DES CAS DANS LESQUELS IL CONVIENT DE QUÉRIR LES GOURMES
Par te professeur ThotssfiAü.
(Suite et tin.— Voir le numéro du 22 févriér.)
Nôù& flè sommes plus au temps oü Ton croyait que l’homme avait eh lui le germe de toutes les maladies; qu’uné causé quelconque h’agissait que comme excitatrice, absolument Comme la chaleur pour l’ceuf préalablement fécondé. Nous croyons un peu davantage aujourd’hui à la spécificité et à l'autocratie dés causes; et sans ôter au substratum, c’est-à-dire au corps de l’homme, une part fort grande dans la forme de la manifestation effective, nous accordons néanmoins à la cause l’influence spécifique, en d’âütfeâ termes, l'influèncé qui donné à la forme maladive des caractères propres, distincts.
La maladie, à moins qu’élle rie soit héréditaire, sera donc presque toujours pour nous le résultât d’une influence extérieure, que cette influence se soit exercée lentement Ou qu’elle ait agi àV'éc uné grande rapidité.
La plupart des causes morbifiques peuvent être considérées comme un agent toxique, lequel éveille, dans le corps de l’homme, des mouvements spéciaux et donné lieu à des lésions diverses,
On ne peut guère nier qu’il en soit ainsi pour les fièvres éruptives, pour la syphilis, pour la plupart des maladies contagieuses. L’analogie semblerait indiquer que les' maladies endémiques et épidémiques peuvent se ranger sous le même; chef, et alors il ne faut plus beaucoup d’efforts pour faire rentrer dans le cadre général presque toutes les maladies sporadiques
Il est quelques-unes de ces causes qui semblent ne pas aller au delà de l’épiderme, en ce sens qu’elles bornent leur action au point touché, sans que l’harmonie générale ait été troublée. Un grand nombre d’agents irritants sont dans ce cas.
Quelques-unes, d’abord exclusivement locales, finissent par devenir générales, en ce sens que certains principes absorbés agissent dans l’économie à la manière d’un ferment multiplicateur.
D’autres s’attaquent d’emblée à la masse, s’y mêlent en silence et sans provoquer
« Ah! s’est-il écrié, si Vous êtes avides de véritables émotions, n’afle2 pas les chercher dans ces théâtres ou la représentation dé f homme malade et dégradé est plutôt faite pour inspirer le dégôùt que la pitié, mais suive* nos dames patronnesses dans leurs laborieux et utiles pèlerinages, et alors, à la Vue de la misère dans toute son affreuse réalité, votre ccéuf sera ému de compassion, et vous voudrez vous enrôler avec nous! »
M. Marjolin a signalé ensuite à la reconnaissance publique le zèle ét le désintéressement avec lesquels un grand nombre de nos confrères des départements se Sont chargés de la tâché délicate et souvent difficile de surveiller les nourrissons envoyés à la campagne, loin de lellfS familles.
Le discours de l’honorable et sympathique ôrateür, tout vibrant, pôlir aihsi dire, de sentiments nobles et généreux, a sôulevé, à diverses reprisés, les applaudissements et tes bravos de l’assistance tout entière.
L’assemblée a également applaudi 1e compte rendu des travaux et de la situation de l’œuvre pendant l’année 1878, par M. le docteur Duchesne, secrétaire général; 1e rapport de la commission du prix,. par M. itaynâud, docteur en droit, avocat à la Cour d’appel; 1e rapport de la commission des médailles !t décerner à MM. lés médecins inspecteurs et tes inspecteurs délégués, par M. le dôcteur Fauvelle; le rapport de la commission des encouragements â l’allaitement maternel èt des récompenses aux mères faourricès, paê M. le docteur Linas.
La proclamation des noms dès lauréats a été saluée par de chaleureux applaudissements. Une quêté a été faite ensuite, dans la salle, par M“‘ Legttult. Elle a dù être fructueuse; une véritable pluie d or semblait tomber sur la Charmante quêteuse, t<?bte aise et toute heureuse de sé Voir ainsi métamorphosée en ftanaé de la charité et de la bienfaisance.
Enfin, pour couronner cette agréable matinée, on a joué le joli proverbe d’Alfred de Musset:
d’abord dé troubles appréciables, jusqu’au moment où, ayant donné lieu à une sorte de fermentation générale, il se fasse, â uné époque déterminée, du côté de la peau ou des membranes muqueuses, une manifestation nécessaire et d’une durée limitée, comme pour les fièvres éruptives; tantôt fort incertaines, comme pour l’impétigo.
Nous allons voir tout â ï’hëüré comment ce que l’ôn comprend sous le nom de gourmes rêntre dans l’une de ceS trois catégories, et comment la thérapeutique va tout de suite trouver à intervenir Utilement.
Tous les jours, chez les enfants nouveau-nés, nous voyons survenir aux talons, aux malléoles, aux cuisses, aux fesses, des phlegmasies superficielles et même d’assez profondes ulcérations. Une pièce de toile trop dure et trop neuve, un lange mal placé, le contact continuel des urines et des matières stercorales avec une peau trop délicate encore, sont souvent la cause de toutes ces lésions.
il n’est aucun médecin qui considère cela comme de la gourme. Tout le monde conseille des bains, des lotions un peu astringentes, du soin, de la propreté; le mal se guérit sans dommage, et, au contraire, avec tout avantage pour la santé de l’enfant.
Si, peu de jours après sa naissance, il se déclare une violente ophthalmie catarrhale, sous l’influence d’un refroidissement, au contact du virus blennorrhagique, d’une constitution épidémique, le mai est ordinairement sans retentissement, et si graves que soient les désordres locaux, on n’est pas encore en droit de voir ici une diathèse; on guérit par des remèdes topiques. La santé générale, qui s’accomnqodait de la lésion de l’œil, ne s’altère pas après la guérison, Dans ce cas, on doit guérir, et le plus vite est le mieux.
Mais lorsque ces lésions de la peau dont je parlais tout à l’heure se spnt aggravées par l’incurie des parents ou par toute autre cause, et que, durant plusieurs mois, il s’est établi une suppuration au pli des Guisses, derrière les oreilles, à la tête; bien que, dans l’origine, ces diverses irritations locales aient été peut-être dommageables pour l’enfant, néanmoins l’énergie vitale surmonte ces légers obstacles, la santé s’est affermie et est devenue florissante, malgré les suppurations inutiles ou nuisibles qu’on avait laissées s’établir. Remarquez bien que, dans ce cas, la santé est devenue bonne, malgré la Suppuration et non pas à cause de la suppuration; cependant tout continue de la même manière pendant un certain temps; l’économie s’est accommodée à des sécrétions accidentelles; ces sécrétions, qui toujours ont marché parai-* lèlement aux sécrétions normales, sont en quelque sorte devenues constitution-
11 faut qu'une, porte soit ouverte ou fermée , spirituellement interprétée par la belle MUe Edité Riquer et par M. Pruilhon, de la Comé lie-Française. Divers morceaux chaînés par MUe Legault et par M. Dangon, des scènes comiques dites avec beaucoup de gaîté et d’entrain par M. Fusier, du théâtre du Palais-ftoyal, ont été vivement applaudis. A tous ces habiles artistes, l’assemblée a décerné des bravos et des rappels mérités. On a également applaudi l’orchestre municipal du Ier arrondissement qui, sous la direction de M. Désfbntainès, a gracieusement prêté son concours à cette solennité.
Nous sera-t-il permis, au milieu de ces justes éloges, de hasarder une critique, et de regretter que la partie dramatique et musicale du programme de la fêle ait été malheureusement écourtée par suite du nombre et de la longueur des discours et des rapports? Une scène des Femmes savantes qui devait être dite par deux des plus charmantes artistes de la Comédie-Française, divers moroeaux de chant et de musique instrumentale ont dû être supprimés à cause de l’heure trop avancée \\ semble que le discours de M. le président et le compte rendu de M. le secrétaire général, dans lequel pourraient avantageusement se fondre les rapports particuliers, devraient suffire a la partie oratoire dq programme, afin de laisser plus de place ti l’exécution de la partie dramatique et musicale. Espérons que, l’année prochaine, les orateurs Sauront sacrifier les palmes de leur éloquence sur l’autel de l’art et de la beauté. Us en seront amplement récompensés par les témoignages non équivoques de la reconnaissance universelle.
D' A. fAntiikhs
nelles el ont pris, physiologiquement, une véritable importance; leur brusque sup. pression change en un instant toute l’harmonie des fonctions, l’équilibre est rompu et là maladie se développe.
L’histoire des fonctions adventitielles occupe, dans la pathologie, une place plus grande que ne le croient la plupart des médecins; car l’homme est ainsi constitué qu’il peut s’accoutumer à ces fonctions nouvelles qui, plus tard, prendront chez lui une fâcheuse prédominance. Je veux, entre mille, choisir quelques exemples. Le flux hémorrhoïdal est évidemment une fonction adventitielle qui, sans doute, peut être comparée au flux menstruel, mais qui, dans l’ordre hiérarchique des fonctions temporaires, se place bien loin derrière celui-ci; si le flux hémorrhoïdal reparaît régulièrement chaque mois, comme on l’a vu assez souvent, désormais il est, pour l’homme, ce que les règles sont pour la femme, il devient constitutionnel, il est nécessaire à l’harmonie de la santé. Dans l’exemple que je viens de prendre, la fonction adventitielle s’est établie, en quelque sorte spontanément, en vertu d’une disposition exceptionnelle, peut-être congénitale. Cherchons maintenant à produire de toutes pièces cette fonction. Qu’un hypochondriaqüe applique régulièrement, chaque mois, dix sangsues au siège, pour conjurer un péril imaginaire; pendant un certain temps, il souffrira peut-être de la perte de sang qu’il s’est inutilement imposée; mais bientôt, triomphant de cette cause de débilitation, il reprendra, malgré ses saignées périodiques, une santé aussi bonne que celle dont il jouissait quand il a commencé à appliquer des sangsues; en d’autres termes, l’économie s’est accommodée à la fonction nouvelle. Que si maintenant on vient, tout à coup, à supprimer l’application de sangsues, il en résultera presque certainement un malaise analogue à celui qu’éprouvent les femmes dont les règles s’arrêtent, et peut-être même une maladie grave sera-t-elle la conséquence de cette imprudente mesure. Ce que je viens de dire s’applique aux vésicatoires, aux cautères, à certains régimes, à l’usage du tabac, des purgatifs, etc., etc.
Il est donc permis d’établir en principe que lorsqu’une suppuration, même accidenlelle à son origine, aura longtemps duré, et que la santé n’en souffrira nullement, la guérison ne doit être recherchée qu’avec de grandes précautions.
D’autres conditions vont maintenant nous imposer d’autres règles.
Un enfant a une mauvaise santé, il survient tout à coup un impétigo qui prendra une allure chronique; à partir de ce moment, la santé s’est rapidement améliorée, et, tant que durent les gourmes, l’enfant se porte bien. Ici, de toute évidence, les gourmes doivent être respectées, du moins pendant un certain temps; et lorsque, plus tard, on devra en tenter la guérison, on devra user de plus de précautions encore que dans le cas dont nous avons parlé plus haut. Nous aurons à nous occuper de ce traitement.
Nous venons de voir les gourmes, liées à un état général, et s’imposer en quelque sorte à la constitution tout entière; dans quelques cas, dans un champ moins vaste, et avec moins de péril, la question des gourmes vient se débattre. Un enfant a mal au nez, il est atteint d’un eczéma impétigineux. Avec des lotions de liqueur de Van Swieten, une pommade hydrargyrique ou sulfureuse, quelques cautérisations superficielles ou tout autre remède, le nez se guérit; presque immédiatement il survient une ophthalmie catarrhale; celle-ci ne cesse que lorsqu’une suppuration s’établit derrière les oreilles ou au cuir chevelu; et, pendant des mois entiers, nous voyons sous nos yeux, spectateurs impuissants et quelquefois médecins dangereux, se faire ces singuliers échanges. Ici, avant tout, avant de lutter contre la diathèse qui domine ces manifestations locales, il faut, de plusieurs maux, choisir le moindre; laisser l’eczéma chronique occuper les oreilles et le cuir chevelu, où il ne fait pas courir de grands risques, afin de mettre les yeux à l’abri.
Nous avons, tout à l’heure, supposé que les gourmes se manifestaient chez un enfant bien portant, qui d’ailleurs n’en éprouvait ultérieurement aucun dommage; ou bien que leur apparition coïncidait avec le retour de la santé du jeune malade. Il reste un troisième cas, c’est celui où les gourmes sont le signal de graves désordres chez un enfant très-bien portant jusqu’ici. Dans ce cas, il faut modérer
Supplément.
leur explosion s'il y a de la fièvre, et les guérir au plus vite, sans craindre de prétendues répercussions.
Mais, dans quelques circonstances que d’ailleurs les gourmes se soient manifestées, si elles deviennent inquiétantes, soit par la violence de la réaction fébrile ou nerveuse à laquelle donnent lieu les lésions locales, soit par le siège même qu’elles occupent, alors il faut, si la chose est possible, ou les modérer ou les guérir, en mettant en balance les risques que les remèdes ou que les accidents peuvent faire courir au malade. Ce que je dis s’applique à l’eczéma, qui tend à occuper toute la surface du corps ou à envahir les oreilles, le nez, les yeux; cela s’applique aux phlegmasies des ganglions lymphatiques, aux phlegmons, suite si ordinaire des suppurations externes.
Or, il faut bien le dire, les préjugés les plus funestes lient les mains du médecin ; influencé lui-même par la terreur des familles, il n’ose pas toujours suivre les inspirations de sa conscience, il redoute quelquefois une issue funeste, il la prévoit, il n’ose lutter contre la routine, de peur qu’on ne lui impute un malheur que peutêtre il aurait évité par une conduite courageuse.
Les suppurations extérieures ont, en effet, plus d’un danger. Outre les accidents fort graves qui peuvent résulter de la propagation des phlegmasies de la peau aux membranes de l’œil, du nez, de l’oreille; outre l’inflammation des ganglions lymphatiques qui amènent des abcès et des plaies difficiles à guérir, des cicatrices vicieuses, etc., etc., il y a encore des désordres plus sérieux à redouter du côté des organes internes.
On a dû remarquer que j’avais supposé la santé préalable lors de l’établissement de ce que j’ai appelé une fonction accidentelle. C’est dire que cette fonction accidentelle était au moins inutile ; car celui qui se porte bien risque toujours à vouloir se porter mieux. L’établissement de la fonction adventitielle a donc eu ces très-graves inconvénients, d’abord d’imposer à la nature des efforts pénibles et quelquefois périlleux ; en second lieu, de créer une habitude nouvelle pour le moins inutile, et dont on ne pourra s’affranchir sans courir quelques dangers.
D’où ce principe : lorsque la santé est bonne, il faut, à tout prix, s’opposer à l’établissement des gourmes chez l’enfant.
Ce précepte, évidemment, ne s’applique qu’aux éruptions non nécessaires, et, par conséquent, il laisse en dehors les fièvres éruptives, l’impétigo aigu; mais il s’applique aux accidents non nécessaires qui suivent si souvent les éruptions aiguës. Ceci demande quelques développements.
Si, tout à l’heure, je faisais au médecin un précepte d'éteindre, dès leur apparition, ces phlegmasies cutanées qui, chez un enfant bien portant, ne peuvent que donner lieu à des accidents, je ne saurais, sans une absurdité dont personne, Dieu merci, ne me croira capable, donner le même conseil relativement aux éruptions cutanées qui appartiennent aux pyrexies exanthématiques, et, pour moi, l’impétigo aigu se range dans la même classe que la variole, la scarlatine, la rougeole. Je laisserai donc marcher l’éruption ; mais celte éruption a un terme, un terme que l’on peut apprécier. Si donc, au delà de ce terme, nous voyons s’établir des suppurations, comme cela est si commun dans la scarlatine, dans la variole, dans la rougeoie, loin de voir ici un phénomène critique nécessaire comme celui de l’éruption primitive, il faut ne voir qu’une tendance aux suppurations locales, lesquelles, toujours fâcheuses, ne peuvent à leur origine avoir pris rang de fonctions adventitielles, et contre lesquelles il importe de lutter avec l’énergie la plus vive.
Les furoncles, les phlegmons de la variole doivent être poursuivis, détruits, prévenus; la thérapeutique la plus énergique doit intervenir dès l’abord pour conjurer ces accidents; de même pour les phlegmasies des yeux, du nez, des oreilles, des ganglions lymphatiques, si graves quelquefois et si opiniâtres.
J’ai fait voir aussi comment une suppuration préalable devenait ultérieurement cause de suppuration, comment il s’établissait dans l’économie une véritable diathèse de suppuration ; or, la manifestation de cette diathèse a lieu non-seulement
du côté de la peau et des membranes muqueuses externes, mais encore du côté des viscères intérieurs.
Un enfant sain d’ailleurs prend-il une pneumoriie? U pourra succomber à la vivacité de la phlegmasie ; s’il guérit, il guérira ordinairement d’une manière complète; mais si, par malheur, au moment de l’invasion de l’inflammation pulmonaire, l’enfant avait des gourmes; ôu bien encore s’il en avait eu peu de temps auparavant, la pneumonie prend une gravité insolite, et si le petit malade échappe aux premiers accidents, il succombe presque toujours avec des lésions chroniques, lésions de la forme la plus grave ; car, dans ce cas, il se développe souvent une phthisie aiguë. Ce point de pathologie s’est présenté tant de fois à mon observation que je n’hésite jamais à porter un pronostic fâcheux lorsque je vois une maladie interne: de quelque gravité survenir chez un enfant qui avait des gourmes. Chez ces enfants,: les varioles, les érysipèles, les rougeoles, les scarlatines, sont bien plus souvent mortelles que chez ceux qui n’avaient pas de suppurations lorsque la maladie lés a frappés. Comment alors, en présence de tels dangers, le médecin hésiterait-il à lutter contre l’établissement des gourmes, lorsque la santé de l’enfant est bonne?
Concluons maintenant par des préceptes pratiques :
a. Lorsqu’un enfant est bien portant, les gourmes ne sont jamais nécessaires; comme elles peuvent être nuisibles, il faut à tout prix les arrêter dès leur début.
b. Lorsque, par malheur, les gourmes se sont établies chez un enfant bien portant, et que la santé reste bonne, les gourmes doivent être guéries, mais lentement et avec de grandes précautions.
c. Lorsqu’un enfant était habituellement mal portant, et qu’une florissante santé est survenue depuis l’explosion des gourmes, celles-ci doivent être respectées, entretenues; et l’on ne doit songer à les guérir que lorsque la santé est depuis longtemps raffermie, et que la disparition ou la diminution spontanée des gourmes n’a pas semblé troubler la bonne santé de l’enfant.
d. Quand les gourmes s’accompagnent d’inflammation ou de suppurations excessives, il faut modérer leur violence.
e. Si elles envahissent quelques parties importantes, telles que les yeux, les fosses nasales, le conduit auditif, il faut s’opposer par tous les moyens à leur extension.
BIBLIOTHÈOlUE
LA SYPHILIS DU CERVEAU, par M. Alfred Fournier, médecin de l’hôpital Saint-Louis. Leçons cliniques recueillies par E. Brïssaud, interne des hôpitaux. Paris, chez G. Masson ; 1879.
Le sujet que vient de traiter si magistralement M. A. Fournier n’est peut-être pas neuf, en ce sens qu’on a publié, il y a déjà longtemps, des cas dans lesquels la syphilis avait atteint le cerveau ; mais, on ne les. admettait qu’avec la plus extrême réserve, et comme des accidents tout à fait exceptionnels. Il y a quinze ans à peine, cette opinion était presque universellement admise; aujourd’hui, s’appuyant sur les observations . des syphilographes étrangers et sur les siennes propres, M. A. Fournier vient nous dire : « Nombre d’affections ou de symptômes qu’oh laissait innommés autrefois quant à leur nature, ou qu’on rangeait sans qualification dans la classe trop facilement compréhensive dés maladies nerveuses vulgaires, reconnaissent la syphilis comme origine et ressortissent à sôn domaine. »
El les exemples qu’il donne de cette fréquence seraient terrifiants si la lecture du livre ne nous laissait plus tard cette pensée consolante qu’au contraire des névroses d’autres natures, celles qui dérivent de la syphilis sont; pour la plupart curables. Mais que de restrictions encore sur ce point l
L’hémiplégie survenant chez un sujet âgé de moins de dO ans, non affecté d’alcoolisme ou de lésions du système circulatoire; l’épilepsie qui se manifeste pour la première fois chez un sujet au-dessus de 25 ou 30 ans sont, neuf fois sur dix, d’origine syphilitique ! Et de même pour tant d autres affections, les paralysies oculaires, les névralgies, l’aphasie l’aliénation mentale, la paralysie générale, la paraplégie, l’ataxie, etc.
Ceé accidenté se produisent à tout âge de la période tertiaire de la syphilis et peuvent empiéter même sur la période secondaire ; leurs causes sont souvent banales, incondues ; assez souvent l’excitation cérébrale, quelle qu’en soit la cause, travaux assidus, tension d’esprit, veillés, émotions morales, alcoolisme, excès vénériens, traumatisme du crâne (Broadbent) appelle la syphilis vers le cerveau ; l’encéphale est alors le locus minons resistentias vers lequel la diathèse se porte de préférence. Il était intéressant de rechercher dans l’étiologie de la syphilis cérébrale, si cette affection s’observait plus souvent dans; une des formes que dans une autre, au point de vue de la gravité; or, sans oser encore rien affirmer pour te moment, M. A. Fournier pense que les syphilis bénignes et de moyenne intensité s’accompagnent d’accidents cérébraux plus souvent que les syphilis graves.
Les lésions présentent deux formes primitives : la sclérose et la gomme, pouvant s’associer et donner lieu à une forme sclèro-gommeuse; elles affectent les méninges, le parenchyme ou les artères, et donnent lieu à des méningites scléreuses, gommeuses, scléro-gommeuses, à des encéphalites et à des artérites de mêmes noms.
Ces lésions primitives donnent plus tard naissance à des lésions secondaires; celles des méninges retentissent sur les nerfs crâniens, sur tes vaisseaux, -sur le cerveau ; celles des artères déterminent des phénomènes d’ischémie et de ramollissement. L’importance de ces lésions secondaires dans la syphilis cérébrale est immense, car, dit en résumé M. A. Fournier : « On meurt rarement de la syphilis cérébrale par le fait exclusif de lésions syphilitiques; on en meurt presque toujours par le fait 8è lésions vulgaires , symptomatiques de lésions spécifiques. »
La multiplicité de ces altérations primitives et secondaires donne la raison de la multiplicité surprenante des symptômes et des formes morbides dé la syphilis du cerveau ; — de l’absence de tout symptôme pathognomonique appartenant en propre à cette affection, — et enfin de la difficulté du diagnostic.
M. A. Fournier décrit d’abord six formes initiales : 4° la forme çêphalglgique, traduite surtout par la céphalée, et qui n’est en quelque sorte qu’une forme prodromique ; 2“ la forme congestive, qui prélude souvent à d’autres formes plus avancées. et plus graves; 3* la, forme convulsive ou épileptique; 4° lé . forme aphasique; 5“ da forme mentale,. ^6° la forme paralytique.
Toutes ces formes, est-il besoin de le répéter, n’offrent rien de spécial à la syphilis sous le rapport des symptômes, sauf la céphalée peut-être, que. M. A. Fournier caractérise de la façon suivante: «Un mal de tête intense, violent, à exacerbations nocturnes, à durée longue, chronique, et à retours fréquents, est un symptôme qui atteste presque infailliblement la vérole, ou qui, pour le moins, doit toujours en éveiller le soupçon. » Mais, pe .p’est epcoçe qu’un phénomène fréquent et non pas constant.
vQnant. asw,^utws..h)rjpt|qs*. elles Sê vpréséntent , avec les, .symptômes, classiques,; des .affections cérébrales communes. Dans te congestive, nous retrouvons les troubles fugaces, passagers, des organes des sens, de la mptilitq, de ,l’idte{ljgpnee ; l’état habituel, . permanent; les
paralysies avortées; les ictus congestifs simples et apopleçtiformes ; les paralysies permanentes, dont le type le plus commun est l’hémiplégie ; ëflfih, la, variété la plus grave, le coma sjjbitet profond, qui peut amener rapidement la mort. Dans la forme épileptique, une des manifestations les plus fréquentes de la syphilis cérébrale , nous retrouvons le grand mal et le petit m«4.1es. «im&s,>.et les divers types de cette forme, qui souvent s’accompagne d’une altération très-grande de l’état général, désignée par M. Fournier sous le nom de cachexie cérébrale. Et de mêm.è pour les autres formes.
Les limites que nous imposent les besoins et l,es habitudes de ce journal ne nous permettent pas de donner à cette analyse toute l’étendue que le livre de M. Fournier mériterait ; néanmoins, nous devons dire encore qu’à côté de ces formes initiales existent des formes mixtes, des formes vagues des formes compliquées; des variétés déterminées par la localisation des lésions ; — que toutes les névroses vulgaires peuvent être les caractéristiques de la syphilis cérébrale : telles, l’incoordination motrice, l’hémichorée, l’athétose, la paralysie labio-glossopharyngée, la polydipsie et la polyurie, la boulimie, l’albuminurie et le diabète, les paralysies ■laryngées, etc.; — que l’association de deux ou plusieurs de ces formes ou variétés est fréquente; — que le pronostic est très-grave, la terminaison par la mort possible, la guérison complète rare, la survie avec infirmités graveset persistantes commune; —.que les recrudescences et les récidives constituent la règle ; — enfin que le traitement n’est efficace que s’il réunit les conditions suivantes : il faut qu’il soit institué le plus tôt possible, le plus près possible de ^origine des accidents ; qu’il soit le plus énergique possible ; qu’il soit prolongé pendant toute la durée des manifestations cérébrales ; qu’il soit poursuivi longtemps après la disparition des accidents, au delà de ce qu’on peut appeler la guérison actuelle. Et encore n’est-ce pas tout; des médications adjuvantes trouvent encore place à côté du traitement spé-
cifique, et, pour prémunir les malades contre les dangers ultérieurs de la récidive, il faut leur faire suivre une hygiène spéciale dont la formule est : le repos du corps et de l’intelligence. '
Bien que nous nous soyons efforcé d’indiquer dans cette analyse ce que contient le nouveau livre de M. Fournier, bien digne de ses aînés, et qui honore à la fois le maître et l’élève distingués qui l’ont rédigé, le lecteur n’aura encore qu’une idée bien incomplète de la richesse de faits intéressants qui sont accumulés dans La syphilis du cerveau . Nous ne pouvons donc que dire aux praticiens : Quand vous vous trouverez en présence d’une affection nerveuse obscure, pensez à la syphilis, ouvrez ce livre, et cherchez. Si vous n’y trouvez pas l’image exacte de votre malade, vos recherches pourront du moins vous procurer le fil nécessaire pour vous guider dans le labyrinthe des névroses syphilitiques, et des armes pour combattre, non pas le Minolaure, mais la forme qu’aura revêtue celte sœur de Protée qu’on appelle la syphilis.