DIFFÉRENCE
Titane =25
Étain =59 . . .34
Tantale =93 ... 34
De même les suivants :
Chrome =26 Molybdène = 48 Vanadium =70 Tungstène = 92
forment une progression arithmétique, dont la raison = 22.
Mais, dira-t-on, ce sont là des purs jeux de combinaisons dont tout le secret réside dans le choix bien entendu d'une unité; et, le poids équivalent des métalloïdes et des métaux variant de 1 à 1 76, on peut facilement trouver des rapports parmi les diviseurs du dernier nombre. Celte objection n'est pas soutenable, car 1^ on ne compare pas seulement les extrêmes de la série, mais aussi les termes intermédiaires dont les rapports sont exprimés par des nombres moins grands; 2^ Textrême rigueur apportée, par leç chimistes modernes, à la détermination des poids atomiques ne permet pas de taxer d'erronées les relations que Ton découvre entre ces valeurs ; 3® l'analogie des propriétés physiques et chimiques des corps, compris dans les groupes signalés ci-dessus, porte d'elle-même à soupçonner entre leurs molécules quelque rapport constant
dans la structure. Cette analogie subsiste dans tes radicaux
au CONSTITUTION DC LA MATIERE.
organiques, comme dans ceux d'origine minérale, el le premier constituant a semblé être celui qui détermine le genre du groupe, tandis que Tautre, c'est-à-dire la différence, ne détermine que l'espèce . Qui ne voit des types homologues dans le fluor, Tiode, le brome, le chlore, substances désignées, à juste titre, sous le nom générique de corps halogènes? Qui ne serait frappé de la parfaite conformité de fonctions chimiques des métaux alcalins ou bien encore des corps acidifiants, tels que le sélénium, Je soufre, l'oxygène et le tellure, et ainsi de suite? Concluons donc, avec le savant auteur dont le travail nous a servi de guide, que :
1° Les équivalents des corps simples appartenant à une même famille naturelle^ forment toujours une progression arithmétique^ à la façon des radicaux de la chimie organique,
2^ La raison de cette progression constante est quelquefois remplacée dans certains termes de la progression par une raison équivalente, circonstance qui dissimule la simplicité de la loi ^
Les faits une fois observés, le chimiste s'arrête, et il a raison; mais le philosophe s'empare de ces résultats et s'efforce de les interpréter et de les généraliser. Pour nous, nous en tirons cette conséquence inévitable, que les corps regardés jusqu'ici comme simples, sont réellement des agrégats très-compliqués d'autres éléments complexes, mais finalement réductibles en une seule matière.
Celte doctrine est encore appuyée par les récents travaux de Tyndall, dont nous avons déjà parlé. D'après ce physicien, les gaz simples, même lorsqu'ils sont mêlés dans les proportions voulues pour donner lieu à certaines combinaisons, absorbent la chaleur avec infiniment moins d'intensité que ne le font les gaz composés, différence qui lient
* Dumas, loc. cit. C. /?., XLV.
à la complicatioii de leurs molécules. Les molécules dos gaz simples étant moins anguleuses et moins complexes que celles des autres, Télher vibrant éprouve au milieu d'elles un moindre frottement. Ce résultat s'accorde parfaitement avec la faible valeur du poids atomique, pour nous montrer les gaz simples comme formés par des assemblages atomiques extrêmement simples. Au contraire, les molécules organiques, dont le pouvoir absorbant est très-marqué, sont formées par. un très-grand nombre d'atomes élémentaires. Les parfums qui sont le plus ordinairement des huiles essentielles, ont une puissance d'absorption énorme.
Puisque nous voyons ces molécules très-complexes entrer en combinaison comme les plus élémentaires, il n y a donc de ce côté aucune impossibilité à croire que les molécules élémentaires elles-mêmes ne sont pas simples. Les deux classes de molécules diffèrent en ce que dans celle de la seconde, la réunion des atomes est tellement établie, qu'elle ne cède pas à nos moyens de décomposition. Mais, si l'on veut regarder que ces moyens se réduisent en définitive à la mise en jeu du mouvement molécu* laire calorifique ou électrique, aidé par les forces mêmes qui constituent l'affînité, on reconnaît que la différence qui sépare les molécules dites simples, et celles reconnues comme composées, se réduit à ce que les unes et les autres ne résistent pas également à l'agitation thermique. Tandis que les combinaisons élémentaires peuvent passer d*un extrême de température à l'autre sans se détruire, il n'en est plus ainsi des molécules surcomposées d'origine organique, qui ne peuvent supporter une variation de chaleur môme assez faible. Et cela, précisément à cause de leur complication, car plus le nombre des corpuscules composant un système est considérable, plus est grande Tamplitude des variations que peut éprouver une molécule dans sa forme et son état d'agré-
016 COiNSTlTUTlON DE LA MATIÈHE.
gatioii, plus faible devient par suite sa résistance à la décomposition, laquelle souvent aura lieu par un. simple changement dans l'ordre des parties, jsans qu'aucune d'entre elles ne se sépare de la masse totale.
l'in eiïet, lorsqu'une grande quantité de corpuscules sont réunis, il faut tenir compte non-seulement de leur nombre, mais aussi de leur disposition ; car il arrive souvent que sans éprouver de changement dans sa masse le composé varie par suite de la transposition de ses parties constituantes. De même que le dessin d'un échiquier dont les carreaux sont de deux ou plusieurs couleurs différentes, se prête à des milliers de combinaisons : de même un nombre déterminé de corpuscules hétérogènes, en s'assemblant de diverses manières, peut donner naissance à une foule de composés doués des propriétés les plus dissemblables. La chose est bien connue des chimistes; ils savent que plus est élevé le degré de combinaison, plus abondent les corps isomères, spécialement parmi les combinaisons organiques. Cela se voit clairement dans les figures de M. Gaudin.
Ajoutons à cela l'impossibilité géométrique de disposer dans l'espace à trois dimensions des points réciproquement équidistants dans tous les sens, d'où il suit que de tels systèmes solides doivent avoir une densité plus grande, suivant telle ou telle direction. On comprend maintenant à quel degré de variété peuvent atteindre les combinaisons obtenues avec une quantité constante de matière, suivant le mode de groupement, de condensation, etc.
Par ces diverses considérations se trouve justifiée notre théorie de la constitution de la matière. On peut regarder celle-ci comme un agrégat de systèmes de plus en plus simples; la molécule d'un composé organique nous représente un système d'ordre supérieur très-compliqué, où les systèmes composés jouent le rôle d'éléments : dans la chimie minérale la molécule dite élémentaire appartient
à un ordre inférieur : mais rien ne dit que la série a sa fin aux ternies que nous appelons corps simples ; seulement, vu notre impuissance à descendre la série jusqu'à rinfini, nous appliquerons à ces substances ce qui doit s'entendre des derniers groupes d'atomes proprement dits.
Dans les systèmes atomiques, il faut considérer, en outre, la vitesse de projection initiale, en vertu de laquelle la forme de leurs orbites, l'amplitude de leurs excursions et le volume de l'espace occupé peuvent être notablement différentes. Il se pourrait très-bien que nous ayons là, comme le dit Graham, la clef de la diversité des poids équivalents chimiques. En outre, des volumes égaux peuvent, lorsqu'ils se réunissent, conserver en totalité ou en partie leur mouvement de translation, changer celui de rotation, et ainsi faire varier la densité de l'élément*.
Voilà à quelle idée générale de la constitution des corps nous amène l'étude comparative des phénomènes chimiques, combinée à celle de la chaleur, et de toutes les manifestations générales de la matière. Dans notre ensemble théorique, les hypothèses n'ont rien d'arbitraire, et sont, du reste, appuyées sur des preuves nombreuses.
Les groupes atomiques de complexité décroissante, qui constituent très-certainement les divers corps de la nature, ont, avons-nous dit, pour derniers termes, les molécules des substances nommées éléments chimiques. Or rien n'empêche que ces molécules ne soient elles-mêmes d'ordre supérieur. Aussi, admettons-nous cette limite seulement parce que nous ne pouvons suivre la série jusqu'à l'infini. Quoi qu'il en soit, il est parfaitement rationnel de regarder la matière comme composée d'atomes distincts et originairement séparés,
La théorie atomique, loin d'être absurde et de ne pas se prêter à l'explication des phénomènes, comme certaines
* Graham, Proreedings, R. soc. London, XÎI, p. 621.
personnes le prétendent, est, au contraire, celle qui découle directement des faits. De plus, elle ne dépend en rien de la théorie des forces qui assemblent les atomes, car elle subsiste, soit qu'on attribue le mouvement des atomes, les uns vers les autres, à des causes occultes, à des puissances internes, soit qu'on les suppose réunis par l'action extérieure d'un milieu en mouvement. Les doter de forces abstraites est certainement chose facile, mais nous avoiis vu, plus d*une fois, à quelle complication conduit un pareil système, et quel nombre prodigieux de forces il faut imaginer. Enfin, pour tout dire, on arrive de la sorte à attribuer aux atomes une espèce d'intelligence, qui leur permet de discerner s'ils doivent agir ou non, ou à leur donner implicitement une faculté de perception qui les avertit de la présence des éléments susceptibles d'être attaqués par eux, hypothèses évidemment absurdes. De plus, il reste toujours la grande question : en quoi consiste cette force abstraite d'atfinité? Pourquoi ne s'épuise-t-elle jamais? Comment se fait-il qu'étant sans cesse active et prête à agir sur tous les corps, lorsqu'on lui en présente deux à la fois, elle s'attaque à l'un et pas à l'autre ; y a-t-il là un choix intelligent? Nous pourrions facilement multiplier nos questions, mais en vain, assurés que nous sommes qu'elles resteraient sans réponse. 11 est donc préférable (le montrer comment il est possible de concevoir les forces de cohésion comme dérivant du mouvement dont la matière est animée.