DE LA PREMIÈRE ÉDITION
La grande découverte qui de nos jours préoccupe tous les savants, et qui sera le plus beau litre scientifique de notre époque, est celle de la théorie mécanique delà chaleur; c'est-à-dire la réduction des phénomènes calorifiques à de simples modalités de mouvement. Exposer les bases de celte théorie, en étendre les applications aux agents impondérables et aux autres forces physiques, tel est l'objet du présent
ouvrage.
Que l'on ne s'étonne pas de voir un astronome entreprendre de traiter un sujet regardé d'ordinaire comme relevant des physiciens, car certainement la question de la nature des forces intéresse l'astronomie au plus haut point. En effet, il y a deux manières d'envisager les mouvements célestes: ou bien comme de simples effets d une force abstraite,
Il PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION.
la gravité, et la loi élémentaire de celle force une fois connue, tout le reste s'en déduit par voie analytique; ou bien comme les effets d'une cause immédiate appartenant à un ordre plus élevé et dont la gravité elle-même ne serait qu'une conséquence. Tant que Ton se borne à calculer les mouvements planétaires, la première hypothèse suffit aux besoins de Tastronome ; mais , lorsqu'on arrive à chercher l'explication des autres phénomènes que nous présentent les comètes, les aérolithes et le soleil lui -môme, elle est insuffisante. Non-seulement les apparences physiques des corps célestes ne peuvent s'expliquer par un principe unique, mais les lois mêmes des mouvements révèlent des perlurbations que Ton ne peut négliger. Pour comprendre ces aberrations, il faut recourir à l'action de ces forces qui régissent la matière, que nous connaissons de près et que, pour ainsi dire, nous manions chaque jour.
De récentes observations ont démontré que dans l'espace planétaire s'exercent encore la répulsion calorifique, la résistance du milieu, les actions magnétiques et électriques, et sans nul doute, de même que la lumière, ces forces sont communes à toute la création et lient ensemble les corps les plus éloignés de l'univers.
En présence d'une idée aussi séduisante, celui qui entre dans la carrière astronomique après avoir consacre plusieurs années à l'étude de la physique,
PB£FAGE de la première édition. m
ne peut s^eiiipécher d'être vivement sollicité à déterminer les relations réciproques de ces forces, à en rechercher les principes, à voir s'il est possible de les ramener toutes à une cause commune. Les remarquables progrès accomplis par la science dans ces dernières années ont fait disparaître les principales difficultés qui écartaient les savants d'un problème aussi complexe, et aujourd'hui on ne pense plus que les forces physiques et celles qui régissent les mouvements des corps célestes soient indépendantes les unes des autres.
Personne n'admet plus l'existence du vide absolu dans l'espace planétaire, les forces ne sont plus regardées comme des qualités occultes de la matière, mais comme de purs effets de mouvement. Ainsi s'ouvre aux spéculations des naturalistes un champ jusqu'ici inexploré.
Une telle synthèse a été toujours pour nous un sujet d'études favori. En 1858, dans une séance de TAcadémie libérienne, nous lûmes une dissertation sur cet objet qui fut publiée plus tard avec un grand nombre de notes*. Depuis ce moment plusieurs personnes manifestèrent le désir de voir cette thèse traitée avec de plus grands détails dans un ouvrage écrit en italien, car jusque-là notre langue ne possédait aucun livre dans lequel les derniers progrès de
* Voy. Gioniale Arcadico^ vol. XI, nouvelle série, De la Carrelalion de» force» physiques.