‹ L'Union médicaleChapitre 35 sur 176 · ET CHIFFRE DES DÉCÈS · texte numérisé non relu

ET CHIFFRE DES DÉCÈS

par série» de mois, et par trimestre.

4e trim. de 8 années] antér. réunies.

Cas jDécèslP.p.100

Cas iDécès P.p.100

(1) Les années 1870—1871 (années anomales) sont omises à dessein.

Vous savez, Messieurs, combien la Société médicale des hôpitaux a mis de ténacité à réclamer, par toutes les voies, le bénéfice de Y isolement pour tous les malades de nos hôpitaux atteints d’affections contagieuses, et notamment pour les malheureux enfants que les dures conditions de la vie obligent à venir chercher un asile à l’hôpital. Après de trop nombreuses années de lutte et de prédication, nous avons obtenu gain de cause sur le principe : l’administration actuelle, tenant à honneur de réparer les longues fautes des administrations d’une époque antérieure est enfin entrée dans la voie de l’exécution, et il ne s’agit plus de créer en entier, mais bien de développer, d’étendre et de perfectionner. Toutefois, nous devons ajouter que nous en somYnes à peine aux premiers éléments de l’exécution, et que les choses sont toujours loin de marcher au gré de nos désirs ; on n’a pas encore compris, dans notre pays, que la santé publique réclame, au même titre que l’instruction ou l’armement des citoyens, des sacrifices proportionnés aux besoins réels, et il reste beaucoup à faire dans cette voie.

Nous ne cesserons donc pas, dé sitôt malheureusement, notre prédication, et nous continuerons, d’autre part, à recueillir tous les documents qui sont de nature à éclairer cette question, d’ailleurs très-complexe et très-difficile de l’isolement des maladies contagieuses dans les hôpitaux. La Société, dans cet ordre d’idées, écoutera, j’en suis certain, avec un vif intérêt, la lecture de la communication suivante de notre éminent collègue, M. Bergeron.

Hôpital Sainte -Eugénie1. — M. Bergeron : « Je tiens, avant tout, à vous dire que notre pavillon d’isolement pour la diphthérie, a été ouvert le l'r janvier. Sa construction laisse à désirer, car il est à peu près impossible d’y entretenir une température égale et douce. Mais, enfin, on parviendra peut-être à améliorer la situation ; en tout cas, l’isolement existe et il est aussi complet que possible, car, à l’exception des internes et de la sœur de veille, aucune des personnes attachées au service du pavillon n’a de communication avec les malades des autres services.

Assurément, nous devons nous réjouir d’avoir enfin atteint le but que nous poursuivions depuis si longtemps, mais déjà de nouvelles difficultés se présentent et nous font comprendre mieux que jamais tout ce qui reste à faire encore pour arriver à une prophylaxie sérieuse. Jugez-en : Un enfant entre dans mes salles dans les derniers jours de décembre atteint d’une rougeole simple ; la maladie suit son cours régulier, et l’enfant est entré en convalescence franche, lorsque, vers le 8 janvier, il est pris de toux rauque ; le lendemain, on constate la présence d’une plaque diphthérique sur l’amygdale gauche. Que faire de cet enfant? le laisser dans la salle était impossible; mais, en le transportant au pavillon d’isolement ne risquait-on

pas d’exposer à la rougeole les enfants opérés ou non qui s’y trouvaient installés? Par bonheur, je pouvais disposer d’une salle que le transport des diphlhéries a rendue libre et que je destine à l’isolement des rougeoles; mais si déjà j’avais eu là quelques malades atteints de cette fièvre éruptive, pouvais-je les laisser en contact avec un croup? Autre fait : Un garçon est apporté mourant d’une scarlatine et d’une angine très-probablement diphthérique, que faire? Fallait-il le mettre aux scarlatineux ou au pavillon de la diphthérie? Provisoirement, je l’avais fait placer dans cette même salle où le croupeux avait rapidement succombé, et luimême n’a vécu que quelques heures, mais s’il eût pu résister à une double intoxication, et si j’avais eu d’autres malades dans ma petite salle de rechange, de quel côté aurais-je dû le diriger? J’avoue que mon embarras eût été grand.

De pareils faits ne vous rappellent-ils pas, comme à moi, et avec un même sentiment d’admiration, ce magnifique hôpital d’enfants que la munificence d’un prince d’Oldembourg a permis de construire à Saint-Pétersbourg, d’après les plans du docteur Rancbfuss, dont cet honorable confrère a exposé, au Congrès international d’hygiène, les dispositions ingénieuses et dans lequel se trouvent réunies toutes les conditions désirables d’une prophylaxie complète des maladies contagieuses de l’enfance? Ne pensez-vous pas aussi que c’eût, été faire une dépense utile que de reproduire le plan en relief de l’hôpital de Saint-Pétersbourg, en trois exemplaires, dont un destiné au cabinet du ministre de l’intérieur, un autre au cabinet du directeur de l’Assistance, et le troisième pour la salle des séances du Conseil municipal? Quel plaidoyer éloquent, je ne dis pas pour convaincre ministre, directeur ou Conseil, qui reconnaissent aussi bien que le Corps médical la nécessité de l’isolement, mais pour leur inspirer la volonté, et leur faire trouver les ressources nécessaires pour l’exécution de cette grande mesure d’hygiène publique !

Je vous ai parlé, tout à l’heure, d’un cas de diphthérie qui s’est développé dans une de mes salles communes, il y a huit ou dix jours, huit jours environ, par conséquent, après l’ouverture du pavillon d’isolement et après le départ du dernier diphthérique de ma salle d’isolement provisoire. Comment ce fait s’est-il produit? Doit-il être imputé à la communication établie entre mon malade et les diphlhériques par l’intermédiaire de l’interne ou d’une sœur de veille? Est-il, au contraire, un effet de l’endémie parisienne. dont les hôpitaux ne sont pas plus garantis que les autres maisons de la ville ? C’est ce que je ne saurais dire ; mais quelque explication qu’on puisse en donner, le fait méritait, ce rne semble, d’être signalé. »

Hôpital Sainte-Eugénie. — M. Cadet de Gassicourt : « Les cas de diphthérie ont été relativement peu nombreux : 16 en tout, sur lesquels 5 cas d 'angine, dont 3 ont guéri et 2 ont succombé; et 11 cas de croup, dont 1 a guéri sans opération, 2 opt guéri après opération, et 8 sont morts après opération. Il ne faut pas oublier qù’à Sainte-Eugénie, nous ne connaissons pas de contre-indications à la trachéotomie.

Quoique le résultat des opérations soit favorable, le petit nombre des faits ne permet pas d’établir une moyenne sérieuse. »

(La suite dans un prochain numéro.)

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 3 février 1879. — Présidence de M. Daübkée.

M. Van Tieghem lit un mémoire sur la fermentation de la cellulose.

M. de Lesseps fait hommage à l’Académie d’un volume qui renferme l’historique des travaux exécutés pour le percement du canal de Suez, et les correspondances avec les personnages diplomatiques ou avec les souverains étrangers échangées à ce sujet.

M. Decaisne met sous les yeux de ses collègues une série de dessins et de photographies représentant les effets du verglas sur les arbres de la forêt de Fontainebleau. Il donne le résultat des pesées qui ont été faites, soit des branches chargées de verglas, soit de ces mêmes branches après la fonte de la glace. Une branche pesait, par exemple, 660 grammes avec le verglas, et ne pesait que 50 grammes seule.

M. Vulpian, au nom de M\1. ch. Richet et Ant. Bréguet, présente un travail relatif à l’influence de la durée et de l’intensité sur l’impression lumineuse. Il résulte des expériences entreprises qu’il faut, pour la rétine comme pour les autres appareil sensoriaux, tenir compte d une certaine somme d’inertie initiale. Ainsi, les impressions lumineuses faibles ne sont perçues qu’à la condition de durer un certain temps. Une fois cette condition déterminée quant à la durée, si l’on diminue l’intensité de la lumière, l’impression n’est plus sentie.

M. Cosson rend compte d’un incendie qui s’est allumé spontanément dans son domicile, il y a deux jours, heureusement pendant la journée. Get incendie a été provoqué par le courant d’air chaud d’un calorifère frappant des lames de parquet à une température de 25° environ. Sous cette influence continue et prolongée, le bois s’est carbonisé, puis, un jour, s’est enflammé. Si cet effet se fût produit pendant la nuit, il eût pu en résulter un véritable sinistre. M. Cosson, en communiquant ce fait à l’Académie n’a pas la prétention de dire rien de neuf. Les savants connaissent depuis longtemps ces combustions spontanées. Mais il n’en est pas de même des constructeurs, et il est utile d’appeler leur attention sur ce sujet, parce qu’à l’aide de précautions très-simples, les accidents pourraient être évités.

M. Faye, à cette occasion, dit qu’il a vu le même effet se produire dans son domicile, à Passy.

M. Pasteur, que le mot spontané ne laisse jamais indifférent, se demande si, dans les cas dont on vient de parler, il n’y aurait pas formation préalable de sulfure de fer, sur les clous mêmes du parquet. On sait, dit-il, que le monosulfure de fer s’enflamme au contact de l’air (il s’enflamme même spontanément ), et c’est ainsi qu’on peut expliquer comment des meules de foin humides prennent souvent feu d’elles-mêmes. La fermentation développe certains produits sulfurés, et aussitôt qu’il existe un monosulfure alcalin, la combustion peut se déclarer au contact de l’air.

M. Dumas, mis eh demeure par MM. Casson et Pasteur de donner son avis à cet égard, répond qu’il n’est pas nécessaire d’aller chercher si loin l’explication de ce phénomène. Toutes les fois qûe de la matière à l’état d’extrême division est au contact de l’air, il se fait une oohdènsatiou de ce dernier, et des explosions ou des incendies Ont lieu. Ainsi, dans les poudrières, quand on pulvérisait le charbon seul, il arrivait souvent qu’il prenait feu, quand on ouvrait le récipient dans lequel la pulvérisation avait eu lieu, et que l’air venait en contact avec lui. C’est pour cette raison' qu’on a pris le parti maintenant de pulvériser ensemble le charbon et le soufre, ce dernier s’opposant à la concentration redoutable de Pair., 11 se passe quelque chose M’analogue dans les faits que signalent MM. Cosson et Faye. Sous l’influence d’une température élevée et. longtemps prolongée, le bois se déshydraté; il se transforme en une sorte de lignite ou de tourbe. Ce n’est plus que de la cellulose sans eau. Il conserve encore sa forme, mais, en réalité, ses molécules sont désagrégées, ce n’est plus que de la poussière de bois. Alors, au contact de l’air, il prend feu. Par le même motif, le danger le plus grand d’incendie pour les théâtres, réside dans la boîte où l’on jette les épluchures de lampes. Il y a là du charbon en poudre et une matière grasse, c’est-à-dire tout ce qu’il faut pour la combustion, sppntanée. M. Dumas se porte personnellement garant du fait que voici : Un artiste venait de frotter avec du coton une partie d’un tableau récemment peint à l’huile. Il jeta dans un coin la houppe .de coton iiuprégnée,, d’huile, dont il s’était servi, et à l’instant cette houppe prit feu. Toutes les conditions des combustions .spontanées se trouvaient réunies là, à savoir : matière très-divisée et condensation de l’air.

L’ordre du jour appelle l’élection d’un académicien libre en remplacement de M. Passy.

La commission avait présenté la liste suivante : En première ligne, M. Lalanne ; — en deuxième ligne, MM. Bertin et Gruuner.

Sur 66 votants, majorité 3A, M. Lalanne obtient M suffrages, M. Bertin 9, M, Gruuner 9, M. Bischoffsheim l\.

En conséquence, M. Léon Lalanne, inspecteur de lre classe des ponts et chaussées, directeur de l’École des ponts et chaussées, est élu académicien libre;

Rien n’étant plus à l’ordre du jour, l’Académie se forme en comité secret à quatre heures un quart. — M. L.

SOCIÉTÉ OE CHIRURGIE

Séance du 11 décembre 1878. —Présidence de M. Félix Guÿon.

M. Théophile Anger lit un rapport sur deux observations deM. le docteur Turgis (de Falaise). Dans la première, il s’agit d’une opération de résection du tibia, chez un malade atteint d’une double fracture des membres inférieurs ; l’opération a été couronnée de succès.

Le sujet de la seconde observation est un individu qui s’était introduit dans le rectum une tasse à chocolat; celle-ci s’était brisée dans les tentatives d’introduction faites par le malade. Ce ne fut qu’après quatre jours qu’il se décida à faire appeler M. Turgis. Les traits étalent altérés et la fièvre était ardente; l’anus donnait issue à un liquide sanieux. L’introduction des doigts entre la muqueuse et les fragments du corps étranger était impossible. M. Turgis passa, au moyen d’un trocart courbe, une chaîne d’écrafeeur, avec laquelle il sectionna la ligne ahopérinéale potérieuré ; ce n’est que grâce à cette rectotomie que les morceaux de la tasse

purent être extraits. Dès le lendemain, le malade accusait un mieux sensible, et, au bout de dix jours, l’écoulement fétide avait disparu. Aujourd’hui, la guérison est complète.

M. Verneuil fait remarquer que la rectotomie est une opération rare, qui a déjà donné un succès au docteur Raffy, en 1860. Elle permet d’éviter les délabrements qu’on s’expose à produire lorsqu’on veut extraire le corps étranger sans incision.

— M. Périer lit un rapport sur une opération d’ovariotomie pratiquée par M. Daubranbaroff (de Moscou) sur une femme de 35 ans, mère de deux enfants, atteinte d’un kyste de l’ovaire, dont la ponction avait fait sortir un liquide épais et filant.

L’examen attentif de la tumeur avait fait diagnostiquer à M. Daubranbaroff un kyste multiloculaire, avec adhérences pelviennes. L’ovariotomie fut pratiquée, vers la fin de 1877, suivant les errements de la méthode antiseptique, et avec un luxe de précautions poussé jusqu’à sa plus extrême limite, à tel point que l’opérateur et ses aides s’étaient fait faire des habits neufs pour cette circonstance.

Plusieurs petits kystes s’étaient rompus successivement. On essuya, chaque fois, le péritoine avec le plus grand soin. On plaça quinze ligatures phéniquées.

Tant de soins méritaient assurément d’être couronnés de succès, et ils le furent heureusement; la malade était complètement guérie au vingt-septième jour.

L’opérateur se servit, comme anesthésique, de chloro-méthyle, liquide qui passe pour moins susceptible que le chloroforme de provoquer des vomissements.

M. Lucas-Championnière ne croit pas que le chloro-méthyle possède les avantages que divers chirurgiens, entre autres M. Spencer-Wells, lui ont attribués. Plusieurs d’entre eux, après l’avoir employé, ont dû y renoncer.

— M. le docteur Pilate (d’Orléans) lit une observation intitulée : Tumeur de l'aisselle chez un enfant de 2 ans et demi ; kyste multiloculaire contenant des éléments cartilagineux. Ce travail est renvoyéà l’examen d’un e commission.

— M. Lannelongue met sous les yeux de ses collègues le moule en plâtre du rectum d’un enfant atteint de rétrécissement de ce conduit au niveau de l’ampoule, à 5 centimètres de l’anus. Il accompagne cette présentation de quelques considérations sur la pathogénie des rétrécissements du rectum.

M. Lannelongue fait remarquer combien est obscure la pathogénie de ces rétrécissements. Si, pour quelques-unes de ces coarctations, on peut trouver dans une cause spécifique ou dans un état organique de l’intestin l’origine évidente du rétrécissement, par contre, dans un très-grand nombre de cas, on reste dans l’incertitude, sans . données exactes sur cette origine. Aussi convient-il de mettre en lumière tous les faits qui mettent en évidence les points obscurs qui s’attachent à une aussi importante question.

Deux fois dans le cours d’une année M. Lannelongue a constaté l’influence d’une cause nouvelle et qui n’a rien de surprenant. Le rétrécissement a été consécutif à une chute du rectum. M. Lannelongue croit ces faits très-exceptionnels dans l’histoire des chutes du rectum, et que, par conséquent, le rétrécissement n’est nullement la suite obligée du prolapsus rectal. Il ne se produit qu’à la faveur de complications d’inflammation plastique ou ulcéreuse d’une certaine intensité. A ce titre, on voit combien il importe de ne pas laisser durer trop longtemps le prolapsus, dont les suites peuvent devenir aussi fâcheuses.

M. Desprès appelle l’attention sur les cas de rétrécissement congénital du rectum à l’union des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur. Dans ce genre de rétrécissement, il n’y a pas de cicatrice; il s’agit d’un arrêt de développement caractérisé par une soudure incomplète des deux bouts de l’intestin. Il n’est pas non plus prouvé que le rétrécissement soit à coup sûr la conséquence de la chute du rectum. N’est-ce pas, au contraire, cotte dernière qui a été déterminée par la constipation liée au rétrécisssement antérieur?

M. Lannelongue répond que, chez son malade, il existait une ulcération, des granulations, bref, toutes les apparences d’un travail cicatriciel.

M. Farabeuf fait observer que la soudure de la portion anale et de la portion rectale a lieu au-dessous de la prostate, et non pas aussi haut que M. Desprès semble le croire. Or, le rétrécissement du malade de M. Lannelongue siège à une hauteur de 5 centimètres, ce qu équivaut au moins à 10 centimètres chez l’adulte.

M. Trélat dit que la question des rétrécissements congénitaux du rectum est encore mal connue, bien qu’elle ait été étudiée par MM. Benoit et Bouisson (de Montpellier), Bérard et tout récemment par M. Reynier, interne des hôpitaux.

En général, ces vices de conformation sont observés chez des individus de 15 à 16 ans, qui présentent une valvule qui cède sous la pression du doigt. Quant à la hauteur du rétrécissement, elle peut varier, quoi qu’en aient dit les auteurs. Dans le développement du rectum, il peut se faire que ce soit la partie anale qui manque, ou bien le rectum s’arrête à une

certaine hauteur; les dernières portions du côlon, le côlon tout entier, peuvent même manquer.

M. Heurteloup met sous les yeux de ses collègues une -pince pour l’opération du phimosis. On sait que, dans le procédé ordinaire, après la section du prépuce sur la ligne médiane, il reste deux oreilles latérales très-disgracieuses, qu’on est obligé de réséquer à leur tour, ce qui occasionné les plus vives douleurs. Dans l’instrument de M. Horteloup, chaque oreille est prise entre une branche mâle et une branche femelle, ce qui permet de faire la section, au point voulu, d’un seul coup de bistouri. La plaie est ainsi beaucoup plus régulière et les souffrances du patient sont considérablement abrégées.

Dr A. Tartivel,

M. A. de l’établis, hydrothérapique de Bellevue.

La Peste en Russie

On lit dans le Journal officiel du 6 février 1879 :

« L’apparition d’une épidémie pestilentielle au sud-est de la Russie, dans le gouvernement d’Astrakan, a causé de vives apppréhensions en Allemagne et en Autriche-Hongrie. Une commission a été chargée de proposer les moyens de prévenir l’introduction de la maladie dans ces pays, et des mesures très-sévères ont été arrêtées à cet effet.

« De son côté le gouvernement russe annonce l’emploi des moyens les plus énergiques pour circonscrire le mal et l’éteindre dans ses foyers.

« En France, la question de propagation se présente avec une gravité beaucoup moindre. Contre les communications par voie de terre, nous sommes protégés par la barrière austroallemande et ce ne serait que dans le cas où la maladie atteindrait le littoral de la mer Noire ou de la Méditerranée que nous serions menacés par la voie maritime.

« Dans ce cas, que nos règlements sanitaires ont prévu, nos moyens de défense sont prêts à agir. Nos moyens d’action de ce côté nous donnent toutes les garanties possibles. La plus grande probabilité est que l’épidémie en question s’éteindra en Russie.

« Cependant le gouvernement de la République ne pouvait rester indifférent en présence du danger qui menace l’Europe orientale et, ne serait-ce que dans un intérêt scientifique, il compte s’associer aux études qui seront faites dans les localités infectées et aux efforts qui auront pour but d’éteindre la maladie. »

FORMULAIRE

Pommade contre le psoriasis. — Neumann.

Acide chrysophanique . 6 grammes.

Axonge . . 30 —

Mêlez. — On étale la pommade avec de la charpie, ou bien si la peau est infiltrée, on étend la pommade sur des bandes de toiles, qui sont ensuite appliquées sur la région malade. Après 3 ou A pansements, les éçailles ont disparu, et la peau sous-jacente est tout-à-fait blanche ; mais au bout de quelques jours, elle a repris son aspect pigmenté normal. Quand le psoriasis est accompagné d’une infiltration abondante, dix ou douze onctions sont nécessaires. — Pour l’herpès tonsurant et le pityriasis versicolor, trois onctions sont généralement suffisantes ; mais c’est encore contre le psoriasis que l’acide chrysophanique se montre le plus efficace. Malheureusement, la cure n’est pas radicale, et l’éruption peut repaître plus tard. — L’acide chrysophanique ne doit être appliqué sur la face qu’avec beaucoup de réserve, en raison des changements de couleur qu’il peut provoquer sur la peau et les cheveux. Il a en outre l’inconvénient de tacher le linge.

Le docteur Ogilvie Will réduit la proportion d’acide chrysophanique de 0 gr. 90 à 1 gr. 20 pour 30 grammes d’axonge, et il la trouve suffisamment active pour remplir toutes les indications. — N. G.

Éphémérides médicales. — 8 Février 1812.

Ratt meurt à Gènes, à l’âge de 68 ans, étant né à Gollingborn, sur le territoire de Wiltan, en Angleterre, le 10 juin 17 hh. Il avait été professeur de chimie et s’était fait connaître par la publication d’un grand nombre de mémoires latins, français et italiens, sur les diverses branches de l’art de guérir. •- A. Ch.

COURRIER

Nécrologie. — Quelle triste et renversante nouvelle nous recevons à l’instant, et sans

autre indication : , . . ... .

M. le professeur Chauffard est mort subitement hier, jeudi, dans la soirée.

FACULTÉ DE Médecine de Paris. — Par décret en date du 20 janvier 1879, M. Parrot, professeur d’histoire de la médecine à la faculté de médecine de Paris, a été transféré, sur sa demande, dans la chaire de clinique des maladies des enfants créée à ladite faculté.

ÉCOLE DE médecine de Clermont. - Le président de la République française, sur le rapport du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts ; vu le décret du 10 août 1877, vu la délibération en date du 31 décembre 1877, par laquelle le Conseil municipal de Clermont a pris l’engagement de subvenir à tout l’excédant des dépenses qu’entraînera l’application à l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Clermont du décret susvisé.

Décrète:

Art. FL — La chaire de pharmacie à l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Clermont prend le titre de chaire de pharmacie et matière médicale.

La chaire de pathologie externe prend le titre de chaire de pathologie externe et médecine opératoire. '.

La chaire d’histoire naturelle et matière médicale prend le titre de chaire d’histoire naturelle.

La chaire de chimie prend le titre de chaire de chimie et toxicologie.

Art. 2. — Il est créé à l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Clermont une chaire d’hygiène et thérapeutique.

Art. 3. — Le ministre de l’instruction publique des cultes et des beaux-arts est chargé de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 4 février 1879. Jules Grévy.

Par le président de la République :

Le ministre de C instruction publique , des cultes et des beaux-arts.

A. Bardoux.

Petite vérole. — On lit dans la Haute-Loire:

« La petite vérole qui sévissait depuis quelque temps sur plusieurs points du départ emeüt, et notamment dans le canton de Pradelles où elle continue à faire de nombreuses victimes, semble tout à l’heure s’acharner sur la ville du Puy.

« A l’école normale, 15 élèves-maîtres sur ùO à peu près étaient atteints du mal quand on a licencié l’École, il y a quelques jours.

« Quelques cas en ville, mais isolés.

« A Pradelles, comme nous venons de le dire, des victimes sont de plus èn plus nombreuses.

« La population, terrifiée, ne sait plus à quels * saints se vouer. On en est aux remèdes fantastiques qui n’ont rien de commun avec le Codex.

« On vient de trouver sous le chevet d une des dernières victimes, nous écrit notre correspondant, un gros crapaud renfermé dans un ppt de terre.

«Les parents, interrogés, répondirent, les larmes aux yeux». que c’était un remède infaillible pour enlever le venin de la maladie, mais que malheureusement ils l’avaient employé trop tard. »

Société de médecine légale. — Séance du lundi 10 février 1879, à 3 heures précises, au Palais de Justice (salle d’audiences de la 5° Chambre du Tribunal civil).

Ordre du jour : I. Élection dé deux membres1 titulaires. — Élection de six membres correspondants nationaux. — VOte sur la candidature de M. Girard de Cailleux, résidant à Zurich, à litre de. membre correspondant étranger. — IL Communication de la commission permanentes Rapport de M. Blanche sur un cas de validation de testament. — III. Communication de M. Motet sur un cas de tentative d’assassinat.

Etat sanitaire de la ville de Paris. — Population (recensement de 1876) : 1,988,806 habitants.— Pendant la semaine finissant le 30 janvier 1879, on a constaté 1,109 décès, savoir:

Variole, 8. — Rougeole, 15. — Scarlatine, 1. — Fièvre typhoïde, 21. — Érysipèle, 5. — Bronchite aiguë, 63. — Pneumonie, 75. — Dysenterie, 0. — Diarrhée cholériforme des enfants, Ix. — Angine couenneuse, 28, — Croup, 16. — Affections puerpérales, 6. —, Autres affections aiguès, 268. s- Affections chroniques, 517. — Affections chirurgicales, 57. — Causes accidentelles, 25. ,

L* gérant, Richelot.

Paris. — Tyooçranlne Félix Mamestb et Cfi,

des Deux -Portes-Saint-Sauveur, 22.

L’UNION MÉDICALE Mardi 11 Février 1879

Obsèques de M. le professeur Chauffard

— Voyons '.... c’est impossible, .1. vous vous trompez,... off on voüd a trompé....— Voilà comment, vendredi matin^ à la Faculté, on accueillait un jeune étudiant qui, à la sortie de la clinique de M. Gosselin, annonçait que M. Chauffard était mort! Ce n’était pourtant, hélas! que trop vrai. Jeudi, à cinq heures du soir, l’éminent professeur avait fait son cours comme à l’ordinaire. Tous ceux qui l’ont vu à ce moment déclarent qu*il paraissait absolument bien portant. Rentré chez lui, vers six heures et demie, il se mettait à table, allègre et dispos. A dix heures, il se couchait. Tout à coup, Mme Chauffard entend une toux insolite.. . Elle court à la chambre dé son mari... Ce dernier, la têtë penchée ett dehors du lit, rendait des cuvettes de sang... Qüèlqües minutes après il était mort... Il avait 55 ans !...

Ce fut, à la Faculté, plus que de la consternation} ce fut de la stupeur. Malgré dès divergences d’opinions philosophiques et doctrinales, M. Chauffard pouvait avoir parmi 'ses collègues de l’École des contradicteurs, mais aucun ennemi. Son affabilité, sôh aménité, la bonté dé son cœur, la facilité de Ses relations, ses merveilleux talents comme écrivain,' comme orateur et comme penseur, la vaillance avec laquelle il défendit toujours ce qui, pour lui, était la Vérité, lui avaient assuré la sympathie, le respeot de tous. Nous avons vu des. membres du Corps enseignant de notre École, et de ceux-là mêmes qui étaient loin de penser comme M. Chauffard, verser des ;larrnes à la renversante nouvelle de la catastrophe. C’était le plus bel hommage rendu à l’homme éminent que la Faculté vient de perdre d’une, manière si soudaine, si imprévue et si foudroyante. Le rôle de l’histoirë va commencer pour Marie-BauLÉmile Chauffard. Elle dira, après avoir étudié de sang-froid toute une existence' passée dans le travail et la méditation , s’ il' fut jüste, s’il fut bon , s’il Ait honnête qu’une jeunesse plus passionnée que raisonnante, plus turbulente qüe !sage, se Soit laissé entraîner a de bruyantes et déplorables manifestations qui ont dû ulcérer cette nature sensible, délicate et aimante. Il fut un homme bon, le vir probus des anciens. A ce. titre, seul il mériterait nos hommages, si les brillantes et imposantes qualités de son esprit et de son intelligence ne le recommandaient d’une manière toute spéciale à la postérité.

Les obsèques ; de Mù Chauüard ont eu lieu dimanche, à hiidi, au milieu d’un

FEUILLETON

Éloge de Itouiici1

; 1 1 , , î Lu à la Société de chirurgie-, dans la séance, annuelle du 22 janvier 1879',

Par M. de Saiijt-Germain , secrétaire général.

Messieurs,

11 est une branche de la chirurgie, aride entre toutes, souvent incertaine dans ses résultats, toujours longue dans ses effets, et qui, à cause de son peu de brillant, est délaissée par le plus grand nombre.

Je veux parler de l’orthopédie. En raison même de ses rapports nécessaires àVèc la construction des appareils, avec l’exécution de certaines manœuvres, de 'certains exercices, elle aurait une tendance fâcheuse à tomber aux mains des cûrsetiers, dés masseurs et des gymnastes, s’il ne surgissait de temps à autre des hommes qui par leur haute situation scientifique, leur amour ardent de la vérité, ne relevaient son niveau et ne lui conservaient le prestige qui lui est dû.

Au premier rang de ces hommes brille Bouvier, dont j’ai aujourd’hui l’insigne honneur de lire devant vous l’éloge.

Non content de travailler jusqu'à son dernier jour, d’établir sur les recherches les plus patientes et les plus minutieuses, les bases d’un monument impérissable, il voulut que la forme fût digne du fond. Linguiste érudit, il s’attacha à toujours écrire purement, et on Tome XXVII. — Troisième série. 18

grand concours, qu’on ne peut pas évaluer à moins de quatie mille personnes, appartenant à toutes les classes de la société. C est assez dire les nombreuses et variées amitiés qu’il avait su se créer. Nous avons remarqué dans 1 assistance le noble duc de Broglie, MM. Laboulaye, Du Mesnil, Alexandre Dumas, Sauzet, Jourdain, etc., etc. La Faculté de médecine était à peu près au complet, soit par ses professeurs, soit par ses agrégés. Tous avaient voulu dire le dernier adieu au professeur de pathologie générale. Au reste, à part les pompes religieuses, qui furent dignes de celui que la grâce avait pénétré, et qui, plus heureux que d’autres, avait une foi inaltérable en une vie meilleure; à part aussi une splendide couronne de violettes et de lilas blanc, qui était posée sur le cercueil, le service fut des plus simples. La robe, la toque du professeur, voilà les seuls insignes qu’on apercevait. Absence de la croix d'officier de la Légion d’honneur; absence, pareillement, de tout accompagnement militaire ; char funèbre de troisième classe ; tentures de la maison mortuaire fort simples. Celles de l’église Sainte-Clotilde, au contraire, magnifiques. La terre remplacée par le ciel!

Quatre discours ont été prononcés sur le bord de la tombe : le premier, par M. le professeur Potain, au nom de la Faculté de médecine; le second, par M. Henri Roger, représentant l’Académie de médecine ; le troisième, par M. Hervieux, au nom de la Société médicale des hôpitaux; le quatrième, enfin, par M. Hérard, parlant au nom de l’Association générale.

Nous ne pouvons aujourd’hui, l’espace nous manquant, que reproduire le discours de M. le professeur Potain, dit avec une émotion mal comprimée.

A. Ch.

Messieurs,

Il y a bien peu de jours, réunis au bord de la tombe d’un collègue regretté, nous écoutions, attentifs, un des plus beaux éloges dont nous ayons souvenir. L’écho de ces paroles magnifiques est à peine éteint ; à nos oreilles retentissent encore leur sonorité puissante et leur vibrante éloquence ; et celui-là même qui les prononçait, nous venons le pleurer à son tour. Cette voix, qui nous avait si profondément touchés en 'retraçant dans un admirable langage l’existence d’un ami, nous ne devons plus l’entendre désormais. Une mort foudroyante, d’autant plus cruelle pour tous qu’elle était moins prévue, a ravi notre collègue à nos félicitations, dans le moment même où nous étions plus que jamais heureux de rendre hommage à ses merveilleux talents.

A le voir toujours vaillant, toujours actif et laborieux, toujours prêt à dispenser l’enseigne-

peut dire de lui, qu’à l’exemple de Chomel, de Denonvilliers, de Bérard, de Cruveilher, il fut l’un des représentants les plus brillants de la littérature appliquée à la médecine et à la chirurgie.

C’est à ce double titre, Messieurs, que Bouvier a occupé durant sa vie le poste éminent qui le recommandait à l’estime, au respect de ses contemporains ; c’est à ce double titre qu’il vivra dans l’histoire de la science, et que nous pouvons le revendiquer comme un des plus beaux fleurons de notre Compagnie.

Né à Paris en 1799, il débuta dans la carrière par de rares succès scolaires et fut bientôt nommé préparateur d’anatomie, puis répétiteur au cours du célèbre Béclard qui lui avait voué une estime toute particulière, et qui l’associa plus tard à ses travaux.

Lauréat de l’École pratique, à 19 ans, il était l’année suivante nommé interne des hôpitaux, et deux ans après aide d’anatomie.

Bientôt après il ouvrait des cours publics d’anatomie et de physiologie.

En 182â, Bouvier fut nommé agrégé à la Faculté. A peine était-il entré en fonctions qu’une cruelle ophthalmie le força de suspendre son enseignement.

Un malheur irréparable vint le frapper au même moment. U perdit Béclard, son ami, son protecteur, son second père. Sa douleur fut immense ; et nous avons sous les yeux une pièce de vers qu’il écrivit alors, élégie dont les vers, pour se ressentir de l’afféterie uu peu prétentieuse de l’époque, n en respirent pas moins un sentiment profond. Vous pourrez en juger par ces deux strophes : J ° 1

Us sont donc prononcés ces éternels adieux !

Il nous quitte, il nous laisse, et pour un long voyage

II est parti sans nous; et quel départ, grand* Dieux!

ment ou à défendre avec une égale ardeur, et de sa parole et de sa plume, les doctrines qu’il jugeait les bonnes, qui donc eût pu croire que ses jours étaient comptés? Hier, presque, il était au milieu de nous, prenant part à nos discussions avec l’animation et l’affabilité qui lui étaient ordinaires. Rien, ce jour-là, n’avait été changé à ses habitudes. Et le soir, comme il allait dormir, .quelque vaisseau rompu, répandant tout à coup un flot de sang dans sa poitrine, produit une suffocation si soudaine, que tout secours est impuissant, presque aussitôt inutile, et que la vie s’éteint en quelques instants, sans secousse et sans agonie.

Quelle terrible surprise, Messieurs, quel deuil universel! Combien l’annonce de ce cruel événement, qui plonge dans une inconsolable douleur une famille honorée, n’a-t-elle pas de retentissement dans toutes nos âmes ! On s’interroge avec angoisse, personne ne veut croire l’affreuse nouvelle, et l’accent de douloureux étonnement qu’elle arrache à chacun témoigne, mieux que toutes les paroles, de la haute estime, de l’affection véritable dont le nom de notre collègue était partout accompagné.

Et maintenant, comment pourrais-je louer dignement celui qui louait si magnifiquemeut les autres? Y faudrait- il même penser, si les regrets dont j’apporte ici l’expression au nom de la Faculté n’étaient si vifs, si profondément empreints dans les cœurs, si universellement ressentis, que c’est presque les atténuer que de les dire; si j’avais autre chose à faire pour évoquer une grande et belle mémoire que de vous prier seulement de vous souvenir.

Car ç’a été une carrière scientifique singulièrement active et remplie que celle d’Émile Chauffard; depuis le jour où, bien jeune encore, il abordait avec succès le concours de l’internat, jusqu’à celui où, chargé du plus haut enseignement qui se fasse dans nos Écoles, membre influent de notre Académie, investi des plus importantes fonctions dans l’ordre administratif, et trouvant pour ses travaux littéraires un accueil empressé auprès de tous les lecteurs, comme dans les recueils les plus répandus et les plus jaloux, il pouvait di spenser sa doctrine médicale du haut de la chaire et de la tribune, défendre s es pensées philosophiques avec toutes les habiletés de sa plume et travailler avec une autorité sans pareille à la réorganisation de l’enseignement médical en France.

Dès son internat, en 1842, il se faisait distinguer entre ses col lègues, non-seulement par la façon brillante dont il savait concourir, mais aussi par la hauteur des idées philosophiques auxquelles il s’attachait déjà. Élève de l’École de Paris, il avait apporté sur ses bancs un esprit tout préparé à l’étude des grands problèmes médicaux, par l’hérédité peut-être, par l’exemple paternel en tout cas. Il était venu d’Avignon avec l’ardeur méridionale, avec l’impatience des questions étroites et des études circonscrites. Son imagination active et puissante avait besoin d’espace pour se mouvoir. Il ne pouvait lui suffire de suivre dans les maladies la filiation intéressante des symptômes et de trouver à l’amphithéâtre leur raison anatomique. Son esprit, tout de suite, voulait aller à la cause; non pas à la plus prochaine, mais à la cause première, à la cause supérieure, à celle qui doit régir et dominer toutes les autres. Alors il se trouvait transporté dans les hautes régions de la métaphysique, où la puissante

Par l’espoir du retour nous armant de courage,

En vain nous l’attendons ; nos cœurs seront déçus,

Il n’est plus !

Béclard, ô mon ami, mon maître, mon appui!

Je te vis et soudain a cessé ma misère ;

Et tant que tu vécus, pour moi l’espoir a lui.

Ainsi qu’un tendre agneau séparé de sa mère,

Je te demande, errant aux lieux où je naquis.

Las, ton fils !

Profondément découragé, il ne savait quelle voie suivre lorsqu’on lui conseilla de* s’occuper d’orthopédie.

Malgré les travaux importants de Mellet et de Divernois, cette branche de la chirurgie se trouvait alors livrée à quelques spécialistes sans valeur. On lit comprendre à Bouvier la situation que lui vaudraient ses travaux antérieurs. U résolut de consacrer tout son temps au progrès de l’étude des difformités.

Sentant le besoin d’avoir une maison où il put réunir les malades atteints des affections qu’il avait à cœur de soigner, il fit l’acquisition de la maison de santé qu’il dirigea longtemps.

Cet établissement était précisément celui dans lequel avaient été importés d’Allemagne quelques années auparavant, par des personnes complètement étrangères à la médecine, les lits mécaniques destinés à combattre les courbures de la colonne vertébrale.

Bouvier eut ainsi l’occasion d’expérimenter la méthode de l’extension et repoussa à plusieurs reprises les attaques dont ces lits furent l’objet. C’est ainsi que, lorsque le docteur

méditation a plus de part que l’observation patiente et laborieuse. A ce travail, il se préparait assidûment par l’étude approfondie des philosophes et des métaphysiciens, avec lesquels il était devenu familier. Et, néanmoins, il savait redescendre de oes régions sereines pour appliquer ses méditations à la médecine la plus pratique et à l’observation dont il trouvait les

modèles dans l’antiquité même.

Ses études, brillamment terminées par une thèse ou s’agitaient déjà soua sa plume les problèmes ardus des doctrines médicales, il rejoignait, dès 1847, le soi Matai et le toit paternel. Pendant plus de dix ans, il exerçait la médecine avec un grapd et légitime succès dans ce pays tout rempli de son nom, partageant avec son père une autorité médicale qui s’étendait à toute la contrée. Mais ni les avantages d’une situation si grande, ni l’estime dont il est entouré, ni les honneurs qui vont naturellement à lui ne le peuvent retenir. La passion de l’apostolat le domine. Il a des convictions qu’il doit proclamer, des idées qu’il veut faire partager, une doctrine qu’il a besoin de répandre. Pour cela, il lui faut un théâtre où se puissent déployer les aptitudes merveilleuses dont la nature l’a doué. Il quitte tous ces biens capables de, satisfaire les plus ambitieux et vient ici se rejeter dans la grande fournaise parisienne, dans la lutte ardente des concours et des compétitions. Qui, parmi' ses concurrents d’alors, ne se souvient de notre étonnement quand nous vîmes ce, vétéran s’astreindre à reprendre un si pénible labeur et consentir à mesurer ses épaules avec de plus jeunes et de moins dignes, mais mieux rompues peut-être à ce métier nouveau pour lui? Qui ne se souvient aussi de notre admiration sincère pour un talent déjà magistral et qui eût, en les charmant, désarmé les envieux eux-mêmes? Aussi son mérite lui fit bientôt sa place. L’agrégation lui ouvrit presque aussitôt avec honneur les portes de l’École, et, quelque temps après, il entrait au Bureau central.

Pensez-vous qu’en ambitieux dorénavant satisfait, il se repose ? Croyez-vous que dans ces situations loyalement acquises il ne voie désormais qu’un marchepied pour atteindre plus haut? Si peu. Messieurs, que dès lors .il ne songe plus qu’à mettre au joiir Un important ouvrage : les Principes fa pathologie générale. Et n’allez point imaginer qu’il cherche à s’en faire un titre à la faveur des hommes qu’il aura bientôt pour arbitres, pour jugés, pour électeurs à la place qu’il ambitionne par dessus toutes. Non, certes, car il sait bien que ses doctrines vont heurter plus d’une conviction dans l’École, et que les divergences d’opinion qu?it va y trouver remporteront de beaucoup sur les conformités qu’il y pourra rencontrer. Il le sait et il ne cherche ni à le dissimuler ni à en amortir le coup. Tout au- contraire, il va bravement droit à chacun des hommes dont les idées lui sont contraires, l’attaquant sans hésitation comme sans faiblesse, rudement même parfois, au point de vue doctrinal. Est-ce donc que nous allons assister à l’une de ces querelles médicales pleines d’aigreur et de fiel, amenant les colères et les rancuneg, comme l’École de Paris en connut naguère? Nullement, Messieurs, et cet acte dé couragé, disons mieux, d’honorable audace, n’empêche point Chauffard, peu d’années après, de prendre sa place au rang des professeurs, accueilli avec empressement

Lachaise publia, en 1827, son Précis physiologique sur les courbures dé l'épine, dans lequel il cherchait à démontrer que l’extension était irrationnelle. Bouvier le traita d’utopiste, presque de visionnaire; il n’en profita pas moins des avis qu’on lui donnait, puisqu’il enleva à l’extension ce qu’elle avait de trop exclusif et qu’il annexa à la thérapeutique orthopédique une gymnastique médicale sagement appliquée. Nous verrons, du. reste, dans plusieurs périodes de la vie de Bouvier, ses préventions primitives contre la gymnastique s’effacer, au point de les proposer dans des affections étrangères aux malformations. C’est ainsi que, dans un mémoire remarquable lu à l’Académie en 1854; après un très^hfillant historique de la chorée où il établit la distinction entre la choréa sancti-riti 'antérieure à Sydenhaim et la danse de Saint^Quy, de Sydenhaim, qui répopd à notre chqrée.yqlgajire, il proposa qvçç juste raison la gymnastique médicale comme moyen thérapeutique, en affirmant que, dans la pinpart des cas, la gymnastique ne le cède en efficacité à aucun des autres modes de. traitement

et qu’elle p’a^ point les inconvénients attachés à, plusieurs d’entre eu^

Loin de faire de son établissement orthopédique une spéculation .comme J’en, ont qçcpsd, avec une certaine aigreur, quelques-uns de ses détracteurs, il ne s’occupa que du côté scientifique, et l’on peut dire que, pendant toute la durée de cette .'institution, "la situation de fortune, de Bouvier ne fit pas 4e véritables progrès ; çlje fût même restée tj:ès-probabteraent plus que modeste, si une expropriation, faite dans des çondifions très-heureuses, ne lui eût assuré une position de fortune absolument indépendante.

Il manquait à Bouvier, qui était avant tout un homme de seieriho et non un homme d’argent, l’élément indispensable aq succès de semblables entreprises. Le côté administratif, commercial, si vous me permettez l’expression; était absolnmfent délaissé ; l’ordre le plus parfait régnait dans la maison, mais j’ôn'ne sorigèaft pas à eri tirer profit; et Mm* Bouvier,

par le plus grand nombre de ceux-là mêmes qui ne l’avaient point porté ou dont il avait combattu les idées. C’est qUe notre collègue avait la rudesse courtoise, c’est qu’il savait élever la discussion, dès l’abord, à des hauteurs si grandes, que toutes les petitesses du terre-à-terre, que toutes les blessures de l’amour-propre avaient bientôt disparu. C’est surtout qu’il avait les qualités maîtresses, celles qui, chez un polémiste, l’emportent sur toutes les autres, celles qui inspirent même aux contradicteurs les plus ardents l’estime et le respect : il avait unç conviction profonde, une Sincérité absolue.

Toutefois, le professeur Chauffard allait trouver dans l’École une difficulté plus grande que celle de s’y faire admettre, c’était d’y maintenir son enseignement, d’y soutenir les doctrines qu’il avàit faites sieïmes devant un auditoire prévenu, devant de jeunes hommes qu’offusqiie si aisément toute contradiction aux idées qu’ils ont reçues. Mais si la jeunesse, emportée par l’ardeur de ses sèntimehts et de ses convictions, est impitoyable pour ce qu’elle cfoit être Terreur, sans ménagements pour les sentiments qui ne sont pas les siens, elle sent aussi, elle comprend lé noblfe enthousiasme du Vrai, la passion de tout savoir qui la possède elle-même. Elle n’a pas tardé, notre jeunesse studieuse, à reconnaître, chez le maître appelé à la guider, cette grande et sublime passion, et bientôt à l’irritation d’un jour ont succédé le respect, la déférence, l’admiration pour un talent merveilleux d’enseignement.

Ainsi notre collègue avait surmonté tous les obstacles, ceux-là mêmes contre lesquels la lutte; d’ordinaire, semble presque impossible. Il le devait surtout à l’élévation de son caractère, à l’inébranlable fermeté de ses convictions qui l’avait rendu patient dans les difficultés, parce qu’il se savait fort.

Je n’entreprendrai pas de vous exposer ici toute l’œuvre littéraire du maître, ni même d'énumérer les litres de ses nombreuses et toutes remarquables publications, encore moins d’en dégager l’idée doctrinale longuement et patiemment poursuivie. Mais ce que je veux y remarquer avec vous, c’est combien ses allures d’esprit étaient éloignées de celles du sectaire et dü systématique, combien il s’en fallait que, dans sa pensée, fermeté de doctrine fût l’équivalent d’immobilisation de la sciehce, avec quelle admirable souplesse enfin il savait suivre les vérités scientifiques, de quelque part qu’en vînt la démonstration, pour les faire entrer dans le vaste ensemble de sa conception dogmatique. Prenons cette belle traduction des œüvrès de Borsiéri, qui date de 1856, les Principes de ‘pathologie générale, qui sont^ de 1862, qu cette œuvre magistrale qui vient à peine de voir le jour, sous le titre de : la vie; nous retrouvons toujours la même hauteur de vue, la même finesse de critique, la même ingéniosité d’adaptation. Et quand je parle de critiqués médicales, cela ne vous fait-il pas souvenir de çes spirituelles et savantes dissertations sur Broussais, Magendie et Chomel, et de ces belles études consacrées successivement à Laënnec, à Andral, à Claude Bernard, monuments dignes des grands hommes à la mémoire desquels ils étaient élevés ? ;

Tandis qu’il poursuivait le cours de son enseignement, qu’il travaillait à constituer et à répandre sa doctrine, notre collègue s’appliquait encore avec ardeur à une œuvre non moins

dont la haute intelligence secondait son mari dans l’exercice de sa profession, lui était encore d’un plus grand secours dans lès conseils qu’elle lui donnait pour la préparation de ses discours à l’Académié, que pour certains détails de ménage et de comptabilité.

Bouvier aimait, en effet, quand le soir était venu, à préparer, à ciseler les communications qu’il devait faire aux Sociétés savantes, en compagnie de sa femme et d’un de ses élèves favoris. 1} leur lisait ses discours,, leur demandait leur avis sur telle ou telle période, préparait ses effets, soignait sès intoqatiônâ, et acceptait d’assez bonne grâce leurs critiques et leurs conseils.

Mrae Bouvier sé chargeait surtout d’émousser les traits par trop piquants, et c’est à son influence que nous dûmes de ne point entendre, à la tribune, certaines attaques violentes dont la justesse ne diminuait pas l’amëftume. Bouvier avait en son goût, en son tact, une confiance absolue et se soumettait, non pas toujours sans lutte, aux conseils que lui donnait son exquise bonté et son intelligence éclairée.

Cette digression nous a quelque peu éloigné de la carrière de Bouvier, que nous allons retracer en peu de mots.

En 1835, un concours avait été ouvert à l’Académie des sciences, sur les difformités du système osseux : le travail de Bouvier fut jugé digne du prix de 6,000 francs.

Pronju en 1831, à la suite d’un concours public, médecin du Bureau central, Bouvier donna les preuves d’un infatigable dévouement à l’époque de la désastreuse invasion du choléra.

En 1837, nous le voyons attaché à l’hospice de la Rochefoucauld.

En 1810, à l’hospice de la Salpêtrière.

En 1811, à la Pitié.

Il fut chargé, en outre, des traitements orthopédiques des Enfants-Trouvés. Enfin, Duval

grande et non moins importante : l’organisation des études médicales. Sa grande notoriété scientifique, ses hautes qualités professorales l’avaient très-naturellement conduit au poste d’inspecteur général de l’enseignement supérieur. Portant dans ces fonctions le zèle consciencieux qu’il avait pour tous ses devoirs, il y rendit d’éminents services; et, quand il devint évident que les études médicales avaient besoin en France d’une organisation meilleure , quand on dut se proposer une répartition plus juste du nombre des étudiants, toujours croissant, c’est lui qui prit véritablement en main cette œuvre difficile et compliquée, où tant d’intérêts en jeu et, parmi les plus graves, tant de susceptibilités éveillées et des plus délicates, exigeaient à la fois de la part de l’organisateur un tact exquis et une rare fermeté. Notre collègue avait su se tenir toujours à la hauteur de cette tâche difficile : si habilement même qu’il était parvenu à résoudre ce problème, quasi insoluble, de rendre inappréciable le nombre des mécontents. Le jour où des Écoles florissantes, répandues en différents points de notre territoire, n’auront d’autre souci que l’émulation de l’enseignement le meilleur, où des études aussi complètes et également approfondies se pourront poursuivre d’un bout de la France à l’autre, il se faudra souvenir que le mérite en revient en grande partie à l’initiative et au zèle de notre inspecteur général. Que si, par hasard, dans cette grande entreprise, il arrive quelque mécompte, cela n’empêchera certes pas l’entreprise en elle-même d’être une œuvre de progrès destinée à relever notablement le niveau général des études.

Voilà, Messieurs, une partie de l’œuvre du professeur dont l’École de .Paris pleure amèrement la perte, celle qui plus particulièrement nous appartient; car j’ai, avec dessein, omis tout ce qui a trait à ses mérites académiques, et qui vous sera mieux dit par une autre voix que la mienne.

Que vous dirai-je maintenant du collègue dont la séparation nous est si douloureuse, de son affabilité constante, de sa patience inaltérable dans les discussions, de la hauteur de vues qu’il y montrait toujours, de sa sévérité pour lui-même, de son indulgence pour les autres ? Tout cela ne lui avait-il point acquis parmi nous l’estime, la considération, l’affection de tous? Son passage dans notre Faculté laissera une trace ineffaçable. Son souvenir à tout jamais dira à nos successeurs ce que peut le talent uni à l’amour de la science et de la vérité ; et comment la divergence des doctrines, loin d’être un motif inévitable et fatal de séparation entre les hommes, devient, pour les esprits supérieurs, une source d’émulation précieuse et l’occasion de discussions fécondes d’où peu à peu se dégage la lumière.

Adieu, cher collègue, recevez par ma voix, au nom de la Faculté, l’attestation dernière du souvenir profondément affectueux que vous laissez parmi nous.

M. Hérard, au nom de l’Association générale des médecins de France, prononce les paroles suivantes :

Je viens, au nom de l’Association générale des médecins de France, apporter sur cette

ayant été, vers cette époque, appelé à diriger les traitements orthopédiques de la consultation du Bureau central, l’administration avait décidé qu’une commission composée de trois membres médecins et chirurgiens des hôpitaux serait nommée à l’effet d’examiner, de concert avec Duval, les malades atteints de difformités qui se présenteraient à la consultation, et serait de plus chargée de contrôler la nature de l’appareil qu’il était convenable d’appliquer, ainsi que les résultats obtenus par le traitement.

Cette commission, qui a vécu jusqu’à la mort de Duval, a vu se succéder bien des médecins et bien des chirurgiens des hôpitaux; mais elle a fonctionné avec la scrupuleuse régularité que l’on sait, grâce à l’activité et à la persévérance de Bouvier, qui l’a, pour ainsi dire, présidée jusqu’à la fin.

Agrégé de la Faculté depuis 1824, Bouvier fut nommé, en 1838, chevalier de la Légion d’honneur et, l’année suivante, membre de l’Académie de médecine.

Après ses nombreuses migrations dans les hôpitaux, c’est à l’hôpital des Enfants qu’il vint terminer sa carrière, et c’est là qu’il reçut la croix d’officier de la Légion d’honneur.

Nous parlerons plus tard des magnifiques leçons qu’il fit à l’hôpital des Enfants, et de l’ouvrage qui en fut le couronnement. Mais j’ai hâte de faire passer sous vos yeux les nombreux titres scientifiques qui recommandent Bouvier à l’admiration de ses contemporains et des générations futures.

Bien que, dans sa longue carrière, il ait touché beaucoup de questions, c’est à l’orthopédie qu’il a consacré la plus grande partie de son temps.

Son mémoire, en 1838, sur le pied-bot et son traitement par la section du tendon d’Achille est encore aujourdhui plein d’actualité, et n’a pas vieilli d’un jour.

Rapportant à Lorenz, chirurgien de Francfort, en 1784, puis à Michaelis, en 1811, Thon-

Supplément.

L’UNION MLDICALE.

tombe l’expression de nos regrets, et payer une dette de reconnaissance, au collègue éminent si brusquement enlevé à notre amitié. 1 > !

Chauffard faisait partie de l’Association depuis sa fondation. Avec sa Iqiufe intelligence et son noble cœur, il avait mesuré l’importance et compris l’avenir de ce^e , grande; ceuyre .^e bienfaisance, d’assi&tandè confraternelle et de moralisation. ,

Elu depuis quelques années membre du Conseil général, il apportait dans nos discussions cette netteté d’idées, cette élégance de la forme, cette droiture dé caractère qui distinguaient à un si haut degré cet esprit éminent.. ut ■

Bon et généreux, il était de ceux qui pensent que les puissants et les heureux de la profession , doivent aide et protection aux humbles, aux déshérités de la fortune, aux pauvres confrères, hélas! trop nombreux, qu’accablent les infirmités ou les malheurs immérités. Il sut faire le bien et donna un noble exemple. Aussi son souvenir . sera pieusement gardé par la famille médicale, et son nom restera inscrit parmi les bienfaiteurs de l’Association.

CLIMATOLOGIE

ÉTUDE SUR LE CLIMAT DES COTES DE LA CHINE ET LES CONDITIONS SANITAIRES DES CONCESSIONS EUROPÉENNES,

Lu à l’Académie de médecine, dans la séance du 4 février 1879 (1),

Par le docteur Max. Durand-Fardel.

Quelle part est-il permis de faire, parmi les influences générales que le climat des côtes de la Chine exerce sur la santé des Occidentaux, aux conditions atmosphériques ou aux conditions telluriques que j’ai exposées? Je me garderai d’émettre sur ce point un jugement absolu : une telle question exigerait des observations plus prolongées et plus approfondies que celles auxquelles j’ai pu me livrer.

Cependant, je pense quelque chose à ce sujet, et je demande à l’Académie la permission de lui exprimer ma pensée.

Les conditions atmosphériques sont immuables. Celles qui régnent sur ces contrées ne sauraient donc cesser d’y exercer sur l’organisme cette double action, anémiante et reconstituante, que se partagent les alternatives auxquelles elles sont soumises. L’action anémiante et les autres conséquences des climats chauds et humides y seront toujours formellement ressenties par les races latines et anglo-

(1) Suite et fin. — Voir les numéros des 6 et 8 février.

neur d’avoir, les premiers, pratiqué la section du tendon d’Achille, il relate le fait de Delpech, qui, en 4816, fit le premier la section sous-cutanée. Il fait ressortir la cause du demisuccès obtenu par l’illustre chirurgien de Montpellier, qui, au lieu de porter aussitôt le pied dans la flexion, le maintint longtemps dans l’extension, afin d’affronter les deux bouts du tendon, et constate qu’il eût eu peu d’imitateurs sans l’initiative de Stromeyer, qui, en 1833 et 183Zi, publia six nouveaux cas de ténotomie du tendon d’Achille par la méthode de Delpech.

C’est à la fin de 1835, précisément à la même époque où Duval la fit pour la première fois, que Bouvier pratiqua à son tour la section du tendon d’Achille. Perfectionnant le procédé de Stromeyer, il supprima une des deux ouvertures que conseillait ce dernier, et, contrairement à Delpech et à Stromeyer, il porta le pied dans la flexion aussitôt après la division du tendon.

Étudiant enfin le mécanisme de la réunion, il en exposa les lois d’une manière précise et fit faire un grand pas à la ténotomie sous-cutanée.

En 1838, à propos d’un fœtus de sept mois, présentant diverses rétractions musculaires, Bouvier examine la question de savoir si ces rétractions sont primitives et liées à une affection de la moelle ou consécutives à une pression des parties du fœtus, les unes sur les autres, déterminée par sa situation dans l’utérus et peut-être aussi par la disposition du cordon ombilical. Il fait valoir, en faveur de la seconde hypothèse, la variété de ces déviations qu’explique parfaitement l’attitude de chaque membre dans le sein de la mère. La même année, l’autopsie remarquable d’un tailleur mort phthisique à l’IIÔtel-Dieu, et affecté, depuis l’âge de 5 ans, d’une rétraction du membre inférieur droit consécutive à des convulsions générales, permet à Bouvier de montrer la flexion permanente et forcée de la cuisse sur le bassin, et de la jambe sur la cuisse, le pied en équinisme, les muscles pâles çt amincis; enfin, l’arrêt de développe-

saxonnes, mais non d’une façon bien redoutablo, puisqu'elles n’olïVcnt aucun obstdble à leur séjour et à leur acclimatation.

Mais c’eSt aùx conditions telluriques qu’il faut rapporter l’inflycnee malarialQ qui domine la pathologie sur les eûtes de la Chiné. Or, ces conditions peuvent être absolument changées, et il n’y à. guère à douter qu’elles ne doivent ,1 ê^re un jour . i ■ 'hiMffl priçpdei-mé pfêtér ^{ptpe .attention pendant quelques instants encore,' et de vouloir bien me suivre dans une prévision idéale.

Des chemins' de fer sillonnent lespl de la Chine, dont les richesses incalculables se sont livrées à l’industrie, et ont remplacé ces voies d’eau qui servent, à peu près seules aujourd’hui, de in'ôÿens de communication et de transport. La culture ^marécagédèe du riz a fait place à la culture assainissante des céréales. Los murailles 'qui briSérrèht aujourd’hui les villes et constituent '^obstacle le plus énergique à leur transformation, n’étant pas entretenues, se sont écroulées de vétusté. Supposez tout ceci, eLce que j’appelle le climat tellurique des côtes de la Chine aura changé.

Ce.tableau, aujourd’hui purement imaginaire, deviendra-t-ïl un jour une réalité? Je le crois profondément.

Il faut renoncp^A^ce^iyjeiiles rqdjtes pur Je mépris et l’aversion des habitants du Céleste-Empire au sujet de l’Occident, de ses çonnnissajices et de ses coutumes. L’opiniâtreté dans l’attaehèment:i a !Sès moeurs et à des habitudes séculaires est naJ^jrçUp ,Qaçore0i .-et; depuis bien peu d’anndes,. fait

qu’çfOeprefi^ jÇ^iipg,: politiquement, dans pps rapports . avec le gouvernement de Injure"; ^cidpmçftt, :dsa\s,.qijpjqjiiçg'çoiftts usâtes. Et, cependant, que

races, topl en gardant strictement leurs lois et leij^.c^itijupeS;, •yyvëiit dans une sorte de communauté. Les 130,000 Chinois qui sont venus spontanément habiter là viile concédée. 4é, Shanghaï se ppumettent ayee dppilUg à toutes lqç, pxigences de la police, de la justice et de la souveraineté relative de l’Occident.

, YouP'paWi.Çfi qu’ils viennent, fait .sqciql immense ,et naguère absolument. iimpréyu,.'.j^ei;çjÿjf’. parmi nous;, et je. puis ypus assprer qu’ils ne. ee trouvent pas aussi 4^B^s^s.^jj|çrpp^flq’^n.;eiûit dû, le supposer,, et qu’ils ont déjà su distinguer en quoi le séjour de la France l’emporte sur celui d’autres contrées voisines, plus vaines que la nôtre de leur supériorité sur1 le monde oriental.

ment des os, puisque les fémurs et les tibias du côté atrophié mesuraient 2 pouces de moitis que ceux du côté >sâin; BotiVier Hirfe de cèltte remarquable observation la nécessité de faire la ténotobaie. de bonne heure, de façon ià éviter Patrophie. En 1839, dans • üûé discussion relative à la; ténotomie appliquée aux déviations du rachis, Bouvier' établit d’une manière péremptoire : que: le plus grand nombre des déviations latérales de" l’éjftnfe 1 sont' constipés primitivement et essentiellement par une déformation particulière des vertèbres et dés ligaments, intervertébraux ; qu’il n’existe pas, dans le plus grand nombre des déviations latérales de l’épihd, de contraction des muBcleè du dos comparable à 1 la contracture des pieds-bots ; que, d’après les données de l’anatomiëpcrtholbgïqUe, la ténotomie n’est pas applicable, à cet ordre de difformités.

A l’appui ide oes propositions, il montre le rachis d’un' homme ‘dé SS.'à'ns. àttèih’t'tl’urie courbure, latérale: droite:jde là région dorsale. A l’aide d’ùn grand effort de redressement, il fait voir que les muscles du côté concave ne sont pour rien dans l’incurvalioh et në forment pas de corde tendue ; aussi; dehr section jusqu'à l’os lie redrèsse-t-ellè riéh. Là même expérience, faite sur de' jeunes ëtijëté, : donné lieu à des rëëùlfàts aussi négatifs. .

‘ Plus tard, à l’Académie des sciences, ëh 1841, dans un mémoire remarquable sur l’appréciation de la myotomie appliquée au traitement des ‘déviations, il reViëht sur le même sujet « La myotomie, dit-il; n’est profitable que s’il y a raccourcissement et contracture. »

Or; dans le cas présent, il y a un affaissement latéral des vertèbres et non un glissement consécutif à des tractions musculaires, et cet affaissement est dû à l’inégalité de développement des deux moitiés latérales de la1 vertèbre. Il condamne sans appel la myotomie, se fondant sur les expériences très-curieuses de non-contracture datis la position horizontale et dé

durcissement 'dés muscles spinaux dans la station.

Ils ont appris à se construire et à diriger uiie flotte militaire, d’après itôutès lesi données de la science actuelle, et ils commencent à se former une marine marchande capable de traverser les Océans, grâce à l’habile direction d’un Français, M. Puosper Gicquel, qui a fondé l’arsenal de Fooohow, et d’ouvriers dé rtotre pays. N’ayant pu échapper à l’inexorable fatalité qui pèse aujourd’hui sur le monde civi-< lisé, c’est encore par l’art militaire qu'ils ont commencé à s’ihitier à la science et à l’industrie de l’Occident. Ils ont armé les approches de leurs1 rivières dei fortifications les plus modernes; ils les ont garnies de canons Krupp. Ils ont une armée pourvue de fusils à tir rapide ; ils commencent à posséder nos manœuvres.

Tout cela sans doute est encore imparfait. Il est à croire que leurs nouvelles fortifications ne tarderont pas à s’ébouler, faute d’entretien. Le bruit des canons de fort calibre leur est encore infiniment désagréable. Ils n’ont aucun moyen d’assurer le transport et la subsistance de lèute forcés1 militairès; ,Dro^gâhi'èatîtih sanitaire, il n’en faut point parler. Et pourtant, que de pas faits en quelques années! Et faut-il entrevoir des obstacles, insurmontables à leur progression? Nullement. , . ,

La Chine .n’est, point un pays théocratique, nj un Ëlat militaire îiO’est. une. société lettrée. .m f

L’^pslilité. contre l’étranger n’est point dans le peuple, de mœurs généralement douces et de caractère tolérant, d’un esprit, pratique;; observateur, imitatif ; lent parce qu’il est réfléchi. Le commerce, qui-détient la richesse, représente le génie même de la nation, et ne demande; naturellement qu’à s|épandre:a« dehors, l m La résistance n’est que dans l’aristbcratfe,' aristocratie qui h’à point sa ressem*blance ailleurs, toute in dividuelle;, sans aucune .hérédité, comme dans la généralité deSiJÉtats du Levant, mais, exclusivement formée par l’étude ! des lettres;; adminisf; tration, justice, gouvernement, tout est dans lesma&sseüles des lettrés, et Te baCealauréat est d'unique pépinière où se Ternie l’intmense màchine i administrative et gouvernementale^1' q^t Jfl° i»P aaôbi wh •ipqwooo.Mq oa susa sel •lonirai,*» mbuov Sans doute, tout ce qui, depuis tant, de siècles, s’est. dépensé de travail, iMelleetuel dans l’Empire du Milieu, se trouve aujourd’hui frappe 'd’une complète stérilité,

par le cercle infranchissable où il s’est opiniiâtré.rnen't enfermé., .jMajs.îl ,§e Comprend que les possesseurs exclusifs de cette science, aujourd’hui décrépite, mais si, ballante à une époque oq notre propre, société naissait ; à : peine à une civilisation bien imparfaite,, résistent à une révolution qui, changera jdu tout; au tout ses 'traditions

■ Cette àvëi'èiôn pour là iüyéWii'ëJlui^talt dÉ<f&fle ;ütëph4e! ‘èjsrtàltf 'iibtiâfôé' !dê fà^ts

anatomo-pathologiques, entre autres par l’examen fait, en 1889, du Sqtlélette d’un enfant rachitique; ‘qui’ présentait ëiMWf autres lésions -ÿnë f fësTôrtë èôüVbîâèel dfe 1!dl’è?olbniiè Vèrtebràle dans l'a iëgiotlf ’ tltotsalé. : Iiù dé^îùliGn s’effaçait par'Ùùgrând effbrt péPHâlit ïeÿû'èl léb- râügclés du côté cdtieave n’étaient nullement tendus; et l’on pouvait; en divisant en partie les ligaments, prôdiiifé une dtfÉbterè' en sens contraire sans1 reïiè'onfteT de la paf f de! :feéé' ïàfecleè là! moindre résistance. ' ■ ;

[A suivre dans un prochain numéro.)

CoRpé ue santé militaire. — par décret ;en date du, 1,3; janvier 1879, rendu- sur , la proposition flu ministre de la guerre, ont été, promus dans le corps, de, santé militaire ;

Au grade de, médecin principal de 2e classe: M. Spillmann: (Pierre-Myacinthe-paul-Eugéne), médecin -îqajor de lrc classe aux hôpitaux de la division d’Alger, en remplacement de M. Messager, retraité. — M. Pallé (Joseph-Pierre), médecin-major, de lte classe à l’hôpital de la Charité a Lyon, en remplacement de M. Claudel, retraité.

Au grade de médecin-major de lre classe: (Ancienneté), M. Malabard (Jean-Asclèpe), médecin-major de 2e classe au 108e régiment, en remplacement de M. Douchez, retraité. — (ChoiN). M. hochet (Léon-Auguste), médecin-major de 2e classe aux hôpitaux de là division de Constantine, en remplacement de M. Ving, retraité. — (Ancienneté). M. Dumoyne (François), médecin-major de 2e classe au 2e régiment de spahis, en remplacement de M. Spillmann,, promu. — (Choix). M. Barbier (Léopold-Désiré-François), médecin-major de 2e classe à l’hôpital de Rennes, en remplacement de M., Pallé (Joseph), promu-

tant dè fois séculaires, et soumettra leurs facultés à un travail nouveau qui les épouvante. , ' .

Mais le sort en est jeté. Dans ces contrées, dont les abords sont aujourdhui ouverts à tout le monde, et ne demeurent circonscrits que pour le commerce, l’idée moderne fera son chemin, par une nécessité fatale que les efforts et les combinaisons de l’Occident ne hâteront peut-être pas plus que ne la retarderont l’inertie ou la résistance de l’Orient.

académies et sociétés savantes

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE OE PARIS

Séance du 10 août 1878. — Présidence de M. Blondeiu, vice-président.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

La correspan dance imprimée comprend : 1° Une brochure de M. Gillebert d’Hercourt père, sur un cas d’agoraphobie. —2° Le journal la Tempérance. — 3° Le Progrès médical. — L'Année médicale de Caen.

La correspondance manuscrite contient une lettre de M. Rougon, secrétaire annuel, qui s’excuse de ne pouvoir assister à la séance.

M. Hortelodp lit un rapport sur le travail de M. le docteur Delefosse, ayant pour titre : Considérations sur C instrument a employer dans l’urèthr otomie interne .

Vous avez entendu, dans la séance du mois de juin, la lecture de l’intéressant travail de notre savant confrère M. Delefosse, et je viens, un peu tardivement, vous en rendre compte.

L’uréthrotomie est, on peut le dire sans crainte de rencontrer d’objections, une opération devenue aujourd’hui opération courante; on la fait partout et on la fera davantage lorsqu’on voudra examiner les faits, sans se préoccuper des idées qui ont eu trop longtemps cours dans la science.

Le but de la communication de M. Delefosse est de rechercher à quel instrument il faut s’adresser pour pratiquer l’uréthrotomie interne ; mais, ne voulant pas faire un travail théorique, mais bien un travail pratique, notre confrère ne s’est pas occupé de tous les instruments qui ont été inventés pour retomber ensuite dans l’oubli, et il a seulement eu pour but de comparer les deux instruments qui sont restés dans l’arsenal de la chirurgie journalière, l’instrument de M. Maisonneuve et celui de son maître Caudmont, qui n’est, comme vous le savez, qu’une modification apportée à celui de Giviale.

Le premier est un instrument à lame mobile et agit d’avant en arrière, le second, est à lame fixe et agit d’arrière en avant.

Avant d’entrer dans cet examen comparatif, M. Delefosse a cherché à mettre en évidence le but que l’on doit rechercher pour obtenir un bon résultat. U commence par rappeler la nature du tissu qui forme les rétrécissements ; dur, résistant, possédant une grande force de rétraction, il forme, autour du canal, des brides, des bandes ou des viroles, et il finit par produire un obstacle à l’expulsion de l’urine et à l’introduction des instruments. Il y a donc, dit-il, autour du canal un anneau en caoutchouc, dont l’épaisseur peut varier, et le but de l’uréthrotomie est d’arriver à ce que cet anneau soit sectionné et détruit dans toute son épaisseur; alors la guérison pourra être considérée comme pouvant persister.

Pour réaliser cette condition, sine qua non, M. Delefosse n’hésite pas à admettre qu’il est nécessaire que l’incision pénètre jusque dans l’épaisseur du tissu sain qui enveloppe le rétrécissement. J’accepte volontiers la nécessité de sectionner tout le tissu malade, mais je ne vois pas la nécessité de pénétrer dahs le tissu sain, et jé crois que le meilleur instrument est celui qui permettra au chirurgien de détruire le tissu malade en respectant les parties indëmnes.

11 est bien certain que si on ne séclionne pas complètement l’anneau, les brides qui forment le rétrécissement, on laisse intacte la cause de l’oblétération, et, comme le dit très-justement M. Delefosse, il faut, pour qu’il y ait uréthrotomie, que l’incision porte sur toute l’épaisseur du tissu malade.

Avec les méthodes d’exploration que nous possédons, nous pouvons bien nous rendre compte de la longueur du calibre du rétrécissement, mais nous ne savons jamais quelle est l’épaisseur dé tissu qui forme le rétrécissement. L’examen du périné ne donne, dans les rétrécissements ordinaires, que des indications très- vagues, et il est impossible de pouvoir affirmer qu’il faudra inciser de tant de millimètres pour avoir tout sectionné.

M. Delefosse dit bien que lorsqu’on pratique l’incision intra-uréthrale d’une manière convenable et avec des instruments appropriés, on apprécie très-bien ce qui a été produit. En effet, comme il le dit, immédiatement après l’opération une bougie à boule volumineuse franchit les incisions sans qu’il soit pôssible de percevoir une sensation particulière; mais jusqu’à quel endroit avez-vous été? vous n’en savez rien, vous avez coupé le rétrécissement, mais vous avez peut-être sectionné un tissu sain; que deviendra cette section? né sera- t-elle pas à son tour le point de départ de tissu cicatriciel? Voilà des questions importantes à résoudre. Mais suivons M. Delefosse dans son travail, car nous trouverons peut-être une solution.

Notre confrère se demande si l’uréthrotomie interne résout le problème de là cure radicale des contractions organiques de l’urèthre ; je ne le pense pas, dit-il, et, rappelant là comparaison de Reybard : «C’est une pièce nouvelle qu’on ajoute à une doublure trop étroite pour l’élargir » ; il montre que, pour que la guérison fût radicale, il faudrait rendre au tissu du canal leur texture normale, ce qui est impossible.

Examinant ce qui se passe après l’opération, M. Delefosse rappelle que dès que commence l’inflammation traumatique, les points résistants redeviennent apparents et le cathéter est arrêté alors au-devant de chaque point incisé. Il survient une turgescence inflammatoire, qui affecte les tissus interposés entre les lèvres de la plaie et leur fait perdre la souplesse que l’on avait constatée après l’opération ; cette turgescence inflammatoire diminue, et commence, alors, un travail de cicatrisation qu’il est important de connaître pour savoir ce que peut donner l’uréthrotomie.

Reybard, dans des expériences sur les chiens, avait constaté que les plaies étaient recouvertes d’une membrane très-étendue, souple, mince, n’adhérant que très-peu au tissu sousacent.

M. Delefosse a pu examiner avec Caudmont l’urèthre d’un malade uréthrôtpmisé quinze jours auparavant; il constata une plaie en forme elliptique se rejoignant aux extrémités; de l’angle postérieur partait une membrane mince qui recouvrait le fond de la peau en y adhérant très-peu, et cette membrane s’avançait jusqu’au milieu de la longueur de l’incision; à là partie antérieure, il n’y avait pas de cicatrice.

Comme on peut le voir par cette description, ce travail cicatriciel se rapproche beaucoup de l’état normal, mais il n’est pas constant. M. Delefosse a pu constater sur un autre malade, opéré par Caudmont, qu’il y avait non plus cette membrane souple, fine, mais une. cicatrice épaisse, très-peu extensible, en un mot, s’éloignant de la disposition normale du canal de l’urèthre.

Ces deux espèces de cicatrices, signalées par les chirurgiens qui se sont occupés d’uréthrotomie, ont été considérées comme la clef de la grande question, sinon de la récidive, du moins du bon ou mauvais résultat de l’opération. Aussi, est-il nécessaire de rechercher dans quelles circonstances se produit telle ou telle cicatrice : certains chirurgiens ont admis que la profondeur de l’incision et la contusion occasionnée par l’inSlrument sont les causes de la cicatrice épaisse et résistante. M. Delefosse, tout en les faisant entrer en ligne de compte, croit que la cause principale tient à la nature du tissu qui forme le fdnd de la plaie. Il faut, dit-il, pour avoir urie cicatrice souple, qu’il reste du tissu spongieux à l’état sain en dehors de la virole fibreuse, et que ce tissu spongieux constitue le fond de la plaie; au contraire, on obtiendra une cicatrice épaisse lorsque l’incision aura dépassé la membrane fibreuse extérieure et que le tissu cellulaire circon voisin sera appelé à compléter la plaie uréthrale.

Cette distinction est-elle parfaitement exacte, et faut-il accepter tout' à fait l’opinion de M. Delefosse? J’avoue que je n’ai pas trouvé des preuves suffisantes pour l’accepter. Aussi dans l’autopsie faite par Reybard, et dans laquelle on trouve cette cicatrice que M. Delefosse regarde comme celle que l’on doit désirer, il y avait eu une incision qui avait certainement dépassé l’enveloppe fibreuse, puisque, dans le procédé de Reybard, l’incision allait jusqu’à la peau. Il est donc plus que probable, comme je le dis plus loin, que la nature de la cicatrice dépend beaucoup de la nature du rétrécissement.

Aussi,' je n’accepte pas complètement les conditions que M. Delefosse regarde comme indispensables pour faire une bonne uréthrotomie, qui sont :

1* Inciser complètement le rétrécissement ;

2° Éviter tout ce qui pourrait enflammer la cicatrice ;

3* Avoir un tissu sous-cicatriciel, aussi sain que possible et de nature spongieuse.

Je suis complètement de l’avis de M. Delefosse pour les deux premières conditions ; il faut que le rétrécissement soit complètement divisé et il faut éviter ce qui peut enflammer lâ cicatrice.

Pour la troisième; je serai beaucoup moins affirmatif que lui, pour plusieurs raisons : d’abord, comme je le disais en citant l’autopsie de Reybard, la cicatrice molle peut s’obtenir après de

grandes Inçisjo^s ; en, outre, comment peut-on affirmer q,ue telle' ou telle. incision aura dépassé le tissu malade? On a beaucoup discuté, sur les grandes ou petites incisions, sur les! mouchetures, mais c’est «ne question de proportion. ; Si nous'avons une petite1 bride, ce qui, serait une incision insignifiante pour, un volumineux., et épais rétrécissement, sera, au contraire, dans, le cas actuel, une incision profonde. Or, rien qtest plus difficile que diagnostiquer l’épaisseur d’un rétrécissement, et cependant,, l’étendue, l’épaisseur, la nature même du tissu jouent, dans la, manière dontva .se comporter Tinoision, un rôle important,, rôle qu’il est presque impossible de préjuger, . ,

Ainsi une biride mince, d’une nature souple et élastique, sectionnée par la lame de l’iaréthrotqme, s’écartera d’elle-même, et l’incision longitudinale deviendra presque transversale ; au contraire, un rétrécissement très-épais, très-dur, supportera l’incision comme un morceau, de bois, îos. lèvres de rinoision ne, pourront pas s’écarter par leur propre rétraction immé-, Mi. Il sera donc nécessaire de porter l’incision non -pas seulement jusqu’au niveau d’un tissu sain,' mais d’un tissu qui soit capable de se rétracter et, dans ce cas,, il sera quelquefois nécessaire d’aller, certainement jusqu’au tissu cellulaire sjtué en dehors de l’enveloppe fibreuse, M. Delefosso est bien un peu de cet avis, car il dit que, s’il y a nécessité, il ne faut pas craindre de sectionner, cette enveloppe, quoique cela ne soit pas de la bonne pratique.

' Cette petite concession, que fait M. Delefosse, prouve ce que je disais tout à l’heure, c’est combien U est, difficile de. pouvoir préciser la limite de l’incision, qui dépend avant' tout de la nature, du rétrécissement sur laquelle il est presque impossible d’avoir des renseignements précis. ' ' ..,[-,1 : ] i ' anob

j.Ç’çst ce point douteux de diagnostic qui ne permet pas de pouvoir porter un . diagnostic absolu au sujet fie, la récidive, U. Delefosse, n’hésite pas A. formuler 1». récidive» plus oumoins rapide, tient à la cicatrice de l’incision, par conséquent au manuel opératoire: .et à l’instrument ; je ne suis pas tout à fait de son avis, et je crois que la, récidive tient bien plus à la, nature du rétrécissement; sans parler des faits cliniques que j’ai pu, observer je rappellerai une autopsie faite par Reybard et Desgranges. Il s’agissait, d’un homme auquel, dix-huit mois .auparavant, on ayait pratiqué Turéthrotpmie ayec l’instrument de Reybard ; le rétrécissemeht s’était reproduit et on constata que le point qui avait été incisé Par la lame de l’instrument, était presque invisible* Reybard en concluait que les grandes incisions, étaient sans danger ; c’était vrai. Mais, si on se place au point de . vue de la récidive, il faut, reconnaître que la cicatrice formée à la suite de l’incision avait joué un bien petit rôle dans la reproduction du rétrécissement,: puisqu’on ne la voyait pas.

Je ne veux pas insister plus longtemps sur ces questions, qui prouvent combien il y a de circonstances indépendantes du chirurgien, et j’arrive au chapitre dans lequel M. Delefosse examine quel est, l’instrument qu’il faut adopter, quel est celui qui remplit le mieux les conditions qu’il considère comme devant donner un bon résultat. ,

Comme je, vops ^’ai.déjéi^itj M. Delefosse a voulu comparer, surtout, les deux instrument de Mk Maisonneuve et de Caudmont; il parle aussi de celui de ,M. Sédillot, qui. n’est antre que celui de, M, Maisonneuve,: dont la lame; coupant sur sa convexité, est cachée dans une gaine, dette gaine a pour but de préserver le reste du canal de l’urèthre, , mais cet instrument, d’un, maniement très-compliqué, n’est pas entré dans ia pratique, et M. Delefosse, après en avoir dit quelques mots, ne s’en occupe plus,,

L’instrument de M. Maisonneuve est un uréthrotome à lame courante et agissant d’avant en arrière ; celui de Caudmont est à lame fixe; et agit d’arrière en avant.

. , Quels, sont: les rétrécissements tributaires de. l’uréthrotomie ?

M. Delefosse les diyjse, comme presque, tous les chirurgiens., en trois classes :

1° Les rétrécissements dont la dilatation s’accompagne de fièvre pour une raison quelconque ;

2° Les rétrécissements dont le tissu est tellement. dur qu’ils ne peuvent pas être dilatés;

3“ Les rétrécissements opérés une. première fois, mais dont le tissu,, par suite d’une inflammation, sont très-durs et occupent tout le tissu spongieux et le dépassent même.

Dans les premiers rétrécissements, le. tissu est peu épais;, dans les seconds, le tissu , est dur et résistant, mais, dans les troisièmes, on trouve, de véritables: viroles, d’upe épaisseur et d’une résistance considérables.

Le traitement des rétrécissements de la première classes est le triomphe de l’instrument de M. Maisonneuve ; mais, pour ceux de la, seconde, il n’en est plus déjà de même,. par il y a bien des chances, roui que, tout le tissu du rétrécissement ne soit: pas entièrement sectionné, comme on peut s’en rendre cbmptp facilement par le passage d’une sonde, EL, enfin, .pour les ré*?°iAS S6mentS ClC la lroisième classe, les résultats sont nuis, car il faut, pour obtenir la section: complète, employer un instrument qui vous permette de déployer une force, beaucoup plus considérable, M, Maisonneuve le reconnaissait lui-même.

Rappelant ensuite les expériences bien connues dé Dôlbeau, Ciïânt les expériences de plusieurs chirurgiens, notre confrère arrive facilement à montrer que l’instrument de M. Maisonneuve ne remplit que très-imparfaitement la condition indispensable sectionner le rétrécissement. Je ne saurais trop dire combien je partage l’opinion de M. Delefosse sur Furéthrotome de M. Maisonneuve.

Malgré tous les travaux de valeur qui 6nt cherché à prouver que cet instrument pouvait rendre de véritables services, j’avouerai qu’il’a eu toujours, âmes yeux, Utt aspect si effrayant, que je ne permettrais à aucun chirurgien de l’employer sur ma personne. Sans parler de cé fait auquel je viens de faire allusion et qui a été rapporté par Dolbeau, tout le canal sectionné, sauf le rétrécissement qui avâit échappé, il suffit de lir-e Un grand nombre' d’observations d’urélhrOtomie pour voir qü’il y a eu des accidents et mèmè des accidents graves. ' ;

Passons ert révuè lés différents temps de l'opération : Le conducteur est introduit dans lè rétrécissement, la lame glisse jusqu’au rétrécissement; arrivé à cet endroit, la lame' pressé sur le tissu du rétrécissement; si vous avez la plus légère résistance, le rétrécissement fuira devant la lame et il pourra y avoir là un traumatisme impossible à éviter, et qui devra piccasionner des ecchymoses insterstitielies. Enfin, Ce rétrécissement est franchi; si le chirurgien n’arrête pas immédiatement la main, la lame rencontre la portion membraneuse qui a bien des chances pour être contractée, et, par conséquent, pour être coupée (filin, de Dolbeau).

De plus, peut-on sayofr ce qui a été sectionné par la lame ? Nullement. Vous avpz peut-être une bride dé un millimètre d’épaisseur, la lame eh a huit de hauteur.

On m’objectera que, tous les jours, l’instrument à lame courante est employé sans accidents, pn me citera des thèses dans lesquelles la pratique d’excellents chirurgiens prouve les résultats que l’on peut obtenir. Je répondrai que le canal de l’urèthre est bçaüçoyip plus tolérant et plus complaisant qu’on ne le croit, et que le grand danger des opérations, sur le canal de l’urèthre. provient, surtout des contusions et de la blessure des plexus veineux.

Ces différentes raisons me font complètement partager l’opinion de M. Delefosse, qui trouve que l’instrument à lame courante, et agissant d’avant en arrière, est loin de mériter la vogue dont il jouit, vogue, qui ne peut s’expliquer, dit-il, que parce qu;e le maniement en est facile, qu’il n’exjge aucune étude spéciale, et qu’il peut être manié par4 un élèye de première année.

Voyons donc si l’instrument de Caudmont remplit mieux la condition indispensable de toute urétlirotomie sectionnant tout le tissu du rétrécissement.

L’instrument de Caudmont se compose, dans sa partie importante, d’une olive de 2 à 3 millimètres, dans laquelle se trouve une lame coupante qui sort perpendiculairement à l’olive. On introduit l’olive en arrière du rétrécissement, on Sort la lame, puis, ramenant d’arrière en avant, on sectionne toute l’épaisseur du rétrécissement. Un instrument, avec une olive- et une lame plus considérables, a été construit pour certains cas spéciaux» . ; s o-rdm

Là manœuvré dé cet instrument n’est pas très-facile, il faut avoir un& main exercée pour bien l’introduire ;f ceci n’est pas une objection tfès-importante, à mon avis.

On a reproché à cet instrument d’occasionner souvent des hémorrhagies, mais M. Delefosse ne l’a vu que trois fois sur 72 opérations. . .

En revanche, Cet instrument donne une précision qu’on est loin d’avoir avec la lame' courante; on coupe le rétrécissement bien nettement, et, grâce à la graduation qui permet de faire sortir plus ou moins la lame, on peut s’arrêter dès que la résistance a disparu.

L’objection la plus sérieuse adressée à l’instrument de Caudmont, porte sur la nécessité d’avoir une voie suffisante pour faire pénétrer l’instrument. Il faut, comme vous le savez, faire passer l’olive derrière le rétrécissement ; or Cette manœuvre exige que le rétrécissement laisse passer une bougie des n°“ 12 ou 13 de la filière. L’instrument de Caudmont ne peut donc pas servir pour traiter un rétrécissement étroit dé la première classé ét même de la seconde, à moins que la dilatation soit devenue impossible lorsqu’on est parvenu à un degré déjà avancé. Pour remédier à cet inconvénient, Caudmont et M. Delefosse conseillent d’ouvrir la vp|e par une , scarification ou même par une application de l’instrument de M. Maispnneuve.

J’avoue que je ne suis pas très-partisan de cette manière de faire, et, que cette raison me dispose à considérer l’instrument de Caudmont comme ayant une indication toute spéciale, l’incision des rétrécissements de la troisième catégorie, qui pourraient presque être tributaires de l’uréthrotomie externe.

i Une autre objection, que j’adresserai à l’instrument de Caudmônt, porte sùr le temps de l’opération qui consiste à sectionner le rétrécissement. Il faut tirer l’instrument d’arrière en avant, et rien, dans cette manœuvre, ne guide la main du chirurgien. Le mouvement d’arrière en avant exige quelquefois une grande force, et peut suffire, pour .contusionner le canal cfè l’urèthre et produire quelques lésions.

Devant ces différents desiderata des instruments proposés pour l’uréthrotbmie, j’ai' cherché

si on ne pourrait pas construire un instrument évitant ces tiraillements et permettant de sectionner tout le tissu malade et de ne sectionner que le tissu malade.

Je crois m’être assez .approché du but en construisant un urélhrotome à lame mousse, dont notre collègue, M. Gillette, a bien voulu donner une description dans Y Union médicale. Cet instrument, ou plutôt ces instruments, car il y en a quatre, depuis le n° 6 de la filière jusqu’au n° 18, agissent directement, de dedans en dehors; la lame, quoique mousse, divise bien les tissus résistants du rétrécissement. On introduit le premier uréthrotome, qui se trouve arrêté, au point rétréci, par une olive; on fait sortir deux ou trois fois la lame et, poussant légèrement l’instrument, on voit si l’olive peut passer. On introdui t . successivement les quatre urétfirolomes et on ne fait sortir ,1a lame que lorsque lie passage de l’olive se trouve arrêté, il arrive souvent, qn’après avoir employé le n° l,,qp fait passer sans la moindre difficulté les nos 2 et 3, tandis que l’olive du n° 4 ne peut pas passer ; cela indique qu’il reste encore une portion de tissu fibreux qui à échappé à la section. Je désire appeler votre attention sur ce fait, car tes partisans de l’instrument de Maisonneuve conseillent de placer dans, le canal une sonde du n° 16, qui peut passer sans le moindre obstacle, quoiqu’il puisse rester cependant une bride extérieure qui arrête une olive du n° 18 ou 19.

On né fait pas, avec èet instrument, une véritable incision comme avec ceux de M. Maisonneuve ou de Caudmont, mais une série de mouchetures insignifiantes. Dans les expériences que! j’ai répétées sur des rétrécissements artificiels, on trouve la ficelle sectionnée sans què la muqueuse présente de vraies incisions. Sur le vivant, il est certain que la muqueuse doit être coupée, car nous savons que si là muqueuse ne fait pas partie du tissu fibreux, elle se trouve tellement adhérente et altérée à son niveau qu’elle ne peut échapper à une lésion.

Depuis que j’ai fait construire ces appareils, j’ai fait à l’hôpital 47 uréthro tonnes et je n’ai jamais eu un accident sérieux, quelquefois un peu de sang, comme on le voit après un cathétérisme difficile, quelquefois un petit frisson, cédant à du sulfate de quinine, mais jamais d’infiltration d’urine, jamais d’abcès et, à plus forte raison, jamais dé mort ; aussi n’ai-jé jamais pu vérifier de visu le résultat anatomique.

Quant à la question de récidive qui est le point intéressant, je dirai que je n’ài eu que trois malades que j’aie été obligé de réopérer; deux en 1874, qui ont subi une seconde uréthrotomie en 1876; quant au troisième, opéré deux fois en 1876, une fois en 1877, il a déjà subi deux nouvelles séance en 1878, mais c’est une de ces récidives, ainsi que je le disais tout à l’heure, qui sont indépendantes de l’instrument et qui tiennent à la nature même du rétrécissement.

Je vous prie d’excuser cette digression qui a été amenée par les questions soulevées par Mi Delefosse dans son travail.

Je ne saurais trop vous dire tout le plaisir que j’ai eu à le lire et à l’étudier, et j’espère que M. Delefosse, dont vous connaissez tous le talent, l’honorabilité, sera, pour la Société, un membre travailleur assidu.

Aussi, Messieurs, j’ai l’honneur de vous proposer : 1° de publier le mémoire de M. Delefosse dans nos Bulletins; 2° de nommer M. Delefosse membre titulaire de la Société de médecine de Paris.

M. Reliqdet : M. le rapporteur n’a certainement pas lu les travaux antérieurs, il y aurait trouvé réponse à toutes les critiqués qu’il fait à l’uréthrotome de M. Maisonneuve.

M. Dübüc considère cet instrument comme ayant réalisé un immense progrès dans l’art chirurgical et ajoute que son application est des plus simples à qui prend les précautions nécessaires. M. Dubuc a vu, dans. un hôpital, un chirurgien retirer l’instrument tout armé; il est certain que si, dans ce cas, des accidents sont survenus, ils ne sont pas imputables à l’uréthrotome, mais bien à l’opérateur. L’instrument en lui-même est facile à manier, mais il faut être prudent et ne pas aller trop loin en voulant tout couper, mieux vaut rester en deçà. D’ailleurs la cure radicale des rétrécissements n’existe pas, l’uréthrotomie n’est qu’un moyen d’amener du soulagement.

M. Horteloüp, tout en partageant les idées de M. Dubuc sur le peu de profondeur que doit avoir l’incision et sur l’efficacité relative de l’uréthrotomie, n’en persiste pas moins à trouver l’instrument de M. Maisonneuve effrayant, d’autant plus que son apparente simplicité engage les moins habiles à s’en servir.

M. Reliqüet : Puisque la discussion est engagée, je vais rappeler les principes de l’uréthrotomie de M. Maisonneuve, tels que mon maître me les a enseignés :

l» Une bougie conductrice, occupant tout l’urèthre, sur laquelle on visse un cathéter cannelé :

2° Ce cathéter, cannelé dans sa concavité, a la grande courbure de, Gély, c’est-à-dire une courbure semblable à celle de l’urèthre; ‘ j’ #

3“ La lame triangulaire tranchante en avant et en arrière, mais dont le sommet est mousse. Cette lame présente à sa base deux petits tenons, destinés à glisser dans la cambrure du cathéter, et à y retenir la lame. Cette lame est à l’extrémité d’une tige métallique. Celleci, en s’engorgeant dans le tube cannelé du cathéter, sert à pousser la lame d’une extrémité à l’autre du cathéter;

4° Enfin, une sonde en gomme ouverte aux deux bouts, ayant deux yeux latéraux près du bec, très-souple et d’un calibre moyen, nos 15 à 18.

— Messieurs, après M. Maisonneuve, j’ai décrit cet instrument une première fois dans ma thèse, en 1865. Vous savez la discussion que ce travail a provoquée à la Société de chirurgie. Vous vous rappelez les aménités bizarres que certains chirurgiens m’ont adressées. Les arguments de M., le rapporteur sont exactement ceux qui ont été développés dans cette discussion, et avant d’écrire, s’il s’était donné la peine de lire mon chapitre sur l’uréthrotomie interne, dans mon Traité des opérations des voies urinaires , il n’aurait peut-être pas répété ce qui a été dit avant lui dans la discussion de 1865.

— Tout ce que j’ai à vous dire est imprimé dans mon Traité des opérations des voies urinaires .

La bougie étant engagée jusque dans la vessie, on visse sur elle le cathéter, qui a une courbure semblable à celle de l’urèthre, et on le conduit à la suite de la bougie dans le canal jusque dans la vessie. On a dit que la bougie se pliait près du cathéter. Mais il n’y a qu’une réponse à faire à cette critique; notre collègue, M. Dubuc, vous l’a dit, il faut savoir faire le cathétérisme à la suite de la bougie. C’est une question d’habileté individuelle, et le maladroit qui ne sait pas faire cette manœuvre n’a pas le droit d’en conclure que l’instrument est mauvais.

Le cathéter étant dans la vessie, on le tient de façon que sa courbure soit exactement inscrite dans celle de l’urèthre. La verge tendue, le dos du cathéter est appliqué sur la paroi inférieure du canal, sur la paroi dépressible de ce conduit.

L’urèthre est ainsi tendu du méat au col vésical par le cathéter. Alors, tenant fixe le cathéter et l’urèthre dans cette position, vous engagez la lame en plaçant bien ses petits tenons de la cannelure, puis vous poussez la lame en plaçant bien sa tige dans la cannelure. Cela fait : tenant fixe le cathéter, sa courbure étant dans celle de l’urèthre et son dos bien appliqué contre la face inférieure du canal, vous poussez la lame d’un mouvement bien continu et observé, pour couper le rétrécissement sans secousses. La lame arrivée dans la vessie, le cathéter étant toujours maintenu dans la même position, vous sortez la lame. Le cathéter retiré, laissant la bougie dans l’urèthre, vous le dévissez et sur lui vous mettez la sonde ouverte aux deux bouts. Vous revissez le cathéter sur la bougie, et sur celle-ci vous conduisez la sonde ouverte aux deux bouts jusque dans la vessie.

La lame de l’uréthrotomie de M. Maisonneuve maniée ainsi, ne peut couper que les points de l’urèthre plus étroits qu’elle. En effet, prenez un tube en peau, en cuir (et c’est là l’expérience que faisait constamment M. Maisonneuve), ayant le diamètre de la lame, soit 8 millimètres, placez le cathéter dans ce tube et, sur lui, glissez la lame. Celle-ci distend le tube mais ne coupe pas. Faites des rétrécissements à ce tube et sur le cathéter, glissez-y à nouveau la lame. Quand celle-ci arrive aux points rétrécis, on voit son tranchant antérieur, qui s’engage dans le rétrécissement, être d’abord en contact avec la paroi du tube, puis la lame coupe le point rétréci, mais au delà, dès que le diamètre du tube est égal à celui de la lame, elle ne coupe plus.

M. le rapporteur a dit qu’avec l’uréthrotome de M. Maisonneuve on coupait la portion membraneuse. Il est probable qu’il s’est servi d’un cathéter à petite courbure près du bec. L ayant conduit dans l’urèthre, il aura mis la courbure du cathéter dans la vessie ; et le canal étant occupé par la partie droite du cathéter, il aura poussé la lame. Mais, dans ces conditions, vous avez un tube courbe, l’urèthre, occupé par une tige droite le cathéter. Ici, le cathétér, au lieu d’occuper la courbure du canal, redresse cette courbure. De là une compression de bas en haut contre la symphyse, juste au niveau de la portion membraneuse. Si vous glissez la lame dans ces conditions, vous couperez non-seulement la paroi de l’urèthre au niveau de la portion membraneuse, mais encore le corps fibro-spongieux qui est au-dessus.

M. le rapporteur a dit « qu’on avait vu sortir la lame par le périnée. » Je suis convaincu qu’il n’a pas réfléchi à la portée de cet argument. Si la lame et sa tige avaient été bien mises dans la cannelure du cathéter, ce singulier accident ne serait pas arrivé, et M. le rapporteur ne se servirait pas d’une mauvaise manœuvre chirurgicale, et je dis mauvaise, — je pourrais la qualifier bien autrement, — pour attaquer un instrument qu’il me semble ne pas assez connaître.

Gomme nous l’a dit notre collègue, M. Dubuc, il faut mettre une sonde d’un calibre plutôt faible que gros. Il y a un point qu’il ne faut pas oublier, sur lequel j’ai insisté dernière-

l’union médicale

ment dans mon Étude sur Us spasmes de Turbthrc. Toutes les fols qu’une sonde est serrée dans l’urèthre, elle provoque des spasmes de la région profonde de l’urèthre et des besoin* mêmes factices d’uriner. Alors, la sonde ne peut pas être supportée. De plus, en arrière du point où la sonde est serrée, les liquides propres de l'urèthre s'accumulent et augmentent l’irritation de la région profonde du canal. Avec une sonde libre dans le canal, il n'y a pas d’excitation de l’urèthre, les liquides sécréteurs du canal s’écoulent pardessus la sonde, qui est toujours très-bien supportée.

Messieurs, il semble, d’après eé rapport, qu’avec un bon uréthrotome on peut guérir les Rétrécissements. Mais cela est absolument inexact, quel que soit l’instrumeùt employé. Si vous ne faites pas disparaître la dilatation de l’urèthre en arrière du point qui a été rétréci, vous êtes certains de voir le rétrécissement se reproduire rapidement, Il faut calibrer le canal’ non-seulement en dilatant les parties rétrécies, mais en faisant disparaître les dilatations. Pour céla, la dilatation temporaire progressive avec le cathéter Béniquè est indispensable.

Enfin, M. le rapporteur ne nous parle pas des travaux antérieurs publiés par ie candidat, ce qui était son devoir ; il aurait pu nous entretenir d’un chapitre contenu dans le volume intitulé : Pratique de la chirurgie des voies urinaires, un chapitre sur l’ Hématurie, qui l’aurait frappé. Il y est dit qu’on ne sajt pas d’où vient le sang dans les hématuries, et que, dans tous les cas, il ne faut rien faire contre l’hématurie.

M. Horteloüp : Je Connais parfaitement et les faits et les livres où ils sont consignés, mais pour le moment, il ne s’agit que d’un rapport sur le travail de M. Delefosse. Et d’ailleurs, il n’y a rien d’absolu dans tout cela. Ainsi, M. Reliquet nous dit, à propos de la sonde h demeure, « qu’elle est indispensable et qu’il est criminel de n’en point mettre après l’Uréthrotomie. » Eh bien, pour ma part, je n’en ai jamais mis; on n’en met pas dans plusieurs services des hôpitaux de Lyon, et enfin, je ne crois pas qu’il soit bon d’en mettre. J’ai fait 4 7 uréthrolomies par ma méthode que je continuerai à considérer comme aussi bonne qù’uae autre, tant que je n’aurai pas vu d’insuccès. L’expérience de la peau de gant ne signifie rien, j’ai youlu la répéter sur le cadavre et j’ai fait une incision.

M. Dübuc : J’ai pris la parole parce que je trouvais que l’instrument de M. Maisonneuve n’était pas apprécié à sa juste valeur et qu’il m’était pénible de l’entendre dénigrer par la parole autorisée de M, Horteloüp.

Quant à la sonde à demeure, son emploi provoque une douleur insignifiante et son séjour est bien toléré. Je crois, en gomme, que l’on peut s’en dispenser, mais qu’il est meilleur de s’en servir,

— La séance est levée à cinq heures et demie.

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

Séance du 18 décembre 1878. ~r présidence deM. Félix Guyon.

A l’occasion du procès-rverbal de la dernière séance, M. Desprès revient sur la question des rétrécissements congénitaux du rectum, Contrairement à l’opinion de M, Reynier, qui admet que les .rétrécissements sont constitués par la muqueuse seule, M, Desprès pense qu’ils &e font aux dépens du tissu fibreux sous-jacent sur lequel la muqueuse ge meut en toute liberté* Tout récemment, il a observé un malade atteint depuis longtemps de dysenterie et d’uû rétrécissement qui ne laissait pas passer le doigt; or, chez; cet homme, la muqueuse était intacte au niveau, au-dessus et au-dessous dn point malade,

— M. Delens lit un rapport sur deux observations de M, le docteur Pilate (d’Orléans). I* première est relative à une opération de taille vésico- vaginale avec suture immédiate, cbez pue femme dont Ja guérison, constatée au bout de dix jours, ne s’est pas démentie.

Le sujet de la deuxième observation est un enfant de 2 ans 1/2, chez lequel M. Pilate a pratiqué l’ablal}on d’une tumeur de l’aisselle. Cette tumeur, essentiellement kystique, renfermait dans ges cloisons des éléments cartilagineux ; son existence avait été reconnue <hnS m PD-v^er ™.ois après la naissance, Sa présence des éléments cartilagineux fait penser à M, Pilate qu tl a eu affaire à une tumeur de nature douteuse, sinon absolument maligne. '

M. Panas se demande s’il ne s’agirait pas là tout simplement d’un kyste fœtal. Il rappel'® qu il a présenté mi-même, l’année dernière, à la Société de chirurgie, une tumeur de b cT0,ccygie”ne renfermant les mêmes éléments, et qu’il a considérée comme un gern>e avorté. Il en est probablement de même de la tumeur de M. Pilate.

JT/!, * ^°P°S de la Premlère observation de M. Pilate, dit qu’il vient, lui au??!* f pratiquer tout récemment une taille vaginale avec réunion immédiate. Il ri’ÿ eut p»s la

moindre fièvre; la sonde à demeure fut enlèvée le troisième jour, et, malgré une cystite intense, la guérison était complète au bout de onze jours.

— M. Terrier communique là' relation d’une opération d’ovariotomie qu’il a pratiquée avec le concours de M, le docteur Pozzi, sur une jeune fille de 25 ans, qui avait toujours été régulièrement menstruée.

En 1876, elle fut prise de douleurs de ventre, avec phénomènes de péritonite et ascite consécutive. Un médecin lui fit une ponction et eut l’idée singulière d’y joindre une injection de teinture d’iode qui fuit naturellement suivie d’une nouvelle poussée inflammatoire du côté du péritoine. La même opération fut répétée tfoiâ ou quatre fois. Cétlë année, la malade s’adressa à M. Pozzi, qui fit une nouvelle ponction exploratrice. Le liquide, analysé par M. le docteur Méhu, pharmacien en chef de rhôpitàl Necker, fut reconnu de nature ascitique. Au-dessous de l’ombilic, la. matité était absolue; le diagnostic fut : tumeur solide,' probablement ' adhérente à l’Utérus et compliquée d’ascite. Bféh qtie ce diagnostic fût loin d’être complet;, l’Opération fut décidée et pratiquée au mois de septembre dernier. On trouva une tumeur énorme remplissant toute 1» cayité pelvienne, englobant les deux ovaires et surmontée par les anses intestinales agglutinées, très-probablement par le fait des injections jodéçs.. Cette masse fut séparée en deux parties que l’on enleva l’une après l’autre. Sur tous les vaisseaux, on plaça des ligatures de catgut; un drain fut établi entre le vagin et l’angle inférieur dé/ là 'plaie. L’opération avait duré une heure et demie. Les suites furent relativement très-bénignés. Peu à peu les intestins réfouïès reprirent leur place ; au bout de dix jours, on eülevait lè drain, et la malade sortait guérie à la fin du deuxième mois.

• M. Lucas-Championnière- cite une Opération analogue pratiquée par M. Spencer-Wells. Seument le chirurgien anglais a fait le drainage direct par la plaie ; le drainage vaginal expose, en effet, à la suppuration du petit bassin. ,>£m. dutsO

M. Panas dit avoir fait, l’année dernière, ppe ovariotomie par la. méthode. antiseptique. Obligé de laisser le pédicule dans l’abdomen, il a mieux aimé faire le drainage que de fermer la plaie. Le tube était nettoyé tous les jours et servait à faire dés injections phéniquées. Comme M. Spencer-Wells, M. Panas a fait le drainage direct par la plaie. Il n’y a pas eu de fièvre et la malade a guéri. . •

M. Boinet fait observer qu’il y a une distinction à établir relativement au drainage. Dans les cas de tumeur avec adhérences nombreuses, le drainage. est une bonne chose; dans le cas contraire, quand il n’y a pas complication, il faut bien s’en garder.

— M. 'filiaux présente une pièce pathologique provenant d’un jeune garçon de 15 ans qui, à la suite d’un léger traumatisme de ia jambe, a été atteint Ad’ostéomyélite du tibia. Il a fallu recourir à l’amputation du membre. Le canal médullaire du tibia est plein de pu? dans toute sa longueur. L’astragale et la malléole externe sont dépouillées dé leur périoste ; les épiphyses sont relativement peu malades.

— M. Guyon présente, au nom de M. Collin, fabricant d’instruments de chirurgie, divers instruments pour la recherche et l’extraction des corps étrangers de la vessie.

Dr A. Tautivel,

JI. A. de l’ItaLIis. pydrôthérfiçli^ne 4e ppllcVue,

Banquet offert par lé ‘CoVjps médical français

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