‹ L'unité des forces physiques (volume 2)Chapitre 56 sur 111 · NOTIONS SUR L'ÉTHER · texte numérisé non relu

NOTIONS SUR L'ÉTHER

matière raréfiée , et Us espèrent ainsi concilier les deux systèmes. Mais, à notre ayis, une semblable théorie ne peut s'appliquer à tous les cas observés en optique, et particulièrement à la polarisation; de plus, elle est au moins mutile. En effet» si cette émanation est continue et dure depuis l'origine des choses, l'espace doit être -actuellement rempli de ces infiniment petits, de ces monadesy pour employer une expression célèbre, et leur ensemble doit équivaloir à un milieu physiquiement continu ; de celte façon, les espaces interplanétaires seraient occupés par une matière formée d'éléments en état de répulsion, et cela revient à admettre un fluide universel soustrait à l'influence de la gravité. On peut appliquer à ce fluide les vers consacrés par Lucrèce à Tair atmosphérique^ :

Semperenim quodcunK|ue, fluit de rébus, id omne Âeris in magnum fertur mare; qui nisi contra Corpôra rétribuât rébus recreetque fluentis Omnia jam resoluta forent et in aère versa.

Cette matière, très-atténuée, doit, par sa pression, agir sur tout, et.produire dès lors les effets attribués par d'autrps à l'action de l'éther. Enfin, si l'espace est rempli par celte matière, comment pourra-1-elle ne point participer aux mouvements qui s*y produisent? comment pourra-t-elle ne pas être ébranlée par les vibrations des corps chauds et des corps lumineux? Et si cette communication de mouvement s'établit, qui pourrait distinguer cette matière de l'éther? •

Ajoutons encore que les défenseurs de cette doctrine ^nt forcés d'admettre à chaque instant des forces tantôt attractives, tantôt répulsives, au moins pour expliquer la formation des molécules. L'existence de l'éther une fois reconnue, toutes ces hypothèses deviennent inutiles.

« Livte V, V. '270.

Après la discussion à laquelle nous venons de nous li* vrer, on reconnaît évidemment, je pense, combien sont peu éloignées les unes des autres toutes ces opinions qui» au premier aspect, semblent diamétralement opposées, et surtout on peut voir combien sont peu raisonnables les personnes qui ont essayé de faire tomber en défaveur et même de couvrir de ridicule le système basé sur l'existence de l'éther. Assurément Thypothèse d un milieu universel a fait faire un pas immense à la théorie de Tunité des forces physiques en démontrant que de nombreux phénomènes, attribués à Faction de fluides divers, étaient de simples modes du mouvement de la matière pesante ; néanmoins il ne serait pas logique de vouloir envisager toute la physique sous ce point de vue, et dans l'analyse des faits que nous développerons plus tard, nous serons ramenés à Thypothèse de Téther par dés considérations d'un ordre tout différent, tirées de l'étude de l'électricité. Un émineut physicien a écrit que l'idée d'éther ou de fluide n'est pas plus claire que celle de force *^ : tout au contraire, nous regardons comme inadmissible l'idée de force introduite dans l'explication des phénomènes naturels, si on ne l'envisage pas comme une propriété inhérente à un certain support; mais, pour un fluide, il n'en est pas ainsi, quand méAe on le suppose intangible et impondérable (l'air n*a-t-il pas été considéré comme tel pendant longtemps?) : si ce fluide est en mouvement, sa masse à elle seule par sa vitesse devient déjà une force. Nous allons montrer comment noire hypothèse permet d'aborder avec facilité la th^rie des phénomènes physiques, et nous espérons prouver que l'éther, admis d'abord pour rendre compte des manifestions lumineuses, peut aider beaucoup à Fintelligenoe de' plusieurs autres résultats d'observations.

Nous chercherons à reconnaître les propriétés de cet

1 Grove, Cartel, des forces physiques^ p. 1 27.

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