CHAPITRE XI
DE LA DÉCOMPOSITION CHIMIQUE PAR l'aCTION DE LA CHALEUR, ET DE LA QUANTITÉ DE CHALEUR DES GAZ.
Il nous reste à parler finalement d'un troisième cas analogue aux deux précédents ; celui dans lequel le mouvement thermique augmentant d'intensité, non-seulement les groupes physiqties dont les solides sont constitués, mais encore ceux d'ordre chimique qui forment les corps composés se détruisent peu à peu. Phénomène intéressant, car il nous fait voir que l'attraction physique et l'attraction chimique, comme on les appelle ordinairement, ne sont réellement pas de nature différente.
La chaleur est un des moyens d'analyse les plus puis-
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sants que possède la chimie, une infinitë de corps composés ne résistent pas à son action; si la température est peu élevée, les sels perdent leur eau d'hydratation ; s'accroît-elle davantage, les oxydes et les carbonates sont réduits par la calcination, et ainsi de suite. Corpora noû agunt nisi soluta, était un adage accepté par les anciens chimistes, et plusieurs d'entre eux regardaient la chaleur comme le dissolvant universel ; pour les modernes, elle agit en mettant les molécules dans un état élastique, qui leur laisse une liberté favorable à l'exercice de leurs afïinités mutuelles ^ Ordinairement les corps les plus stables se décomposent en présence d'un autre ayant une grande affînité pour l'un de leurs éléments ; mais par l'emploi de procédés assez simples, on peut décomposer un certain nombre de ces corps sans Tintervention d'aucun autre. L'ëau, par exemple, peut être décomposée à une température assez inférieure à celle de sa formation. Il est remarquable que dans ces circonstances une certaine quantité de chaleur disparait et devient latente, de même que cela se présente dans la vaporisation. Si l'on veut réaliser cette analyse, il faut s'arranger de manière à ce que les deux éléments de l'eau, une fois désunis, soient rapidement séparés l'un de l'autre alors qu'ils possèdent encore une haute température, sinon ils se recombinent au sortir de l'eôpace dans lequel ils viennent d'être isolés. La vapeur d'eau ne se décompose pas en traversant un tube de platine chauffé à un degré voisin de sa fusion; mais elle ne résiste pas à une température beaucoup moindre lorsqu'elle rencontre sur son trajet une substance capable de fixer un de ses éléments, et de le séparer de l'autre ; ainsi agissent l'oxyde de plomb et certains corps absorbant l'oxygène, etc. Ces substances ne doivent pas nécessairement exercer une action dite d'affinité; quelques-
* Voyez ce qui a été dit plus haut^ p. 68.
DE LA DÉCOMPOSinOIf CHIMIQUE.
unes, en vertu d'un simple effet endosmotique, opèrent mécaniquement une véritable filtration. Ainsi Teau, se décompose à une température relativement peu élevée si Ton fait usage d'un tube poreux, lequel permet à Tbydrogène de se séparer de Toxygène, en vertu de sa force expansive.
Cette belle expérience a été récemment faite par M. SainteClaire-Deville, a&(fig. 8). Soit un tube de terre poreuse enfermé dans un autre plus large en porcelaine vernissée, tous deux munis de bouchons et de tuyaux disposés de façon à laisser entrer et sortir les gaz. Si à la température ordinaire on introduit de Thydrogéne dans le tube poreux et de l'acide carbonique dans l'espace annulaire, en examinant les gaz à leur sortie de l'appareil,
Fig. 8.
on recueillera lacide carbonique à l'extrémité du tube intérieur a b, et l'hydrogéné se dégagera de l'espace annulaire, c d. Les gaz ont donc traversé la paroi poreuse chacun en sens opposé par un de ces effets d'endosmose et de diffusion dont nous avons parlé plus haut.
Supposons maintenant notre double tube porté à une haute température, à iOOO<> ou 1300°, par exemple; on fait passer un courant de vapeur d'eau dans le tube cen-
tral et un courant d'acide carbonique dans l'enceinte annulaire ; alors il se dégage du tube extérieur un mélange détonant et du tube intérieur un mélange d'oxygène, d'oxyde de carbone et de vapeur d'eau. Voici comment les choses se sont passées : l'eau a été décomposée, son hydrogène a traversé la paroi poreuse de même que dans Texpérience précédente. Se trouvant alors en présence de l'acide carbonique, il Ta décomposé en oxygène et oxyde de carbone. Cet oxyde de carbone filtre dans le tube intérieur et en sort mêlé à l'oxygène provenant de l'eau décomposée.
Si, au Heu de recourir à la disposition précédente, on avait fait passer un courant de vapeur d'eau dans un tube en platine chauffé à une température voisine de sa fusion, l'eau, avons-nous dit, serait sortie indécomposèe. En effet, ses éléments se seraient séparés dans la partie la plus chaude et recombinés dans la région plus froide. Grâce à cet appareil, on a pu isoler les gaz en les soustrayante leur action réciproque. Dans l'expérience indiquée, la décomposition de l'eau s'opère à une température notablement moindre que celle de sa combinaison ; le phénomène est comparable à l'évaporation : cette dernière se produit en effet à une température inférieure au point d'ébullition, et elle est favorisée par la présence d'une substance hygrométrique, absorbant la vapeur au fur et à mesure de sa formation.
Le fait qui nous intéresse le plus dans ces recherches est celui de l'absorption d'une certaine quantité de chaleur qui devient latente pendant la dissociation de la vapeur d'eau, pour employer l'expression de Deville; voici la valeur de quantité de chaleur absorbée *.
MM. Debray et Deville ont conclu de leurs expériences que l'élévation de température produite par l'hydrogène
* Voyez Comptes rendus de V Académie des sciences^ 2 février 1863, t LVI, p. 199.