Tome XXVII. — Troisième série
2° Méningite de la convexité. Lu méningite de la convexité différé de la mg ningite tuberculeuse et par sa nature et par son siège, et enfin, au point de vue clinique, par sa marche foudroyante. Les symptômes identiques peuvent se présenter dans' les deux cas; mais ils n’ont, dans les deux affections, ni la même valeur ni la même évolution. C’est ainsi que le délire, les convulsions, apparaissent dès le début et d’une façon constante : de plus, la fièvre, une fièvre intense et brusque et dans laquelle la fréquence du pouls répond à l’élévation de la température, établit nettement la différence entre ces deux genres de maladies. Ces trois signes établissent la démarcation ; c’est la phénomalité de la méningite de la convexité.
30 Fièvre typhoïde. — Une grave erreur, souvent difficile à éviter, consiste à prendre une méningite pour une fièvre typhoïde ou réciproquement : chez la malade qui est le sujet de notre leçon, la première idée qui venait à l’esprit était celle d’une dothiénentérie. Quand la courbe thermique des cinq premiers jours, dans cette fièvre, est régulière, qu’il y a de la diarrhée, du ballonnement de l’abdomen, plus tard des taches rosées, puis des râles bronchiques disséminés, de la stupeur, le doute n’est plus permis; mais, dans les premiers jours et sans attendre l’évolution complète de la maladie, la fréquence des pulsations radiales, à elle seule, permet déjà d’éliminer l’affection cérébrale.
Dans la forme ataxo-adynamique, la stupeur, et même une sorte de cri monotone chez l’enfant, pourraient faire croire à la méningite.
C’est surtout dans le cas de fièvre typhoïde à forme cérébrale qu’on peut observer des symptômes communs aux deux affections : la raideur du cou, des contractures, les phénomènes oculo-pupillaires. Mais, même dans cette affection cérébrospinale, que, pour plus de facilité, on a récemment encore confondue avec la fièvre typhoïde, il faut compter l’accélération du pouls, la marche cyclique de l’élévation de la température, le délire initial : rien de pareil n’a lieu dans la méningite basilaire.
Je sais bien que la fièvre peut être modérée dans toutes les dothiénentéries, que la constipation peut être remplacée par la diarrhée pendant quelques jours ; mais il est bien rare que le rhythme du cœur et de la respiration ne soit pas modifié, dès le quatrième ou le cinquième jour, dans la méningite; ce qui ne s’observe jamais dans la fièvre typhoïde.
4° Pseudo-méningites. — Comme tous les médecins qui ont étudié avec quelque soin les maladies de l’enfance, j’ai vu, dans certaines pneumonies, dans quelques
En définitive, je crois que la section a fait les affaires de M. Léon Labbé, dont les chances ont augmenté pour la première place vacante dans les sections de chirurgie. Que vous avez raison, immortel fabuliste :
Mieux vaut un sage eilrtetiii.
Je suis heureux de citer ces bonnes lignes de notre aimable et spirituel Confrère Diday, à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Association des médecins du Rhône :
« Avec le souffle de liberté qui de toutes parts se fait sentir, une faveur nouvelle parait s’attacher aux actes de nos œuvres d’association. Déjà tous les journaux de médecine signalaient l’impression plus qu’ordinaire produite, cette année, par l’Assemblée générale de notre grande Association de Paris .
« Ce redoublement de faveur est de bon augure. J’y vois, pour ma part, la preuve que le Corps médical a de plus en plus cure et souci de ses intérêts et de ses droits si intimement liés au développement de la prospérité générale. Et s’il se concerte et se condense aujourd’hui pour les défendre, c’est qu’il voit approcher le moment où, toute latitude étant donnée à l’exécution de noire programme, nous pourrons enfin, et d’une voix qui saura se faire entendre, avertir nos législateurs qu’il est temps d’abandonner les vaines controverses politiques pour résoudre les graves problèmes d’hygiène et de santé publique, dont les éléments sont entre nos mains, qui ne demandent qu’à s’ouvrir. »
Voilà de dignes et de nobles paroles. Elles sont à l’unisson du beau discours que M. le president de l’Association du Rhône, M. Desgranges, a prononcé dans celle séance. L’Association des médecins du Rhône compte aujourd’hui 221 membres. Douze nouveaux sociétaires ont été reçus celte année; ce qui a fait dire à l’éloquent Président, en leur souhaitant la bien-
angines, ou même dans des affections moins franchement inflammatoires, apparaître parfois des accidents qui simulent la méningite : il s’agit alors de troubles purement fonctionnels, parmi lesquels les convulsions généralisées jouent le principal rôle. Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur ce point de diagnostic, car il vous suffira d’un peu d’attention pour ne pas vous tromper. Si vous voyez un enfant pris de convulsions, au cours d’un état fébrile, ne vous hâtez pas de songer à la méningite, car ce n’est pas ainsi que commence cette maladie. Si pourtant d’autres symptômes, des vomissements, de la raideur du cou. de la constipation, de la céphalalgie persistante, éveillaient vos craintes, consultez le pouls, surveillez l’appareil circulatoire, et là vous trouverez des indices qui vous permettront d’affirmer ou de nier l’existence d’une méningite.
Mais j’arrive à des faits plus difficiles à interpréter. De temps à autre, vous lirez dans les recueils scientifiques des observations de méningites tuberculeuses guéries Dans la plupart de ces cas, il existait, en effet, des signes qui devaient faire penser à des lésions de l’encéphale ou des méninges; ainsi du strabisme, des paralysies locales, des convulsions partielles, etc.; et, si vous comparez ces récits aux descriptions classiques, vous serez peut-être entraînés aux mêmes conclusions, en acceptant le diagnostic de méningite tuberculeuse.
Malgré tout, je me défie de ces phlegmasies des enveloppes cérébrales qui guérissent d’une façon définitive. Certes, nous savons tous qu’une méningite, à la période d’excitation, peut s’arrêter court dans sa marche; le fait est loin d’être rare; mais cet arrêt n’est qu’une rémission, et de là à la guérison il y a un abîme.
Si vous me citez des exemples de méningites tuberculeuses définitivement guéries, je serai bien tenté de vous dire qu’il ne s’agissait que de pseudo-méningites. Mais laissez-moi vous citer un certain nombre de faits qui vous feront mieux comprendre ma pensée.
J’ai vu guérir, il y a déjà longtemps, un enfant que l’on avait cru atteint de méningite tuberculeuse; il avait été pris, dans la convalescence d’une maladie fébrile, de convulsions et de monoplégie, il était devenu strabique, et, pendant plusieurs jours, il était resté dans le coma. Peu à peu il sortit de sa torpeur et la guérison devint définitive.
Depuis lors, j’ai observé un autre enfant qui, à la suite de convulsions généralisées, avait présenté une monoplégie sans fièvre antécédente. Pouvons-nous croire que, dans ces cas où le pouls ne fut jamais ralenti, on ait eu à traiter de véritables
venue : « Leur appui moral grandira notre influence ; leur coopération au bien, que nous tâchons de réaliser, nous permettra de l’étendre en secourant plus efficacement nos déshérités dignes des plus grands égards, et auxquels doit naturellement songer le médecin , qui, tant de fois dans sa vie, est appelé à ne consulter que ses sentiments d’humanité. Le grand côté de notre Association est l’assistance confraternelle, corollaire logique de la prévoyance qui en a été l’idée génératrice. Dans cette voie, pas de déception ; avec cet objectif, pas d’incertitude dans la marche à suivre. »
Très-juste appréciation du « grand côté de l’Association ».
La Faculté de Montpellier fait de louables efforts pour compléter son enseignement. Ainsi, dans une seule semaine, deux cours nouveaux ont été inaugurés : un cours d’anatomie comparée, par M. Lannegrace, et un cours d’hydrologie, par M. Grasset, qui se propose d’initier les élèves à la connaissance de l’hydrothérapie et au maniement de l’outillage qu’elle comporte, en même temps qu’il leur fera faire une excursion aux eaux minérales de Balaruc et de Lamalou, stations thermales du département.
Voilà de bonnes innovations.
A Toulouse, M. Gavarret, inspecteur général des Facultés et Écoles de médecine, vient de visiter les hôpitaux et hospices de la ville, ainsi que la caserne de la Mission, où l’on propose d’édifier la Faculté de médecine. M. Gavarret a voulu visiter aussi le beau laboratoire de M. Garrigou, dont il s’est montré très-satisfait.
A propos de Toulouse et des Toulousains, quelques^amis ont souri au portrait qui a été fait ici, dans la Lettre a M. Gavarret, de la ville et de ses habitants. Moi, je n’y ai rien trouvé
méningites? Evidemment non ; les phénomènes qui auraient pu nous en imposer étaient l’indice de lésions encéphaliques beaucoup moins diffuses. Il n'existait, en effet, ni les troubles circulatoires, ni les troubles respiratoires qui, mieux que tous les autres signes, nous indiquent l’évolution des granulations tuberculeuses à la base de l’encéphale; nous n’avons ni la constipation ni les troubles de sensibilité qui, lorsqu’ils s’ajoutent aux précédents, complètent le tableau de la méningite tuberculeuse.
Mais, si je puis hardiment vous dire que dans ces cas il n’existait pas de granulations dans les enveloppes de l’encéphale, m’est-il possible d’indiquer d’une façon précise la lésion qui avait causé ces symptômes alarmants? Nous pouvons croire que dans un cas au moins, il s’était produit une hémorrhagie méningée; dans des cas presque semblables, on trouve à l’autopsie des pachyméningites, ou des coagulations dans les sinus veineux ; mais toutes ces lésions sont trop mal connues dans leurs manifestations symptomatiques pour que j’arrête plus longtemps votre attention sur ce point; il me suffira de vous avoir signalé cès pseudo-méningites que l’on peut confondre avec les inflammations vraies, et de vous avoir appris que c’est dans l’examen du pouls et de l’appareil circulatoire que vous trouverez le moyen d’éviter l’erreur.
Quelquefois cependant les difficultés se multiplient, et vous devrez réserver votre opinion. J’ai vu, il y a quelques années, avec un médecin savoisien qui m’avait appelé en consultation, un enfant de 2 ans qui finit par guérir après nous avoir inspiré les plus grandes craintes. Trois enfants de la même famille avaient déjà été emportés par la méningite tuberculeuse; un oncle était mort phthisique. Quand j’examinai le petit malade pour la première fois, il venait d’avoir des convulsions; il lui était resté un strabisme assez marqué, et il était dans le coma. Le pouls n’était pas modifié; la guérison fut obtenue assez rapidement.
Vous voyez l’importance que j’attache au ralentissement du pouls quand je soupçonne l’existence d’une méningite; c’est là un signe capital; mais, avant d’en tirer parti, je cherche toujours si une cause accidentelle n’a pas pu modifier le rhythme du cœur. Ainsi, je pourrais vous citer des observations de méningites guéries, après ralentissement du pouls, dans lesquelles je soupçonne fort le ralentissement d’avoir été produit par la médication. Lorsque j’ai vu notre malade pour la première fois, je me suis demandé tout d’abord si le sulfate de quinine qu’elle avait pris
d’excessif, surtout depuis que j’ai lu dans le Pays les lignes suivantes, écrites à propos du beau tableau exposé au Salon par un Toulousain, M. Debat-Ponsan :
« M. Ponsan nous vient d’un pays où l’art est à l’état nature ; poètes, musiciens, chanteurs, peintres, sculpteurs, nous arrivent de là à foison.
« Toulouse était sûrement le temple favori d’Apollon et des Muses. On y naît doué, et sur tous les coins du globe nous voyons ses enfants, imitant les anciens trouvères, la harpe, le. ciseau ou le pinceau en main, se distinguer, soit dans un art, soit dans un autre. Que de noms nous aurions à citer, qui sont sortis de son Conservatoire de musique, de son Académie, de ses Jeux-Floraux ou de ses Écoles de dessin et de sculpture ! On devrait louer le zèle intelligent des professeurs qui, heureux de trouver des sujets répondant si bien à leurs leçons, s’appliquent à développer les dons que la nature leur a dévolus. »
En vérité, nous n’avons pas dit ici ni plus ni même autant.
Je croyais beaucoup plus avancées qu’elles ne paraissent l’être les affaires relatives à l’installation de la clinique des maladies mentales. En effet, le Progrès médical , très au courant de ce qui se passe à cet égard, publie un article étendu dont je crois devoir reproduire le début :
« Quand M. Clémenceau obtint, il y a bientôt trois ans, l’inscription au budget d’une somme de 13,000 fr., affectée à la création d’une chaire clinique de pathologie mentale et des maladies de l’encéphale, il ne se doutait guère que son initiative aboutirait, en pratique, à la suppression de l’enseignement de la pathologie mentale. A cette époque existait, en effet, un cours c inique complémentaire plus théorique que clinique, mais valant, somme toute, mieux nour seul t cré?tion d’une chaire magistrale, l’élévation de M. Bail au professorat, ont eu P e unique résultat la suppression du cours complémentaire. Depuis deux ans,
n’avait pas diminué la fréquence des battements du cœur, et ce n’est qu’après avoir connu la dose (0g*,50) que j’ai pu affirmer l’existence d’une méningite.
Je ne vous rapporterai plus maintenant, pour terminer ce diagnostic des pseudoméningites, qu’une seule observation. Quand j’étais interne à l’hôpital des Enfants, je vis un malade qui présentait tous les signes classiques de la méningite, y compris le ralentissement du pouls. Un jour, cet enfant, qui prenait du calomel, rendit par les selles des paquets de lombrics; une amélioration notable suivit cette expulsion : je crus l’enfant guéri; il me semblait que j’avais rencontré un de ces cas de pseudoméningites vermineuses dont les anciens nous ont tracé l’histoire. J’avais pour chef de service un vieux praticien qui ne partageait pas mes illusions ; il eut raison. Au bout de quelques jours, la méningite, un moment -arrêtée, reprit son cours et le malade succomba. Les méninges étaient criblées de tubercules.
Si j’avais tenu plus grand compte du ralentissement du pouls, je n’aurais pas commis cette erreur.
Comment espérer la guérison, lorsque le pouls est ralenti et la respiration suspirieuse, puisque ces signes vous apprennent d’une façon positive que les origines du pneumo-gastrique et le fameux nœud vital de Flourens sont irrités, altérés, et ne tarderont pas à cesser de fonctionner? C’est pourquoi je crois peu aux méningites tuberculeuses qui guérissent.
Je dois cependant entrer dans quelques détails au sujet des cas de guérison qui ont été publiés. Rilliet a vu trois enfants, qu’il supposait atteints de méningite, échapper à la mort. Chez les deux premiers, les accidents n’étaient encore qu’à leur début quand ils s’arrêtèrent; le troisième, qui avait guéri contre toute attente, succomba cinq ans et demi plus tard à la même maladie. Ce sont là des rémissions d’une durée exceptionnelle sur lesquelles je m’expliquerai plus loin.
Barth lut, il y a deux ans, à la Société de clinique, l’histoire d’un enfant de 12 ans qui, après avoir présenté des symptômes fébriles simulant le début d’une fièvre éruptive, fut pris d’accidents méningitiques : céphalalgie, vomissements, strabisme, mydriase, phénomènes paralytiques, hébétude de la face, et qui finit par guérir. Le pouls s’était tenu au-dessus de 100 pulsations pendant la période la plus grave de la maladie; il descendit à 62, quand Y amélioration parut être définitive.
Que cet enfant ait eu une lésion de l’encéphale ou de ses enveloppes, je ne le
depuis qu’il y a un professeur de pathologie mentale, cette branche importante de la science médicale a cessé d’èlre enseignée d’aucune façon par la Faculté. Celle situation, en se prolongeant, devient ridicule, et elle menace de s’éterniser. Tout fait craindre, au train dont vont les choses, que M. Bail ne reste indéfiniment professeur in partibus, ne faisant acte de professeur que pour toucher les émoluments attachés à ses fonctions, jusqu’ici purement idéales. Ce rôle platonique pèse, à coup sûr, beaucoup à l’honorable professeur, dont le plus vif désir doit être de voir prendre fin la position fausse et insoutenable que lui imposent les lenteurs et les tergiversations de l’administration. »
En vérité, cette chaire de clinique des maladies mentales fournirait le sujet d’un poème amusant.
Je ne voudrais pas cependant vous laisser sous ces impressions peu agréables, bien-aimé lecteur. Voulez-vous une anecdote ?
L’illustre chirurgien Boyer avait cette faiblesse : il n’aimait pas qu’on lui parlât de son âge. Son collègue Richerand, qui était un peu taquin et qui connaissait la faiblesse de Boyer, lui demanda malicieusement un jour :
— Mais, enfin, quel âge avez-vous?
— Cela vous intéresse-t-il beaucoup, cher confrère?
— Sans doute, puisque je vous le demande.
— Voyons vos souliers, riposte Boyer.
Et, après cet examen, il ajoute :
— Voyez-vous, cher collègue, je m’aperçois que nous sommes, l’un et l’autre, de l’âge où l’on p.... sur ses souliers. Répondez cela à ceux qui vous demanderont votre âge et le mien.
En voulez- vous une autre du même?
nie point; que cette lésion ait été une phlegmasie d’origine tuberculeuse, je n’oserais l’avancer, d’après ce seul fait que le frère du malade succombait, à celte époque à une tuberculose miliaire probable; mais, ce que je ne puis croire, c’est qu’il ait été atteint d’une véritable méningite tuberculeuse de la base ; car il n’a présenté ni la raideur du cou, ni les troubles respiratoires, ni surtout les troubles circulatoires, si constants en pareil cas.
M. Cuffer a observé l’année dernière, dans le service de mon ami M. Peter, un malade atteint de méningite tuberculeuse qui guérit sous l’influence de l’iodure de potassium. Cet homme, âgé de 34 ans, fut pris, sans cause, de céphalalgie, de constipation, de rétention d’urine, puis de strabisme, de raideur du cou, de ralentissement du pouls (52 puisât.), de respiration suspirieuse, de crampes dans les membres et de délire; il présenta la raie méningitique, et l’auscultation révéla l’existence de lésions tuberculeuses au sommet des deux poumons. Vous le voyez, Messieurs, il ne manquait pas un trait important à ce tableau de la méningite tuberculeuse. Cependant, le malade guérit sous l’influence de 2 grammes d’iodure de potassium administrés chaque jour pendant deux semaines; atteint le 14 avril, il fut considéré comme sauvé le 24 mai.
Pour moi, j’attends prudemment la fin de l’observation ; je ne vois là qu’une rémission comme j’en ai tant vu déjà, et je cherche vainement, dans le récit de M. Cuffer, la preuve d’une guérison définitive.
Tout récemment, M. Dujardin-Beaumetz a observé des accidents méningitiques très-curieux chez un homme de 23 ans qui, six mois auparavant, avait reçu un coup assez violent, sur le côté gauche de la tête, pour lui faire perdre connaissance. Le malade présenta d’abord des accès fébriles à forme intermittente pour lesquels on lui donna du sulfate de quinine, puis des accidents méningitiques, avec troubles de la motilité et de la sensibilité dans le côté droit du corps; on découvrit dans l’œil droit une petite opacité saillante sur un des vaisseaux de la choroïde, et l’on conclut à l’existence d’une tuberculose des méninges. Pourtant, le malade s’améliora peu à peu, guérit, et la guérison parut se maintenir.
J’ai beaucoup de peine à croire que cette petite opacité saillante, vue par M. Meyer le long d’un vaisseau de la choroïde, soit une raison suffisante pour démontrer, d’une façon positive, l’existence d’une méningite tuberculeuse chez un homme qui avait subi autrefois un traumatisme. Je sais bien que le malade a présenté du ralentissement du pouls, mais il avait pris du sulfate de quinine, et ce médicament peut
Le baron Boyer, premier chirurgien de l’Empereur, s’était marié selon son goût et ses inclinations, et sa femme était de moyenne extraction. Il rencontre un jour un de ses internes, élève très-intelligent et qu’il aimait beaucoup, donnant le bras à une jeune et gentille grisette, comme on en voyait encore alors au quartier Latin. Boyer s’approche doucement par derrière du couple amoureux, et, frappant sur l’épaule de son interne : — Tâchez, lui dit-il, mon ami, d’en faire une baronne.
Ils avaient bien de l’esprit, nos anciens maîtres.
En voulez- vous une autre?....
Ah ! non, vous seriez insatiable, et je ne vide pas ainsi mon sac.
Dr SlMPLICE.
On annonce la démission, la mise à la retraite, sur sa demande, de M. Reynal de ses fonctions de directeur de l’École vétérinaire d’Alfort et son remplacement par M. le professeur Goubaux.
— On annonce aussi la démission et la mise à la retraite de M. Simonin, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Nancy.
Faculté de médecine de Nancy. — Par arrêté du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, en date du 27 mai 1879, la chaire de médecine opératoire de la Faculté de mTT ?e Nancy a été déclarée vacante.
n delai de vingt jours, à partir de la publication de cet arrêté, est accordé aux candidats pour la production de leurs titres.
Supplément.
modifier les pulsations du cœur; et puis, si j’analyse l’observation de M. Dujardin- Beaumetz dans tous ses détails, je ne trouve pas que la maladie qu’il a décrite ait présenté la marche, l’évolution et la physionomie d’une méningite tuberculeuse, j’imiterai donc sa réserve, et je mettrai un point d’interrogation après ce diagnostic.
Je ne vous citerai pas maintenant, après ces observations sérieuses, les réflexions d’un médecin anglais, M. Clifford Allbut. Cet auteur est de bonne composition ; pour lui, on meurt des méningites tuberculeuses que l’on peut diagnostiquer; mais il en est dont on guérit, ce sont celles que l’on ne reconnaît pas, du moins avec certitude. J’ajoute que ce médecin cite à l’appui de cette thèse, et pour prouver que la méningite tuberculeuse peut guérir, une autopsie détaillée!
Vous voyez donc, Messieurs, que les observations authentiques de méningites tuberculeuses guéries sont bien rares ; car, après avoir analysé les plus récentes, celles qui nous offrent le plus de garanties, il n’en reste pas une qui soit absolu- . ment probante. Nous avons enregistré des rémissions plus ou moins lojigues, comme Rilliet, comme Trousseau et comme tant d’autres, et nous n’avons pas trouvé un seul cas bien net de méningite tuberculeuse de la base définitivement guérie.
Je dois cependant vous faire une concession. Rien ne m’empêche de croire que, dans les méninges comme dans les poumons, les granulations tuberculeuses puissent vieillir, devenir fibreuses, et, par suite, complètement innocentes ; mais, dans ces cas, se sont-elles accompagnées d’une inflammation diffuse des enveloppes de l’encéphale? En vérité, je ne le pense pas. Chez certains tuberculeux qui ont présenté des troubles cérébraux plus ou moins accentués, on peut découvrir à l’autopsie des granulations tuberculeuses disséminées le long des vaisseaux de la piemère, ou même quelque gros nodule enfoncé dans la substance nerveuse; mais ces lésions peuvent avoir existé seules et n’avoir provoqué aucune réaction inflammatoire.
Quand les méninges s’enflamment, il se forme, à la surface du cerveau, des exsudats qui s’amassent vers les parties déclives, c’est-à-dire dans les confluents de la . base; là, ces flocons fibrineux, ces fausses membranes, ce liquide purulent, englobent, irritent, altèrent les parties si délicates et si importantes à la surface desquelles elles s’épanchent, les nerfs à leur origine, les pédoncules, la protubérance et surtout le bulbe ; comment admettre alors la cessation brusque de l’action phlogogène de ces produits d’inflammation, surtout quand ces exsudats ont pour cause une phlegmasie de nature tuberculeuse?
M. Cadet de Gassicourt a rapporté une observation dont nous devons faire notre profit. Il a vu un enfant qu’on avait cru guéri d’une méningite tuberculeuse succomber à une deuxième poussée méningitique. A l’autopsie, il existait un gros tubercule cérébral autour duquel les membranes étaient épaissies; puis, vers la base et le long des scissures, des traces évidentes d’une méningite tuberculeuse récente.
Ce que l’on avait pris pour une méningite tuberculeuse guérie, n’était qu’une petite poussée phlegmasique développée autour d’un tubercule cérébral; quand l’inflammation s’était généralisée et avait fait éclore des granulations miliaires, l’enfant avait succombé.
Je crois qu’on pourrait expliquer de cette façon un assez grand nombre des rémissions qui s’observent au cours de la méningite tuberculeuse. Ne voyons-nous pas souvent des enfants traîner pendant des mois et des années des paralysies dues à des tumeurs tuberculeuses de l’encéphale? De temps en temps les accidents s’aggravent, comme par poussées, et cependant les malades peuvent vivre assez longtemps ; dans certains cas même, on peut se demander s’ils ne sont pas susceptibles de guérir.
Je ne dis donc pas que les granulations tuberculeuses des méninges doivent tuer fatalement, en quelques jours, les malades qui les portent, mais je dis que les accidents produits par ces tubercules ne guérissent qu’autant qu’ils ont été limités, et dans les cas seulement où ils n’ont pas présenté l’ensemble solennel des signes de la méningite tuberculeuse de la base.
L’UmON MÉDICALE.
Je ne m’arrêterai pas à vous parler de ces méningites subaiguës, purement fibreuses, que l’on a décrites dans ces derniers temps ; je ne suis pas encore fixé sur ce point. ,
En -somme, j’attends encore des exemples probants de véritables méningites tuberculeuses guéries après s’être accompagnées des troubles respiratoires et circulatoires qui indiquent une excitation du bulbe.
J’avais donc raison de vous dire que les méningites qui guérissent ne sont que des pseudo-méningites.
(A suivre dans un prochain numéro.)
CLINIQUE MÉDICALE
LEUCORRHÉE (<);
Par le docteur L. Martineau, médecin de l’hôpital de Loureine.
Traitement. — Puisque la leucorrhée utérine est toujours un symptôme de la métrite, il faut donc, dès qu’elle apparaît, instituer un traitement propre à guérir l’affection utérine, alors qu”elle n’est encore que légère. Traitée dès le début, l’affection utérine cède plus facilement à la médication dirigée contre elle. Si, au contraire, le médecin temporise, s’il ne donne pas à ce symptôme sa valeur réelle, il est exposé à voir apparaître à un moment donné, sous l’influence d’une cause occasionnelle quelconque, les autres symptômes de la métrite. C’est alors que le traitement devient long, difficile, et souvent interrompu par ces rechutes si fréquentes qui découragent les médecins les plus confiants et les malades les plus désireuses de guérir.
Le traitement de la leucorrhée est donc celui de la métrite. Le médecin aura recours à la médication locale et générale que j’ai longuement exposée à propos du traitement delà métrite, et sur laquelle je n’ai pas à revenir. Je dois seulement exposer le traitement que ce symptôme exige lorsqu’il semble exister seul, lorsqu’il prédomine tellement sur les autres symptômes de la métrite, qu’il les efface plus ou moins; lorsque, par son abondance, par sa purulence, par sa fétidité, il fatigue plus ou moins la malade, il suscite sur les muqueuses avec lesquelles il est en contact, des irritations, des inflammations qui sont pour la malade le sujet de nouvelles souffrances.
Dans ce cas, tout en traitant l’affection utérine qui en est l’origine, il faut nécessairement que le médecin attaque directement ce symptôme. Ce traitement est purement local; il a surtout pour but de modifier la muqueuse utérine, de tarir la sécrétion. exagérée dont elle est le siège.
Les agents, destinés à modifier cette muqueuse, doivent être portés directement dans la cavité utérine. Ce n’est pas là chose toujours facile, d’abord parce que cette médication intra-utérine n’est pas exempte de dangers, qu’elle a donné lieu à des accidents plus ou moins graves, qu’elle a même parfois été suivie de mort. En outre, si elle est mal appliquée, elle peut déterminer l’atrésie du canal cervicoutérin, des orifices, et devenir ainsi le point de départ de troubles menstruels variés, tels que la dysménorrhée, l’aménorrhée, être cause de la stérilité, accidents parfois plus funestes que le symptôme dont on veut tarir la source. Toutefois, je me hâte de le dire, entre les mains des gynécologistes modernes, la médication intra-utérine a fait de grands progrès ; elle ne présente pas tous les dangers qu’on lui avait attribués au début; elle donne des résultats merveilleux. Le médecin est assuré d’éviter tous les accidents, s’il observe notamment les indications et les contre-indications que je développerai à propos des procédés employés pour cette médication intra-utérine.
Les agents destinés à agir sur la muqueuse utérine, pour en modifier la vitalité, en tarir la sécrétion, sont liquides, solides, demi-solides ou pulvérulents. Les agents
(l) Suite et fin. — Voir les numéros des 17, 22 et 27 mai.
liquides sont introduits dans la cavité utérine, sous forme d’injection, d’irrigation ou au moyen de pinceaux trempés préalablement dans le liquide choisi. Les injections intra-utérines ont donné lieu à des discussions nombreuses. C’est à leur suite surtout qu’on a vu paraître ces accidents plus ou moins graves dont j’ai parlé. Gaillard Thomas, en Amérique, en condamne l’usage; Barnes, en Angleterre; M. Courty, en France, ne les emploient qu’avec la plus grande réserve. Moimême, je n’en suis pas très-partisan; je leur préfère de beaucoup le caustique solide. Cependant elles ont donné des succès réels entre les mains de MM. Gallard, Guichard, Leblond, en France, et Liebmann, en Italie. Avant d’employer l’injection intra-utérine, le médecin doit s’assurer qu’il n’existe pas une inflammation péritonéale pelvienne aiguë, subaiguë et même chronique, car il s’exposerait à voir survenir une poussée inflammatoire qui ne serait pas sans faire courir de graves dangers à la malade. Cette injection ne sera jamais pratiquée lorsqu’il existera une flexion de l’utérus, antéflexion ou rétroflexion ; car des nécropsies ont démontré que, dans ces cas, les trompes étaient parfois dilatées, et comme le liquide ne peut sortir librement de la cavité utérine par suite de la flexion, il en résulte qu’il passe facilement dans le péritoine, où il donne lieu à une péritonite intense. Avant de pratiquer cette injection, le médecin doit s’assurer préalablement que le canal cervico- utérin est libre, qu’il n’existe aucun obstacle au retour du liquide injecté. On a injecté dans la cavité utérine des liquides très-variés, tels que : solution de perchlorure de fer au trentième (M. Gallard), de teinture d’iode, d’azotate d’argent cristallisé au cinquième ou au quart, glycérine ou huile d’amandes douces, contenant une forte quantité d’iodoforme (M. Leblond), solution de perchlorure de fer dissous dans la glycérine (Liebmann). La solution au nitrate d’argent donnant naissance à des coliques violentes, les médecins ont renoncé à son emploi. On a injecté également des solutions de çhloral au cinquième, de coaltar au dixième, de tannin, d’alun, de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre à parties égales, une décoction de roses de Provins. Pour faire l’injection, on se sert d’une petite seringue qui s’adapte à une sonde utérine. Cette sonde utérine peut être droite ou courbe à son extrémité, comme l’hystéromètre de Huguier. Elle peut être en gomme ou en métal ; elle est percée d’un trou à son extrémité interne. Son diamètre ne doit pas avoir plus de 2 à 3mm; elle doit jouer facilement dans l’orifice interne; car il doit exister entre les parois de la sonde et celles de l’utérus un vide qui permette au liquide injecté de refluer librement.
On peut encore se servir de la sonde à jets multiples et récurrents de M. Pajot ou d’une sonde à double courant; mais cette dernière paraît avoir plus d’inconvénients que d’avantages, car son volume est plus considérable, et le tube qui doit servir au retour du liquide peut être obstrué par les mucosités utérines. Une fois que le médecin a choisi l’instrument qui lui paraît le meilleur, il met le spéculum en place, et il introduit doucement la sonde dans la cavité utérine; il assure qu’elle joue librement dans l’orifice interne. Il pousse alors lentement une injection d’eau tiède dans la cavité utérine, afin de la débarrasser des mucosités qu’elle contient ; une fois la récurrence du liquide bien établie, il peut continuer l’irrigation aussi longtemps qu’il est nécessaire ; puis il la fait suivre immédiatement de l’injection caustique. Au moment de l’injection, la femme ressent une chaleur et quelquefois une douleur hypogastrique, mais le tout se calme après vingt-quatre heures de repos.
Au lieu de faire une injection dans la cavité utérine, le médecin peut se servir d’un pinceau qu’il a préalablement imbibé de la solution caustique : teinture d’iode, perchlorure de fer, solution de nitrate d’argent au 1/3 ou au 1/4, acide azotique. Pour introduire le pinceau dans la cavité utérine, il se sert de moyens variés qu’il trouvera décrits dans le traité de chirurgie gynécologique du docteur Leblond. Woodburg (de Washington), MM. Nonat, Menières (d’Angers), Barnes, ont inventé des instruments plus ou moins commodes. Mais ce procédé de cautérisation ne convient guère que dans l’endométrite du col, car le liquide caustique, exprimé au moment de son passage dans la cavité cervicale, n’arrive guère dans la cavité uté-
rine. Avant de cautériser à l’aide du pinceau la cavité du col, Huguier, et, à son exemple, M. Courty, font de nombreuses scarifications dans cette cavité; ces scarifications ont pour but d’ouvrir les'glandes de la muqueuse et de favoriser la cautérisation consécutive.
Aux injections intra-utérines, je préfère de beaucoup, comme je l’ai dit, la cautérisation de la muqueuse à l’aide de caustiques solides. On a employé le crayon d’azotate d’argent, de sulfate de zinc (recommandé par Barnes en Angleterre), d’iodoforme (M. Leblond), de tannin (Becqüerel); moi-même j’ai recommandé le crayon au chloral. Les médecins se servent le plus souvent de crayons de nitrate d’argent, que quelques-uns d’entre eux laissent à demeure dans la cavité utérine ; d’autres emploient le nitrate d’argent fondu, dont ils garnissent les cuvettes des porte-caustiques de MM. Richet, Nonat, Siredey. Ces instruments, ainsi que je l’ai dit à propos du traitement de la métrite, ont tous un grand inconvénient; ils n’évitent pas la cautérisation, lors de leur introduction, des orifices externe et interne, de la cavité du col. Aussi est-il très-fréquent de voir survenir, à la suite de ces cautérisations, un rétrécissement de ces orifices, de ce canal, et toutes les conséquences qui en résultent. C’est pour obvier à cet inconvénieni que j’ai fait fabriquer le porte-caustique dont j’ai donné la description au traitement de la métrite. Les crayons d’iodoforme ont été recommandés par le docteur Leblond dans les cas de leucorrhée légère. Quant aux crayons de tannin, de Becquerel, ils sont depuis longtemps abandonnés, vu les accidents souvent graves qu’ils ont occasionnés. Le docteur Laie (d’Aberdeen) a introduit dans la cavité utérine des capsules allongées, faites de gélatine, et renfermant dans leur intérieur les diverses substances préconisées pour les injections ou les crayons ; mais leur emploi n’a pas encore été expérimenté en France; aussi ne puis-je apprécier leur valeur. On a également employé ces substances sous forme de pommades, de glycérojés que l’on porte dans l’utérus, au moyen de l’hystéromètre injecteur du docteur Camuset ou du porte-pommade du docteur Leblond. Enfin M. N. Gueneau de Mussy a injecté dans l’utérus des substances pulvérulentes, poudre de colomel, d’alun, de sang-dragon, de tannin; mais il n’a^pas tardé à renoncer à cette médication, à cause des dangers observés. Selon le docteur Leblond, la poudre d’iodoforme n’aurait pas les mêmes inconvénients. *
Tels sont les divers moyens usités pour combattre localement la leucorrhée. De tous ces moyens, je donne la préférence à l’introduction, dans la cavité utérine, de caustiques solides. Cette introduction est des plus faciles, et il n’en résulte aucun danger, si le médecin observe ponctuellement les contre-indications que j’ai posées. Du reste, quel que soit le moyen adopté par le médecin, il est nécessaire d’introduire un cathéter dans la cavité utérine, cinq à six jours après la cautérisation opérée, afin de maintenir libre de toutes adhérences cette cavité, afin d’éviter son rétrécissement. Cette introduction se fera ensuite tous les quatre à cinq jours. Généralement une à deux cautérisations suffisent pour produire la modification de la muqueuse utérine, pour obtenir la transformation et la cessation de l’écoulement. Du reste, on pratique cette cautérisation jusqu’à guérison complète. Elle ne doit être pratiquée que tous les mois, huit jours après la cessation de l’époque menstruelle, huit jours au moins avant l’apparition de cette époque. De cette façon, on évite les accidents menstruels, notamment les coliques utérines, les tranchées, qui sont si douloureuses.
ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du 26 mai 1879. — Présidence de M. Dadbbée.
Dans un rapport de M. l’amiral Mouchez, accompagnant la présentation des cartes des côtes ae {a Tunisie et de Tripoli, nous trouvons des considérations d’un grand intérêt, eu égard au projet ae la mer intérieure que poursuit le commandant Roudaire :
« La plupart de ces côtes, si près de nous, et qui ont une étendue de plus de 250 lieues, sont restées jusqu’ici à peu près complètement en dehors de toute relation avec l’Europe. Elles sont habitées, dans la partie orientale surtout, par des populations nomades, fanatiques et hostiles aux étrangers. Cependant, l’exploitation de l’alfa, qui attire depuis quelques années beaucoup de navires anglais et italiens dans ces parages, doit certainement, dans un prochain avenir, modifier sensiblement cette situation regrettable. Déjà quelques maisons de commerce anglaises et italiennes ont établi des comptoirs dans quelques localités de la côte entre les deux Syrtes, et les intermédiaires indigènes y affluent.
Mais le golfe de la grande Syrte semble destiné à rester toujours aussi désert, aussi redouté des navigateurs qu’il l’était dans l’antiquité. On n’y trouve nul port, aucun abri pour des navires surpris par le mauvais temps. Les vents du nord y soulèvent une très-grosse mer, et les nombreux écueils qui bordent cette côte laissent peu de chance de salut aux navires qui y sont entraînés par les vagues et les courants. Les indigènes ne semblent même fréquenter les bords arides de ce désert que pour profiter de l’occasion de piller les navires naufragés dont on voit de nombreux débris sur la plage. Bien que nominativement sous la suzeraineté de la Turquie, ils sont en réalité tout à fait indépendants.
Quant à la petite Syrte, les côtes en sont devenues plus hospitalières sous le gouvernement du bey actuel de Tunis et de son ministre, le général Kaïr ed Din ; les mœurs des indigènes s’y sont adoucies ; on peut débarquer sans difficulté sur tout point du littoral, et sous ce rapport le percement du canal de Gabès, si jamais on le tentait, trouverait beaucoup de facilité de main-d’œuvfe dans la population locale.
L’a'spect général des collines et montagnes qui enveloppent ce golfe semble cependant fort peu favorable à Texécution de ce projet; on aura à faire des tranchées de plusieurs lieues à travers des massifs de terres de 30 à 45 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Quoi qu’il en soit, il paraît démontré maintenant, grâce aux persévérants travaux du commandant Roudaire, que l’œuvre n’est pas irréalisable, et l’expérience serait sans doute intéressante à faire au point de vue scientifique. Ce n’est plus qu’une question d’argent : il en faudra beaucoup ; mais il y aurait une telle disproportion entre le minime et le douteux bénéfice pour nous, de conduire à travers la Tunisie un peu d’eau de mer à l’entrée du désert, et l’énorme dépense que cela occasionnerait, qu’il est vivement à désirer, si ce projet se réalise4 que ce ne soit pas la France qui eh fasse les frais. Nous trouverions un bien plus fructueux emploi de nos capitaux sur nos côtes de France ou d’Algérie.
Les marées sont très-sensibles et assez régulières dans ce golfe ; le peu de profondeur de la mer et la conformation de la côte leur donne plus de force et de régularité que sur tout autre point de la Méditerranée. J’avais fait établir des échelles de marée en plusieurs points, confiées à quelque négociant européen de la localité, mais, les indigènes les détruisant chaque fois que je m’éloignais, je n’ai pu obtenir que des résultats très-peu nombreux dans les lieux où je séjournais quelques jours, ce qui était assez rare. »
— M. Hervé Mangon présente à l’Académie un ouvrage de M. Demontzey, conservateur des forêts, intitulé : Étude sur les travaux de reboisement et de gazonnement des montagnes, et s’exprime comme il suit :
« L’auteur s’occupe, depuis 1853, de travaux de reboisement ; son ouvrage est le fruit de sa longue expérience : c’est dire qu’il est excellent et appelé à rendre de grands services.
Depuis vingt années, l’Administration des forêts poursuit sans bruit, avec une admirable persévérance, l’œuvre immense de la consolidation de nos montagnes dénudées et de la suppression des torrents les plus dangereux. On ne saurait se faire une idée de cette magnifique entreprise sans avoir parcouru à pied les montagnes des Hautes-Alpes et sans avoir observé quelques-uns des territoires reconstitués. Je n’essayerai donc pas de décrire ces travaux : qu’il me suffise de dire qu’avec les ressources les plus modestes, 500,000 francs en moyenne par année, l’Administration forestière a déjà obtenu les plus beaux succès sur une étendue de près de 100,000 hectares.
On reste, en effet, confondu de la grandeur des résultats obtenus comparés à la simplicité et à l’économie des moyens employés. Le succès des ingénieurs forestiers s’explique d’ailleurs facilement par la justesse de la théorie qui les guide. Appelés à lutter contre la puissance destructive des torrents et des intempéries, ils n’ont point cherché à la vaincre par de dispendieux travaux de maçonneries cyclopéennes. Gomme Brémontier l’avait fait pour la fixation des dunes, ils ont demandé à la force de la végétation de leur fournir les matériaux vivants de la consolidation des terrains, et déjà l’expérience apprend que la forêt parvient en peu de temps à étouffer le plus redoutable torrent.
Le temps des essais et des incertitudes est passé, et désormais le gouvernement de la République consacrera certainement à ces utiles opérations de reboisement des montagnes toutes les ressources nécessaires. »
— La séance s’est terminée par l’élection d’un membre correspondant étranger dans la section d’astronomie. C’est M. Gylden qui a été élu, en remplacement du P. Secchi, décédé
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Séance du 8 février 1879. — Présidence de M. Blondeau.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
La correspondance manuscrite comprend :
Une lettre de M. Voisin, archiviste, annonçant qu’il a fait parvenir à l’Académie de médecine la collection des Bulletins de la Société de médecine de Paris.
Deux lettres d’excuses, l’une de M. Motet, l’autre de M. Chéron, empêchés d’assister à la séance et de lire leurs communications.
M. Jules Besnier dépose sur le bureau un exemplaire du tirage à part de son mémoire sur le Phlegmon sous-péritonéal et la péritonite idiopathique suppurêe , publié dans les Archives générales de médecine.
La discussion sur le Traitement salicylè chez les goutteux continue :
M. Leblond : J’ai eu l’occasion d’administrer récemment le salicylate de soude chez une malade atteinte de rhumatisme articulaire généralisé et fébrile. Il s’agissait d’une femme détenue à Saint-Lazare et qui, à son entrée à l’infirmerie, présentait une fluxion s’accompagnant de douleur et de rougeur au niveau de plusieurs articulations. Je prescrivis d’emblée 6 grammes de salicylate.
Les douleurs s’amendèrent très-notablement dès le soir et disparurent complètement dès le lendemain sous l’influence d’une dose de 8 grammes du médicament. Je dois noter que la rougeur et le gonflement ne subirent aucune diminution. Le salicylate fut continué pendant deux jours. La malade resta ensuite un jour sans prendre de médicament, mais les douleurs reparurent bientôt. On administra de nouveau le salicylate, et les douleurs disparurent après six à huit jours. On continua la potion au salicylate pendant trois à quatre jours après que les douleurs eurent complètement disparu. Cette fois, les douleurs ne reparurent pas.
Je ferai remarquer, en terminant, que si la douleur a été calmée très-rapidement sous l’influence du médicament, la durée de la maladie ne m’a pas paru notablement abrégée.
L’observation de cette malade a été recueillie par M. Feisiaux, interne du service. Je pourrai, si la Société le désire, communiquer ce fait intéressant dans la prochaine séance.
M. Charrier : Messieurs, tout n’avait pas été dit sur le salicylate, et quelques-uns de nos honorables collègues ne l’avaient pas ménagé; cependant, je crois que c’est un médicament très-utile, mais il faut ne lui demander que ce qu’il peut donner ; en faire une panacée universelle est aussi faux que de le rejeter complètement et ne jamais s’en servir.
Depuis la dernière séance, le rapport de M. Ernest Besnier sur les maladies régnantes pendant le dernier trimestre de 1878 a été lu à la Société médicale des hôpitaux. Dans ce trèsintéressant travail, nous voyons que MM. Bucquoy, Fernet et Rigal ont traité la plupart de leurs rhumatisants par le salicylate de soude à la dose de h, 6, 8 et 10 grammes par jour, et, comme toujours, dit M. Bucquoy, la cessation des douleurs a eu lieu dans les quarante-huit heures après le commencement du traitement. Une seule fois, dit M. Bucquoy, chez un malade qui était à sa deuxième attaque, après un mieux réel, la mort arriva par dyspnée excessive. Quelle part a eu le salicylate dans cette terminaison fatale? A l’autopsie, on trouva une néphrite albumineuse, et il est évident que le malade a succombé à des accidents urémiques. Cette mort peut-elle être imputée au salicylate? Vraiment, c’est douteux. On fait bien de noter des cas semblables; mais, de là à proscrire le salicylate, je pense qu’il faut y regarder à deux fois, car on se priverait d’un admirable médicament, analgésiant par excellence, et il nie semble que c’est quelque chose que de supprimer la douleur dans le rhumatisme articulaire aigu.
Dans la goutte, son action est moins démontrée, moins décisive; cependant, à l’Imprimerie nationale, j’ai, dans mon service, une malade qui est atteinte de nodosités d’Aberdeen , avec déformation des doigts et douleurs atroces ; elle prend depuis deux ans lx grammes par jour de salicylate, et les douleurs ont disparu; les nodosités n’ont pas diminué, mais elles n’ont pas augmenté, et la malade a pu ne plus interrompre son travail.
L emploi de l’acide salicylique et du salicylate de soude avait été abandonné en Allemagne; mais pourquoi? Parce qu’il avait été mal donné, et à doses massives. M. le professeur Sée l’a remis en honneur, et a parfaitement posé les règles et les doses de son administration.
On nous dit que, dès que l’on cesse le médicament, les douleurs reviennent, mais c’est qu’on a mal administré le salicylate. M. Sée débute, dans les cas de rhumatisme aigu, par 8 ou 10 grammes par jour pendant deux ou trois jours, jusqu’à ce que les douleurs disparaissent, et alors il diminue progressivement la quantité, d’abord 6 grammes pendant quelques jours et ensuite 4 grammes, et cela pendant longtemps, dix à quinze jours.
Ce sont là les préceptes qu’il faut suivre, et dont il ne faut pas s’écarter, si l’on ne veut pas avoir de mécomptes.
Certainement, il y a des malades qui ne supportent pas le salicylate de soude, mais, est-ce qu’il n’y en a pas aussi qui ne supportent pas d’autres médicaments : le sulfate de quinine, l’opium? La plupart du temps, cette impatience du médicament, ainsi que l’a si bien rappelé notre collègue M. Reliquet, tient à l’état plus ou moins pathologique de l’appareil urinaire. Ce qui doit guider le médecin, c’est l’état des reins.
Une chose aussi est à considérer, c’est la pureté du médicament; aussi me suis-je toujours servi, et avec avantage, du salicylate de Clin. Le salicylate que Clin emploie est de provenance allemande, d’une pureté parfaite, et essayé par lui avec le plus grand soin. C’est un médicament en qui on peut avoir toute confiance.
M. de Beauvais communique l’observation d’un goutteux qui a pu prendre, pendant trois mois, 9 grammes de salicylate dé soude par jour, sans éprouver aucun des troubles physiologiques attribués à ce médicament, tandis que l’affection qui le tourmentait s’est considérablement amendée, puis guérie, en continuant l’usage de ce sel deux mois encore à dose de 6 et 3 grammes. En six mois, ce malade avait absorbé 1,400 grammes de salicylate de soude.
M. de Beauvais ajoute que, depuis peu de temps, il joint les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine au traitement salicylé, et qu’il obtient, avec 5 grammes de salicylate de soude et la médication hypodermique morphinée, la sédation rapide de la douleur, de la fièvre, et la guérison du rhumatisme articulaire aigu.
M. Duroziez rappelle que les intermittences du pouls ont été indiquées, non pas chez des goutteux qui les présentent de temps en temps, mais chez des rhumatisants jeunes, sans lésions organiques du cœur. Elles peuvent être attribuées au salicylate, dont l’action sur le système nerveux est admise.
La discussion pendante a attiré l’attention des membres de la Société sur le rapport de M. E. Besnier. Nous avons été frappés du cas de mort subite relaté par M. Bucquoy. L’autopsie a démontré une néphrite albumineuse qui expliquerait certains cas de mort subite chez des rhumatisants traités par le salicylate de soude. Il y a donc eu certains cas de mort subite, et on n’est pas sur que toujours il y ait eu de la néphrite. Dans le cas de M. Bucquoy, l’urine n’a pas été examinée; peut-être n’eût-elle pas averti? On ne dit pas à quelle dose le médicament fut donné; il parut calmer les douleurs, mais le malade avait une grande anxiété respiratoire que les complications cardiaque et pleurale ne suffisaient pas à expliquer. Au bout de quelques (?) jours de traitement, on l’avait laissé dans l’état le plus satisfaisant et on avait baissé la dose de salicylate, lorsque le soir il fut repris de nouveau de dyspnée excessive, et la mort suivit promptement ce nouvel accès.
Que d’inconnues! Admettons que le salicylate n’ait pas produit la mort. Etes-vous sûr que si vous aviez moins perturbé la maladie, moins agi sur les jointures, l’issue eût été funeste? Vous conseillez de suivre attentivement les urines, rien de mieux ; est-il certain qu’avec des reins normaux vous pourrez user à votre aise du salicylate et prescrire 10 grammes de ce sel? La mort, heureusement, est rare. Quelle douleur, le jour où vous pouvez soupçonner que vous y avez contribué ! La mort est le cas extrême ; mais il peut y avoir ce qu’on appelait des métastases qui ne soient pas mortelles. Le remède peut appeler d’autorité le mal où vous ne voudriez pas. La révulsion est-elle donc un simple mot? Sur les articulations malades, nous aimons mieux mettre des vésicatoires que de sidérer la douleur. Rappelons-nous les enseignements sur la goutte des extrémités; ils sont peut-être encore applicables au rhumatisme articulaire aigu.
Le sulfate de quinine à haute dose agit puissamment, mais nous avons vu la mort survenir subitement dix-sept heures après une dernière dose de 3 grammes. On invoquera les dix-sept heures écoulées depuis l’administration du médicament. Pour nous, notre conscience ne serait pas tranquille. Ne trouvons pas trop facilement des excuses.
Un mémoire a été publié dans les Archives de médecine pour février 1879, sur l’examen des urines chez les rhumatisants traités par le salicylate. Les observations sont un peu incomplètes; on n’en cite que quelques-unes; toutes se ressemblent, dit-on; nous ne le croyons pas; nous retenons ce fait, que la maladie n’est pas abrégée. On inscrit partout : rien au cœur ni aux poumons. Nous savons quelle difficulté on éprouve à séparer les souffles sanguins
des souffles organiques. Sans doule le cœur n’est pas toujours touché; mais il l’est quelquefois.
Nous avons étudié avec soin la question du traitement dans le rhumatisme articulaire aigu On a attaqué les saignées. Si on les sacrifie, nous ne laisserons passer qu’à bon escient les autres moyens de traitement qui ne nous paraissent pas meilleurs. Les faits sont très-divers très-compliqués. Les études thérapeutiques sont très-délicates , très-difficiles. Quand nous sommes en face des observations, que d’hésitations! Quelle part faire à la marche naturelle de la maladie, quelle part à la médication?. Avons nous bien tout vu? N’y a-t-il pas quelque lésion organique en voie d’élaboration au moment où nous proclamons la guérison? Notre intervention restera-t-élle utile? Un accident arrive; toujours nous en trouvons l’explication en dehors de nous. Où commence la maladie? où finit-elle? Si nous proposions un remède nous chercherions ses inconvénients avant de proclamer ses avantages. Affaire d’idiosyncrasie !
M. Géry : J’ai employé aux mêmes doses, et dans les mêmes conditions que vous, le salicylate de soude, et, comme vous, j’ai eu des succès et des revers. Frappé de la persistance de ces derniers, chez certains malades qui me semblaient être dans les meilleures conditions pour se bien trouver du traitement, j’ai cru devoir attribuer l’insuccès à la préparation plus ou moins mauvaise du médicament, et, après des- essais comparatifs, je suis convaincu qu’il faut attacher une grande importance à la manière dont le salicylate est préparé, et que toutes les pharmacies ne le livrent pas suffisamment pur. Je me trouvais dernièrement en consultation avec mon excellent confrère et ami le docteur Millard, qui me disait qu’avec une préparation toujours la même, celle de Clin, par exemple, il n’avait eu qu’à se louer de l’emploi du salicylate de soude. — Je suis donc extrêmement de votre avis, et je pense que le salicylate bien manié, à doses modérées, et d’une provenance sûre , j’insiste sur ce point, peut rendre des services. — Je ne crois pas qu’il faille l’administrer à doses trop massives, à cause de ses effets consécutifs; je me rappelle, en effet, qu’un très-haut personnage, qui l’avait pris à doses très-élevées au début de la médication, 15 grammes par jour, je crois, pendant quelques jours, et à doses décroissantes ensuite, quoique fortes encore, me disait qu’il avait été complètement annihilé après ce traitement, et, comme je lui faisais observer qu’il lui avait dû, malgré tout, de quitter le lit de douleurs où il était cloué depuis , des mois , il me répondait que c’était vrai, mais qu’il en était sorti tout autre : il était resté un peu sourd, la tête lourde, la mémoire affaiblie, et il n’avait pas encore retrouvé, me disait-il, l’entrain et la vigueur physique et morale qu’il avait auparavant.
Quant à moi personnellement, j’ai pris, en effet, le salicylate; je n’ai jamais dépassé la dose de à à 5 grammes par jour, et pendant quelques jours seulement; je ne m’en suis trouvé ni mieux ni pire. Je n’ai constaté, comme faits physiologiques, que quelques bourdonnements d’oreilles. Mais je suis un mauvais sujet pour l’expérimentation des médicaments ; je suis pris brusquement d’attaques très-douloureuses de rhumatisme goutteux occupant surtout les articulations du pied, du métatarse, et les articulations du poignet et du métacarpe; mais, au bout de huit à. douze heures, l’élément douleur a presque disparu, laissant à sa place la lourdeur et l’impossibilité de se servir du membre malade pendant vingt-quatre ou trente-six heures, puis tout rentre dans l’ordre, et je ne me ressens plus de rien.
Je me résume : Employer le salicylate, mais à doses modérées; faire grande attention à sa pureté; étudier ses effets consécutifs.
M. Perrin : Je partage complètement la plupart des réflexions émises tout à l’heure par M. Charrier sur la valeur thérapeutique du salicylate de soude dans le traitement du rhumatisme. Ce sel n’aurait-il d’ailleurs d’autre avantage que de combattre avec un prompt et réel succès l’élément parfois si atrocement douloureux de la maladie, qu’il y aurait indication d’y recourir sans hésitation.
Quant à prolonger l’emploi du remède beaucoup plus qu’on ne le fait habituellement, dans le but, assure-t-il, de prévenir le retour de nouvelles poussées rhumatismales, il ne dépend pas toujours du praticien de remplir cette indication. Trop souvent, la répugnance de l’estomac pour la continuation du médicament, les accidents dyspeptiques, et surtout les troubles nerveux que bon nombre de malades ne tardent pas à accuser, s’y opposent absolument.
M. Antonin Martin demande à M. Duroziez s’il n’est pas injuste d’attribuer les intermittences du pouls à l’action du salicylate de soude, alors que l’intermittence pourrait être rattachée plus souvent à des lésions cardiaques, si fréquentes dans le rhumatisme.
M. Ant. Martin a eu occasion d’observer un cas où les intermittences ont été constatées avant l’emploi du salicylate.
M. Duroziez : Puisque les intermittences existaient avant l’administration du salicylate,
nous ne pouvons les attribuer au médicament. Le problème est plus complexe que plus haut. Nous n’avons pas à insister.
Il n’est pas étonnant que le salicylate dérègle le pouls, quand la digitale, chargée de le régulariser, le dérègle si souvent, administrée à dose trop forte ou trop longtemps.
M. Anlonin Martin : Mon très-honoré collègue, M. Duroziez, étant très-compétent en cardiopathie, je désire savoir si, à son avis, une lésion rhumatismale du cœur ou des gros vaisseaux doit être considérée comme une contre-indication de l’emploi du salicylate de soude.
Quant à moi, cela ne fait aucun doute. D’abord, parce que l’action du salicylate sur le cœur n’a pas encore été suffisamment étudiée; parce que, si les lésions du cœur entraînent souvent des morts rapides dans le rhumatisme, le salicylate ayant été accusé, à juste litre, d’avoir également produit une terminaison rapidement mortelle, on doit craindre de surajouter par son emploi, alors qu’il existe des lésions cardiaques, une chance de mort foudroyante à celle qui déjà menace le malade.
On doit être très-prudent, surtout dans la clientèle civile, en raison de la tendance de l’entourage du malade à attribuer lès accidents fâcheux à la médication employée, plutôt qu’à des complications dont la famille ne saurait comprendre la gravité.
Je me rappelle, à ce sujet, deux cas de mort rapide après l’emploi du salicylate ;
Le premier, chez un malade de h 6 ans, atteint de catarrhe bronchique, avec insuffisance aortique.
Cet homme, atteint de rhumatisme articulaire aigu des genoux et des articulations tibiotarsiennes, avait pris trois doses de 6 grammes de salicylate en trois jours, et s’était senti brusquement débarrassé de toute souffrance. Il avait seulement un peu d’oppression le soir même. Quand, à deux heures du matin, on vint m’appeler, il avait un délire très-intense, et le râle trachéal ne laissait plus de doute sur une issue funeste, survenue vers cinq heures du matin.
L’autre observation de mort rapide est celle-ci :
Une dame de 38 ans, atteinte de lésion (rétrécissement ?) de l’orifice aortique, avec hypertrophie du cœur, fut atteinte, dans la dernière quinzaine de décembre 1878, de douleurs aiguës, avec gonflement intense aux genoux et aux cous-de-pied. Je prescrivis le sulfate de quinine associé au colchique; mais l’amélioration se soutenant peu, j’en vins au salicylate, qui produisit une amélioration plus prononcée. Je ne dépassai pas la dose de lx grammes par jour, en raison de la concomitance de la lésion vasculaire; craignant quelque accident subitement grave, je n’osai même pas continuer le salicylate une fois l’amélioration survenue. Je revins au sulfate de quinine associé au colchique et à la jusquiame; la guérison survint (peut-être sans que les médicaments en aient eu l’honneur) vers le 8 janvier 1879.
Jusqu’au 28 janvier, la malade ne prit qu’un peu de sirop de digitale, que je ne lui avais pas conseillé; mais, en revanche, elle ne mit pas au-dessus du sein gauche un vésicatoire que j’avais prescrit, parce qu’elle se sentait très-bien.
Le 29 janvier, à neuf heures du soir, on vint m’appeler en toute hâte pour un accès d’orthopnée effrayant, avec battements du cœur tumultueux, pouls petit, presque impossible à compter ; il existait un peu d’œdème des pieds, des jambes et des mains.
Malgré de larges vésicatoires appliqués à la région précordiale et des sinapismes sur les articulations précédemment phlogosées, la malade expirait le 30 janvier, à huit heures du matin.
Je vous demanderai maintenant, Messieurs, un renseignement. Quelle est la nature des dépôts noirâtres et de ces énormes flocons que le perchlorure de fer fait apparaître dans l’urine des rhumatisants soumis au salicylate de soude ?
M. Boulodmié : Les dépôts urinaires, au sujet desquels M. Antonin Martin demande à être renseigné, sont de plusieurs sortes :
1° Ceux qui se forment spontanément sont dus à un excès de proportion des urates ; ils disparaissent par la chaleur.
2“ Ceux qui se forment par la chaleur et disparaissent par adjonction d’acide sont dus à des phosphates.
Ces deux sortes de dépôt se trouvent le plus souvent dans les urines des malades qui prennent du salicylate, médicament très-désassimilateur.
3° Ceux qui se forment par adjonction de perchlorure de fer sont dus aux phosphates qu1' forment avec le fer un phosphaté gélatineux.
Ma communication avait pour objet les applications du salicylate au traitement de la goutte, et je n’ai parlé du rhumatisme que pour dire combien je l’avais vu heureusement traité par le salicylate. Je suis donc, à ce point de vue, aussi partisan que mes collègues du traitement du rhumatisme par le salicylate, et je suis disposé à croire que si les rhumatismes
sont aujourd’hui traités par le salicylate en proportion infiniment plus forte que les goutteux c’est parce que la médication salicylée a bien mieux réussi dans le rhumatisme que dans la goutte, et cela parce qu’il existe dans la goutte beaucoup de contre-indications à son emploi qui n’existent pas dans le rhumatisme, notamment du côté des voies urinaires.
Une contre-indication que je n’ai pas citée, et qui pourtant me paraît réelle, résiderait dans l’existence antérieure d’une glycosurie; en effet, le docteur Pye Smith a constaté, dans 16 cas sur 18 de rhumatisme, traités par le salicylate à Guy’s Hospital, la présence du sucre dans les urines, et le malade dont j’ai parlé, qui est mort si rapidement pendant le cours d’un accès de goutte, au dixième jour du traitement par le salicylate, est mort comme meurent seulement les diabétiques. Etait-il réellement diabétique? Je l’ignore, mais la manière dont la mort est survenue, mort en quelques heures dans un état demi-comateux, après apparition rapide d’eschare spontanée, me le fait penser.
Au point de vue du rhumatisme dit rhumatisme goutteux, les observations rapportées par MM. de Beauvais et Charrier présentent, en ce qui concerne l’effet thérapeutique obtenu, la plus grande analogie avec celle que j’ai signalée : effet très-favorable du salicylate contre les paroxysmes et contre l’état douloureux ; effet à peu près nul sur la lésion articulaire et révolution ultérieure de la maladie.
M. Forget : Si je prends la parole dans cette discussion qui semble épuisée, ce n’est pas avec l’intention de ranimer un débat qui a mis en présence les observations et les divers résultats de la pratique de mes collègues. Je me propose seulement de retenir votre attention sur deux points, importants suivant moi, de la thérapeutique actuellement en litige, qui n’ont été qu’incidemment indiqués, l’un par M. Duroziez et l’autre par M. Géry.
Le premier se rapporte à un cas dans lequel la mort n’a pu être attribuée qu’à l’action du salicylate de soude. Cette mort du malade constitue-t-elle une unique exception? En admettant qu’il en soit ainsi, et à cet égard je me permettrai d’interroger mes collègues qui ont pris part à la discussion, cette exception n’en témoignerait pas moins puissamment contré l’innocuité de la médication nouvelle.
Est-il vrai, et, à ce sujet, je m’abstiens d’intervenir personnellement, que d’autres faits ont révélé les effets nuisibles de cette médication? On peut le croire à priori ; car elle agit sur l’organisme de la même manière que tous les anesthésiques, dont l’action perturbatrice du système nerveux ne peut être prévue et mesurée à l’avance ni dans son intensité, ni dans sa durée.
S’il est prouvé que le’malade soumis à l’administration du salicylate de soude s’expose à un accident primitif de la médication tel que celui qui précède, on est en droit d’exiger de celle-ci, pour compenser cet accident possible, une certitude absolue de son action curative ; or, cette certitude n’existe pas, loin de là, c’est ce qu’ont prouvé nos collègues qui, dans le cours de la discussion, ont démontré que, sauf la douleur atténuée dans le rhumatisme, celui-ci suivait sa phase ordinaire sans que sa durée en fût abrégée dans la plupart des cas. Gela étant, je demande si une pareille médication, qui implique une menace de mort, est fondée dans sa prétention à vouloir se substituer aux diverses autres méthodes curatives dont l’expérience a depuis longtemps permis d’apprécier l’efficacité, de mesurer la puissance et de pré-voir ainsi les inconvénients.
Le second point, mis en lumière par M. Géry, a trait aux effets non plus primitifs mais consécutifs de la médication au salicylate. Vous l’avez entendu vous citer l’observation de l’un de ses clients, homme fort, vigoureux, d’une solide santé, avant qu’il n’ait été traité par cet agent thérapeutique, et qui depuis sa guérison, et longtemps après qu’elle s’est effectuée, ne peut recouvrer ses forces et accuse une débilité physique et une impuissance d’agir qui le tourmentent beaucoup.
Est-ce là un fait individuel? Est-ce un résultat inhérent à la médication? C’est l’observation clinique qui devra nous l’apprendre. Aussi suis-je désireux de savoir si nos collègues ont noté un accident consécutif analogue sur les malades qu’ils ont traités.
M. Boüloumié : Je répondrai à M. Forget que mes observations concordent absolument avec les siennes; que j’ai connaissance de cas de mort imputables au salicylate; que l’intensité et l’acuité des accès diminuent souvent par le salicylate, mais qu’après son emploi, il reste souvent une sorte d’état de mal local et général; que le rétablissement est moins prompt et moins franc que dans l’accès livré à lui-même, ou traité seulement à son déclin.
M. ue Ranse : Les Allemands ont expérimenté l’acide salicylique et le salicylate de soude plus de deux ans avant que M. Sée n’ait introduit et généralisé en grand l’usage de ces médicaments. ils ont publié à ce sujet d’importants travaux dont M. Ricklin a fait une intéressante analyse dans la Gazette médicale (année 1877). Ils ont noté, et ceci répond à la question de M. Forget, des accidents graves et des cas de mort imputables à l’action de l’acide salicy-
lique ou du salïcylate de soude. Il est vrai de dire qu’ils employaient ces médicaments à des doses supérieures à celles qui sont usitées en France; certains d’entre eux n’ont pas craint d’atteindre et même de dépasser la dose de 10, 12, 15, 20 grammes par jour. Leur pratique s’est sans doute modifiée à cet égard. Chez nous, la dose maxima, de 10 grammes par jour, est rarement dépassée; aussi les accidents graves sont-ils peu fréquents.
j’ai observé à Néris bon nombre de malades, atteints de rhumatisme noueux, qui avaient pris du salicylate de soude. J’ai constaté, comme M. Bouloumié, que ce médicament peut calmer les exacerbations qui tourmentent parfois ces malades, mais qu’il est sans action sur la marche habituelle de la maladie.
M. Charrier : Maintenant, Messieurs, MM. Forget, Bouloumié, de Ranse, Duroziez, parlent des effets tardifs et consécutifs du salicylate de soude, et attribuent à son emploi une anémie profonde, des troubles cardiaques, des intermitlences du pouls, des vertiges ; mais ne sait-on pas que les goutteux, en dehors de toute médication, présentent ces phénomènes morbides?
Est-ce que les alcalins, tels que le bicarbonate de soude, de lithine, le colchique, par l’usage trop longtemps prolongé, ne causent pas des troubles dans la santé générale? Est-ce à dire qu’il faut les proscrire? Non; il faut savoir faire la part du bien et du mal, ne pas s’enthousiasmer outre mesure du salicylate de soude, pas plus que le proscrire sans appel ; mais la principale précaution dont il ne faut pas se départir, c’est, avant de donner le salicylate de soude, de s’assurer de l’état des reins.
M. Ant. Martin ; J’ai constaté chez une de mes malades, rhumatisante au plus haut degré (VTe M...), des accidents primitifs : céphalalgie, délire, surdité, hébétude, bourdonnements d’oreilles, coïncidant avec une amélioration et une guérison rapide en huit jours, sous l’influence de cinq doses de 6 grammes de salicylate ; accidents tellement désagréables, que la malade s’est bien promis de ne jamais recourir à ce médicament. Néanmoins, les accidents consécutifs ne se sont pas montrés. Bien au contraire, la malade, qui, les autres années, après des accès suraigus, restait longtemps en proie à des vertiges, à des accidents de rhumatisme viscéral, épigastralgie, palpitations, douleurs des parois abdominales, intestinales, utérines, s’en est bien moins ressentie après l’usage du salicylate. L’appétit a été plus tôt meilleur et l’anémie peu prononcée; ce qui s’expliquerait par la moins longue durée du rhumatisme et de la diète, auxquels la malade était ordinairement condamnée.
M. Delefosse a suivi la discussion avec le plus grand intérêt; il tient à insister encore une fois sur le rôle prépondérant que joue la fonction rénale, si bien signalé par M. Reliquet, quand il s’agit de l’administration du salicylate de soude.
Avant même que M. le professeur Sée ait publié ses travaux, MM. Caudmont et Delefosse ont cherché à utiliser l’acide sâlicylique dans la contracture rhumatismale du col de la vessie. Ils n’ont pas observé de succès ; si la contracture existait, sans coïncidence d’affection rénale, les malades, tout en éprouvant un dégoût prononcé pour le médicament, n’en étaient pas incommodés; si, au contraire, l’examen des urines avait indiqué l’existence d’une affection rénale, le médicament était mal supporté, et devait être vile abandonné. Nous avions donc déjà reconnu que, dans l’emploi de la médication salicylée, il faut veiller au fonctionnement normal des reins.
M. Bouloumié : Je n’admets pas une analogie aussi complète que M. Charrier entre l’action du bicarbonate de soude, pris comme type des alcalins, et le salicylate de soude. A l’action alcalisante, il faut ajouter l’action déprimante due à l’acide sâlicylique. C’est précisément même cette dernière action qui, maintenue dans de justes limites, produit des effets salutaires contre l’éréthisme nerveux, contre la douleur, et qui, poussée trop loin, produit des désordres comparables à ceux qui résultent de l’emploi exagéré du bromure de potassium, comme il est arrivé chez les ataxiques, par exemple.
M. Ant. Martin ; Les rhumatisants ont d’abondants dépôts dans leurs urines; comment reconnaître s’il y a une affection des reins ?
M. Reliquet : La présence dans les urines de débris épithéliaux des reins est souvent le seul signe réel de la congestion rénale. Il faut donc examiner les urines au microscope.
M. Sée a dit, dans son mémoire, que les reins devaient être intacts lorsqu’on administre le salicylate de soude. Pour cela, il faut que la fonction de miction soit complète. Lorsqu’il y a stagnation d’urine, avec envies fréquentes d'uriner, les efforts nécessités par chaque miction, et la nature des urines qui, dans le cas particulier, sont toujours fortement chargées de phosphates, par cela même beaucoup plus irritantes, constituent un ensemble de conditions trèsfavorables à la poussée congestive de la prostate et de la vessie. De là les hémorrhagies avec accumulation de caillots que j’ai observées dans la vessie.
M. Ant. Martin ; Si les reins sont appelés à éliminer une plus grande quantité d’acide
urique, d’urates, de phosphates, n’est-ce pas là une contre-indication à l’emploi du salicy late? Le médicament devrait trouver dans le rein une voie libre et facile d’élimination, taudis qu’au contraire celle-ci lui est pour ainsi dire- fermée par la quantité de sels à éliminer.
M. Gillebert Dhercoürt fils : S’il y a beaucoup de sels dans les urines, c’est au contraire une preuve que les reins sont très-perméables.
M. Perrin : Je crois devoir ajouter à ce que j’ai dit, il y a un instant, à l’actif du salicylate de soude, qu’il convient toutefois de faire les plus grandes réserves, s’il s’agit de l’administrer dans les formes chroniques du rhumatisme, et surtout de la goutte, formes dans lesquelles il existe le plus souvent des complications morbides, notamment du côté de l’appareil urinaire qui n’en autorisent l’emploi qu’avec une extrême prudence.
M. Blondeau : Personne ne conteste que le salicylate de soude puisse calmer et faire taire complètement les douleurs de la goutte et du rhumatisme.
Là n’est pas la question; elle est de savoir si cet avantage, inappréciable assurément pour le malade, satisfaisant pour le médecin désireux de soulager des souffrances, n’est point compensé par des inconvénients plus ou moins graves; s’il n’en est pas du salicylate de soude comme il en est du sulfate de quinine, des préparations alcalines, du colchique, de tous ces remèdes prétendus antigoutteux dont les maléfices ne sont plus à discuter.
La discussion soutenue dans notre Société confirme ce qu’un grand nombre de médecins signalent sur les dangers de la médication salicylique.
Aux faits rapportés par plusieurs de nos collègues à l’appui de cette opinion, je demande la permission d’en apporter, à mon tour, deux qui me sont personnels.
L’un a poui^ sujet un individu dont j’ai déjà eu l’occasion de vous entretenir, et qui, depuis longues années profondément goutteux, avait été pris, consécutivement à l’emploi de doses assez élevées de salicylate, — 16 grammes environ en moins de quarante-huit heures, — d’hémorrhagies nasales des plus sérieuses. Ce malade a vraisemblablement les artères athéromateuses comme elles le deviennent si souvent chez les goutteux ; je dis vraisemblablement, parce qu’il est bien difficile, sinon impossible de faire autre chose que de le conjecturer. Cet exemple est donc en rapport avec ce que nous a dit M. Bouloumié des contre-indications du salicylate chez les individus dont le système circulatoire est en mauvais état.
Mon second fait est celui d’un diabétique qui, s’étant administré de sa propre inspiration du salicylate à doses élevées, avait éprouvé à un haut degré les troubles cérébraux que détermine cet agent toxique, et, chose plus -grave, avait été pris d’accidents bien autrement redoutables, d’une gangrène du pied, à laquelle il avait succombé. Les défenseurs du salicylate verront sans doute, dans ce cas, une simple coïncidence ; ils objecteront que ces espèces de gangrènes, qui dépendent d’une artérite spontanée, fort commune chez les diabétiques, se produisent en dehors de toute intervention médicale, et que, dans l’espèce, le salicylate ne doit point être incriminé. Tel ne fut pas l’avis de mon ami le professeur Gubler, qui vit le malade; comme moi, il n’hésita pas à mettre en cause, dans la production de l’accident, la médication faite tout au moins d’une façon inopportune. Tel ne sera pas l’avis de M. le docteur Bouloumié, qui, en nous rappelant que les goutteux avaient souvent de la glycosurie plus ou moins passagère, se demandait si la possibilité de la production de cette glycosurie n’augmentait pas les contre-indications du salicylate dans la goutte.
Lorsqu’on réfléchit au mode d’action de cette substance, on s’explique ses inconvénients et ses dangers.
Ses propriétés analgésiques, — c’est à ce seul titre d’analgésique qu’il a les vertus qu’on lui accorde, car nous savons aussi qu’il n’a aucune influence salutaire sur la maladie ellemême, sur sa marche, sur sa durée, — ses propriétés analgésiques, le salicylate de soude les doit en elîet à son action directe sur le système nerveux dont il modifie probablement les éléments anatomiques pour un temps plus ou moins long, et plus ou moins profondément, et dans les fonctions duquel il apporte, par conséquent, une perturbation plus ou moins grande, plus ou moins durable. Que, dans un certain nombre de circonstances, cette perturbation se fasse au bénéfice de la santé ; dans d’autres, soit en raison d’une idiosyncrasie de toute l’économie, soit en raison d’un état organique d’un ou plusieurs systèmes, M. Reliquet vous a dit la nécessité d’une intégrité parfaite des appareils uropoiétiques ; M. Bouloumié, — je vous le rappelle encore, — vous a signalé les périls qu’entraîne un système circulatoire malade. cette perturbation peut avoir des conséquences plus ou moins funestes, plus ou moins immédiates.
Voila ce dont il importe d’être prévenu. En publiant les succès qu’ils ont obtenus avec le saicyate de soude, les médecins, ceux-là surtout auxquels leur situation donne une plus granae autorité, devraient avouer avec le même empressement les mécomptes qui ne leur ont certainement pas manqué plus qu’ils n’ont manqué à d’autres. Us devraient avoir toujours
présent à l’esprit ce sage précepte des médecins antiques : « Magno ingenio, multa que nihilominus habiluro, convenit etiam simplex veri erroris confessio, præcipuè in eo ministerio, quod ulililatis causà posteris traditur, ne qui decipiantur eadem ratione quô quis ante deceplus est. »
C’est alors surtout qu’il s’agit de ces médicaments nouveaux dont l’annonce à tant d’attrait pour les malheureux malades, et que les charlatans se hâtent d’exploiter, que les médecins, que les maîtres chargés officiellement de porter la parole en public, devraient mettre tant de prudence et de circonspection, d'autant plus qu’ils n’ignorent pas que leur dire va servir de texte aux réclames prompeuses de la quatrième page des journaux. Il en résulte que nous, aux prises avec la clientèle, nous avons grand’peine à nous défendre contre les malades qui nous demandent de leur prescrire ces remèdes dont ils ont appris les merveilleux résultats proclamés par des hommes occupant le premier rang dans la médecine.
— La séance est levée à cinq heures et demie.
Le secrétaire annuel, Dr Boucheron.
FORMULAIRE
Pansement des ulcérations du mamelon. — Bridges.
Lorsque le mamelon des nourrices présente des crevasses et des ulcérations, le docteur Bridges conseille de les saupoudrer avec du sous-nitrate de bismuth aussilôt après la tétée. On n’enlève point le bismuth avant de présenter le sein à l’enfant, et la crevasse guérit sous a couche pulvérulente qui la protège. — N. G.
Epliémérides médicales. — 31 Mai 1775.
L’empereur signe une ordonnance portant établissement, dans l’Autriche inférieure, de diverses Écoles pour l’ entretien des abeilles. Celte ordonnance prescrit, à ceux auxquels on confiera cette École, tout ce qu’ils doivent enseigner dans la pratique et dans la théorie de celle branche de l’agriculture. — A. Ch.
MORT DE M. PIORRY
Nous apprenons à l’instant la mort de M. Piorry. Son absence depuis deux mois des séances de l’Académie de médecine, auxquelles il était si exact, nous avait fait craindre que notre célèbre confrère fût empêché par la maladie. Nos craintes étaient fondées ; sa maladie était, en effet, son grand âge, 85 ans, et, comme notre cher et vénéré collègue M. Paul Jolly, décédé il y a quinze jours, M. Piorry est mort de la difficulté de vivre.
Le temps nous manque absolument pour rappeler les titres sérieux de M. Piorry à l’estime et au respect de notre confrérie. Ces titres l’avaient conduit à de hautes destinées : agrégé, professeur d’abord de pathologie interne, puis de clinique médicale, membre de l’Académie de médecine, médecin des hôpitaux, grand prix Montyon à l’Académie des sciences, officier de la Légion d’honneur, etc., M. Piorry avait obtenu toutes ces distinctions par des travaux nombreux, importants, parmi lesquels son Traité de la percussion médiate, ou du plessimétrisme, tient la première place.
C’est une figure très-originale qui disparaît de notre monde médical, et dont nous tâcherons prochainement de rappeler la physionomie et les services.
Les obsèques de M. Piorry auront lieu demain samedi, â midi précis, à l’église Saint- Philippe-du-Itoule.
On se réunira à la maison mortuaire, avenue de Wagram, n° 2ô.
Concours. — Le ministre de l’instruction publique et des beaux-arts,
Vu le règlement du 5 novembre 1877 relatif aux caisses dans les établissements d’enseignement supérieur ;
Vu l’arrêté du 28 juin 1878 ;
Vu l’avis du comité consultatif de l’enseignement public,
Arrête :
Art. l". — Le concours pour l’obtention de bourses dans les Facultés de médecine et les
L’UNION MËD1CALK.
Écoles supérieures de pharmacie, aura lieu, au siège de ces établissements, le lundi 7 juillet
Les sujets des épreuves seront adressés par le ministre aux doyens et directeurs, sous un pli qui sera remis au président du jury et décacheté par lui, en présence des concurrents, à l’ouverture de la séance du concours.
Art. 2. -*• Un étudiant ne peut être admis à concourir que s’il a obtenu la note bien au dernier examen de médecine ou de pharmacie subi par lui à l’époque réglementaire.
Art. 3. — Les candidats s’inscriront au secrétariat de la Faculté dans laquelle ils résident.
Lës registres d’inscriptions seront clos le samedi 28 juin, à quatre heures.
Fait à Paris, le 28 mai 1879.
Jules Ferry.
Libéralité. — Le professeur Gubler a légué à la bibliothèque des internes de l’hôpital Beaujon près de 600 volumes et son portrait.
Les Facultés catholiques. — A la veille du moment où va venir en discussion devant la Chambre le projet de loi Ferry sur l’enseignement supérieur, il est intéressant de faire connaître le nombre des élèves des diverses Facultés catholiques de France, d’après la statistique qui v^ent d’êlre dressée par ordre du ministre de l’instruction publique.
U y a actuellement en France 1 4 Facultés catholiques, réparties dans les cinq villes de Paris, Lyon, Angers, Lille et Toulouse. Ces 14 Facultés comprennent 5 Facultés de droit, 4 des sciences* 4 des lettres et une de médecine et de pharmacie.
Voici le nombre d’élèves relevé dans chacune d’elles pour le dernier exercice scolaire : Facultés de droit : Paris, 260 élèves; Angers, 117; Lyon, 106; Lille, 62; Toulouse, 52. Total, 687 élèves. — Facultés des lettres : Lyon, 88 élèves; Lille, 48 ; Paris, 37; Angers, 16. Total, 189 élèves. — Facultés des sciences : Paris, 28 élèves; Lille, 18; Angers, 16; Lyon, 8. Total, 70 élèves. — Faculté de médecine et de pharmacie : Lille, 90 élèves. On voit que les Facultés catholiques réunissent en tout, après trois années d’exercice, 936 élèves. Si l’on additionne, pour chaque ville, le nombre total des élèves des diverses Facultés qui existent, on trouve les chiffres suivants : Paris, 325 élèves; Lille, 208; Lyon, 202; Angers, 149; Toulouse, 52. Total, 936. — ( Progrès médical.)
Nécrologie. — Le docteur Narbonne a succombé, à Narbonne, sous le coup d’une hémorrhagie cérébrale. Ce regrettable confrère, à peine âgé de 55 ans, occupait à Narbonne une brillante position professionnelle due autant à son talent de chirurgien émérite qu’à son dévouement à ses malades.
Nommé interne des hôpitaux de Paris en 1846, il recevait, en 1848, une médaille de bronze en récompense de son dévouement auprès de ceux qui furent blessés dans les journées de juin 1848.
En 1850, il fut nommé médecin de l’hôpital civil et militaire de Narbonne, où il venait de s’établir. En 1854, son dévouement auprès des cholériques de l’arrondissement lui valut la médaille d’or. Nommé vaccinateur cantonal et membre du Conseil d’hygiène et de salubrité, en 1860, son zèle pour la propagation de la vaccine et un beau travail sur les épidémies locales furent récompensés par deux médailles d’argent. Enfin, en 1870, il était nommé membre de la Légion d’honneur.
Le docteur Narbonne comptait dans le Corps médical de Paris d’excellents amis que sa mort a douloureusement surpris. Le professeur Gosselin l’honorait de son amitié. M. Gendrin écrivait à son ancien élève une lettre toute affectueuse la veille même de sa mort. Enfin MM. les docteurs Empis, Lefebvre, Firmin, avaient conservé avec leur ancien camarade des relations amicales.
La perte du docteur Narbonne sera vivement sentie par ses nombreux malades et elle inspirera d’unanimes regrets .à tous les médecins dont il avait su gagner l’estime. Puisse cette certitude alléger la douleur d’une famille si péniblement éprouvée. (Revue médicale.)
Hôpital du Midi. — M. le docteur Horleloup, chirurgien de l’hôpital du Midi, commencera des conférences cliniques le dimanche 8 juin, à 9 heures du matin, et les continuera les dimanches suivants, à la même heure.
Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages.
Lé gérant, Richelot.
Pari» — Typographie Félix M\l teste et O, rue des Deux -Portes-Saint-Sauveur 22.
Mardi 3 Juin 1879
CLINIQUE MÉDICALE DE L’HOTEL-DIEU
DIAGNOSTIC ET PHYSIOLOGIE DE LA MÉNINGITE TLSERCULECSE
Par le professeur G. Sée.
Leçons recueillies par le docteur Hutinel, chef de clinique adjoint, et par le docteur Ferdinand Dreïfous, interne lauréat des hôpitaux , revues par le Professeur.