‹ L'unité des forces physiques (volume 2)Chapitre 55 sur 111 · NOTIONS SUR L'ÉTHER · texte numérisé non relu

NOTIONS SUR L'ÉTHER

conque de notre corps, nous fait percevoir une série de chocs ; de même l'œil a seul la faculté de sentir le mouvement de Téther comme lumière, et tous nos membres peuvent percevoir la vibration de la matière sous forme de chaleur; i^ le son et le frémissement vibratoire d'un corps reconnaissent tous deux pour origine des mouvements de même nature, mais Tun se passe dans l'air et Tautre dans un corps solide ; de même la lumière et le calorique dit statique ou de température sont des mouvements similaires : le premier se produit dans Téther, et le second dans un corps pesant; 3° parfois les vibrations de Tair ne produisent aucune impression sur l'oreille, certains sons nous échappent, parce qu'ils sont trop graves, les autres à cause de leur trop grande acuité; l'œil se trouve dans les mêmes conditions relativement aux vibrations* extrêmes des spectres calorifique et chimique; 4^* un corps sonore, par l'intermédiaire de l'air, communique son mouvement aux instruments accordés à l'unisson, quand même ils seraient à une assez grande distance ; de son côté, un corps chaud échauffe un autre placé à distance, car, grâce à l'éther, un échange s'établit entre eux par simple rayonnement. Ces principes une fois posés, il devient inutile de chercher la lumière sans chaleur, et Helloni, à la fm de sa trop courte carrière scientifique, était arrivé à cette même conclusion ; 5^^ l'amplitude des vibrations dans les corps sonores est extrêmement petite, eu égard à la longueur des ondes aériennes; la même chose doit arriver mais à un degré encore plus élevé pour les vibrations lumineuses. Grove, en faisant réfléchir un rayon solaire sur une petite lame de platine formant miroir, n'a pu constater aucune différence dans le rayon réfléchi successivement par le métal d'abord froid, puis porté à l'incandescence à l'aide d'un courant électrique.

Tout aussi bien que les rayons calorifiques, les rayons

chimiques présentent des phënomënes d'interférence; par suite, on doit les regarder comme un genre de mouvement particulier, et les actions chimiques de la lumière se classent parmi les actions mécaniques au même titre que les effeti calorifiques. La question : « Qiie devient la lumière Ionqu'elle s'éteint? » se transforme en cette autre : i Qm devient le mouvement lorsquMl cesse d*ètre appréeiabb à nos sens? » Ainsi, la théorie dynamique ramène à de simples problèmes de transformation de mouvement la théorie de tous les phénomènes qui présentaient des difB* cultes considérables dans le système de rémission; car, pour en donner une explication rationnelle, on était forcé de supposer un anéantissement de la matière lumineuse.

fies indications précédentes sont suffisantes pour le moment ; nous les développerons plus tard, et nous montrerons alors comment l'optique fournit les preuves les plus complètes à l'appui de la théorie dynamique de la chaleur.

Il sera bon maintenant de donner quelques notions générales sur l'éther, car encore à notre époque, un grand nombre de personnes acceptent l'hypothèse de l'éther avee la plus grande répugnance.

Plusieurs physiciens modernes, reconnaissant que rémission newtonienne est impossible à soutenir plus longtemps, ont supposé que la lumière se propageait simplement par l'intermédiaire de la matière pondérable^. Noos discuterons cette opinion en pariant de la transmissioo de la lumière par les solides diaphanes, car dans ces substances l'éther a des rapports tellement intimes avec la matière pesante, qu'il est difficile de décider si lui snd agit dans ces conditions. Admettons donc jusqu'à nouvel ordre que l'éther peut pénétrer tous les corps, à la façon des molécules lumineuses imaginées par les newtoniens, ou bien encore à la façon des radiations admises par d'an-

' Exemple le célèbre M. Grove cité par nous en maintes cirooostances.

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très savants; et, négligeant pour le moment le cAté général de la question, nous nous bornerons â l'examen de la propagation de la lumière dans les espaces planétaires.

Si Ton suppose ces espaces occupés par une matière pondérable proprement dite, avec toutes les qualités qui lui sont propres, par exemple par une sorte d'extension des atmosphères planétaires, l'hypothèse est inexacte, nous le déclarons sans hésiter. Il n'existe aucune preuve de cette diffusion indéfmie des atmosphères, et l'admettre serait renverser d'un seul coup toute la mécanique céleste. Bien plus, il n'est pas possible de regarder cette matière comme extrêmement raréfiée, car alors comment expliquer son élasticité considérable et la rapidité avec laquelle elle propage la lumière? En effet, d'après la loi de Mariette (on doit admettre cette loi pour un gaz aussi raréfié), l'élasticité étant proportionnelle à la densité, la vitesse de propagation deviendrait celle que nous présentent les corps pesants, c'est-à-dire infiniment moindre que celle de la lumière. Mais si Ton entend par continuation d'atmosphère une expansion de leur matière constitutive, raréfiée et placée en état de répulsion absolue ou d'atténuation, c'est-à-dire formée par les atomes élémentaires, alors la question change d'aspect, et la discussion roule plutôt sur les mots que sur le fond, comme nous allons le prouver.

Il est vraiment curieux de voir comment d'un côté certains physiciens cherchent à tout rapporter à l'action de l'élher, tandis que d'autres regardent cet agent comme un jeu de Tesprit dont on peut se passer complètement pour expliquer la constitution des corps. A entendre ces derniers, tout se réduit à démontrer que chaleur et électricité sont un simple mouvement de la matière pondérable, et que l'on peut se dispenser d'admettre un milieu impondérable servant à la propagation de la lumière. Nous avons suivi rigoureusement tous leurs raisonnements, et

SeO DU CALORIQUE.

ils ne nous ont pas conyaincus. Aussi r^ardons-nous comme indispensable d'admettre Texistence de l'éther.

 la vérité, on peut laisser de côté le fluide calorifique : un grand nombre de phénomènes électriques s'expliquent parle seul mouvement de la matière pondérable; mais il y a aussi dans cette classe de phénomènes des faits trèsnombreux pour lesquels une explication de ce genre est inadmissible, et si l'on veut en rendre un compte exact, il faut ou supposer des actions s'exerçant à distance sans aucun intermédiaire^ chose parfaitement absurde, ou imaginer ces forces dont la nature nous est complètement inconnue, et que dés lors nous cherchons à exclure du domaine de la physique. Tels sont les phénomènes électrodynamiques et magnétiques, qui journellement et dans des circonstances très-variées se manifestent au sein d'espaces complètement vides de matière pesante. Admettre un certain fluide comme cause des phénomènes physiques, ce n'est pas repousser les explications des faits basées sur les théories mécaniques; a-t-on jamais dit qu'il niait les principes du mouvement, celui qui expliquait l'ascension de l'eau dans les pompes par un jeu de la pression atmosphérique, ou bien encore le transport du son jusqu'à loreilie par le moyen de Tair? En raisonnant ainsi, on ne peut certes pas être accusé de se livrer aux fantaisies de rimagînation. Or toute une classe de faits sont inexplicables sans l'hypothèse d'un milieu universel, et un grand nombre d'autres phénomènes deviennent, grâce à elle, d'une intelligence très-facile ; donc, nous pouvons rationnellement accepter cette hypothèse ; en cela nous suivons la méthode des sciences physiques, c'est-à-dire que nous démontrons les prmcipes apostenori et non aprion.

La répugnance que l'on éprouve à admettre un milieu étendu entre nous et les astres nous semble être une conséquence involontaire de notre habitude de nier

«^'«^nce de tout ce qui n'agit point sur nos sens, et spé-

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cialement sur ceux de la vue ou du toucher; mais l'obser- Yadon même la plus superficielle ne tarde pas à nous montrer le peu de valeur d'un critérium exclusivement fondé sur nos sensations; nous trouvons même ici un exemple à l'appui de ce dire.

Newton lui-même, et certes il était un zélé partisan des forces abstraites, n'hésitait pas à déclarer que la gravité pouvait résulter de faction de quelque milieu interposé^; bien plus, il déclare que, sans ce milieu, on serait conduit à admettre de la part des corps une action à distance, conséquence radicalement absurde, i On ne peut comprendre, écrit-il dans sa troisième lettre à Bentley, comment une matière brute et inanimée pourrait, sans le secours d*un agent non matériel, produire des modifications dans un autre corps, alors qu'elle ne serait point en contact avec ce corps (et cependant les choses se passeraient de la sorte si, admettant les idées d'Épicure, on regardait la gravité comme une propriété inhérente et essentielle)... Supposer que la gravité soit une qualité innée, essentielle, inhérente, à la matière, de telle sorte qu'un corps puisse exercer son action sur un autre plus ou moins éloigné, sans Tinterposition d'aucune autre substance établissant une communication quelconque entre eux, me paraît une chose tellement absurde, qu'elle ne peut arrêter un seul instant quiconque a rexpérience de la philosophie. La gravité doit tirer son origine d'un agent dont l'action est continue et soumise à des lois déterminées; mais cet agent est-il matériel ou immatériel? Voilà une question que dans tous mes ouvrages j'ai livrée à la méditation des lecteurs*. »

Ces dernières paroles de Newton ont été pour quelques-

< c Quam ego, attractionem appello fieri sane potest ut ea efficiatur impulsa velaliomodo nobis ignoto optice. » (Newton, Optique^ q. xxiii.)

* Nous remarquerons cependant que dans la même lettre il dit évidemment que cet agent est matériel (trois lignes plus loin). Cette lettre a été traduite en italien par E"* de Luca in Giortiale Arcadico.

uns rorigine d'une idée fausse; ils crurent que l'éiher était quelque chose d'immatériel, parce qu'il était impondérable. Pna fait ici confusion entre deux propriétés très-distinctes, savoir : Tinertie et la gravité; la seconde n'est pas, comme la première, une qualité essentielle de la matière. On peut concevoir une matière non pesante, mais toute matière doit être inerte, c'est-à-dire qu'elle exige une force pour être mise en mouvement. Celte notion est tellement juste que, d'après l'ensemble des phénomènes connus, l'éttier pourrait bien être la cause de la gravité. Ce fluide universel présente certainement une constitution différente de celle des gaz ou des autres corps connus de nous : par suite sa nature ne peut nous être révélée par les phénomènes étudiés jusqu'ici ; mais les recherches que nous analyserons plus loin fourniront de précieuses indications sur ce point.

On peut admettre sans difficulté que l'èther existe dans l'intérieur de tous les corps; on sait en effet combien sont poreuses les substances même les plus compactes en apparence; du reste, on doit les admettre comme telles pour expliquer le passage de la lumière à travers leur épaisseur, quel que soit le système adopté. Hais il faut bien s'entendre sur le mot porosité; suivant que l'on adopte l'un ou l'autre des deux systèmes, cette expression n'a pas la même valeur, car pour les partisans de l'émission, les pores devront être rectilignes et dirigés dans tous les sens, disposition presque impossible à comprendre, tandis que, dans la nouvelle théorie, on peut leur conserver la disposition qu'on leur attribue ordinairement, caV rien n'empêche les ondes lumineuses de contourner les molécules^.

Les physiciens qui, repoussant l'hypothèse de l'éther, admettent une raréfaction de la matière, ont émis cette opinion que la lumière pourrait bien s'expliquer par une émanation périodique et alternative de cette espèce de

* Cette remarque est de Leop.Nobili, Nuovu Trait. d'oUtca. Mitami,

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