‹ L'unité des forces physiques (volume 2)Chapitre 58 sur 111 · POUTOIR ABSORBANT DES CORPS POUR LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

POUTOIR ABSORBANT DES CORPS POUR LA LUMIÈRE

Nous avons jusqu'à présent regardé l'éther comme un fluide élastique, nous réservant de chercher plus tard quelle était la nature de cette élasticité. De plus, nous avons reconnu qu'il se comportait toujours comme une matière inerte; aussi, à notre avis, l'expression fluide immatériel^ appliquée à Féther, est-elle défectueuse, quand même on l'emploierait seulement pour montrer qu'il est d'une nature contraire à celle de la matière pesante; cette locution prêtera toujours à l'équivoque.

L'éther pénéirant tous les corps, on ne peut constater son poids, car il arrive pour le fluide ce qui se présenta pour l'air, dont la pondérabilité ne fut pas soupçonnée jusqu'à ce que l'on eut imaginé des appareils propres à le condenser et à le raréfier; nous trouvant ainsi dans l'impossibilité de reconnaître la pondérabilité de l'éther, si nous voulons prouver sa matérialité, il nous reste à démontrer son inertie, c'est-à-dire sa résistance au mouvement. Quelques savants ont songé à constater cette résistance, en déterminant Teffet qu'elle devait exercer sur le cours des astres. Ainsi, ils attribuaient une grande importance aux perturbations éprouvées par

certaines comètes ^ Ce mode de démonstration est sans valeur. En effet, il n'est pas complètement établi que les perturbations cométaires soient produites par la résistance d'un milieu, et dans le cas où telle en serait la cause, le milieu résistant pourrait être tout autre que Téther; par exemple, ce pourrait être la substance qui forme la lumière zodiacale, ou des groupes de bolides*, ^. De plus, aujourd'hui que Ton a découvert un nombre considérable de petites planètes entre Mars et Jupiter (100 jusqu'à ce jour'), est-on assuré que certaines d'entre elles ne puissent se trouver sur le chemin d'une comète et influencer son mouvement à la manière d'un milieu résistant? Ainsi, tout est incertitude de ce côté. Bien plus, il n'est pas rationnel de croire à une résistance exercée par l'èther, car cette matière, selon toute probabilité, est la cause efficiente de la gravité; par conséquent, lés mouvements des corps célestes ne sauraient être troublés par elle. L'èther étant admis, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on doive donner à la gravité pour origine les trop hmeux tourbillons cartésiens ; pas davantage il n'est besoin de la supposer produite directement par les vibrations calorifiques ou lumineuses, car on peut très-bien concevoir un tout autre mode de développement sur lequel nous nous entendrons plus tard.

A notre avis, les actions moléculaires, beaucoup mieux que les phénomènes astronomiques, peuvent nous donner des preuves en faveur de l'inertie de l'èther, et, par suite, de sa matérialité.

1^ Un corps chaud placé dans le vide se refroidit par rayonnement, c'est-à-dire sans aucune communication avec les autres corps pesants par contact immédiat. Alors le mou-

' Parmi les plus fameuses, on peut citer celle de Endce* ' Voy. Paye, Comptes rendus y 1861, el Planai làém, Acad, di TorinOf vol. XXI.

' 1" août 1868.

Page 1