SÉANCE ANNUELLE DE LA SOCIÉTÉ PROTECTRICE DE L’ENFANCE
Une intéressante matinée, une véritable fête de famille, a été donnée, dimanche 9 février, dans la salle du théâtre dp Château-d’Eau, au profit de la Société protectrice de l'Enfance.
Cette réunion, présidée par M. le docteur Théophile Roussel, sénateur, promoteur de la loi sur les nourrissons, avait attiré une foule nombreuse composée en grande partie de dames du monde, et dans laquelle nous avons remarqué la présence de plusieurs de nos confrères, de Paris. On peut dire que presque toutes les classes de la société s’y trouvaient représentées. On y remarquait particulièrement une délégation de MM. les élèves de l’École polytechnique, en uniforme, car, circonstance ignorée sans doute de beaucoup de nos lecteurs, l’École polytechnique, cette pépinière de savants, d'ingénieurs, d'illustrations civiles et militaires, est affiliée collectivement à la Sqciété protectrice de l’Enfance * et participe activement à son œuvre d’humanité et de bienfaisance.
La salle était absolument comble lorsque M. Théophile Roussel a ouvert la séance par quelques mots chaleureux dans lesquels il a fait connaître l'objet de la réunion, et qui ont été couverts d’applaudissements.
fia parole a été ensuite donnée à M. Marjolin, président de la Société protectrice de l’Enfance. Après avoir remercié en excellents termes M. Théophile Roussel d’avoir bien voulu consentir à honorer de son patronage cette fête de famille ; après avoir payé un juste tribut d’hommages et de regrets â ses deux prédécesseurs, MM. Félix Boudet et Despaulx-Ader, les Tome XXVff. — Troisième série. 28
l’efficacité des mesures énergiques décrétées par le gouvernement russe pour y éteindre la maladie ne saurait être mise en doute.
« D’un autre côté, l’intérêt qu’a la Russie à mettre fin à une épidémie qui cause tant d’émotion, et qui pourrait, par son extension, apporter un grand trouble à son commerce et nuire à son prestige, cet intérêt est un sûr garant que les mesures prescrites seront rigoureusement appliquées. » ,
C’est avec le printemps que commencera la période dangereuse pour l’extension de la maladie, si les mesures prescrites ne l’ont pas éteinte dans son foyer. Alors, pense M. Fauvel, la propagation se fera en raison de la facilité des communications et dans la direction où se rencontreront les conditions les plus favorables au.développement de la maladie. Au point de vue de la propagation de la maladie, M. Fauvel signale l’importance de la ville de Tserizine, où aboutissent, les chemins de fer de Moscou et de Tangarok; le premier menaçant la Russie centrale; le second « bien autrement à. craindre au point de vue européen. Siège d’un grand courant commercial aboutissant à la mer d’Azoff et à la mer Noire, il traverse des, contrées très-favorables à la peste. — C’est donc de ce côté surtout que l’attention de l’Europe méridionale doit se porter. Il est évident qu’une fois le littoral de la mer, Noire atteint par la pèstè, toutes les provinces de la Turquie ravagées par la guerre seraient gravement menacées, et que, si la maladie venait à faire invasion en Bulgarie et en Roumélie, où tant de ruines et de misères ont été accumulées, elle y trouverait des conditions bien favorables à son développement. »
Alors deviendraient opportunes et légitimes les mesures prises en Autriche- Hongrie et sur le littoral de la Méditerranée, et qui, dans l’état actuel des choses, paraissent réellement excessives.
M. Fauvel termine par les lignes suivantes cet article qui, sous sa plume autorisée, acquiert une réelle importance :
« En résumé, les craintes conçues en Europe à la nouvelle de l’apparition d’une épidémie pestilentielle au sud-est de la Russie, ne nous paraissent pas j ustifiées dans leur exagération ; nous pensons que cette épidémie ne se propagera pas beaucoup au delà de ses foyers actuels, et même que, par suite des mesures énergiques prises par le gouvernement russe, elle y sera éteinte; nous ne méconnaissons pas sans doute la possibilité de l’extension de l’épidémie en Russie au retour de la saison douce, particulièrement vers lé sud-ouest, du côté dé la mer d’Azoffet de la mer Noire, et que, dans ce cas, les provinces ravagées par la guerre seraient grave-
deux premiers présidents de la Société, « qui avaient, a-t-il dit, le plus contribué à sa prospérité », M. Marjolin a exposé le but que se sont proposé les fondateurs de cette institution, l’esprit qui la dirige, le bien qu’elle a fait jusqu’à ce jour et celui qu’elle a encore l’ambition de faire en suscitant par son exemple, dans toute la France, la création de Sociétés semblables.
« Venir au secours des mères nécessiteuses, leur faciliter les moyens de garder et de nourrir leurs enfants, veiller avec sollicitude sur tous ceux qui, n’ayant pu rester dans leur famille, ont dû êire envoyés au loin et confiés à des étrangers, répandre et vulgariser dans les villes et les campagnes les préceptes d’une bonne hygiène, faire en sorte de ramener à une meilleure conduite et de réhabiliter la femme qui a commis une faute, tel est, a dit M. Marjolin, le but de la- Société protectrice de l’Enfance.
« Aussi, pouvons-nous proclamer hautement, a-t-il ajouté, que s’il est une céuvre de charité* de morale et de patriotisme sans égale, c’est bien celle qui, en rappelant aux mères leurs devoirs et en leur en facilitant l’accomplissement, est arrivée, à force de dévouement et de persévérance, à conserver à la France des milliers d’enfants que, chaque année, la mort pré levait. Dîme affreuse pour les familles et le pays, tel que vous pouvez encore rendre moins cruelle, si vous voulez nous venir en aide. »
Fondée en 1865, la Société protectrice de l’Enfance est arrivée, dans l’espace de treize ans, à grouper autour d’elle un nombre considérable de personnes dévouées au bien et à encourager la formation d’autres Sociétés semblables. Ce qui a surtout contribué, suivant M. Marjolin, au succès et à l’agrandissement de cette Société, c’est qu’elle a eu le bon esprit d’accueillir avec le même empressement, parmi ses membres, tous les gens de cœur, sans tenir compte des différences de culte ou d’opinion. Et, en cela, elle a prouvé que, complètement étrangère à tout esprit de secte ou de coterie, une seule pensée la guidait : le bien
ment menacées; mais nous admettons qu'en tout état de cause, grâce à des mesures préventives sagement appliquées, ni l’Europe en général, ni la France en particulier n’auraient rien à crainde de cette épidémie. »
Voilà certes un langage bien différent de celui que tenait il y a huit jours, à l’Académie des sciences, l’illustre promoteur du percement de l’isthme de Suez. M. Fauvel n’écrit même pas le mot contagion, tant le fait de la transmissibilité de la peste par voie de contagion lui paraît établi sur des bases indiscutables et indiscutées. M. de JLesseps, au contraire, paraît en être resté sur ce sujet aux opinions des médecins f aqçais. vivant en Egypte alors qu’il y remplissait les fonctions de consul général. Depuis, M. de Lesseps a vécu pendant plusieurs années en conlact avec notre confrère, et ami Aubert-Roche, médecin en chef du personnel de l’isthme de Suez et qui,, coipme. Chervin, est mort dans ses énergiques convictions anticontagionnistes, Il y, a moins d’un tiers de siècle que la croyance à la non-contagion était celle de l’immense majorité des médecins français.
Un revirement complet d’opinion s’est fait à cet égard. Le principal instigateur de ce revirement a été incontestablement M. le docteur Fauvel. Ses écrits, sa participation, active aux Conférences internationales de Constantinople et de Vienne, aux travaux des Congrès d’hygiène de Bruxelles et de Paris, ses discours à l’Academie de ; médecine ont converti à ses opinions à peu près tous les médecins, parmi lesquels on trouverait difficilement des dissidents. Dans un autre ordre d’idés, bien entendu, nous comparerions volontiers M. Fauvel à M. Pasteur pour la fermeté de la croyance, l’abondance des faits sur lesquels elle s’appuie, la solidité de l’argumentation, l’habileté et les ressources de la dialectique çt l’enchaînement des preuves; même impatience de part et d’autre contre la contradiction, irritation semblable contre les seules apparences de l’opposition. La science, comme la philosophie, comme la politique, a besoin de ces caractères. M. Fauvel, comme, M. Pasteur, est un caractère.
Nous assistons, attentifs, à ces- évolutions de l’opinion et nous les subissons. Evidemment nous ne pensons pas aujourd’hui ce que nous pensions il y a trente ans relativement à la transmissibilité des maladies pestilentielles. Il ne faut éprouver ni honte ni regrets d’être vaincu par l’observation et par la vérité. A. L.
pour tous et par tpus. Elle a su en outre, avec raison, tout en respectant les lois de la morale, fermer parfojs les yeux sur des fautes même graves, afin de pouvoir ramener dans la voie régulière les pauvres créatures qui s’en étaient écartées. En prodiguant des consolations à ces cœurs brisés par l’abandon et durement repoussés par l’intolérance, elle a fait une œuvre méritoire devant Dieu et devant ies hommes.
Instruite par l’expérience que la meilleure de toutes les conditions pour conserver la vie de l’enfant, c’est qu’il soit nourri par sa mère, la Société encourage et facilite l’allaitement maternel en donnant des secours à celles qui sont dans la misère.
Elle demande et exige que les enfants des familles secourues par elle soient vaccinés; qu’ils soient, en outre, conduits à l’asile ou à l’école, dans le but de prévenir le vagabondage. A cet effet, au besoin, elle fournit des vêlements et des chaussures aux enfants qui n’en ont pas. — Elle facilite l’admission, dans les hôpitaux, des mères malades qui ne peuvent soigner leurs enfants. — Elle s’occupe de procurer des logements aux familles trqp souvent parquées dans de misérables réduits insalubres.
Il suffit, pour devenir membre titulaire de la Société, et pour participer ainsi au soulagement d’un nombre infini de mères et d’enfants plongés dans la misère, il suffit, disons-nous, de donner 10 francs par an, moins de 1 franc par mois! Quel est l’homme, je ne dis pas riche, mais tant soit peu aisé, qui, s’il est humain , pourrait ne pas consentir à faire partie d’une Société où l’on peut contribuer à faire tant de bien à si peu de frais !
M. Marjolin a fait une peinture éloquente et saisissante dans sa sjraplicilé de la misère physique et morale où sont plongées quantité de familles au sein desquelles les dames palronnesses de la Société protectrice de l’Enfance se dévouent à porter les secours de la bienfaisance et les consolations de la charité.
CLINIQUE MÉDICALE