de tous les autres liquides de nature diverse qui sortent par les parties génitales externes. Elle possède des caractères physiques, chimiques et microscopiques, qui ne permettent pas de la confondre avec eux. Aussi mérite-t-elle seule le nom de leucorrhée, la désignation de fausses leucorrhées s’appliquant aux autres écoulements.

Quelle est sa valeur diagnostique? Elle est considérable. N’étant jamais idiopathique, essentielle, étant toujours symptomatique, la leucorrhée signifie inflammation utérine. Les caractères que les auteurs lui ont assignés, la symptomatologie qu’ils lui reconnaissent appartiennent à la métrite et non à la leucorrhée essentielle ou au catarrhe utérin décrit par Aran, MM. Bernutz et Courty.

Ainsi que la métrite, dont elle n’est qu’un symptôme, la leucorrhée revêt une modalité clinique en rapport avec la nature de cette métrite. Je reconnais, toutefois, qu’elle n’est pas suffisante à elle seule, pour permettre au médecin de remonter à la cause de l’inflammation. Réunie aux autres symptômes, elle acquiert cependant une certaine valeur, et peut faire soupçonner, reconnaître même la nature de la maladie. Pour s’en convaincre, le lecteur n’a qu’à se reporter à ce que j’ai dit à propos des métrites constitutionnelles .

Je terminerai cet exposé de la valeur diagnostique de la leucorrhée en rappelant que, pour M. de Sinéty, la nature de l’écoulement permet de reconnaître la lésion qui le produit. La leucorrhée est-elle simplement muqueuse? elle est produite par des végétations, formées surtout par l’hypertrophie des glandes de la muqueuse utérine. Est-elle purulente? ce sont des végétations analogues aux bourgeons charnus qui lui donnent naissance. Selon la prédominance du liquide muqueux ou puruleut, on peut donc admettre la prédominance de l’inflammation sur telle ou telle partie de la muqueuse, les glandes ou le derme.

J’étais, un jour, allé visiter Namias au palais ducal, lieu où l’Autriche avait largement logé l’Institut; il me proposa de visiter la salle du Conseil des Dix, qui s’ouvrait sur le même palier, salle resplendissante de dorures au plafond et de tableaux sur les murs, salle bien gaie pour un renom si dramatique 1 Cette visite me mit en appétit ; je montai aux plombs. Les mansardes de Paris sont moins éclairées, moins grandes, moins saines , car l’air et le soleil y pénètrent largement, dans ces prisons d’une aussi triste renommée. Descendons maintenant aux puits, cette antichambre des exécutions mystérieuses, me dis-je alors, en quittant mon savant compagnon. Les cellules et les corridors qui y conduisent ont une ventilation bien emménagée; les premières y sont encore lambrissées, jusqu’au plafond, d’épaisses planches de sapin séparées des murailles par un espace libre de plusieurs centimètres. Il n’y a pas de jour dans ces réduits, la nuit y est constante ; mais, sauf cette dure privation, surtout pour des yeux italiens, certes les prisonniers ne s’y trouvaient pas bien, mais pas aussi mal qu’on a voulu le faire croire. Les Vénitiens n’oubliaient en rien leur amour des applications des règles de l’hygiène.

Si j’avais quelques conclusions à tirer de ce qui précède, je me bornerais discrètement à faire ces réflexions : Le gouvernement vénitien a su protéger merveilleusement les arts et les sciences pendant toute sa durée, parce que, depuis l’origine, il avait été toujours le même et n’avait été jamais mis en discussion, et puis, parce qu’il avait su placer son incontestable légitimité sous la protection d’une législation impitoyable.

Dr Éd. Carrière.

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