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INTERPRÉTATION PHYSIOLOGIQUE DES SYMPTÔMES DE LA MÉNINGITE

J’arrive maintenant, Messieurs, à l’interprétation physiologique des symptômes de la méningite. Avant d’entrer en matière, je tiens à vous exposer l’historique rapide de cette question si difficile et où il reste encore tant à faire.

La physiologie exacte des symptômes devait, avant tout, reposer sur l’observation rigoureuse des faits cliniques. Le premier auteur, Traube, qui ait tenté une interprétation des phénomènes de la méningite, s’est appliqué à définir surtout la valeur séméiologique des troubles circulatoires et du pouls qui sont si importants : ces symptômes devaient dépendre d’une modification dans les centres nerveux qui président à la circulation, c’est-à-dire, dans le bulbe.

Après cet exposé, d’ailleurs incomplet, j’ai essayé moi-même, il y a quelques années, de formuler dans mes leçons cliniques une théorie plus précise et plus complète. D’autres auteurs, aussi habiles écrivains que médecins expérimentés, MM. Jaccoud et Labadie-Lagrave, ont su trouver une expression qui peint bien la situation : Le ralentissement du pouls, disent-ils, est un phénomène solennel dans le cours de la méningite. C’est, en effet, un moment bien solennel que celui où apparaît ce symptôme grave ; à dater de ce jour, on ne peut plus douter de l’existence de la méningite, et par conséquent le malade est perdu.

Dans ces derniers temps, des phénomènes d’un autre genre ont détourné l’attention. MM. Rendu et Landouzy étudièrent surtout les phénomènes paralytiques et les convulsions. M. Rendu nota l’ischémie et même la nécrobiose des corps optostriés et leur attribua l’hémiplégie. Cette paralysie du mouvement apparaîtrait après les convulsions et pourrait s’accompagner de troubles de la sensibilité.

M. Landouzy plaça le problème sur un autre terrain. Pour lui, les lésions des

(1) Suite. — Voir les numéros des 15, 20 et 31 mai.

FEUILLETON

Ulysse TRÉLAT père

DISCOURS PRONONCÉ A SES OBSÈQUES, AU NOM DE IA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX,

Par M. Millard, médecin de l’hôpital Beaujon.

Messieurs,

La Société médicale des hôpitaux, au nom de laquelle je porte la parole, s’honore d’avoir, depuis sa fondation, compté parmi ses membres titulaires le grand patriote, le savant aliéniste, l’homme de bien, dont nous venons saluer ici la dépouille mortelle. La vie scientifique et professionnelle de M. le docteur Trélat n’a jamais eu l’éclat ni le retentissement de sa carrière politique, mais elle n’en a pas moins été noblement remplie et féconde en belles et bonnes œuvres.

En 18à0, après avoir, pendant plus de quinze, ans, tout sacrifié à la cause démocratique, sa jeunesse, sa santé et jusqu’à sa liberté; après l’avoir défendue avec une éloquence et une énergie sans égales, par la plume, par la parole et même comme combattant de Juillet, il sentit que l’heure de la violence était passée et que désormais il n’y avait plus à lutter que par le travail et par l’exemple des vertus privées. Frappé dans ses plus chères affections, il avait envers sa famille, de même qu’envers la société, de nouveaux devoirs à remplir. Alors il se souvint de son grade de docteur, de ses succès de professeur libre à l'Athénée, de ses titres d’ancien interne de Cliarenton et d’élève d’Esquirol, et il résolut, à lx 5 ans, de con- Tome XXVII. — Troisième série. 82

circonvolutions fronto-pariétales produisent les symptômes principaux : les monoplégies fugaces limitées s’expliquent par l’ischémie des régions motrices, les convulsions qui les précèdent par la congestion des départements voisins de l’écorce cérébrale.

Deux observations intéressantes, celles de M. Duret et deM. Lépine, vinrent confirmer celte hypothèse. Dans ces cas on trouva à l’autopsie, pour expliquer l’hémiplégie, une lésion des circonvolutions frontales ascendantes dans un cas, et dans l’autre une lésion du lobe pariétal.

D’autres auteurs, dont tout le monde apprécie la haute compétence, M. Magnan M. Liouville, et plus récemment M. Debove (1), ont établi, d’une manière incontestable, l’existence de la méningite spinale tuberculeuse. « L’interprétation des phénomènes paralytiques de la méningite tuberculeuse, dit M. Debove, est complexe, et cette maladie ne saurait être prise comme type dans l’étude des localisations cérébrales; d’abord parce que les lésions des hémisphères ne sont pas circonscrites, mais ordinairement plus ou moins diffuses, en second lieu parce que les lésions médullaires interviennent pour une part qu’il n’est pas toujours facile de déterminer. »

Je ne saurais mieux faire que d’imiter cette sage réserve.

Pour terminer cet historique, il me reste à vous signaler la thèse de M. Dreyfous, qui s’est efforcé de rattacher, non plus au cerveau ni au bulbe, mais à la protubérance, un grand nombre de phénomènes observés dans le cours de la méningite tuberculeuse.

Messieurs, faisons notre profit des faits contenus dans ces travaux consciencieux, mais donnons-leur la place qui leur convient. Or, les symptômes que nous devons mettre sur le premier plan, ce sont les phénomènes bulbaires. Je diviserai donc, au point de vue physiologique, les symptômes de la méningite en deux classes :

A. Phénomènes bulbaires;

B. Phénomènes qui ne sont pas du domaine du bulbe.

A. — Phénomènes bulbaires.

Après avoir assigné aux divers symptômes leur valeur diagnostique, leur dignité clinique, voyons leur origine et leur mécanisme. Leur signification hiérarchique a

(1) Debove. Société médicale des hôpitaux, 1878.

quérir par le concours une des quatre places de médecin adjoint qu’on venait de créer à l’hospice de la Salpêtrière et qui allaient être briguées par de jeunes savants de 30 ans. L’entreprise était hardie; les épreuves difficiles et multipliées embrassaient la médecine générale aussi bien que la pathologie mentale; mais avec cette ardeur au travail, cette volonté opiniâtre qui étaient parmi les traits dominants de son caractère, M. Trélat fut bientôt en état de les subir toutes avec distinction, et il fut élu au premier rang ex oequo avec M. Baillarger.

C’est comme médecin des hôpitaux nommé par le concours qu’il prit rang dans notre Société et qu’il s’associa à nos travaux pendant de longues années. Il jouissait parmi nous, dans nos jurys et dans nos séances, d’une légitime autorité, et s’il n’a pas pris une part plus active à nos discussions, c’est qu’il était absorbé par la spécialité de ses études sur- l’aliénation. Le grand établissement hospitalier dans lequel il venait d’entrer, immense réceptacle de toutes les infirmités morales et physiques « où cinq mille bouches, comme il le dit dans un de ses ouvrages, peuvent parler et gémir », allait devenir pour lui un vaste champ d’observations et d’efforts.

Nul n’était mieux préparé pour étudier à fond toutes ces misères avec un cœur à la fois ferme et compatissant. Quoique jeune encore, il avait déjà vu l’humanité sous tant de faces, dans ses élans les plus admirables comme dans ses plus honteuses défaillances ! Plein d’amour pour ses semblables, il était particulièrement animé d’une grande pitié pour les aliénés et d’une foi ardente pour les consoler, les soulager et les guérir. Dès son arrivée à la Salpêtrière et pendant les trente-cinq années qu’il y passa, il se consacra tout entier à celte noble tâche.

Avec ses nouveaux collègues, il réclama énergiquement la réorganisation des services où les folles étaient jusque-là entassées dans les plus déplorables conditions. Il fit créer pour elles

besoin, pour ainsi dire, de la consécration physiologique. Commençons donc par les phénomènes bulbaires; ce sont les plus importants , les plus précoces et les plus constants.

I. Troubles de la circulation. — Du pouls. — Dès le quatrième ou cinquième jour, au plus tard, le pouls est ralenti, irrégulier, vibrant; ce sont là les propres expressions de Rilliet et Barthez; il est, de plus, vite (Dance), sans dicrotisme (Siredey). J’ajoute à ces observations des auteurs une remarque personnelle : le pouls de la méningite est petit.

En résumé, arhythmie, petitesse, tels sont les vrais caractères du pouls qui doivent vous mettre sur la voie d’une méningite. Je ne reviens pas sur les trois, ou mieux sur les deux périodes de Robert Whytt ; mais je reviens sur leur interprétation.

Vous savez, Messieurs, quel est le rôle du pneumogastrique. Il y a quarante ans, les frères Weber ont montré qu’en excitant ce nerf, on régularise, on modère les pulsations eardiaqués. Or, la même action appartient au bulbe. Il y a, dans cet organe, un centre, un appareil régulateur des mouvements du cœur. C’est le point où viennent aboutir les fibres du nerf vague. Traube et d’autres physiologistes confirmèrent cette importante découverte. On remarqua, en outre, que la section des nerfs vagues est suivie d’une accélération considérable des pulsations du cœur et du pouls.

Restait à faire à la méningite tuberculeuse l’application de ces données physiologiques; c’est ce que fit Traube (1). Il admet une excitation des nerfs vagues ou àe leur centre bulbaire par l’exsudât inflammatoire. Ainsi s’explique la première période. Quant à la seconde, c’est-à-dire l’accélération finale du pouls, je n’hésite pas à l’attribaer, complétant et vérifiant la pensée de Traube, à une paralysie de ces nerfs ou de leur centre, sans doute par le fait d’une compression produite aussi par l’exsudât méningé.

Pour apprécier cette théorie, demandons-nous si un autre organe que le bulbe pourrait avoir la même action sur le cœur. Von Bezold (1850) a observé, en sectionnant la moelle, entre l’occiput et l’atlas, un ralentissement des battements du cœur, et en l’excitant, au contraire, à l’aide de l’électricité, il a observé l’effet opposé, c’est-à-dire leur accélération.

(1) Troisième leçon, qui n’est pas reproduite dans les CEuvres complètes.

des pavillons, des dortoirs, des salles de bains, des ateliers de couture ; il leur fournit des jeux, des récréations de toute sorte et jusqu’à des concerts ; il ne négligea rien, en un mot, de ce qui pouvait calmer, adoucir ou relever ces infortunées créatures et rallumer en elles quelques lueurs de raison.

M. Trélat obtint ainsi de brillants résultats qui eurent du retentissement au dehors, et il conquit bientôt parmi les aliénistes de son temps une des premières places. Il la méritait par des qualités exceptionnelles.

Sa profonde connaissance du cœur humain, et en même temps son dévouement poussé souvent jusqu'à l’abnégation, lui permettaient de sonder d’une main sûre et de panser efficacement les plaies morales les plus diverses; aussi exerçait-il sur ses clients, comme sur ses amis, un ascendant vraiment extraordinaire. Cette éloquence chaleureuse et passionnée avec laquelle il soulevait autrefois les masses populaires, il ne l’employait plus qu’à consoler, qu'à encourager ses semblables et à les ramener dans les voies de la raison et de la vérité.

Frappé de son mérite, M. Gabriel Delessert ne tarda pas à le nommer médecin du dépôt des aliénés de la préfecture de police, et il apporta, dans ces délicates fonctions, un zèle et une charité infatigables. Il était en même temps un des rédacteurs les plus actifs des Annales médico-psychologiques, et la Société de ce nom, rendant hommage à son talent et à son caractère, lui conféra plus d’une fois les honneurs de la présidence.

En dehors des maladies mentales, l’hygiène avait eu toujours le privilège d’intéresser vivement notre vénéré collègue. Auteur dès 1825, avec Bûchez, d’un Précis élémentaire sur cette branche des sciences médicales, collaborateur assidu de l’ancien journal du Progrès des sciences médicales , il publia, de 1840 à 1848, une série d’articles fort remarqués, soit dans les Annales d'hygi'ene, soit dans les Annales de la Charité. On ne sera pas surpris que ses

Les symptômes observés peuvent-ils etre interprétés par le fait d’une méningite spinale concomitante? Je ne le crois pas, et voici mes raisons. Il n’y a pas d’autre symptôme médullaire; il faudrait donc admettre une lésion isolée de ce centre excito-cardiaque, et une lésion qui d’emblée aurait produit sa paralysie. Autant d’hypothèses invraisemblables. D’ailleurs, la moelle agit sur la fréquence mais non sur le rhythme des pulsations du cœur. Au contraire, l’excitation du bulbe rend parfaitement compte des symptômes sans exiger tant d’artifices.

II. Troubles vaso-moteurs. — Après, les modifications du pouls se classent deux phénomènes qui tous les deux indiquent une profonde perturbation dans la circulation capillaire. Ce sont d’abord des alternatives de rougeur et de pâleur du visage. La pâleur, l’ischémie des téguments, s’explique par la contraction des petits vaisseaux sous l’influence de l’excitation des filets vaso-constricteurs. Lorsque cette excitation se prolonge, il arrive une modification en sens inverse, c’est-à-dire une dilatation des petits vaisseaux par paralysie des filets ou du centre vaso-moteur de la face. Or, le centre vaso-moteur principal de la face siège dans le bulbe et non dans la protubérance, comme on l’a dit par erreur.

Les raies dites méningitiques, qu’on produit sur la peau en rayant avec l’ongle les téguments de la paroi abdominale, sont le résultat de l’épuisement facile et prompt de la contractilité des artérioles. Il existe un état alternatif d’excitation ef de faiblesse du centre vaso-moteur général qui explique ces alternatives de resserrement et de dilatation des dernières artérioles. Lorsque vient à prédominer la phase de dilatation générale des vaisseaux, la tension vasculaire diminue, et cette diminution a pour effet le ralentissement des battements du cœur. S’il en est ainsi, le bulbe a donc, outre l’action suspensive et directe sur le cœur, une action indirecte sur le même organe par l’intermédiaire des vaisseaux.

III. Troubles de la respiration. — En même temps que le pouls diminue de fréquence, la respiration se ralentit; elle devient suspirieuse; les inspirations sont profondes, tantôt largement espacées, tantôt momentanément rapprochées, et souvent irrégulières.

Dans le premier cas, le malade semble oublier de respirer. Dans le second, il y a un rhythme régulier au milieu de ces irrégularités : c’est Je type décrit par Cheyne^ Stokes, dans les affections cardiaques ; par Yan Dusch, en 1867, dans la méningite tuberculeuse; puis par Trousseau et Traube. Ce symptôme mérite de nous

recherches en ce genre aient surtout porté sur les problèmes qui concernent l’éducation et l’amélioration intellectuelle et morale des classes déshéritées. Chez Trélat, l’hygiéniste était doublé d’un penseur et d’un moraliste de premier ordre. Sa place était naturellement marquée parmi les membres du Conseil d’hygiène et de salubrité, et il ne tarda pas à en faire partie. Il attachait un grand prix à ces importantes fonctions; mais, en 1852, il n’hésita pas à envoyer sa démission pour refus de serment. Moins que personne il aurait pu se plier à une pareille humiliation, lui l’apôtre du droit, l’adversaire implacable de la force triomphante, l’ancien ministre de la République de 1848 ! La Révolution de février, en effet, l’avait arraché momentanément à ses études favorites, à cette Salpêtrière qui était devenue pour lui une sorte de patrie médicale ; mais il ne tarda pas à y revenir, et, dès 1849, il trouva dans l’effroyable épidémie cholérique qui emporta plus de la moitié du personnel de cet établissement, de nouvelles occasions de déployer son énergie, son activité et son dévouement pour les malades. C’était la seconde fois qu’il se trouvait face à face avec ce terrible fléau, et déjà, en 1832, il avait été médaillé pour sa belle conduite. Cette fois il reçut la croix de la Légion d’honneur, et il la méritait d’autant mieux qu’atteint à son tour, il avait failli être victime de l’épidémie.

Après avoir accumulé une grande masse de matériaux, M. Trélat se décida en 1861 à mettre au jour celui de ses ouvrages qui a excité le plus d’intérêt, et auquel il attachait le v.eux Par^er de *a F°iïe lucide. Sous ce titre original, qui fit sensation, il Da^a^ ^ î,atlention de *a société, de la magistrature et des médecins eux-mêmes, avec tontP i 6’ p°ur ainsi dire latente> d’un diagnostic scabreux et difficile, et il les analysait fl’nno sagacité et l’expérience d’un’ observateur consommé. Ce n’était là qu’un fragment aurait voulu na^C°Up plus vaste qu’il avait rêvée, sorte de traité clinique morale où il P ser en revue et étudier dans ses infinies variétés toutes les défaillances de

arrêter un instant. Voici en quoi il consiste : la respiration, d’abord faible, augmente rapidement d’amplitude; les efforts d’inspiration et d’expiration arrivent à leur maximum, puis on les voit diminuer, s’éteindre, et le malade cesse de respirer pendant cinq, dix, quinze secondes; alors il recommence à appeler l’air dans sa poitrine, et, après trente ou quarante inspirations, il s’arrête de nouveau pour reprendre ensuite, suivant un rbythme toujours le même.

Il ne faut pas pas plus croire la respiration de Cheyne-Stokes spéciale à la méningite, qu’elle n’est spéciale aux affections cardiaques ou à la dyspnée urémique. On l’a rencontrée, en effet, dans les cas les plus différents. Le phénomène régulier de Cheyne-Stokes est moins fréquent dans la méningite tuberculeuse que le ralentissement et l’irrégularité de la respiration. Or, le ralentissement paraît être sous la dépendance de la paralysie des fibres respiratoires du nerf vague. Chez Je chien, la section des nerfs vagues fait tomber le nombre des inspirations de 18 à 5; l’inspiration est en même temps anxieuse et pénible ; puis une inspiration très-courte a lieu, et enfin une pause extrêmemelit prolongée. Le même phénomène se reproduit régulièrement.

Mais si, après la section, on excite, en la galvanisant fortement, la portion centrale du nerf vague, il se fait un arrêt complet de la respiration avec tétanos des muscles inspirateurs. On n’observe, bien entendu, rien de pareil dans la méningite tuberculeuse, et nous sommes bien plus embarrassés pour l’interprétation de ces symptômes que pour celle des troubles cardiaques, car ni la paralysie ni l’excitation du pneumogastrique ne nous rendent un compte exact de l’arhythmie respiratoire.

Nous ne sommes pas plus avancés au sujet du phénomène de Cheyne-Stokes. Je ne fais que vous citer pour mémoire l’opinion de M. Cuffer, qui l’attribue à une intoxication par le carbonate d’ammoniaque; elle n’a pas à être discutée dans l’espèce. Traube admet une fatigue du centre respiratoire. Telle n’est pas l’opinion de Filehne. La vraie cause est, pour lui, une diminution d’excitabilité du centre vasomoteur. Il en résulte une contraction des vaisseaux du bulbe, une ischémie du bulbe et, par conséquent, du centre respiratoire (d’où la dyspnée passagère). Celleci amène une série d’inspirations énergiques qui font disparaître l’anémie bulbaire; le besoin de respirer cesse, et la respiration s’arrête jusqu’à ce qu’une sorte d’asphyxie locale mette en jeu à nouveau la contractilité des artères.

De cette discussion, Messieurs, retenez le fait suivant : La respiration de Cheyne-

l’esprit humain. Mais l’âge et la fatigue, bien naturelle après tant d’épreuves et de travaux, étaient venus, et notre cher ami ne pouvait plus que montrer la voie à ses successeurs.

Une organisation nouvelle du régime des aliénés lui permit de conserver son service et d’habiter, jusqu’à près de quatre-vingts ans, cette chère Salpêtrière qu’il aimait d’un si vif attachement, si pleine de souvenirs pour lui, et où les soins assidus d’une compagne dévouée lui avaient fait une si douce existence.

Depuis deux ans, son corps frêle était courbé par l’âge; mais sa haute et flère intelligence n’avait subi aucune atteinte ; son cœur était toujours aussi chaud, aussi passionné qu’aux plus beaux jours de sa vie. Deux sentiments surtout n’ont cessé de le faire tressaillir, l’amour pour la patrie et l’amour pour ses enfants. U aura goûté, avant de s’éteindre, deux grandes oies, celle de jouir des succès de ses fils, parmi lesquels notre Faculté de médecine compte un de ses plus éloquents professeurs, et celle d’assister à la réalisaiion d’un de ses vœux les plus chers, la fondation de la République.

Stations scientifiques. — On sait que des stations scientifiques sont déjà établies à Naples et à- Trieste. Il serait question, au dire de la Gazette d’Augsbourg, d’en installer une à Messine, à l’usage des zoologues qui, chaque année, se rendent en cette ville pour y étudier la faune marine, si riche, du détroit de Sicile. Les spécialistes sont tous d’accord sur ce point, que Messine est admirablement située pour former une station d’histoire .naturelle dans la Méditerranée. Aucun autre point de celte mer n’est plus riche en êtres marins. Le courant qui domine dans le profond canal entre la Sicile et le continent y pousse et permet d’y saisir des individus dont, autrement, la recherche serait très-difficile.

Stokes paraît tenir, dans la méningite tuberculeuse, à des troubles vaso-moteurs tout comme la raie méningitique, ou les alternatives de pâleur ou de rougeur de la face. De là ces irrégularités qui tiennent à des alternatives de congestion et d’anémie du centre bulbaire respiratoire.

IV. Céphalalgie et vomissements. Constipation. — Il nous reste à dire un mot de trois symptômes initiaux, la céphalalgie, les vomissements, la constipation, que je rapproche, parce que la clinique les réunit, et que l’un d’eux, les vomissements pourrait avoir une origine bulbaire. Je ne le crois pas cependant. Toutes les expériences tendent à prouver que ce phénomène a pour cause une excitation périphérique du pneumo-gastrique. Et de fait, les vomissements de cause centrale sont bien rares. M. Hillairet a démontré du reste qu’ils peuvent dépendre du cervelet ou des pédoncules.

La céphalalgie est un symptôme banal des alfections cérébrales, et nous n’avons pas à nops y arrêter.

La constipation est plutôt due à une contraoture des sphincters et à la rigidité des parois abdominales qu’à une paralysie de l’intestin.

V. Convulsions générales. — Elles sont rares au début de la méningite et ne se manifestent qu’au déclin de la première période.

Toutes les convulsions qui ont le caractère épileptiforme ont leur point de départ dans une excitation du bulbe. Cette excitation est ordinairement directe et due à l’anémie de l’organe. Elle peut néanmoins provenir indirectement d’une excitation du centre vaso-moteur, qui retentirait précisément sur le bulbe , en modifiant la circulation sanguine intra-bulbaire.

On pourrait objecter à cette théorie générale l’absence fréquente des lésions bulbaires : c’est le fait anatomique qui a frappé M. Dreyfous. Dans les autopsies qu’il a pratiquées, il n’a trouvé qne trois fois des lésions du bulbe, tandis que celles de la protubérance auraient été très-fréquentes. Je crois qu’il y a là une erreur ou une exagération. L’inflammation des méninges est moins prononcée dans la région bulbaire; mais le processus phlegmasique n’en existe pas moins à la surface inferieure du bulbe, et peut-être jusque dans l’intimité de la moelle allongée.

J’admets enfin que l’exsudât au niveau du bulbe soit rare. Serait-ce une raison pour ne pas rapporter à cet organe les phénomènes cardiaques? Comparez, ainsi que l’a fait M. Dreyfous, les symptômes de la méningite et les signes que M. Duret indique comme étant ceux de l’augmentation de pression intra-crânienne. Vous trouverez entre eux une identité presque parfaite. On peut donc, par le fait seul de la compression cérébrale, expliquer ces symptômes sans lésion méningée péribulbaire.

Vous voyez donc, Messieurs, que l’excitation du centre vaso-moteur et celle du centre cardiaque paraissent dominer toute la physiologie de la méningite tuberculeuse, Les deux centres importants sont situés dans le bulbe, et ainsi se trouvent justifiés les développements dans lesquels je suis entré à propos des phénomènes bulbaires. Je m’étendrai moins sur les autres symptômes.

(La fin h un prochain numéro.)

CHIRURGIE

OBSERVATION DE PÉRIOSTITE CHRONIQUE D’UNE INCISIVE INFÉRIEURE. — FISTULES

CUTANÉES. — EXTRACTION DE LA DENT. — RÉSECTION D’UNE PORTION DE LA RACINE.

— RÉIMPLANTATION. — GUÉRISON 5

Par le docteur Notta, chirurgien de l’hôpital de Lisieux, etc.

Mu* M..., âgée de 11 ans, tempérament lymphatique, vit, il y a deux mois, sans cause appréciable, se former dans la gouttière labio-gingivale, au niveau des incisives inférieures médianes, une petite grosseur qui s’abcéda. Huit jours après il se forma, au-dessous du menton, une dureté qui devint douloureuse et s’ouvrit en donnant jour à du pus par trois orifices. Depuis, la grosseur de la gencive a disparu, mais du pus s’écoule continuellement par les ori-

fices fisluleux du menton, et ils n’ont aucune tendance à se fermer. Appelé en consultation avec mon confrère le docteur Levillain, médecin de la malade, nous constatons l’état suivant :

L’incisive médiane droite est mobile, douloureuse à la percussion; les dents voisines ne le sont pas. Il n’y a pas de changement de coloration de la dent, qui parait très-saine du reste. La pression ne fait pas sortir de pus entre la gencive et le collet de la dent. Au-dessous de la mâchoire, au niveau de la symphyse, les tissus sont indurés dans une étendue de 2 centimètres; la peau est adhérente, rouge, et présente trois orifices flstuleux par lesquels s’écoule du pus ; en explorant ces trajets avec le stylet, on ne rencontre pas d’os à nu. Ce cas nous semble rentrer dans la catégorie de ceux pour lesquels le docteur Magitot a préconisé la greffe dentaire. Avec le concours du docteur Levillain, nous procédons à l’opération suivante, le 23 mars :

La dent est arrachée avec un davier.

Pour procéder à son examen, nous l’enveloppons dans un linge imbibé d’eau tiède ; elle parait très-saine, seulement l’extrémité de la racine est très-aiguë et comme dénudée dans une étendue de 1 millimètre. Nous la réséquons, dans une longueur de 3 millimètres, avec une pince incisive; puis, avec une lime, nous adoucissons les angles de la section, et la dent est replacée dans l’alvéole, qui ne saigne plus, mais qui est remplie par un caillot sanguin. La dent, refoulée par le caillot sanguin, a de la tendance à dépasser le niveau des autres dents. J’applique sur cette dent et sur les voisines une lame de gulta-percha ramollie qui la fixe, et je maintiens la bouche fermée par une fronde, après avoir placé au devant de la dent, dans la gouttière labio-gingivale, une mèche de coton trempée dans une solution saturée de chlorate de potasse. On nourrira l’opérée avee des potages.

Le 25 mars, la dent est encore mobile, la suppuration du menton a très-notablement diminué.

Le 28, la dent est moins mobile. Les fistules ne donnent presque plus de suppuration.

2 avril. La dent est reprise. On supprime la gutta-percha, qui ne sera appliquée que pendant les repas. Les fistules du menton sont en voie de cicatrisation.

16 avril. Les fistules sont entièrement cicatrisées, et la dent est aussi solide que les autres.

9 mai. La guérison se maintient. L’induration qui existait sous le menton a complètement disparu.

Cette observation n’est, en définitive, que la répétition de celles qui ont été publiées dans le remarquable mémoire de M. Magitot, et elle vient ajouter un succès de plus à la méthode qu’il a si magistralement exposée à la Société de chirurgie (1). Cependant, j’ai pensé qu’il y avait peut-être quelque intérêt à la livrer à la publicité, d’abord pour engager les praticiens à employer un moyen thérapeutique qui donne d’aussi excellents résultats, et ensuite parce qu’une méthode se vulgarise d’autant plus vite et inspire d’autant plus de confiance qu’elle donne des succès à d’autres chirurgiens qu’à ceux qui l’ont inventée ou qui en sont tout au moins les parrains.

Comme on le voit par les détails de l’opération, la lésion de l’extrémité radiculaire de la dent était bien peu de chose, et, n’était l’examen attentif auquel nous nous sommes livrés, on aurait pu croire la dent absolument saine. Néanmoins, nous n’avons pas hésité à réséquer l’extrémité de la racine, en prenant minutieusement toutes les précautions indiquées par le docteur Magitot; puis nous avons replacé la dent dans son alvéole. L'alvéole était remplie par un caillot, et nous n’étions pas sans quelque préoccupation sur l’influence de ce caillot sur la reprise de la dent. La suite nous a prouvé qu’il ne l’a même pas retardée; néanmoins, une autre fois, nous tâcherons, dans la mesure du possible, avant de replacer la dent dans l’alvéole, d’en extraire les caillots sanguins qui pourraient s’y trouver.

Au total, le résultat obtenu est des plus satisfaisants : notre jeune malade a conservé 'sa dent et est débarrassée de la difformité repoussante qu’elle avait au menton.

(1) Bulletins et Mémoires de la Société de chirurgie, t. V, 1879, p. 70.

BIBLIOTHÈQUE

TRAITÉ DE L’AUSCULTATION MÉOIATE ET DES MALADIES DES POUMONS ET DU CŒUR, pa

R.-T.-H. Laennec, médecin de S. A. R. Madame Duchesse de Berry, lecteur et professeur royal de médecine au Collège de France, professeur de clinique à la Faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie royale de médecine de Paris, des Sociétés de médecine de Stockholm, Bonn, Liège, et de plusieurs autres Sociétés savantes nationales et étrangères chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, etc.

Miya. S'a /uépoç i lyeÔfxcti t»s Tê£vnc tntLi ta J'vmarttti inaarily.

« Pouvoir connaître est, à mon avis, une grande partie de l’art, d (Hippocrate. — Epid. II.)

Édition de la Faculté de médecine de Paris, entièrement conforme à la seconde édition, publiée en 1826 par Laënnec. Un volume grand in-8°. Paris, 1879; Asselin et G1*, libraires de la Faculté de médecine, place de l’École-de-Médecine.

« Une nation s’honore en assurant la conservation des monuments qui font sa gloire .

« L’œuvre de Laënnec est de celles dont on doit maintenir respectueusement, non l’esprit toujours vivant, mais la lettre.

« Épuisé depuis longtemps, le Traité de l’auscultation médiate avait cessé d’être à la disposition des médecins et des élèves. La Faculté de médecine de Paris, moins soucieuse de l’honneur impérissable d’un des siens que de l’intérêt de la science, a pris h tâche de provoquer l’impression de ce livre magistral, et son vœu, transmis au ministre de l’instruction publique (M. Bardoux), a trouvé le meilleur accueil, »

C’est par ce sobre et digne langage que la Faculté de médecine de Paris annonce l’acte pieux et patriotique qu’elle vient d’accomplir, acte qui recevra l’approbation et inspirera la gratitude de tous les amis de la science.

Le nom de Laënnec domine tous les noms de la médecine contemporaine. Depuis la découverte de la circulation, rien de comparable à la découverte de l’auscultation; c’est le grand événement médical du xixe siècle; c’est l’éternel honneur de la médecine française.

La Faculté a voulu reproduire le texte pur de Laënnec, sans additions, sans corrections. Son édition, du format grand in-8°, et contenant près de mille pages, forme un gros volume d’aspect solennel et très-scientifique, mais peu commode. C’est un volume de bibliothèque, très-peu facile à manier, Cette absence complète d’additions et de corrections, que la Faculté a adopté systématiquement et respectueusement, fera naître peut-être l’idée à un de nos jeunes cliniciens de donner une édition nouvelle de X auscultation médiate, avec notes, additions et même corrections, devenues nécessaires sur quelques points, et sous le format plus commode de l’in-12 ou de l’in-18. Les éditions données par Mariadec Laënnec et par Andral ont été vite épuisées. L’édition que la Faculté vient de publier le sera bientôt à son tour. D’ailleurs, celte édition, c’est le monument, c’est la statue; à cette statue, il faut un piédestal et des bas-reliefs. Il serait digne de Jaccoud, de Peter, de Gueneau de Mussy ou de tant d’autres cliniciens, de compléter l’œuvre de la Faculté et de rendre ce grand service aux élèves.

A propos de statue, que la Faculté nous permette de lui signaler une erreur dans son Introduction. Il y est dit : « Le 15 août 1868, presque un anniversaire, la ville de Quimper élevait sur une de ses places, à la mémoire de l’illustre maître, une statue de bronze, œuvre du sculpteur Lequesne. »

Le projet d’élever une statue à Laënnec est né dans le sein de l’Association générale des médecins de France ; la pensée en a été émise dans la Société locale du département du Finistère par l’honorable confrère M. Lediberdin, de Lorient ; une souscription ouverte et provoquée par l’Association a fourni tout l’argent nécessaire à l’édification de ce monument, pour lequel la ville de Quimper a concédé l’emplacement nécessaire sur une de ses places.

La Faculté ne nous saura pas mauvais gré de revendiquer pour l’Association générale l’honneur du pieux et solennel hommage rendu à Laënnec, dont les travaux furent éldquemment appréciés par M. le professeur Bouillaud, interprète de l’Association.

Auscultation médiate : Cette dénomination porte involontairement la pensée sur le choix exclusif que fit l’inventeur de l’auscultation de la méthode médiate et sur celui non moins exclusif du plus ardent propagateur de la percussion pîessimétrique. Laënnec n’a pas eu le chagrin de voir l’auscultation immédiate se substituer peu à peu à la médiate, et d’ailleurs 1 emploi du stéthoscope, mais non plus celui qu’il avait imaginé, présente encore de nombreuses applications. La percussion pîessimétrique est, au contraire, presque complètement

abandonnée, à moins que l’on ne donne le nom de plessimètre au doigt indicateur sur lequel on percute; et, malgré la vive résistance de l’inventeur du plessimètre, que nous venons de perdre, M. Piorry n’a pu vaincre l’indifférence des praticiens à l’endroit de la plaque d’ivoire.

Nous engageons nos jeunes confrères à lire ou à relire, ainsi que nous venons de le faire, la préface de la deuxième édition. Il y a là quelques pages de polémique, surtout les réponses aux critiques de Broussais, qui sont d’une saveur et d’une vivacité pénétrantes, et d’une lect*re fort intéressante. M. Andral, fort jeune alors, s’était aussi permis plutôt des observations que des objections, que Laënnec relève un peu aigrement, ce nous semble.

C’est que Laënnec avait conscience de l’immense service qu’il venait de rendre à l’humanité, et sa grande découverte pouvait le rendre un peu intolérant et même lui inspirer un légitime orgueil. — A. L.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE

Séances du mois de mars 1879.

1er mars. — A propos de la discussion soulevée, dans la séance précédente, sur le liquide céphalo-rachidien, M. Duret fait remarquer qu’avant tout, dans les expériences entreprises sur l’encéphale, il faut tenir compte des conditions nombreuses qui modifient la vascularité des organes encéphaliques : ainsi, les excitants chimiques, qui restent sans action lorsque le crâne est largement ouvert, provoquent des mouvements lorsque l’ouverture est petite ; les excitants mécaniques n’agissent presque jamais que lorsque le cerveau est enflammé; l’excitation électrique, ordinairement vaso-motrice, est toujours suivie d’une période d’action sur les muscles.

M. Bochefontaine ajoute que, dans certains cas, il a noté l’absence complète du liquide céphalo-rachidien; M. Laborde, que la position de l’animal influe sur la quantité de liquide contenu dans les cavités; suivant que celles-ci sont déclives ou élevées elles en contiennent beaucoup ou peu ; — M. Franck, que la quantité de sérosité est en raison inverse de celle du sang.

M. Hallopeau fait remarquer que les ventricules peuvent être distendus par la sérosité sans que le liquide sous-arachnoïdien soit augmenté, comme l’ont déjà démontré plusieurs observations. En outre, la structure des membranes qui revêtent la paroi interne de ces cavités n’est pas la même, et on ne peut admettre qu’elles sécrètent un liquide identique. Il serait désirable que l’examen chimique du liquide intra-ventriculaire fût fait comparativement avec celui des espaces sous-arachnoïdiens.

M. Chatin père présente le résultat de recherches relatives aux organes d’implantation des plantes parasites sur les plantes nourrices.

M. Cossy, ayant injecté dans les ventricules cérébraux 10 grammes de substance coagulable, a observé, dans tous les cas, des contractures. Il a pu s’asurer que la substance était restée dans les ventricules latéraux et dans le troisième ventricule, et qu’elle avait respecté le quatrième. Il en conclut que les contractures doivent être attribuées à la compression des parois ventriculaires, plutôt qu’à la pression communiquée aux corps restiformes. Cette opinion, en opposition avec celle de M. Duret, est confirmée par l’étude clinique des cas d’hémorrhagie cérébrale.

Séance du 8 mars. — M. Bochefontaine a fait, sur le quatrième ventricule, des études d’où il paraît résulter que cette cavité est fermée en arrière, au moins chez les chiens, par une sorte de membrane cellula-vasculaire qui s’oppose au passage du liquide céphalo-rachidien. M. Duret rapporte des faits qui lui permettent de mettre en doute l’existence de cette membrane.

M. Renaut (de Lyon) a examiné, sur l’intestin d’un supplicié, les glandes de Brünner; elles lui ont paru former deux couches superposées et se rapporter plutôt au type des glandes en tube qu’à celui des glandes en grappes.

M. Couty a recueilli des faits relatifs au fonctionnement des circonvolutions antérieures du cerveau et les résume dans la note suivante :

Ayant regardé comme contradictoire que l’on expérimente sur le cerveau d’animaux complètement anesthésiés, et que, des faits constatés dans ces conditions, l’on conclut ensuite à l’excitabilité expérimentale de l’écorce grise, dont les fondions ont été paralysées par l’anes-

thésique, M. Couty a cherché à luer isolément la substance grise, et, pour cela, il a utilisé le procédé qui a permis à M. Vulpian d’étudier la moelle dans ses divers éléments ; il a arrêté la circulation des circonvolutions en liant sur des chiens trois ou quelquefois quatre des artères cérébrales.

Les deux faits principaux qu’il a pu constater sont les suivants : 1° La substance grise étant anémiée par la ligature des deux carotides et d’une ou des deux artères vertébrales, les excitants électriques appliqués en un point des hémisphères n’en ont pas moins déterminé, dans le côté opposé, des mouvements, puis des contractures ; 2° dans ces conditions, et après l’ablation de la moitié antérieure de l’hémisphère lésé, les contractures ont persisté , aucune attaque d’épilepsie généralisée n’a pu être produite, et les convulsions provoquées se sont limitées an côté même de la lésion, c’est-à-dire aux membres non contracturés.

M. Tschiriew a examiné la moelle épinière d’un lépreux mort dans le service de M. Hillairet à l’hôpital Saint-Louis. Il a constaté une atrophie des cellules des cornes postérieures et de la colonne de Clarke, la destruction de l’épithélium, de l’épendyme, et l’intégrité de la substance blanche et des racines des nerfs. Sur la peau d’un doigt, la structure normale avait complètement disparu en certains points, les vaisseaux présentaient de l’endartérite, les troncs nerveux étaient transformés en cordons de tissu conjonctif et ne renfermaient plus que quelques fibres nerveuses dégénérées.

Séance du 15 mars. — M. Pouchet, après de nombreuses recherches relatives à la prétendue fonction hématopoiétique de la moelle des os, en conclut que celle-ci ne possède nullement cette fonction. Quant à l’hémoglobine qu’on a trouvée dans ses éléments, il pense qu’elle provient d’éléments médullaires vieillis, en train de subir une dégénérescence qu’on pourrait appeler hémoglobique. M. Pouchet a été amené ainsi à rechercher l’origine des globules rouges chez l’adulte, et il pense que ceux-ci proviennent des globules blancs du sang, qui leur donnent naissance, ou qu’ils se forment de toutes pièces dans le plasma.

M. Mégnin a observé chez les oiseaux une espèce particulière d’acariens qui, au lieu d’habiter les surfaces tégumentaires, pénètrent dans le tissu cellulaire et dans les canaux aérifères.

M. Gellé a examiné les deux oreilles d’un aliéné qui, pendant la vie, avait présenté des hallucinations de l’ouïe, et il n’a trouvé aucune altération des diverses parties constituantes de ces organes.

M. Albert Çobin présente deux échantillons d’urines bleues qui se sont formées dans des conditions différentes : les unes avaient cette coloration au moment de l’émission, les autres ne l’ont présentée que quelques heures après. Dans le premier cas, cette coloration est due à la présence de la cyanurine ; dans le second, elle est due tantôt à la végétation de quelques organismes inférieurs, entre autres du penicillum glaucum , tantôt à la fermentation de l’urine dans des vases clos.

M. Delaunay a étudié l’influence de la droiterie sur la direction que l’on suit dans la marche, d’après le sexe et l’âge. Il pense que les hommes adultes vout spontanément à droite, et que les enfants au-dessous de 3 ans, les vieillards et les femmes vont plutôt à gauche. Cette tendance lui paraît devoir être rapportée à la prédominance du lobe frontal gauche du cerveau sur le lobe droit.

Séance du 22 mars. — M. Hayem contredit les assertions de M. Pouchet relativement à l’interprétation des cellules trouvées dans la moelle et renfermant de l’hémoglobine. M. Hayem pense que ces éléments sont des globules blancs contenant peut-être des hématoblastes. D’après lui ces corpuscules, qui renouvellent les globules rouges du sang, sont versés dans la circulation par la lymphe ; on les trouve dans les ganglions mésentériques du lapin et du chat, mais on ne peut affirmer qu’ils existent dans la rate.

M. Ranvier dit que la transformation des hématoblastes en globules rouges n’est pas démontrée, non plus que leur formation au sein des leucocytes.

M. Ranvier a fait sur des lapins une série d’expériences tendant à démontrer que les opacités de la cornée consécutives à des lésions des nerfs de l’œil sont dues à la paralysie des paupières plutôt qu’à la destruction des nerfs de la cornée; lorsque les moyens de protection de l’œil restent intacts, les opacités n’apparaisent pas. Ces expériences démontrent également que la distribution des nerfs de la cornée se fait d’une manière centripète; ainsi, lorsqu on sectionne les nerfs qui se rendent à cette membrane par une incision circonférentielle intéressant la moitié de l’épaisseur de la sclérotique, et limitée à une portion de sa circonférence, on obtient une anesthésie limitée à un secteur dont la base est formée par l’incision elle-même, et les côtés par deux lignes qui, partant de ses extrémités, se rejoindraient au centre de la

M. Bddin a fait de nombreuses recherches pour vérifier l’exactitude des assertions relatives aux rapports qui existeraient entre le nombre des battements du cœur du fœtus, et le sexe ou le poids de l’enfant. Les résultats qu’il a obtenus sont très-contradictoires; le nombre des battements du cœur fœtal variant d’un jour à l’autre, même d’une minute à l’autre, on ne peut établir le moindre calcul de probabilité, et les rapports susdits ne peuvent être précisés.

M. Albert Robin présente le résultat de recherches faites avec M. le professeur Parrot sur l’urine des nouveau-nés. On trouve dans celle urine des masses jaunes constituées par une substance analogue à la bilirubine, mais qui diffère de celle-ci par des caractères importants, et qui résulte de la transformation des globules rouges. On rencontre ces urines chez les enfants chétifs ; il s’agit alors d’un ictère hémaphéique, qui est bénin mais fréquent chez ces enfants. Dans l’athrepsie ou l’œdème des nouveau-nés, on observe également l’ictère hémaphéique, mais alors les urines, au lieu d’être claires comme dans le cas précédent, sont foncées et ne contiennent pas de masses jaunes. Enfin, dans l’ictère biliphéique, rare chez les petits enfants, les urines sont foncées, chargées de pigment biliaire, mais dépourvues des masses jaunes de l’ictère hémaphéique bénin.

Séance du 29 mars. — M. Hottenier a trouvé dans le muco-pus utérin, dans les cas de métrite, deux espèces de corpuscules blancs; les uns sont des globules rouges altérés, en voie de dégénérescence; les autres des cellules épithéliales en voie de formation; les premiers se trouvent surtout dans les périodes initiales de l’inflammation, les seconds dans les périodes terminales; suivant leurs proportions respectives, on peut donc juger par l’examen du pus si l’inflammation utérine est en voie d’extension ou de réparation.

M. Parrot a recherché, par l’examen de quatre-vingt-seize enfants morts avant l’âge d’un an, quelle était la loi qui présidait au développement des substances blanche et grise du cerveau. Jusqu’à la fin de la vie intra-utérine, elles restent indistinctes, comme le démontre l’examen des fœtus dont le point épiphysaire du fémur n’a point encore paru. A la naissance, la substance blanche apparaît sous forme d’une anse à peine visible contournant le sommet de la scissure de Rolando; elle existe aussi dans la couche optique et le pédoncule. A partir de ce moment, elle se développe régulièrement de bas en haut à partir du pédoncule; à 1 mois, la capsule interne est déjà nette; à 3 mois, la substance blanche du lobe occipital est distincte; celle des lobes antérieurs, toujours plus en retard, et même plus à gauche qu’à droite, ne s’accentue complètement que vers la fin de la première année. Chaque région corticale de substance grise se développe en même temps que les faisceaux blancs sous-jacents. Cette évolution du cerveau est en rapport avec celle du crâne, dans lequel les fontanelles postérieures se soudent les premières et où les sutures fronto-pariétales droites sont plus précoces que les gauches. Ces faits, rapprochés des notions actuelles sur les localisations, permettent de supposer que, plus une partie du cerveau répond à des fonctions élevées, plus le développement en est tardif.

M. Mathias Duval présente une série de coupes histologiques faites sur le bulbe rachidien d’un éléphant ; la disposition des noyaux du facial est analogue à celle de l’homme, mais beaucoup plus apparente.

M. Bert communique le récit d’une nouvelle opération chirurgicale, pratiquée pendant l’anesthésie par le protoxyde d’azote employé sous pression. L’opération (une ablation de tumeur du sein) a été faite en 1 h minutes ; la malade n’a éprouvé aucun accident. Comme l’administration du protoxyde d’azote, d’après le procédé de M. Bert, est d’une application difficile, il propose de l’administrer d’abord à la pression atmosphérique, puis de profiter de l’anesthésie qu’il détermine pour pratiquer la chloroformisation. On pourrait ainsi éviter l’excitation qui suit les premières inhalations de chloroforme.

FORMULAIRE

Traitement des vomissements incoercibles de la grossesse. — Lubelski.

Dans le cas de Vomissements incoercibles liés à la grossesse, on dirige sur la région épigastrique et sur la partie correspondante du rachis, une douche d’éther pulvérisé à l’aide de l’appareil de Richardson. On prolonge la durée de ce jet d’éther de trois à cinq minutes et plus, si la femme en éprouve quelque bénéfice, et on recommence ainsi de trois en trois heures. Dans les cas rebelles, on fait alterner les douches d’éther avec les douches de chloroforme — ce procédé peut rendre aussi des services , paraît-il , dans la chorée, l’asthme et la coqueluche. — N. G.

Éphémérides Medicales. 3 Juin 1744.

Des lettres patentes fondent l’Académie des sciences et belles-lettres de Rouen, qui a paN couru une brillante carrière.

Le Cat, chirurgien de l’Hôtel-Dieu ; Thibault, professeur d’accouchements ; Lechevin, chirurgien principal de l’Hôpital général; Bernard de Jussieu; De La Faye, membre de 'l’Académie de chirurgie ; Raulin, docteur en médecine; Louis, secrétaire de l’ Académie de chirurgie ; Le Blanc, professeur d’anatomie à Orléans ; le fameux Pouteau ; Bomare ; Ritsch" premier chirurgien du roi de Pologne, n’ont pas peu contribué à donner un grand éclat à l’Académie de Rouen. — A. Ch.

COURRIER

Faculté de médecine de Nancy. — Par décret en date du 26 mai 1879, M. Michel, professeur de médecine opératoire à la Faculté de médecine de Nancy, a été transféré, sur sa demande, dans la chaire de clinique chirurgicale de ladite Faculté, en remplacement de M. Simonin, admis à faire valoir ses droits à la retraite.

Muséum. — Les professeurs administrateurs du Muséum d’histoire naturelle viennent de prendre une décision libérale qui sera accueillie, nous n’en doutons pas, avec une grande satisfaction par toutes les personnes qui s’intéressent aux sciences naturelles.

Jusqu’ici, pour entrer dans les galeries, dans les ménageries et dans les serres du Muséum, il fallait être porteur de billets délivrés par l’administration. En outre, les galeries et les serres n’étaient pas ouvertes au public tous les jours.

Les professeurs administrateurs ont décidé que les billets étaient supprimés, et que dorénavant les galeries, les ménageries et les serres seraient ouvertes tous les jours, savoir :

Les galeries, de 1 h. à 4 h. du soir.

Les ménageries, de 1 h. à 4 h. du soir.

Les serres, de 1 h. à 4 h. du soir, les dimanches et fêtes exceptés.

De la puissance toxique de la strychnine. — Le fait suivant, qui vient de se passer au laboratoire de l’École de pharmacie, démontre à quelle faible dose il faut donner la strychnine et quelles précautions il faut prendre dans le maniement et l’administration de ce redoutable poison. Un chat, ayant mangé un petit oiseau qui avait servi à faire des expériences sur la puissance toxique de la strychnine, mourut en quelques minutes et après quelques convulsions. Cependant M. le professeur Jeanjean n’avait déposé au coin de l’œil de l’oiseau qu’une très-petite goutte d’acétate de strychnine, c’est-à-dire à peine un milligramme. J’ai consulté à ce sujet les auteurs, et je n’ai trouvé nulle part un cas de mort causée par une aussi faible dose de poison administrée à un animal, même à un chat.

Orfîla, qui a donné un certain développement à l’histoire de l’empoisonnement par la strychnine, ne paraît pas avoir lui-même expérimenté l’action de ce toxique sur les animaux. Tardieu rapporte les expériences de Pelletier et Caventou. « Dans un premier cas, dit-il, 0 g* 03 de strychnine insufflés dans la gueule d’un lapin le tuèrent en cinq minutes; dans un second cas, à la suite d’une injection également de 0 gr 03, la mort est survenue au bout de trois minutes ». La mort a été plus prompte dans ces deux cas que dans celui que je cite plus haut, mais les doses furent aussi beaucoup plus considérables que celle qui fut absorbée par le chat de notre laboratoire. ( Union des Écoles.)

Jean Szpreglewski, étudiant en pharmacie.

Vaccinations et Revaccinations ( leur utilité actuelle). — Tel est le titre de la conférence que M. le docteur de Pietra Santa fera comme délégué de la Société française d’hygiène, dans la salle du boulevard des Capucines, n° 39, le jeudi 5 juin, à 8 heures du soir.

Etat sanitaire de la ville de Paris.—- Population (recensement de 1876) : 1,988,806 habitants.— Pendant la semaine finissant le 29 mai 1879, on a constaté 1,182 décès, savoir :

Variole, 31. — Rougeole, 40. — Scarlatine, 4. — Fièvre typhoïde, 12. — Érysipèle, 4. — Bronchite aiguë, 67. — Pneumonie, 89. — Dysenterie, 1. — Diarrhée cholériforme des enfants, 15. — Angine couenneuse, 29. — Croup, 18. — Affections puerpérales, 11. — Autres affections aiguës, 198. — Affections chroniques, 530. — Affections chirurgicales, 57. — Causes accidentelles, 43.

Le gérant, Richelot.

Paru — Typographie Faux Mmtestb et C«, rue des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.

Jeudi 5 Juin 1879

BULLETIN

SUR LA SÉANCE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE

M. le président Richet, en annonçant officiellement la nouvelle de la mort de M. Piorry, a ajouté, en l’honneur du défunt, quelques paroles bien senties et vivement applaudies.

M. Tülaux, qui a fait ses débuts d’académicien en lisant à la tribune le discours qu’il a prononcé, au nom de l’Académie, aux obsèques de M. Piorry, s’est acquitté de sa tâche à la satisfaction universelle, démontrée par les marques d’approbation qui ont accueilli sa lecture.

M. Legouest, au nom de M. le docteur Pingaud, médecin en chef de l’hôpital de Sétif (Algérie), a lu un mémoire important relatif à des expériences faites par M. Pingaud, avec la collaboration de MM. Viseux et Thomas, vétérinaires distingués de l’armée, sur les résultats de l’inoculation du horse-pox , ou virus équin, a l’espèce humaine. Il résulterait de ces expériences que l’i.noculation du horsepox donné des résultats supérieurs à ceux que l’on obtient par l’inoculation du cow-pox, et même à ceux que l’on obtient par le vaccin humain. Nous croyons que M. Pingaud éprouvera de la difficulté à faire accepter cette dernière conclusion, à moins d’avoir les mains pleines de preuves à l’appui de cette assertion. Le rapport de la commission, chargée d’examiner ce travail important, donnera sans doute lieu à une discussion intéressante et instructive.

M. Lagneau a lu ensuite un consciencieux et savant rapport sur une demande adressée par M. le préfet de la Seine, relative à la coopération des médecins traitants à la détermination des causes de décès. M. le rapporteur, au nom de la commission, a proposé un projet de réponse dans lequel il a cherché à concilier les intérêts de la statistique avec le respect dû au principe du secret médical. Le rapport de M. Lagneau, vu son importance, sera imprimé et distribué, pour être discuté mardi prochain.

La séance S’est terminée par uii discours de M. Moütard-Martin sur la pleurésie multiloculaire. L’honorable et savant clinicien a ajouté quelques arguments topiques à ceux qui avaient été présentés déjà par MM. Maurice Raynaud et Woillez à propos de la communication de M. Jaccoud. — A. T.

FEUILLETON

FàciXlté de Médecine de Paris Cours de M. le professeur Pkter

Les formes symptomatiques de la tuberculose pulmonaire sont en rapport avec les Catégories suivantes :

1° Tolérance de l’organe et de l’organisme ; forme très-lente.

2° Intolérance de l’organe et tolérance de l’organisme ; forme lente.

La tolérance peut être partielle ; elle n’est jamais absolue. — L’intolérance est partielle oü absolue.

Un bel exemple de la première forme, c’est-à-dire de la tolérance de l’organe et de l’organisme, est le fait que cite Andral dans ses Annotations de Laënnec , édition de 1837 , p. 222. H s’agit d’un malade qui, ayant eu une première hémoptysie à l’âge de 20 ans, en eut un assez grand nombre d’autres pendant soixante ans, et mourut d’une affection différente, à 80 ans passés.

L’intolérance de l’organe avec tolérance de l’organisme constitue la forme chronique hâbi-

(i) Suite. — Voir les numéros des 7, 16 janvier, 6, 27 février, 22 avril et 15 mai.

CLINIQUE MÉDICALE

NOTE SUR EN CAS »E RÉTRÉCISSEMENT ACQUIS DE L’ARTÈRE PULMONAIRE CIIEZ MALADE MORT DE TERERCELOSE GÉNÉRALISÉE (f) ;

Pièces présentées à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du vendredi 22 novembre 1878 Par M. Ddguet, professeur agrégé à la Faculté, médecin de l’hôpital Saint- Antoine, et M. Làndouzy, chef de clinique de la Faculté, à la Charité.

Remarques. — Quand, au mois de juillet dernier, M. le professeur Hardy voulut bien nous charger de le suppléer pendant les vacances, dans son service à la Charité, nous fûmes amené, après quelques jours d’observation, à poser chez ce malade le diagnostic suivant : Phthisie pulmonaire se développant chez un malade atteint d’un rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire.

La tuberculose pulmonaire reposait sur tant de preuves, qu’elle n’était pas un instant contestable. Quant au rétrécissement de l'orifice pulmonaire , la rareté de cette lésion pouvait nous la faire accepter avec quelques réserves. Mais pouvait-on raisonnablement admettre l’existence d’un rétrécissement de l’orifice aortique? Non, parce que l’hypertrophie du cœur n’était point manifeste, parce que le pouls était normal, parce que le maximum du souffle était à gauche du sternum, et non à droite, parce qu’enfîn la pathologie et la clinique nous démontrent que tuberculose et rétrécissement aortique, sans s’exclure positivement, ne se rencontrent pour ainsi dire jamais ensemble chez le même malade, tandis qu’il en est tout autrement pour la tuberculose et le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire.

D’un autre côté, la compression du tronc de l’artère pulmonaire par des ganglions tuberculeux ou caséeux, considérablement augmentés de volume, était-elle capable d’expliquer un tel souffle? Oui, à la rigueur; mais ce souffle n’eût pas été aussi rude, aussi nettement limité; il se fût accru par l’inclinaison du tronc en avant; il se fût accru encore ou modifié progressivement, à mesure que la tuberculose faisait des progrès chez le malade. Force était donc pour nous de recourir à l’idée du rétrécissement de l’orifice pulmonaire, rétrécissement organique, acquis et d'origine rhumatismale.

(1) Suite et fin. — Voir le numéro du 29 mai.

tuelle des auteurs. Les tubercules évoluent sans fièvre, il se creuse des cavernules et des cavernes, l’organe s’altère, mais l’organisme se maintient longtemps et semble inaltéré.

L’intolérance absolue de l’organe et de l’organisme, c’est la phthisie aiguë.

Les premiers symptômes de la tuberculose au début sont assez difficiles à saisir. Ils peuvent être inaperçus ou méconnus, et donnent souvent lieu à des erreurs de diagnostic. A la première période (hypérémie trophique), avec un peu de pâleur, un peu d’amaigrissement et une légère déperdition des forces, la santé générale étant bonne, en somme, on constate que la respiration est saccadée. Il y a de l’oppression après les grands efforts de. respiration, après l’ascension rapide, le saut ou la course. Cela est dû à ce que, dans ces cas, les sommets entrent en jeu, et l’on sait que ce sont eux qui se tuberculisent les premiers. Les malades se plaignent de palpitations irrégulières et s’en préoccupent plus que de l’oppression. Quelques médecins croient qu’il ne s’agit alors que de palpitations nerveuses.

Les digestions deviennent quelquefois difficiles, par suite de la lésion du pneumo-gaslrique. La même cause peut déterminer la toux en coqueluche, qui est alors un signe précurseur de la phthisie. — La douleur du cou, déjà signalée par Arétée, est également due au pneumogastrique, dont le tronc accompagne la carotide. Il convient de noter encore, comme phénomène révélateur de la phthisie, les douleurs irradiant des plexus cervical et brachial.

Examinons les signes physiques que fournissent, à cette période, l’auscultation, la percussion, la température. L’auscultation, quelquefois, ne permet de constater qu’un peu de faiblesse du murmure vésiculaire, avec un timbre rude. Mais si celte faiblesse de la respiration est surtout appréciable à droite, on doit la considérer comme pathologique. Elle indique que des granulations, encore peu nombreuses, se sont développées dans cette partie de l’organe pulmonaire. Lorsque ces granulations sont plus nombreuses et agglomérées» la respiration

L’autopsie n’a pas tardé à nous démontrer combien ce diagnostic était exact. Le rétrécissement est formé par la soudure des trois valvules sigmoïdes, qui constituent une sorte de dôme à concavité inférieure , percé d’une boutonnière centrale. Au point de vue anatomique, ce rétrécissement est la reproduction exacte de ceux qui ont servi de base aux travaux de M. C. Paul et de M. Solmon. Inutile d’y revenir.

Mais nous ajouterons que le rétrécissement que nous avons sous les yeux est bien un rétrécissement acquis. Tout le démontre : il porte, en effet, sur Y orifice valvulaire et non sur le tronc de l’artère pulmonaire; le trou de Botal est fermé; les deux cœurs ne communiquent point entre eux; il n’existe aucune autre malformation de cet organe; la cyanose n’a jamais fait partie du cortège des phénomènes observés chez le malade, principalement dans son enfance; jusqu’à l’âge de 17 ans, jusqu’à sa première attaque de rhumatisme articulaire aigu, il a travaillé, marché, voyagé beaucoup, sans être aucunement entravé ni même incommodé par des palpitations ou par de l’essoufflement, accidents qui n’ont fait leur apparition que plus tard, après la seconde attaque de rhumatisme articulaire aigu ; toutes conditions anatomiques, physiologiques et pathologiques incompatibles avec une lésion congénitale.

Non-seulement c’est un rétrécissement acquis, mais c’est un rétrécissement de nature rhumatismale; il est le résultat d’une endocardite qui a laissé des traces encore très-saisissables, sur le bord libre de la valvule mitrale, sur le bord libre, les cordages, les piliers de la valvule tricuspide et même, chose assez insolite, à la face interne du tronc de l’artère pulmonaire, où l’endartère a été trouvé dépoli, rugueux et comme végétant dans une assez grande étendue, par le fait d’une lésion tout à fait récente. Telles sont bien les preuves d’une endocardite rhumatismale, dont toute l’originalité est d’avoir frappé le cœur droit au lieu du cœur gauche, et, à ce point de vue, le fait que nous rapportons ressemble encore à quelques-uns de ceux qui sont mentionnés dans le mémoire de M. C. Paul et dans la thèse de M. Solmon.

Il s’agit donc bien ici d’un rétrécissement acquis de l’orifice pulmonaire, et d’un rétrécissement d’origine rhumatismale. Qu’observons-nous, en effet, chez notre malade? Il se plaint de palpitations pour la première fois, lui qui a marché, voyagé beaucoup sans jamais en éprouver, à l’âge de 18 ans et seulement dans le cours de sa seconde attaque de rhumatisme articulaire aigu; à ces palpitations se joignent

devient rude et forte, parce que le tissu pulmonaire, plus dense, transmet les bruits avec plus d’intensité.

La respiration saccadée, qui a été mentionnée tout à l’heure, est le signe capital de celte période. Elle peut être saccadée dans les deux temps, mais elle est plus marquée dans le premier, qui lui-même semble partagé en deux; la saccade est alors précédée par une sorte d’hésitation particulière, que les Anglais nomment : waving inspiration (inspiration ondulante). De quoi dépend ce phénomène? On a cru aux adhérences pleurales (Arneux) ; mais cette hypothèse n’a pas été confirmée par les autopsies. Il est plus rationnel de faire intervenir le défaut d’élasticité, ou, si l’on veut, le défaut d’homogénéité du tissu pulmonaire. Les couches saines se déplissent d’abord, puis les couches malades; de là, le choc. C’est aussi au défaut d’élasticité qu’il faut rapporter l’expiration prolongée.

La percussion fournit également à cette première période des renseignements précieux. Comment convient-il de la pratiquer?

Les tubercules se développent suivant les zones horizontales des poumons. Il faut donc, en quelque sorte, découper les sommets en tranches horizontales, et pour cela, percuter d’abord de haut en bas, ou de bas en haut, et, ensuite, percuter chaque zone par points isolés, par Ilots successifs, — avec un seul doigt et sur l’extrémité de ce doigt, en explorant tous les espaces intercostaux successivement, et chaque espace intercostal horizontalement, en ayant soin de déprimer fortement cet espace. Il est bon de se servir, pour cette opération minutieuse et précise, du plessigraphe (instrument en forme de porte-crayon, tenu normalement à la paroi thoracique, et qui ne donne la sonorité que du point étroit sur lequel porte son extrémité).

L’élude de la température ne doit pas être négligée. Nous nous y arrêterons plus loin. Disons dès à présent que, toutes les fois que la respiration est saccadée et qu’il y a de la sub-

bientôt des étouffements qui augmentent progressivement; ces palpitations et ces étouffements ne sont-ils pas les indices certains d’une complication cardiaque en évolution, et qui, sans que nous sachions au juste pourquoi, ne va qu’en s’aggravant d’ordinaire, tandis que le rhumatisme quitte les jointures?

Mais bientôt aux palpitations et aux étouffements s’ajoute une toux sèche, brève fatigante; l’état général se détériore; on assiste au début des complications du ôté des poumons. Le malade devient tuberculeux.

Norman Chevers et Lebert avaient déjà signalé la coïncidence de la tuberculose avec le rétrécissement de l’artère pulmonaire. M. C. Paul termine son travail par cette phrase : « Une complication fréquente du rétrécissement pulmonaire est la tuberculisation consécutive. » M. Solmon semble spécifier davantage en disant: « Que le rétrécissement pulmonaire soit congénital ou qu’il soit acquis, il est un fait qui n’a plus besoin de démonstration, c’est qu’il est fréquemment compliqué de phthisie pulmonaire. » Les deux malades dont M. Straus a présenté les pièces à la Société, il y a un an, étaient phthisiques. Le nôtre ne fait point exception.

La coïncidence entre la sténose pulmonaire et la tuberculose n’est point douteuse : il y a plus, on doit y voir un lien, tout particulier, plus étroit, qui rattache l’une à l’autre .Mais, dans l’espèce, on nous paraît avoir envisagé la tuberculose d’une façon trop restreinte, en ne relevant, ou peu s’en faut, dans tous ces faits, que la phthisie pulmonaire , c’est-à-dire que la phthisie localisée aux poumons. Déjà M. C, Paul insistait sur la phthisie caséeuse des poumons; M. Solmon, se préoccupant plus visiblement de la dualité de la phthisie, idée régnante de l’époque, semble ne voir, dans les faits en question, que des pneumonies caséeuses, qu’il explique volontiers par l’insuffisance d’apport du sang au poumon par l’orifice rétréci de l’artère pulmonaire. Il ne tient pas compte des, cas fréquents où des tubercules , disséminés dans divers organes et même dans les paumions, coïncident avec cette soi-disant pneumonie caséeuse , et il s’évertue, en revanche, à chercher le point de départ de cette, pneumonie caséeuse dans le tubercule lui-même, dans la pneumonie fibrineuse, dans la pneumonie catarrhale et jusque, chose plus étonnante, dans Y apoplexie pulmonaire , qu’il regarde, à priori , comme fréquente dans le cas de sténose pulmonaire. De toutes ces hypothèses, qui ont fait leur temps, nous ne relèverons que la dernière pour dire que, si l’apoplexie pulmonaire pouvait être le point de départ habituel de la pneumonie caséeuse, ce serait non pas dans la sténose de l’artère

matité à la percussion, la température s’élève, au niveau des points envahis, de 2, de h ou de 6 dixièmes de degré.

Quand le tubercule est mort, il devient irritant, et alors commence la deuxième période, que décèlent les craquements. Le tubercule n’est pas en rapport avec l’air. Dans quelque état qu’il soit, il ne peut donc modifier le bruit respiratoire, les craquements sont des râles et sont le signe de l’hypérémie circonférentielle aux tubercules opaques.

Sur Un seul tuberculeux on peut observer simultanément tous les signes de la phthisie, puisque le tubercule se développe par tranches successives de haut en bas dans le poumon.

En résumé, à la première période, il y a des granulations au milieu de tissus anémiés (respiration saccadée) ; — à la deuxième, des granulations au milieu de tissus hypérémiés (craquements). Dans les deux cas, la toux est sèche; elle ne peut pas ne pas l’être, car il n’y a aucune excrétion, les bronches n’étant pas malades. Dans les deux cas, la thermalité s’élève ; dans le deuxième, elle peut être d’un degré, et même d’un degré et demi plus haute qu’à l’état physiologique.

Diagnostic différentiel. — La phthisie, au début, peut être confondue avec la chlorose, l’hystérie, et certaines affections du cœur commençantes. Chez les jeunes filles chlorotiques, te pâleur, les palpitations, l’oppression, l’anorexie, la dyspepsie, la dysménorrhée pourront faire croire qu’il s’agit d’une tuberculose à la période initiale, A part la dysménorrhée, qui est rare dans la phthisie et qui est constante dans la chlorose, tous ces symptômes, pris isolément, sont trop peu caractéristiques pour asseoir je diagnostic, Il faut recourir à l’examen irec e attentif de 1a poitrine. La thermalité est plutôt basse dans 1a chlorose; elle est touii" H’nn é:^ée dans ,a tuberculose. Si, surtout, elle est disymétrique, c’est-à-dire plus côté que de l’autre, on peut affirmer qu’on a affaire à des tubercules.

pulmonaire que cette lésion particulière se rencontrerait, mais dans le cours des lésions mitrales, qui donnent, elles, si facilement et si souvent naissance aux infarctus hémoptoïques du poumon. Or, on sait que la phthisie pulmonaire coïncide rarement (Rokitansky) avec les maladies du cœur gauche, tandis qu’elle accompagne fréquemment le rétrécissement de l’artère pulmonaire. L’apoplexie pulmonaire ne peut donc ici jouer aucun rôle.

D’ailleurs, il serait aujourd’hui superflu de s’étendre plus longuement sur la prétendue distinction à établir entre la phthisie caséeuse et la phthisie tuberculeuse, puisque, microscope en main, nous en sommes revenus à l’unité que ‘Laënnec avait cliniquement, sinon anatomiquement établie. Qu’il nous suffise de faire remarquer que la sténose pulmonaire ne conduit pas seulement à une phthisie pulmonaire , mais à une phthisie généralisée, plus marquée sans doute dans les poumons et plus intense aux sommets qu’à la base , c’est la règle générale chez tous les phthisiques , mais à une phthisie étendue à toute l’économie et à la plupart des organes, tels que : le larynx, l’intestin, le foie, la rate, les reins, ainsi que le signalent certaines autopsies où l’on ne s’est point borné à l’examen des poumons. On y trouve même des cas de phthisie aiguë ou purement granuleuse.

Chez notre malade, les lésions pulmonaires que nous avons constatées n’ont rien qui les rapproche de ce que l’on a désigné sous le nom de phthisie caséeuse. Les poumons sont le siège de la phthisie tuberculeuse la plus vulgaire, et cette phthisie ne s’est point non plus bornée aux organes respiratoires, puisque nous avons trouvé la capsule fibreuse de la rate soulevée par une grande quantité de granulations tuberculeuses, et l’intestin, surtout dans le voisinage de la valvule iléo-cœcale, parsemé, à sa surface interne, d’un certain nombre d’ulcérations de même nature.

Quelles sont donc ici les causes de la tuberculose? Elles sont évidemment multiples.

Habitué à voyager beaucoup, notre malade exerçait une profession peu lucrative ; mais cependant il se portait bien jusqu’à sa première attaque de rhumatisme articulaire. De 18 à 20 ans, il fut en proie au rhumatisme, affection essentiellement débilitante; son séjour à l’hôpital fut long, sa convalescence interminable. Le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire, s’accentuant chaque jour, vint apporter une nouvelle cause d’affaiblissement à l’économie tout entière, en restreignant de plus en plus le champ de l’hématose, sans entraver pourtant la nutrition du poumon, qui relève, comme on le sait, des vaisseaux bronchiques. Est-il surprenant que, dans de telles conditions, nous ayons vu survenir la tuberculose? Notre malade,

Notons que la coloration bleuâtre de la sclérotique, indice d’une altération de la nutrition profonde, appartient à la tuberculose et non à la chlorose.

Chez les hystériques, on rencontre souvent de la toux sèche et une respiration saccadée ; mais c’est ici de l’émotion respiratoire. Il est rare que cette émotion dure autant que l’investigation médicale; d’ailleurs le bruit de la respiration est en même temps doux au lieu d’être rude comme dans la phthisie.

Quelques affections du cœur débutent par des palpitations et par de l’oppression, ainsi que la phthisie. Il convient, dans Ges cas, de se tenir en garde contre les assertions des malades, et plus encore peut-être contre celles des confrères. Sans s’y arrêter, on cherchera la respiration saccadée, ét c’est le moment de remarquer que cette recherche demande d’assez grandes précautions. Si, en effet, le patient respire trop faiblement, les tranches saines du poumon se déplissent seules, et on n’entend rien, que le murmure normal; s’il respire trop fortement, au contraire, tout se déplisse d’un coup, et la saccade échappe à l’oreille du médecin. il faut un moyen terme et de la patience.

Traitement. — Qn doit faire appel à toutes les forces de l’organisme. Il s’agit ici de la forme lente, apyrétique. Les conditions dans lesquelles s’exercent les fonctions respiratoires seront d’abord améliorées. On fournira au phthisique le meilleur air possible, comme on donne la meilleure alimentation aux dyspeptiques. Beaucoup de préjugés s’opposent à cette médication essentielle : on craint l’air chaud, on craint par-dessus tout les courants d’air. Le docteur Bennet (de Menton) a cependant pu obtenir de ses malades qu’ils dormissent les fenêtres ouvertes. L’air a besoin d’être constamment renouvelé pour qu’il soit salubre, d’être en mouvement, de circuler. Jamais le docteur Bennet n’a constaté de bronchite, de pleurésie ni de

avec son rétrécissement pulmonaire, qui empêche le sang d’arriver au contact de l’air, n’était-il point comparable à ceux qui deviennent phthisiques parce qu’ils travaillent dans un air confiné, parce qu’ils ont un rétrécissement laryngé ou trachéal qui empêche l’air d arriver au contact du sang, ou meme parce qu’ils ont un rétrécissement, cancéreux ou non, de l’œsophage, conditions qui toutes conduisent indirectement ou directement à une nutrition insuffisante?

11 ne s’agit donc pas, pour nous, d’une simple coïncidence entre la phthisie tuberculeuse et le rétrécissement de l’artère pulmonaire ; nous voyons, entre ces deux lésions, un rapport de cause à effet plus ou moins étroit; non point de la tuberculose sur le rétrécissement pulmonaire au point de dire, avec un auteur classique que « la sténose de l’artère pulmonaire est principalement observée chez les tuberculeux », mais, au contraire, du rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire sur la tuberculose; et, si nous différons notablement de M. C. Paul lorsqu’il parle de la pneumonie caséuse comme forme de phthisie consécutive au rétrécissement de l’artère pulmonaire (1), nous partageons entièrement, eu égard aux rapports réciproques de la phthisie et de la tuberculose, l’opinion qu’il exprime en ces termes :

« Pour rester dans la vérité, il faut dire que le rétrécissement pulmonaire, lors- « qu’il est congénital et qu’il laisse vivre, prédispose singulièrement à la phthisie « pulmonaire, et qu’il en est de même du rétrécissement acquis. Toutefois, il ne « faut pas conclure delà qu’en examinant les phthisiques, on va les trouver atteints « fréquemment de rétrécissement pulmonaire. Le rétrécissement pulmonaire est « une maladie rare ; la phthisie, au contraire, est fréquente; il faut tout simplement « conclure que c’est un des nombreux moyens d’arriver à la phthisie secondaire, et, « ce qui est vrai pour le diabète comme cause de phthisie, me paraît vrai pour le « rétrécissement pulmonaire (2). »

En résumé, après les considérations que nous a suggérées ce nouvel exemple de rétrécissement de l’orifice pulmonaire, nous croyons pouvoir conclure :

1° Qu’il s’agit bien, dans ce fait, d’un rétrécissement acquis;

2° Que ce rétrécissement reconnaît pour point de départ une endocardite rhumatismale spécialement localisée au cœur droit;

(1) C. Paul. In loco citato, p. 64.

(2) C. Paul. In loco citato, p. 63.

pneumonie par suite de cette disposition. A défaut de fenêtre, il est bon qu’on ouvre au moins la porte d’une pièce voisine, afin d’augmenter le volume de l’air nécessaire.

On se gardera de négliger l’hygiène alimentaire. 11 est certain que l’organisme qui fléchit a besoin de réparation. La viande, les œufs et le lait formeront la base du régime. Le pain et le vin seront l’objet de quelques réserves; le pain, parce qu’il tient la place de substances plus nutritives ; le vin, parce que l’estomac de la femme le supporte moins bien que celui de l’homme. On tiendra compte des susceptibilités, des habitudes, des tolérances individuelles. Il n’y a aucune préférence à accorder au bordeaux plutôt qu’au bourgogne.

Sous prétexte que le vin n’agit que par l’alcool qu’il contient, quelques médecins ont prescrit l’eau-de-vie quotidiennement aux phthisiques; mais il n’est pas vrai que le vin n’agisse que par l’alcool, et, d’ailleurs, la véritable eau-de-vie ne se trouve plus dans le commerce. Il sera mieux de conseiller le vin ou la bière que les spiritueux proprement dits. Le nombre des repas sera réglé en tenant compte des habitudes antérieures du malade. — • M. L.

La. crémation. — On vient de publier le rapport de la commission du Conseil municipal de Paris sur un projet d’établissement, au cimetière du Père-Lachaise, d’un appareil pour la crémation des corps.

Les conclusions de ce rapport sont nettement favorables au projet; elles se formulent ainsi :

La commission est d’avis que l’introduction de la crémation sera, sous tous les rapports, un progrès salutaire.

3° Que la tuberculose non-seulement des poumons, mais encore de l’intestin et de la rate, que la tuberculose généralisée en un mot en a été l’une des conséquences principales;

4° Qu’en raison de la rareté incontestable de la phthisie pulmonaire chez les cardiopathes, toutes les fois que la tuberculose se rencontrera chez le même sujet avec une lésion cardiaque de la base du cœur, il y aura de fortes présomptions en faveur d’un rétrécissement de l’artère pulmonaire.

Les Stations hivernales pendant la saison 1878-1879

Nous croyons qu’il serait de la plus grande importance, à la fin de chaque hiver, de publier le bulletin exact des stations hivernales au point de vue des obsemlions météorologiques. C’est peut-être la seule et unique manière de bien se rendre compte de leurs conditions climatiques et des avantages qu’on en peut tirer pour les malades.

Cet hiver a été exceptionnellement mauvais pour tout le littoral septentrional de la Méditerranée. On peut dire que, pendant trois mois, nos stations du Midi étaient sous la neige, et la température y descendait parfois à plusieurs degrés au-dessous de zéro, en subissant l’influence des perturbations atmosphériques générales de l’Europe.

Il serait injuste de prendre pour base cet état atmosphérique anormal dans des régions oit le ciel est d’habitude plus clément et la température plus douce; aussi nous dispenseronsnous d’en faire les relevés de température pour celte saison.

La côte africaine de la Méditerrané était plus heureuse, car Alger, à cause de sa situation abritée des vents du nord et du nord-ouest, et séparée de l’Europe par une vaste étendue d’eau qui régularise les variations atmosphériques, ne s’est pas du tout ressentie de l’hiver rigoureux qui désolait les côtes de Provence.

Les relevés des bulletins météorologiques du gouvernement général de l’Algérie donnent, pour les mois d’octobre, novembre et décembre 1878, janvier, février, mars et avril 1879, les Chiffres suivants :

Mois

Moyenne

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