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DE LA. CONVALESCENCE

Par le docteur C. des Barres.

S’il paraît absurde, de prime abord, d’admettre un état intermédiaire entre la maladie et la santé, puisque la première est la négation de la seconde, avec un peu plus de réflexion il est possible d’admettre qu’une première maladie peut en amener après elle une deuxième, complètement distincte, constituée d’une manière exclusive par un état général de dénutrition. C’est à cette succession morbide précédant le rétablissement complet de la santé, que les pathologistes ont donné le nom de convalescence.

Que l’on considère la convalescence comme une période de transition, ou que l’on ne reconnaisse en elle que l’état de langueur qui subsiste dans les diverses fonctions plus ou moins longtemps après une maladie grave, toujours est-il que le fait prédominant dans les deux hypothèses, c’est la persistance d’un état de débilité et de. déficience organique,, de paresse fonctionnelle.

Toute affection morbide altère chez l’individu les conditions normales de la nutrition, puisque la somme de l’entrée est toujours de beaucoup inférieure à celle de la sortie ; dénutrition ethydroémie, voilà donc les conditions anatomiques fondamentales de la convalescence ; sa symptomatologie est de même caractéristique.

Le convalescent est généralement pâle et amaigri; ses fonctions nervo-musculaires sont chancelantes et l’impressionnabilité nerveuse toujours exagérée; la lumière le fatigue ; les bruits de tout genre l’incommodent; les odeurs fortes lui deviennent insupportables, et lorsque arrive la fin du jour, l’endolorissement des membres et l’atonie intellectuelle ont acquis leur apogée. Si, l’appétit est bon chez le convalescent, la digestion laisse, par contre, beaucoup à désirer, par cela même que la sécrétion des sucs gastriques n’èst pas proportionnée au besoin instinctif qu’il éprouve d’une alimentation plus copieuse. Dans ces conditions, le double objectif du praticien doit consister, d’une part, à favoriser la prompte réparabilité de l’organisme, de l’autre, à modérer l’exercice et l’activité de ses fonctions.

Parmi ces agents à la fois réparateurs et modérateurs indispensables dans la convalescence, tous les traités classiques, depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, ont préconisé le vin, et cela d’autant plus volontiers que l’alimentation doit être alors plus fréquente et plus souvent renouvelée.

.. Agissant tout à la fois comme aliment plastique, comme aliment respiratoire et comme aliment d’épargne, le vin produit des effets salutaires d’autant plus certains et profonds, qu’en raison de sa densité plus voisine de celle de l’eau, il est absorbé moins rapidement que l’eau-de-vie.

L’expérience a démontré, en effet, que le vin s’absorbe sans subir d’autre modification que celle qui résulte de son mélange avec les sucs gastriques ; en conséquence, les ferments digestifs n’ont pas besoin d’intervenir pour en favoriser l’absorption et régulariser leur rôle dans les actes ultérieurs de la nutrition.

La complexité des matériaux organiques qui entrent dans la composition du vin (alcool, tannin, tartrate de potasse, sels alcalins), et qui, à certains égards, se rapprochent de ceux de l’organisme humain, rendent ainsi parfaitement compte de l’action restaurante qu’il exerce sur les individus épuisés par la maladie ou par une alimentation insuffisante.

Dans ces occurrences, au premier rang viennent se placer les vins astringents tanniques (avec sucre et aicool), et parmi ces derniers, celui que Gay-Lussac et Bouchardat ont reconnu comme type de la classe, le vin de Saint-Raphaèi (possédant de 15 à. 16 p. 100 d’alcool, alors que le Bordeaux en contient 8 à 9 et le Bourgogne 11 à 12).

Parmi cette cohorte de professeurs illustres et de médecins distingués qui se sont succédé dans les hôpitaux de Paris, depuis l’introduction faite par Soubeyran, dans les caves de la Pharmacie Centrale, du vin de Saint-Raphaèi, il n’en est aucun qui ne compte par centaines -les succès obtenus dans le traitement des convalescences de toute nature.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE

Séance du 19 mars 1879. — Présidence de M. Tarnier,

,, Lf a^CtU„S .sur !es Pansei»ents antiseptiques s’est continuée par un grand discours de • fort, qui a occupé toute la séance. Il n’est pas douteux que ces débats n’inté-

ressent vivement le public médical, car ils attirent aux séances de la Société de chirurgie un concours de plus en plus nombreux d’auditeürs. Ce concours a été tel à la dernière séance et à celle d’aujourd’hui, que la partie de la salle, beaucoup trop étroite il est vrai, réservée au public, n’a pu suffire à le contenir, et que M. le président Tarnier a dû offrir gracieusement à un certain nombre de jeunes médecins, de jeunes chirurgiens et d’élèves, l’entrée de l’enceinte réservée à MM. les sociétaires. Aussi M. Léon Le Fort, à la séance d’aujourd’hui, comme MM. Le Dentu et Félix Guyon, à la dernière séance, a-t-il été forcé de fendre des flots d’auditeurs pour arriver à la tribune. Son discours, prononcé sur le ton d’une causerie familière, qui constitue la manière de cet orateur, a été très-intéressant et très-instructif. Nous allons tâcher de le résumer, du moins dans ses parties essentielles, avec tout le soin qu’il mérite et que comporte la gravité de la discussion pendante devant la savante Compagnie.

M. Léon Le Fort rappelle d’abord qu’un pansement n’est rien qu’un moyen de remplir certaines indications chirurgicales ; or, ces indications étant variables suivant la nature des plaies et la période de leur évolution, il n’est pas possible d’adopter un seul et unique pansement applicable à tous les cas, un pansement exclusif.

Deux grandes théories ont été émises pour expliquer les accidents septiques que l’on observe chez les individus atteints de lésions traumatiques, l’une que l’on pourrait appeler la théorie de l 'intériorité des causes de la septicémie, et qui considère toutes les plaies comme des organes sécréteurs d’un poison septique auquel les Allemands, créateurs de cette théorie* ont donné le nom de sepsine; l’autre, la théorie de V extériorité des causes de la septicémie, enseignée par M. Pasteur, et dont le pansement de M. Lister a été l'application pratique. Pour M. Le Fort, la vérité absolue n’est ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux théories, mais il admet que l’une et l’autre peuvent contenir une part de vérité.

Il ne lui répugne pas de croire qu’un virus septique peut se créer de toutes pièces dans l’économie, mais il diffère des partisans exclusifs de cette théorie en se refusant absolument à croire que la plaie, à toutes les périodes de son évolution, soit un organe sécréteur de ce poison septique.

Quant à la théorie de M. Pasteur, on sait qu’elle attribue les phénomènes de la septioémie aux germes répandus dans l’atmosphère, déposés à la surface des plaies et pénétrant par absorption dans le torrent circulatoire. Ces germes peuvent être arrêtés par une couche d’ouate ou de coton, ou détruits par l’action de certaines substances, telles que le camphre, l’acide phénique, ou par l’influence d’une température élevée, et alors la putréfaction ne se manifeste pas. Il n’y a pas de putréfaction sans germes, a dit M. Pasteur. M. Lister et surtout M. Lucas-Championnière, le plus fervent adepte du pansement de M. Lister, ont été plus loin en affirmant qu’il n’y a pas de suppuration sans l’intervention des germes.

A cette théorie, M. Le Fort a déjà fait, devant l’Académie de médecine, l’objection suivante : Puisque les germes existent partout dans l’atmosphère, comment expliquer la différence si considérable des résultats des opérations chirurgicales, suivant qu’elles sont pratiquées dans les grands ou les petits hôpitaux, en ville ou à la campagne ? Les germes de la putréfaction ou de la suppuration étant partout, les accidents devraient se montrer partout avec la même intensité. Or, il n’en est rien, et tous les chirurgiens savent : qu’il n’est pas indifférent, au point de vue des résultats des opérations, que celles-ci soient pratiquées dans un grand ou dans un petit hôpital, à la ville ou à la campagne. Ges différences se comprendraient si l’on admettait l’existence de germes morbides, mais alors on en reviendrait à la théorie de Raspail et à la doctrine de la contagion dont M. Le Fort se déclare, du reste, partisan convaincu.

Il est vrai que, modifiant sa conception doctrinale primitive, M. Pasteur admet aujourd’hui l’existence de microbes, proto-organismes particuliers qui seraient les agents des maladies infectieuses ou virulentes, chacune de ces maladies ayant son microbe spécial ou spécifique. Cette conception nouvelle est née de la découverte du proto-organisme spécial de la maladie charbonneuse, la bactéridie de M. Davaine, à laquelle il semble hors de doute aujourd’hui que doivent être attribués l’origine et le développement du charbon.

M. Pasteur a voulu généraliser ce fait particulier et il a admis théoriquement l’existence de microbes spéciaux à le septicémie chirurgicale, à la septicémie puerpérale, et, généralement, à toutes les maladies infectieuses et contagieuses. :

Jusqu’à ce jour, les faits cliniques n’ont pas répondu aux présomptions doctrinales de M. Pasteur. Ainsi, d’un côté, on a montré que les vibrions, les bactéries et autres protoorganismes peuvent exister à la surface des plaies, sous tous les pansements imaginables, même sous le pansement de Lister, sans compromettre le moins du monde la guérison de la plaie ni la santé du malade; d’autre part, des individus malades de septicémie et d’infection purulente, dans divers services de chirurgie, ont été examinés, pendant leur vie et après leur mort, par M. Pasteur, avec un soin tout spécial, sans que cet habile observateur ait pu découvrir dans leur sang ou dans les liquides de culture ensemencés avec ce sang la moindre trace

L’ÜNION MÉDICALE.

ni de vlbriofa, ni dè bactérie, «i d’aucun'âutré prato-organisraequèlcottilheJ tfeKathèU dû sang' des individus septicémiques ou atteints d’ihfection purulente; examen fait par M. Pasteur luimême, n’a en somme donné, jusqu’à présent, que des résultats négatifs.

Inversement, les plaies non protégées contre Faction nocive des germes atmosphériques devraient, d’après lés doctrines- dé M. Pasteur* amener presque toujours la mort. Cependant il est loin d?en être ainsi.

En effet, dans le Congrès des chirurgiens allemands tenü en 1875, il a été reconnu que le pansement ouvert, c’est-à-dire le pansement Sans pansement, préconisé par l’ecole de Moscou-, était celui qui avait donné les meilleurs résultats. ’

M. Le Fort a voulu expérimenter lui-même cette méthode, qui ne tient aucun compté de l’influence prétendue nocive de l’air et qui laisse la piàie librement ouverte à tous' lès germes possibles. Dernièrement, il l’a mise en pratique sur un individu qui avait eu les jambes broyées par une locomotive, et auquel il avait dû pratiquer une double amputation de la cuisse et de la jambe. Malgré l’extrême gravité du traumatisme et les conditions ■ déplorables dans lesquelles se trouvait le blessé, dont M. Le Fort met la photographié sous les yeux de ses collègues, il a parfaitement guéri, bien que ses plaies d’amputation Soient restées Constamment et absolument à découvert.

M. Le Fort déclare qu’il ne croit, à aucun degré, à la théorie des germes ; mais il pense que l’on peut, nonobstant une théorie fausse, arriver dans la pratique à de bons résultats. 11 y a donc lieu d’examiner si, avec lé pansement de Lister* on peut arriver à de bons résultats, et à quoi sont dus ces résultats.

Or, la réalité dés bons résultats obtenus par le pansement de Lister ne saurait être révoquée en doute. Tous les chirurgiens qüi ont appliqué ce pansement, à quelque nationalité qu’ils appartiennent, ont rendu témoignage de sa supériorité* quelques-uns même sont devenus les adeptes fervents et enthousiastes de là méthode. S’il s’est produit, dans ces derniers temps, une certaine1 réaction contre ce pansement, c’est que de maladroits . amis, poussant trop loin l’expression de leur enthousiasme, sont allés jusqu’à dire que désormais les blessés et les opérés ne mourraient plus, grâce au pansement antiseptique.

Il faut rabattre de ces prétentions. Si Fon constate aujourd’hui une diminution notable dé la mortalité des opérés et des blessés, ce n’est pas seulement au pansémenttfe Lister qu’il faut en faire, honneur,' mais encore à un ensemble de modifications apportées depuis' quinze où vingt ans dans le régime des malades, que l’on né tient plus à la diète comme autrefois, et aussi dans l’hygiène mieux entendue des services hospitaliers. Ces améliorations Ont eu 'é&d tainement une part dans cette diminution incontestable de; la mortalité.

Le pansement de- Lister ne met pas malheureusement lès opérés à Fàlm; des accidents' mortels. Cela résulté dès statistiques de divers chirurgiens 'allemands* grands partisans' du pansement dè Lister; tels que Bordetëben {d:d Berlin) et Wolkmann (de Halle), qui 'accusent une mortalité qui varie entre 60 et 30 p. 100, et de M. Lister lui-même, qui a donné une statistique dans laquelle le chiffre de la mortalité, quoique inférieur, est encore de 23 à 27 p. 100.

Pour sa part, M. Le Fort a dressé la statistique intégrale des grandes opérations qu’il a pratiquées de 1868 jusqu’à ce jour, et il est arrivé au chiffre de 20 à 21 p. 100 seulement de mortalité.

M. Le Fort déclare1 qu’il a mis en pratique le pansement de Lister sans aucune conviction, mais avec la plus entière bonne foi. Il a constaté que l’acide’ phénique cause de l’irritation à la surface des plaies, et qu’il est absolument mauvais lorsque la plaie est déjà en voie de suppuration. Parmi les diverses' pratiques de la méthode, celle de la pulvérisation1 lui a paru inutile, 'illusoire et quelque peu puérile, car les germes sont tellement subtils qu’ils passent facilement entre les mailles; si Fon peut ainsi dire, de la pulvérisation ; mais ils ne pourraient ëèhàpper à Finffuence destructive de la solution phéniquée qui imbibe les pièces de pansement. L’acide phénique est; en effet, un antiseptique excellent, ét il suffit d’en introduire une seule goutte dans une solution- d’amidon ou de gomme pour empêcher dans ces liquides le développement de la moindre moisissure. . , , .

Oô qui a. le plus frappé M. Le Fort dans les essais1 qd’il a faits du pansement de Lister, c’est la modification profonde éprouvée par- la plaie sous l’influence des lavages avec la solution phéniquée. il se produit là évidemment une action énergique; la surface de la, plaie revêt la couleur particulière du jambon. Sous le pansement de Lister, M. Le Fort déclare avoir obtenu des résultats supérieurs à tous ceux qu’il avait obtenus juqu’aîors par les autres pansements. En cherchant à se rendre compte de- la raison pour laquelle il obtenait de pareils résultats par le pansement de Lister, il a pensé qu’dis étaient dus, non à ce que l’acidè phémqüe présente la plaie de Faction des germes de l’air,- mais à ce qu’il détermine, en vertu de la propriété fortement astringente qu’il possède, une action particulière éminemment favorame, analogue à celle que produit l’alcool pur, ou bien à celle- qu’avait tenté de produire le

doçteuï Bourgade ^^^:da:pfirçhldrRre,de,fws mais, de ces .deux, d«»Jtë?es>-wjl)stap0es, l’une, l’alcooi, trop faible, reste en deçà du but; l’autre, le perçtilorurede fer, tr^p; énergique, le dépasse.

Persuadé que les bons effets du pansement phéniqué dépendent de l’action astringente exercée sur la surface de la plaie, M. Le Fort a donc cherché- si, par un liquide autre que l’acide pliéniqiie et possédant les mêmes propriétés astringentes, il n’arriverait pas aux mêmes résultats. Après bien des tâtonnements, il'.s'est arrêté à la solution concentrée de sulfate de zinc qui- lui a donné absolument les mômes résultats que la solution phéniquée, soit au point de vue de l’action astringente exercée à. la surface de la. plaie, soit au point de vue de la marche et de révolution des phénomènes de la cicatrisation et de la guérison.

Ce qui, suivant M. te Fort, importe essentiellement dans le traitement d’une plaie d’amputation, c’est de ne ,pas laisser l’os en contact avec la suppuration. C’est pour cela que la réunion profonde dès plaies d’amputation a un intérêt capital. C’est à tort, d’après lui, que l’on attribue à l’école de Bordeaux le mérite d’avoir posé le principe de la réunion profonde. Déjà, dans la première édition qu’il a donnée du Manuel de médecine opératoire de Maîgaigne, M. Le Fort avait montre, contrairement à l’opinion exprimée par le représentant le plus autorisé de l’Ecole de Bordeaux, M. Azam, que la réunion immédiate des parties molles avec les oa est parfaitement réalisable; or, ,c’ést.'là ..le but essentiel de la réunion, profonde. M. Le Eort est arrivé aujourd’hui, grâce au pansement , de Lister dépouillé , pour ainsi dire de ses ritçs mystiques et réduit à sa partie sérieuse, à ne pas craindre de, faire à la fois la réunion profonde et la réunion superficielle, tout en laissant la place pour le passage du drainetdje réçoulement des liquides. ,

Donc, sans admettre la théorie des germes et de leur influence sur les plaies, M.- Le Fort croit aux heureux effets du pansement de Lister, de même . qu’à ceux d’autres pansements, tels que le pansement , à l’alcool, le, pansement ouaté de M. Alphonse Guérin, le pansement par occlusion et le pansement ouvert ; car tops ces pansements réalisent à des titres divers, et par dés modes différents, les conditions de la prophylaxie, de la septicémie, en mettant les plaies à l’abri de la contagion des matières septiques produites spontanément à leur surface, puis transmises non par l’air, mais par les mains et les instruments du chirurgien, ainsi que par la charpie, -le?, éppngesrr etc.. De ces pansements, les.uns atteignent le,butpar; le.s.pt:éGautions minutieuses qui lès accompagnént ; les autres, comme le pansement par occlusion et le pansement ouaté, par leur rareté; les autres enfin, comme le pansement ouvert, par l’absence mêmè de tout pansement.

M. Trélat demande à faire une simple observation au sujet du discours de M. Léon Le Fort. Sans réclamer absolument la priorité de l’idée et de l’application de la réunion immédiate de l’os avec les parties molles, dans- les plaies d’amputation, M. Trélat croit devoir rappeler que, depuis seize ou dix-huit ans, il n’a cessé d’enseigner, de défendre et de pratiquer cette réunion.

Dr A. Tartiveu,

MUA. .de l’é^liBiJiîidiotbérap^pie de Eellevue.

SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOMTAUX

Séance du 27 décembre 1878. — Présidence de M. Labmc.

SOMMAIRE. — Correspondance imprimée et manuscrite. — Rapport de M. Gérin-Roze, au nom du Conseil d’administration, sur la gestion financière du trésorier pendant l’année 1878. — Compte rendu annuel de M. le Secrétaire général. “ Présentation de pièces anatomiques ét Observations relatives k un état criblé de la muqueuse dans certaines bronchites chroniques , par M. Ferrand. Discussion : M. Cornil. — Note sur la méningite spinale tuberculeuse, par M. Debove. Discussion: MM. Rendu, Cornil. — Elections du bureau et des commissions pour l’année 1879.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté/

Correspondance imprimée : Annales de gynécologie. — Mémoires et Bulletins de la Société de médecine et de chirurgie dé Bôrde'aùx. — Journal de médecine de Caen. — Union médicale de la Seine-Inférieure , — Bulletin médical du Nord. — GcLzettè médicale de Toulouse, ètc.

Correspondance manuscrite : Lettre deM. le docteur Vergely, de Bordeaux, sollicitant le titre de membre correspondant de la Société médicale des hôpitaux. A l’appui, il adressé un mémoire Sur l’emploi du chloroforme dans les affections cardiaques. Ce noiétaoirè est renvoyé à une commission composée de MM, Ernest Besnier et Dieulafoy.

M. Gérin-Roze, au nom du Conseil d’administration, rend compte de la situation financière de la Société pendant l’année 1878.

M. le Secrétaire général donne lecture du compte rendu général des travaux de l’année. Il fait ensuite l’éloge des membres décédés.

L’année était presque terminée, et nous espérions, par une rare exception, n’avoir aucun malheur à enregistrer, lorsque nous avons appris, à peu de distance, la mort de M. Henri Gintrac, membre correspondant à Bordeaux, et de M. Bazin, membre honoraire.

Henri Gintrac, premier doyen de la jeune Faculté de médecine de Bordeaux, fils d’Élie Gintrac, le savant auteur du Cours théorique et clinique de pathologie interne et de thérapie médicale, est mort prématurément, au moment précis où il recueillait le fruit de toute une existence d’honneur et de travail.

Placé par son talent à la tête du Corps médical éminent de la ville de Bordeaux, il occupait également le premier rang par ses productions scientifiques, nombreuses et importantes, particulièrement par son active collaboration, pieusement tue, à l’immense ouvrage .de son père, et par les remarquables monographies qu’il écrivit pour le nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

Doué des plus heureuses qualités du cœur et de l’esprit, Henri Gintrac était d’un commerce plein de charme, dont j’ai plusieurs fois eu la bonne fortune de' profiter; il suivait avec un intérêt soutenu les travaux de la Société médicale des hôpitaux, dont il s’honorait de faire partie. Avec une ponctualité parfaite, et depuis de nombreuses années, il adressait tous les trois mois, au rapporteur de la commission des maladies régnantes, un exposé précis de la constitution médicale de la ville de Bordeaux, travail dont il avait compris toute la portée pour l’étude de l’épidémiologie comparée. Quand la maladie l’eut frappé, il transmit le soin de continuer l’œuvre commencée à l’un de ses élèves de prédilection, le docteur Louis Lande, qui s’en est acquitté avec la plus religieuse régularité, en suivant la tradition du maître.

Puissent les regrets que laisse parmi nous cét homme de bien, ce médecin éminent, ce collègue aimé, adoucir les regrets de la compagne de sa vie, si cruellement frappée 1

Pierre-Ernest Bazin, etc. — (Voyez Union Médicale, numéro dü 31 décembre 1878.)

M. Ferrand présente des pièces anatomiques relatives à un état criblé de la muqueuse dans certaines bronchites chroniques. (Sera publié prochainement.)

M. Cornil : Cette lésion n’est pas très-bien décrite ; l’attention n’a pas été suffisamment appelée sur elle. La dépression observée sur la muqueuse bronchique résulte-t-elle d’une atrophie glandulaire ou d’une ulcération ? Il est difficile de se prononcer actuellement. Il aurait fallu faire l’examen microscopique dès le début. Toutefois, je crois qu’il s’agit surtout d’une atrophie glandulaire remplacée par une érosion lisse et plate. Il n’y a pas ulcération inflammatoire ; il y a simplement, je le répète, atrophie glandulaire.

M. Debove communique une note relative à la méningite spinale tuberculeuse. (Cette note sera publiée prochainement.)

M. Rendu a dit que ces paralysies spinales étaient exceptionnelles et qu’il était souvent impossible, sous le rapport symptomatique, de les distinguer des paralysies d’origine cérébrale.

M. Cornil fait observer que , dans la méningite spinale tuberculeuse, il a rencontré des tubercules, non-seulement sur la pie-mère, mais encore sur la dure-mère.

Le scrutin, ouvert pour le renouvellement du bureau et des commissions pour l’année 1879, donne les résultats suivants :

M. Hervieux, président; M. Hillairet, vice-président ; M. Ernest Besnier, secrétaire général; MM. Martineau et Duguet, secrétaires annuels; M. Dujardih-Beaumetz, trésorier.

Conseil d’ administration : MM. Bucquoy, II. Gueneau de Mussy, Féréol, Proust, Legroux.

Conseil de famille : MM. Labric, Siredey, Ferrand, d’Heilly.

Comité de publication : MM. Brouardel, Vallin, E. Besnier, Martineau, Duguet.

— La séance est levée à cinq heures.

Le secrétaire , L. Martineau.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

Séance du 14 décembre 1878.— Présidence de M. Géry.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Correspondance imprimée : Le Progrès médical, le Journal des sages-femmes, le Journal des thermes de Dax, Y Année médicale de Caen et du Calvados, une brochure de M. le docteur B. Lawenberg : Les tumeurs adénoïdes du pharynx nasal ; Le choléra de 1866, brochure accompagnée d’une lettre de l’auteur, le docteur Boëns, de Belgique.

Élection. — L’ordre du jour amène le vote sur la candidature de M. le docteur Lutaud, qui est nommé membre titulaire de la Société.

Le scrutin est ouvert pour l’élection des membres qui devront faire partie du bureau et des commissions pour l’année 1879.

M. Rougon lit le rapport suivant : .

Au nom d’une commission composée de MM. de Beauvais, Bouloumié et Rougon, rapporteur, nous avons l’honneur de vous présenter le rapport sur la candidature de M. le docteur J. Cyr au titre de membre titulaire de la Société de médecine de Paris.

Le mémoire lu par notre confrère a pour titre : Pronostic de la glycosurie et du diab'ete. Une première partie, consacrée aux indications fournies par ce sujet, traite, dans des articles distincts, les questions d’hérédité, d’âge, de sexe, de tempérament, de constitution, d’état général, d’habitudes, de position sociale, comme principaux éléments de pronostic.

La seconde partie, comprenant les indications fournies par la maladie , met en évidence les données tirées de la forme, des périodes, de la marche de la maladie , de ses symptômes et de ses complications.

Dans une affection dont le caractère dominant est de produire un processus actif de désassimilation, il n’est point étonnant que les troubles qui en résultent soient bien plus préjudiciables à l’organisme au moment où le mouvement d’assimilatien est le plus vivace; où les phénomènes de la nutrition s’opèrent avec la plus grande intensité. C’est énoncer la gravité du pronostic du diabète chez les jeunes sujets. Plus on se rapproche du jeune âge, plus, en effet, le diabète a de la tendance â devenir fatal, et M. Cyr pense qu’il n’y aurait rien d’exagéré à donner au-dessous de 15 ans, comme chiffre de. la mortalité, 75 p. 100, au moins jusqu’à plus ample informé.

Sous l’influence de Yhêrêditê, le diabète se manifeste à un âge peu avancé, entre 15 à 35 ans, et marche rapidement. Il n’est pas rare de voir les descendants de diabétiques mourir de cette maladie, non-seulement avant leurs ascendants, mais quelquefois même avant qu’on ait reconnu le diabète chez ces derniers. M. le docteur Cyr rapporte six observations.

Il est peu de maladies qui, pour l’auteur, soient susceptibles de se présenter spus des formes aussi variées que le diabète, et le pronostic varie avec ces formes. Tout en faisant remarquer que, tant que la glycosurie n’a pas pris les proportions d’une maladie spéciale sui generis; tant que le symptôme glycosurie n’a pas évolué jusqu’à l’affection, le pronostic est d’une gravité relative, et que ce symptôme glycosurie peut offrir des degrés d’intensité bien différents, sans cesser d’être un symptôme, M. le docteur Cyr admet les formes suivantes, qu’il nous suffit d’indiquer : formes goutteuse ou urique, gastrique, hépatique, cérébrale, consomptive, syphilitique, traumatique.

Réserves faites sur ces diverses formes, qui sont loin d’ètre admises sans contestation par la généralité des observateurs, nous devons dire que leur description est faite avec un grand soin, et met surtout en évidence le point pronostic.

M. le docteur Cyr s’attache à faire ressortir qu’il est indispensable, pour le pronostic du diabète, de bien peser les symptômes actuels de la maladie, leur intensité relative, la prédominance de tel ou tel d’entre eux, et étudie avec soin la glycosurie, l’azoturie et la polyurie. Pour résumer ces trois termes de la symptomatologie du diabète tels que les a présentés M. le docteur Cyr, nous dirons volontiers, avec M. le professeur Bouchard, « qu’il n’y a qu’un diabète avec des causes diverses qui pourront entraîner des pronostics variés; le diabète, caractérisé essentiellement par la glycosurie, peut se compliquer d’un élément contingent: l’azoturie; c’est l’azoturie surtout qui fait la gravité du diabète. » C’est à celte conclusion qu’arrive aussi M. le docteur Cyr.

Étudiant les complications comme éléments précieux de pronostic, l’auteur du mémoire passe en revue l’albuminurie, les troubles de la vision, la présence de lésions pulmonaires, l’état des reins; il n’est point jusqu’à la période de traitement qui, pour le pronostic, ne donne lieu aux considérations les plus intéressantes.

En un mot, faire concourir à la détermination du pronostic tous les éléments dépendant du

malade, tous les éléments dépendant de la maladie, telle est la pensée qui a présidé au travail de M, le docteur Cyr. M. le docteur Cyr s’est appliqué à rechercher ces divers éléments, à les comparer, à les peser, à saisir la prédominance de tel ou tel d’entre eux, en mettant à contribution et les observations des autres, et celles qui lui sont propres.

L’étude du diabète touche de bien près, par sa pathogénie et sa thérapeutique, à la grande question des aliments et de l’alimentation; nous devons mentionner que le candidat a publié un Traité de l' alimentation dans ses rapports avec la physiologie, la pathologie et la thérapeutique.

Du diabète aux maladies de la glande hépatique et aux troubles fonctionnels de cet organe, le rapprochement est encore bien intime, et nous vous présentons les Leçons cliniques sur les maladies du foie, par Ch. Murchison, suivies de Leçons snr les troubles fonctionnels du foie, dontM. le docteur Cyr est le traducteur et l’intelligent annotateur; enfin, un autre mémoire imprimé est encore à l’actif du candidat : « De la mort subite ou très-rapide dans le diabète.

En 1866, M. Cyr soutenait sa thèse inaugurale Sur l’anatomie pathologique des rétrécissements de la trachée.

Lauréat de l’Académie de médecine en 1878, son mémoire sur l’ Étiologie de la glycosurie a été classé le premier dans le concours pour le prix de l’Académie, et honoré d’une récompense.

Nous avons l’honneur de vous proposer de porter M. le docteur Gyr sur la liste des candidats au titre de membre titulaire de la Société de médecine de Paris.

Les conclusions du Rapport sont adoptées, et M. Jules Cyr est inscrit au nombre des candidats qui sollicitent leur admission dans la Société au titré de membre titulaire.

M. Boucheron fait une lecture ayant pour sujet : Note sur le diagnostic des chancres oculaires. (Voyez plus haut, article : Ophthalmologie.)

M. Camuset appelle l’attention sur les difficultés que peut présenter le diagnostic, des chancres oculaires. Il faut distinguer les deux cas où le chancre est à la période d’incubation ou à la période d’ulcération.

Dans le premier cas, la confusion est possible avec un orgelet, le chalazion et les diverses petites grosseurs qui siègent sur les paupières.

Dans le second cas, c’est-à-dire lorsque le chancre est ulcéré, on peut le confondre avec l’ulcère rongeant de Jacob, avec l’épilhélioma qui s’accompagne, comme le chancre, d’engorgement ganglionnaire, et surtout avec les scrofulides.

M. Boucheron rappelle qu’il a surtout insisté, au point de vue du diagnostic, sur la présence d’une tumeur primitive plus ou moins ulcérée. Cette tumeur est accompagnée d’une rougeur très-vive de l’œil quand elle siège, comme dans le cas actuel, sur le repli semi-lunaire, moins considérable cependant quand le chancre siège sur la paupière. Pour l’épithélioma, l’aspect est bien celui du chancre ulcéré, mais les antécédents et la marche en diffèrent notablement. Enfin, dans les différents cas où le doute pourrait subsister, les autres accidents syphilitiques qui ne tardent pas à se manifester dans d’autres régions du corps, viennent bientôt fournir des indications précises au diagnostic.

M, Camuset voit encore la meilleure indication dans les résultats du traitement général. Quant au traitement local, il semble, dans ce cas, plus funeste qu’utile.

Mi Boucheron n’a jamais appliqué que le traitement interne.

M, Abadie a observé des lésions syphilitiques de la conjonctive. Ce qui, selon lui, semble es caractériser, c’est leur marche rapide, leur prompt développement en étendue, et en profondeur, si bien qu’elles deviennent, en peu de temps, un danger pour l’œil. U faut s’abstenir de tout traitement local ; mais le traitement général doit être rapide et énergique, La masse ganglionnaire considérable, signalée par M, Boucheron, est un fait rare qu’il faut attribuer, sans doute, à une diathèse strumeuse,

M. Boucheron n’a pas observé ces ulcératfonse à marche rapide, et, en ce qui concerne la généralisation dé l’engorgement ganglionnaire, il a été signalé dans un cas rapporté par M. Ricord.

M. GiliiEbert Diiercourt pèl’e fait la communication suivante s Messieurs, il s’agit d’une plaie de l’urèthré à propos de laquelle je désire vous consulter. JîmonVn’i ProPriétair® des environs d’Enghien, âgé d’environ 50 ans, bien constitué,' en se P ^ ans son jardin, dans l’après-midi du 30 novembre dernier, fit un faux pas et

tomba assis sur une de ces tiges de fer qui servent à établir des cordons de petits arbres fruitiers.

L’extrémité sunérieure de cette tige, après avoir perforé les vêtements, pénétra à travers le périnée jusqu’à l’urèthre qu’elle divisa, sinon complètement, au moins dans une partie notable de son calibre. Aussitôt après la blessure, le malade rendit beaucoup de sang par la plaie et par l’urèthre, et éprouva le besoin d’aller à la garde-robe, besoin qu’il satisfit sans peine et sans souffrance; en même temps, il urina et il s’aperçut alors qu’une partie du liquide s’échappait par l’orifice extérieur de la plaie.

Toutefois, ne ressentant pas de douleur, il ne fit pas demander de médecin ; mais, dans le cours de la nuit, n’ayant pu satisfaire un besoin d’uriner devenu de plus en plus pressant, il fit dès le lendemain matin cheroher un chirurgien de Paris. Gelui-ci, après avoir introduit assez facilement une sonde dans la vessie, et débarrassé le canal et la plaie des caillots sanguins qui les obstruaient, et qui avaient jusque-là empêché le cours des urines ; après avoir placé devant l’orifice extérieur de là plaie une mousseline imbibée d’eau-de-vie camphrée, ne pouvant d’ailleurs revenir auprès du blessé, m’écrivit pour m’inviter à donner mes soins à celui-ci en son lieu et place. Sa lettre contenait, en outre, la recommandation ou de laisser la sonde à demeure une quinzaine de jours, en la changeant tous les cinq à six jours, ou de sonder le blessé chaque jour de deux en deux heures; puis il ajoutait en post-scriptum : « Au moment où je finis, le malade croit s’apercevoir que l’urine sort involontairement par la plaie, ce qui indiquerait une blessure de la vessie elle-même. C’est à voir, »

Le lendemain lundi, 2 décembre, je vis pour la première fois le blessé. Une petite quantité d’urihe avait continué à passer par l’orifice extérieur de la plaie toutes les fois que le malade urinait. Je m’aperçus bien vite que ce fait tenait à ce que le bec de la sonde n’était plus dans, la vessie. Je l’y repoussai, et, depuis ce temps, il ne passa plus d’urine par la plaie. Celle-ci, dont les bords étaient irréguliers et béants, avait environ 2 centimètres d’étendue; son extrémité postérieure, touchant presque au raphé périnéal, était située à droite de celui-ci, à environ 1 centimètre 1/2 de l’orifice anal; sa direction: était oblique d’arrière en avant et de dedans en dehors.

Le malade ne souffrait ni du canal de l’urèthre ni de la plaie ; le pansement de celle-ci fut continué comme il avait été institué par mon habile confrère.

Au quatrième jour, jugeant le fait possible, sans entrave et sans accident je remplaçai la sondé en gomme élastique par une sonde en caoutchouc rouge, qui franchit très-facilement le canal. Jusqu’au mercredi 11 décembre, les choses se passèrent Sans aucun accident; le malade n’eut pas de fièvre ; son pouls donna constamment 68 pulsations par minute ; le périnée et la verge étaient indolores, les urines coulaient librement par la sonde; leur consistance et leur couleur étaient normales ; les bords extérieurs de la plaie semblaient s’agglutiner de plus en plus ; le malade prenait tous les jours un lavement émollient qu’il rendait facilement et qui provoquait une garde-robe; l’appétit était bon. Tout semblait donc fait pour inspirer au médecin et au malade une certaine quiétude sur les conséquences de la blessure.

Cependant, le mercredi, le malade accusa quelques légers spasmes du côté de l’anus ; et, eu même temps, les urines parurent glaireuses. J’autorisai l’enlèvement de la sonde, à la condition qu’on l’introduirait toutes les deux ou trois heures, suivant le besoin, pour vider la vessie; et je prescrivis une pommade de belladone et d’opium pour enduire le hâùt dès cuisses deux fois par jour.

Le jeudi, les spasmes ont augmenté et se sont irradiés aux muscles du bassin et des cuisses.

J’ordonne, après l’expulsion du lavement ordinaire, l’administration d’un quart de lavement contenant 3 grammes de chloral. Mais le premier lavement n’ayant pas été rendu, la famille crut bien faire en en donnant un second, qui fut conservé ainsi que le premier. Après plusieurs heures d’attente, on administra le lavement au chloral; mais alors les uns et les autres furent rejetés aussitôt ensemble.

Arrivant après ce contre-temps, je fis une injection hypodermique de 2 centigrammes de chlorhydrate de morphine, qui donna du calme au malade et lui fit passer une bonne nuit ; mais les spasmes reparurent le vendredi dès cinq heures du matin.

Arrivé chez M. D... ce même jour, à neuf heures du matin, je fis une seconde injection de chlorhydrate de morphine qui, quoique égale à la première, n’eut pas le même succès. La nuit suivante fut mauvaise ; les spasmes ont gagné les muscles du dos.

Enfin, ce matin, samedi 14 décembre, je trouvai le malade encore plus agité ; en outre, souffrant de la verge et n’osant plus passer la sonde depuis hier, tant son introduction est devenue douloureuse. Cependant la plaie paraît cicatrisée; le périnée est indolore et exempt de gonflement; toutefois, lorsque, dans le but de mieux considérer la cicatrice de la plaie, j’ai cherché à déplacer les poils qui la couvrent ou à lotionner le périnée avec une éponge

trempée dans de l’eau tiède, j’excitais de nouveaux spasmes; il en est de môme lorsqu’on introduit la sonde dans l’urèthre ou lorsque le malade cherche à faire un mouvement.

Considérant ces spasmes comme des phénomènes réflexes, et songeant à l’influence dépressive que le chloral exerce sur le pouvoir réflexe de la moelle, mon malade d’ailleurs se refusant à subir une nouvelle injection hypodermique de morphine, j’ai prescrit une potion de 150 grammes contenant 4 grammes de chloral, et qui doit être administrée par cuillerées à soupe d’heure en heure.

Tels sont, Messieurs, les faits dont je voulais vous entretenir et sur lesquels je vous prie de vouloir bien me donner votre opinion.

N’ai-je affaire qu’aux conséquences plus ou moins communes des plaies de l’urèthre? Ne serais-je pas plutôt en face de l’un de ces terribles accidents nerveux qui viennent trop souvent compliquer les blessures d’une façon néfaste?

M. Lünier pense que les accidents spasmodiques pourraient être causés par la présence d’un petit foyer purulent au voisinage de la plaie. Il faudrait donc, avant tout, sonder la plaie et s’assurer de la présence ou de l’absence de cet abcès.

M. Reliqüet explique que ces spasmes pourraient être dus soit h un abcès péri-prostatique, soit à la présence d’un corps étranger, gravier ou autre, dans la plaie. A la suite d’une taille pratiquée en province, il fut reconnu que des spasmes survenus chez le malade étaient occasionnés par un petit calcul qui s’était introduit dans la plaie. Le séjour de la sonde peut aussi les provoquer. Dans tous les cas, le premier soin est de pratiquer le toucher rectal, qui seul peut éclairer le diagnostic; les spasmes ne devant être attribués à des lésions nerveuses qu’après avoir éliminé les causes locales.

M. Gillette ne croit pas à la présence d’un abcès, par la raison qu’il n’existe ni gonflement, ni rougeur, ni douleur, et que l’état général du malade est bon. Il formule ainsi ses recommandations : Pratiquer le toucher rectal ; s’abstenir de sonder la plaie, mais en surveiller et combattre le rétrécissement cicatriciel par le cathétérisme uréthral; contre les spasmes, antispasmodiques par voie rectale.

M. Polaillon désirerait savoir quel est l’âge du malade? — 47 ans. — Est-il rhumatisant? N’a-t-il pas eu de névralgies? Il voit actuellement un homme de 40 ans, avec prostatite aiguë sans traumatisme, qui souffrait surtout du périnée et de l’anus. Les douleurs et les spasmes ont cédé aux lavements laudanisés. Il serait possible que, dans le cas de M. Gillebert Dhercourt, la maladie fût sous la dépendance d’une inflammation localisée vers le col de la vessie.

M. de Ranse demande à M. Reliqüet s’il ne serait pas d’avis d’employer les courants continus qu’il lui a vu appliquer dans une autre circonstance.

M. Reliqüet a appliqué les courants continus sur la moelle et de la moelle au périnée à la suite de l’uréthrotomie; mais alors les causes d’excitation de la moelle avaient disparu avec le rétrécissement. Dans le cas actuel, la cause subsiste ou tout au moins nous sommes en présence d’une inconnue. Des affections prostatiques même localisées, des affections glandu laires isolées, par exemple, peuvent provoquer des contractures. Il n’y a pas, pour le moment, d’autre indication que de pratiquer le toucher rectal et de maintenir le rectum libre à l’aide des lavements.

M. Forget partage absolument l’avis de M. Reliqüet sur la nécessité d’établir au préalable un diagnostic plus précis. Il n’admet pas volontiers la présence d’un corps étranger, mais il croit à l’existence d’une lésion organique qu’il importe de rechercher.

M. Gillebert Dhercodrt père : En réponse aux observations qui m’ont été faites, je dirai que j’ai de la peine à croire qu’il s’agisse en ce moment d’un abcès, même en voie de formation. Le malade n’a pas eu de fièvre; il n’en a pas encore aujourd’hui, malgré son agitation. Il ne s’est d’ailleurs écoulé de l’urine par la plaie que pendant quelques heures, le second jour après l’accident; et, en ce moment, le périnée et les parties voisines sont exempts de rougeur et de gonflement et ne sont pas douloureux à la pression.

Depuis son accident, le malade a pris chaque jour un lavement émollient qu’il a toujours rendu facilement. C’est seulement avant-hier, jeudi, que le contraire a eu lieu.

La première sonde est restée à demeure pendant quatre jours seulement. La sonde de caoutchouc par laquelle je l’ai remplacée est restée à demeure pendant huit jours; depuis mercredi, elle est introduite toutes les deux ou trois heures et laissée en place de vingt à trente minutes chaque fois.

Je répète que le malade n’a jamais souffert de sa plaie; que, même en ce moment, il n’en sou re pas. Cette circonstance, jointe à la crainte de troubler la cicatrisation qui marchait si Dien, m a tait négliger l’examen du rectum par le toucher. Mais je vais maintenant m’em-

presser de l’examiner, el j’aurai l’honneur de vous rendre compte du résultat. Enfin, la santé de M. D... avait toujours élé excellente; il n’a jamais été malade et n’a eu ni rhumatisme n syphilis.

M. le Président procède au dépouillement du scrutin, ouvert au commencement de la séance, par suite duquel le bureau se trouve ainsi constitué pour l’année 1879 :

Président, M. Blondeau ; — vice-président, M. Collineau ; — secrétaire général, M. de Beauvais; — trésorier, M. Perrin; — archiviste, M. A. Voisin ; — secrétaires annuels, MM. Boucheron et J. Besnier.

Conseil d'administration : MM. Blondeau, de Beauvais, Géry, Perrin, A. Voisin, Boucheron J. Besnier, Charrier.

Comité de 'publication : MM. de Beauvais, Marcel, Rougon, Leudet, de Ranse.

— La séance est levée à cinq heures trois quarts.

Le secrétaire annuel , Dr A. Marcet.

544 L’UNION MÉMO ALU.

Dans les villes tartares où ils se trouyaiei^t, jls ont cgqslalô avec étonnement que |a population musulmane l’emportait en nombre sur la population chrétienne ét qu’elle se distinguait par une civilisation supérieure.. La langue indigène se rapproche du turc. Les Buriats, à la coloration cuivrée, qui demeurent dans les montagnes de Baikal, appartiennent à une race un peu différente et ont une grande ressemblance avec les Chinois.

Les Ostiaks sont cantonnés sur les rives de la colossale rivière du Yénissèi, la troisième grande rivière, du globe. Les Tungoosks sont établis sur leS 'rives d’üt) dés affluents de ce fleuve. Les costumes, les armes, les instruments domestiques, lès idoles de éeS populations ont été exposés par M. Seebohm, ainsi qu’un remarquable spécimen de bronze pré-historique trouvé dans d’anciennes sépultures Sibériennes et que l’on croit tèmonter à une antiquité de 4,000 à 5,000 ans.

A la même séàncè, sir Charles Nicholson a donné lecture d’un mémoire sür des rocs gravés près de Sydney, dans la Nouvelle-Galles du Sud. Des gravures grossières représentant la tète humaine et diverses formes d’animaux, surtout des kangourous et des poissons, y compris la baleine, ont, été trouvées sur différents points de la Nouvelle-Hollande, du cap Howe à Moreton Bay.

Les indigènes n’ont aucune tradition relative â leur origine; mais il n’y a aucun fondement à ne pas les considérer comme les auteur,? d’un art autochtone. On a copié un grand nombre de ces images gravées daiis le rôe; une, entre autres, représente aine baleine de 300 pieds de long. Celles qu’on a trouvées à Sydney représentent un kangourou et un homme debout avec les bras étendus. Une autre catégorie de gravures du même genre sont coloriées. On les a découvertes sur la feôtè nord-ouest et Fon suppose, d’une manière plausible, qu’elles sont l’œuvre de pêcheurs de perles ou de marins naufragés de ia Malajsie,

Statistique des ÉTUDIANTS en ITALIE. — Le ministère de l’instruction publique, en Italie, Vient dé terminer la Statistique des étudiants et des auditeurs inscrits dans les Universités du royaume pour l’année 1878-1879.

Il résulte de cette stàtistique que, pour l’année scolaire en cours, le nombre des jeunes gens figurant sur les rôles des diverses Universités est de 10,028, dont 9,329 étudiants et 699 auditeurs.

Ces 10,028 inscrits sont répartis ainsi qu’il suit entre les diverses facultés ;

Facilités.

Jurisprudence -..h rr.vt :v. i i » ... Awim . Médecine et chirurgie . . .

, Étudiants»

Auditeurs,

Totaux.,

Sciences mathématiques, physiques et naturelles.

Belles-lettres et philosophie .

Ecoles de pharmacie .

Cours pour les élèves notaires et procureurs. -

Chirurgie du premier degré . . . .

Cours d’accouchement pour les sages-femmes . .

Médecine vétérinaire . . . .

Agronomie . . . . ........... .. i. y i »

Totaux généraux. . , ,

La famine dans la Haüte-Egÿpté. — ■ Un Anglais, qui vient de visiter la Haute-Egypte, de Siout à Louqsor, écrit au Times que la famine règne dans tout le Saïn : « Nous avons parcouru à dos d’âne, écrit-il du Caire, 200' millés de pays à travers 1 les districts les plus éloignés, et partout nous avons rencontré la . détresse la plus affreuse. Dans la yille de How nous avons vu des fellahs mourir de faim dans la rue; nous n’entendions dé tous côtés, à notre arrivée dans les villages, que des plaintes et des gémissements. Des enfants qui n’avaient littéralemeni que la peau et les os se disputaient avidement les miettes de pain et jusqu’à l’huile et aux débris de nps sardines. A Reneh, les souffrances étaient moins grandes; maison nous informa que quelques jours auparavant un des plus riches propriétaires de l’Egypte, qui habite cette ville, avait nourri à ses frais pendant Une semaine jusqu’à 7,000 fellahs. Dans d’autres localités on nous a cité de Semblables actes de charité. Près de Siout, un touriste anglais a fait distribuer des vivres, pendant la durée de son séjour, à un millier de malheureux qui mouraient de faim. »

Le numéro de ce jour contient un Supplément de huit pages.

. Le gérant, Richelot.

Paris. — Typographie Félix Ma.ïiTEstb et C«, rue des Deux -Pirtes-Saint-Sauveur, 22.

No 59

Jeudi 3 Avril 1879

BULLETIN

sur la Séance de l’académie de médecine

Nos lecteurs se rappellent peut-être que, dans la séance où la question de l’origine et de la prophylaxie de la peste fut incidemment portée et effleurée devant l’Académie, M. Pasteur fit connaître comment il avait été amené à sa grande conception étiologique des maladies infectieuses et contagieuses. C’est, dit-il, le résultat de ses recherches sur la maladie dés vers à soie qui l’a conduit à cette idée nouvelle; c’est en découvrant que l’affection dite maladie des vers à soie, jusque alors réputée éminemment infectieuse et contagieuse, était due à des protoorganismes, à des. corpuscules, à des cellules; c’est en voyant qu’une prophylaxie basée sur cette donnée avait heureusement réussi à faire disparaître la maladie des vers à soie dans les départements qui en étaient infectés depuis de nombreuses années; c’est après avoir contrôlé ainsi, par le résultat pratique, la vérité de l’idée théorique, que M. Pasteur crût pouvoir généraliser cette idée et l’appliquer Successivement au charbon, après la découverte de la bactéridie de M. Davaine, à la septicémie chirurgicale, à l’infection purulente, à la septicémie puerpérale, à la peste et, finalement, à l’ensemblë des maladies infectieuses et contagieuses; On sait quel chemin cette idée a fait dans le monde.

Or, voici qu’un sériciculteur du Gard, M. de Masquart, de Nîmes, écrit à l’Académie pour contester la réalité, sinon de la théorie de M. Pasteur, du moins du résultat pratique annoncé par lui en ce qui concerne la disparition de la maladie des vers à soie dans les départements sériciçoles. M. de Masquart prétend que les doctrines de M. Pasteur ont fait le plus grand mal à l’industrie séricicole, d’une part en portant les éducateurs à abandonner les mesures hygiéniques usitées autrefois, d’autre part en détournant le gouvernement de venir en aide à cette industrie en détresse.

M. Pasteur a répondu, non sans quelque ennui et qüelque impatience, à la lettre de M. de Masquart, accusant son auteur départi pris et de contradiction; systématique. Il a affirmé que la pébrine , ou maladie des corpuscules, avait complètement disparu chez les éducateurs qui, se conformant aux préceptes qu’il a donnés, prenaient’ les précautions indiquées poùr la sélection de la graine, et que, quant à la flacherie , il en eût été de même si les éducateurs ne s’étaient laissé influencer par

FEUILLETON

LA médecine de précision

a l’institut polyclinique de artzburç-sur-l’ammer fl).

Artzburg-sur-l’Ammer est une jolie petite ville de six à huit mille âmes, admirablement située et toute entourée de sites charmants. Peu de commerce et d'industrie; c’est une ville universitaire par excellence; on y compte cent cinquante professeurs ordinaires, vingt-cinq extraordinaires et Un nombre fort respectable de privai docenten; quant au nombre des élèves, il dépassé à peine d'une cinquantaine l'ensemble du corps enseignant. La Faculté de philosophie eSt belle qui compte le plus d’élèves ; après vient la Faculté de médecine. Cette spécialité universitaire,, jointe à l’absence presque complète de vie commerciale, donne à la petite Ville un cachet tout particulier qu’on ne retrouve guère qu’en parcourant l’Allémagne, et dont nos grandes villes universitaires de la Grande-Bretagne ne peuvent donner l’idée. Cela me rappelait plutôt Eton ou Harrow quë Oxford ou Cambridge, bien que la population écolière de Artzburg fût bel et bien émancipée.

Après trois semaines passées à Trieste, dans cette ville d’affaires et de mouvement, au contact de cette foule bigarrée de juifs, d’Allemands, d’Italiens, de Levantins, c’était un grand plaisir pour moi de rencontrer la paisible sérénité d’uné' ville du moyen âge; ce milieu calme et sérieux me semblait mieux s’accorder avec mon état valétudinaire; j’étais convaincu,

(1) Extrait du même ouvrage que les feuilletons des 27 et 29 mars.

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