MATÉRIALITÉ DE L'ÉTHER
yement se propage aux corps pondérables en se communiquant d'abord à la substance impondérable ambiante. En effet, on ne peut expliquer le refroidissement par un anéantissement de mouvement dans le corps rayonnant, puisqu'une partie de la vibration calorifique se transmet aux objets éloignés; nous disons se transmet, sinon il faudrait supposa une création de mouvement dans ces objets sous l'influence de la seule présence des corps chauds. Dans ce (drâioméne, nous voyons la force vive appartenant à une quantité déterminée de matière sensible abandonner celle-ci et se communiquer à la matière impondérable; donc, cette dernière doit avoir une masse définie inappréciable aux balances, il est vrai^ mais qui n'en est pas moins parfaitement réelle.
Le soleil est pour nous le foyer le plus intense de radiation calorifique, sa puissance de rayonnement devrait donc diminuer avec les annéessises pertes journalières n'étaient pas incessamment compensées. Sa température est énorme, Waterston en estime la valeur potentielle à 6,700,000 degrés centigrades; d'après cet auteur, en tenant compte des pertes qu'il éprouve continuellement, elle devrait diminuer de 5 degrés par année. D'après les données fournies par Pouillet,on trouve que chaque mètre carré delà surface du soleil émet 13,610 calories par seconde, quantité de chaleur équivalente à 3,791 ,840 kilogrammètres, soit 77,232 chevaux vapeur. Cette immense force est employée à tenir l'éther environnant en mouvement.
Réciproquement, le mouvement de l'éther peut se communiquer à la matière pesante; ainsi, la lumière, qui s'éteint en rencontrant la surface d'un corps, se transforme en chaleur, de sorte que les corps noirs, et en général ceux dont le pouvoir réflecteur est très-faible, s'échauffent plus facilement que les autres. La quantité de chaleur absorbée est ordinairement proportionnelle à la lumière éteinte. Mais ce rapport peut changer complètement avec la nature
des radiations, d'une part, et les propriétés moléculaires des corps, de Fautre. Ainsi, un cristal d'alun parfaitement transparent absorbe la chaleur presque totaleiùent, et, au contraire, un verre noir et opaque ou un quartz enfumé à peine translucide laisse passer les rayons calorifiques avec la plus grande facilité. Ces phénomènes, analogues à ceux présentés par les couleurs, nous montrent qu'il existe des rayons calorifiques de différentes qualités comme des rayons lumineux de différentes couleurs, de sorte que l'on doit, avec Helloni, admettre la thermochroseK
Pour mieux mettre en relief les échanges de mouvement qui peuvent s'accomplir entre l'éther et la matière pesante, il est bon de rappeler sommairement les découvertes récentes faites à l'aide du spectroscope*. En examinant au moyen de cet instrument un corps solide incandescent, on obtient un spectre continu sans aucune des 'raies transversales qui existent dans le spectre solaire ; si on élève alors la température à un point suffisant pour déterminer la combustion de quelques-uns des éléments du corps, aussitôt on voit apparaître des raies lumineuses diversement colorées, suivant la nature de la substance en ignition. Ces raies sont séparées par des espaces obscurs ; quelquefois elles sont fort peu nombreuses, il peut même ne s'en présenter qu'une seule, mais constamment le spectre est discontinu et d'un aspect caractéristique pour chacun des corps simples. 0^
• Thermocbrose : ôép/*»?, chaleur ; xpc^Ç«> colorer.
* Le spectroscope (fig. 14) est formé par un ou plusieurs prismes très>purs que Ton fait traverser par un faisceau de lumière parallèle- Le parallélisme des rayons s'obtient soit en introduisant le faisceaa par une ouverture trè»-étroite située à une assez'grande distance des prismes, soit à l'aide d'un objectif achromatique placé à une moindre distance dans le tube C. Le spectre obtenu est observé directement à l'œil nu, ou mieux encore avec une lunette B. Pour permettre la mesure de la distance des raies, l'image du spectre se projette sur une échelle micrométrique qui, disposée dans le tube B, est éclairée à l'aide d'une fente pratiquée à l'extrémité du tube opposé «a prisme.
HATÉRIAUTË DE L'ÊTHER.
dinaii'emeiit, les spectres obtenus dans ces cireonslances aoRt inizles, c'est-à-dire que les raies brillantes ae détachent sur un fond lumineux, car la substance qui entre en combustion est toujours mêlée à quelques parcelles de matière étrangère portées simplement à l'incandescence'. La production des raies s'obtient avec toute la oettelê désirable lorsque la combustion s'opère au sein de la lumière
< Dans la Qainine des lampes k huile dans celle du gaz d'éclairage, les raies sont visibles seulempnt dans la partie inférieure riolette, lone dans laquelle la «xnbustioti est très-ictive el qui est tonnée par l'oiffie de carbone; le reste de la flamme est constitué aimpleinent par du charbon incandescent. Au contraire, la flamme du bois etdupapierproduît une raie jaune brillante, qui est celle du sodium; les autre* parties du spectre appartiennent au charbon ii
électrique produite par le courant d'une pile ^'. Pour plus de facilité, on peut employer les courants d'induction, nuds les lignes ne sont ni aussi pures, ni aussi nettes. Ces vi* brations se manifestent avec une telle précision, qu'elles ont permis la découverte de nouveaux corps simples dont l'existence a été révélée par l'apparition de raies lumineuses qui n'appartenaient à aucun des éléments con* nus auparavant. Faisons remarquer, à ce propos, que le genre de la vibration dépend non-seulement de la na* ture de la substance, mais encore de la température à laquelle cette substance est portée. Ainsi, le thallium, chauffé à un degré suffisant pour brûler dans l'air, présente une raie verte, et chauffé plus fortement (Miller), ou introduit dans l'arc voltaïque (Grove), il donne d'autres raies; de même pour le sodium et quelques autres corps. Les raies d'une substance varient encore suivant son degré de cohésion et sa densité. Ainsi, le spectre de la lumière électrique peut être continu ou présenter des raies si les charbons employés sont plus ou moins faciles à désagréger (Daniel), et, d'après les expériences de Robinson, lorsque, dans la flamme d'une substance, on introduit quelques parcelles d'une autre, on obtient des raies n appartenant à aucune des deux.
Les recherches de Plûker ont mis hors de doute les faits suivants : 1° Quelques substances élémentaires peuvent donner deux spectres dont les lignes obscures ne présentent entre elles aucune relation. Ainsi l'azote traversé par de faibles décharges nous offre un spectre magnifique, formé de nombreuses larges raies ou zones principales, présentant toutes des stries très-fines, et cette lumière se répand sur toute l'étendue du spectre; seulement les zones comprises entre le rouge et le vert sont les plus larges, et celles placées au delà du vert sont les plus étroites; 3* mais
* Voy. le journal inlitulS : Nuavo Cimenlo del Uatteucci, annol. 1S5'2.
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si l'on augmente la puissance de la décharge en faisant usage d'une machine plus énergique et munie d'un condensateur, d'une bouteille de Leyde par exemple, on obtient un spectre, formé exclusivement de lignes brillantes sur un fond obscur, le passage d'un spectre à l'autre se fait avec une discontinuité parfaitement marquée. Le soufre et le carbone fournissent des résultats semblables, et avec ce dernier suivant la température, de nouveaux groupes de raies s'ajoutent aux premiers. Le spectre type de la vapeur de carbone parait être celui du cyanogène brûlant dans l'oxygène.
' Or l'interposition d'une bouteille de Leyde dans le circuit électrique a pour résultat un échauffemeni considérable du gaz, et tel que la température atteint un degré difficile à produire par un autre moyen ; les phénomènes obsenrés sont donc un effet de la très-grande élévation de température. Ces puissantes décharges ne modifient pas la structure intérieure du gaz; la preuve en est que l'on peut plusieurs fois de suite avec un même tube obtenir l'un ou l'autre spectre. Il se manifeste donc alors une modification dans les vibrations moléculaires analogues aux changements allotropiques. SousUinlluencedes étincelles électriques un grand nombres de gaz composés se décomposent et restent décomposés, dans certains autres les éléments se séparent seulement au moment du passage de l'étincelle et se recombinent aussitôt après. En présence de ces faits, on est tenté de croire que les raies des corps qui donnent deux spectres sont dues à une dissociation réelle des gaz, lesquels ne seraient pas des corps simples dans le véritable sens du mot. Cette dissociation se maintient seulement pendant que la température reste très-élevée ; nous avons déjà vu dans notre chapitre sur la dissociation semblable chose arriver à la vapeur d'eau.
L'hydrogène, selon Plùker, ferait exception, son spectre devenant continu seulement aux températures élevées ob-
MATÉRIALITÉ DE L'ÉTirER. îl5
ant une comparaison à racoustique, nous pniJer état est analogue à celui d'un corps naissance à un bruit, c'est-Mire i des onfuses, parce qu'elles coeiislent à tous )les de longueur; les corps présentant le 'ent être rapprochés de ceun qui rendent \ux, des cordes vibrantes, par exemple, orps anime d'un mouvement vibratoire ï rapide pour le rendre lumineux, maia iélermîner sa combustion ou sa volatilisa- ., les liens moléculaires résistant encore, présentent toutes les longueurs possibles, ) plus courtes, qui, par contre, peuvent étions chimiques. Imaginons maintenant lu mouvement intérieur augmente â un n résulte la vaporisation des corps et que ennent l'état de répulsion réciproque qui ccom pagne ou précède les combinaisons
les substances élémentaires; aussitdl le atoire se régularise, prend un rhytbme Éristique de la substance elle-même. Or ;, pour obtenir ces phénomènes ultimes, nt placer ta matière dans cet état dit rëisenle au moment nù elle se vaporise, ou jrend part à une réaction chimique; alors lolécules, dégagées de tout tien, isolées, vibrent en complète Ubertè, chacune sui-
spécial dépendant de sa masse et de son
le libre parait avoir une vibration qui lui minée par sa masse et sa force vive, c'estrnpéralure; peut-être cette vibration sa sieurs autres par l'effet des variations de ujours esl-il qu'elle ne se présente sous Je si la molécule est absolument libre. |1
tenues par de fortes décharges. Mais ce fait présenteencore quelque incertitude, car avec un gaz à faible tension sans employer ni fente ni lunette, à l'aide d'un simple priane on observe un spectre qui approche beaucoup d'être continu, tandis que, en se servant d'an appareil muni de tous ses accessoires, on ne voit que trois raies. Dans les études spectroscopiques, on n'a pas encore parfaitement déterminé le degré d'influence que peut avoir rintensUé de la lumière des diverses raies, la mesure photométrique n'en ayant pas encore été faite; aussi est-il permis de conserver quelques doutes sur certains résultats partiels. Néanmoins il reste constant que ces raies se forment exclusivement lorsqu'on opère sur les corps réduits à Tétat de vapeur; résultat conforme à cette proposition énoncée ailleurs : au commencement de toute combinaison chimique, avons-nous dit, la matière se constitue dans un état de volatilisation spéciale. En outre, ces faits nous portent à croire que les corps regardés comme simples jusqu'à aujourd'hui éprouvent probablement une dissociation temporaire durant le passage de puissantes étincelles.
La richesse du spectre solaire en raies lumineuses est telle , qu'à la simple vue il nous parait continu ; mais, en l'examinant avec le spectroscope, on a reconnu que cette continuité apparente n'existe réellement dans aucune de ses parties.
Les raies lumineuses , très-abondantes , sont dues à l'immense variété des matières incandescentes qui forment le soleil et à sa prodigieuse température; les raies obscures résultent de l'absorption de certains rayons par l'atmosphère solaire. Nous démontrerons ces propositions un peu plus loin.
Les observations précédentes conduisent à admettre dans les corps deux états lumineux : un de simple incandescence et l'autre de volatilisation ou d'activité ciii*
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inique. Empruntant une comparaison à l'acoustique, nous dirons que le premier état est analogue à celui d'un corps lorsqu'il donne naissance à un bruit, c'est-à-dire A des ondes sonores confuses, parce qu'elles coexistent h tous les degrés possibles de longueur ; les corps présentant le second état peuvent être rapprochés de ceux qui rendent des sons musicaui, des cordes vibrantes, par exemple. Supposons un corps animé d'un mouvement vibratoire moléculaire assez rapide pour le rendre lumineux, mais insuffisant pour déterminer sa combustion ou sa volatilisa* tion, en un mot, les liens moléculaires résistant encore. Alors les ondes présentent toutes les longueurs possibles, h l'exception des plus courtes, qui, par contre, peuvent provoquer les actions chimiques, brnaginons maintenant que l'intensité du mouvement intérieur augmente à un point tel, qu'il en résulte la vaporisation des corps et que les molécules prennent l'état de répulsion réciproque qui ordinairement accompagne ou précède les combinaisons chimiques entre les substances élémentaires; aussitôt le mouvement vibratoire se régularise, prend un rhythme spécial et caractéristique de la substance elle-même. Or il est évident que, pour obtenir ces phénomènes ultimes, il faut absolument placer la matière dans cet état dit répulsif qu'elle présente au moment où elle se vaporise, ou bien lorsqu'elle prend part à une réaction chimique; alors seulement les molécules, dégagées de tout lien, isolées, pour ainsi dire, vibrent en complète liberté, chacune suivant un rhythme spécial dépendant de sa masse et de son degré d'élasticité.
Toute molécule libre parait avoir une vibration qui lui est propre, déterminée par sa masse et sa force vive, c'està-dire par sa température; peut-être celte vibration se subdivise en plusieurs autres par l'effet des variations de température. Toujours est-il qu'elle ne se présente sous sa forme vraie que si la molécule est absolument libre. |1
âU DU CALORIQUE.
en est de même en acoustique : un corps rend-il des sons musicaux très-purs, que Ton gêne sa vibration, et aussitôt il fait entendre des bruits discordants. Aussi avons-nous dit (page 69) que d'après les observations spectrales dans les solides, certains groupes moléculaires très-probablement se désagrègent et passent à l'état élastique. Li force répulsive électrique est celle qui agit le plus puissamment et le plus facilement pour produire cette volatilisation moléculaire. A quelles lois obéissent ces mouvements vibratoires? on Tignore complètement, et toute lifpothèse à ce sujet serait peu fondée; mais il est pemû d'afBrmer que la nature des oscillations est «étroitement liée à la masse et à la force vive des molécules.
Voyons maintenant comment Tanalyse spectroseopkpie nous fournit un moyen très-précieux de reconnaître les échanges réciproques de mouvement entre l'éther et la matière pesante.
Un corps incandescent examiné au spectroscope donne, comme nous le savons, un spectre continu; si on place entre ce corps et l'instrument une caisse de veire à faces parallèles remplie de vapeurs d'iode ou de vapeurs nitreuses, aussitôt apparaissent un grand nombre de raies obscures tout à fait semblables à celles du spectre solaire. Dans cette expérience, on voitlavapeurinterposée absorber manifestement certaines ondes et en laisser passer d'autres trèspeu différentes des premières. Dans l'absorption des ondes lumirieuses, les vapeurs ne se comportent pas précisément comme les milieux solides colorés, car elles exercent leur action sur des ondes comprises dans des limites parfaitement distinctes, tandis que pour les solides les «mes d'absorption sont plus étendues, et leurs limites sont moins nettement déterminées, mais au fond les deux phénomènes reconnaissent une même origine.
Cette propriété absorbante n'est pas spéciale aux dens gaz cités plus haut ; elle semble être plus ou moins de-
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veloppée dans tous les corps amenés à l'état de vapeur, qu'ils soient à une température insuffisante pour les rendre lumineux ou non. Mais, lorsqu'ils sont portés à l'incandescence, il peut se présenter de curieux phénomènes; exemple : si avant de pénétrer dans le spectfoscope un faisceau lumineux émané du soleil ou des charbons polaires de l'arc voltaïque traverse une flamme d'alcool salé, on verra se développer dans le spectre une raie noire très-marquée à la place de la raie D de Fraûnhofer (Foucault). Les vapeurs de strontium de fer et d'autres métaux produisent des effets semblables, mais en des points différents du spectre (Bunsen). Pour obtenir ce résultat, il est une condition indispensable : la lumière qui traverse la flamme doit être plus intense que cette dernière; supposons que l'on place une flamme de sodium sur le trajet d'un rayon de lumière solaire diffuse, et qu'ensuite on fasse passer dans un prisme le faisceau lumineux ainsi obtenu, on voit la raie jaune du sodium se détacher brillante sur la raie noire appartenant au spectre solaire. Si l'on répète la même expérience avec un rayon solaire direct, la région du spectre correspondant à la raie D sera complètement obscure, car la lumière du sodium «st trop faible pour briller autant que le reste du spectre solaire direct.
Ces phénomènes, désignés sous le nom d^inversion du spectre, nous conduisent à la loi suivante : une substance à l'état de vapeur. absorbe exclusivement les rayons qu'elle émet en brûlant, et, en général, le pouvoir absorbant et le pouvoir émissif des rayons sont corrélatifs. Tyndal^ dans ses recherches sur le rayonnement relatif et la thermochrose des gaz, avait déjà formulé cet énoncé dont l'exactitude a été reconnue, pour le cas des solides, par La Provoslaye et Desains.
La conclusion à tirer des faits précédents est évidente : [^ l'éther peut propager toutes les vibrations des corps»
quelles que soient leur espèce et leur longueur, et si les vibrations d'un corps sont en nombre détermine et limité, il en sera de même pour les ondulations éthérèes correspondantes ; 2° toutes les fois que les molécules du corps pesant peuvent accomplir un mouvement semblable à celui dont Té'ther est animé, la force vive de Téther sera absorbée, car elle se communiquera à la matière pondérable elle-même. Or, toutes les particules d'un corps ne peuvent pas vibrer à l'unisson des ondes éthérèes, et cette faculté se rencontre seulement dans un certain nombre d'entré elles , ayant une masse et un volume déterminés, de telle sorte que Téther communiquera sa force vive à celles-là à l'exclusion des autres, qui ne participeront nullement au mouvement. Ces phénomènes de résonnance lumineuse sont tout à fait comparables à ceux observés par les musiciens sur les instruments à cordes. Dans le voisinage d'une harpe, ou produit un son, aussitôt celles des cordes de l'instrument qui peuvent résonner à l'unisson entrent en vibration, et les autres restent silencieuses. Dans ce cas, les cordes ébranlées ont reçu la force vive nécessaire à leur mouvement de l'air qui propageait les ondes sonores.
Le fait dont nous nous occupons actuellement étant d'une importance primordiale dans notre théorie doit être analysé avec soin. Prenons pour exemple Tinversiori par la flamme du sodium du spectre fourni par les charbons polaires d'une batterie voltaîque : en superposant les deux flammes, nous développons deux mouvements ondulatoires sur une même ligne droite; dans le premier, c'est-à-dire dans celui qui émane du sodium en ignition, les ondes éthérèes ont la longueur de celles qui correspondent à la raie D obscure dans le spectre solaire, soit 0"*"*,0006. Désignons par Mv* la force vive de celte oscillation. De leur côté, les charbons électriques émettent des ondes de même longueur, mais d'une intensité
MATÉRIÂUÎÉ DE L'ÊTUER. 2i1
différeute, soit MV*. Lorsqu'elles traversent la flamme du sodium, les molécules de ce métal étant susceptibles de vibrer à Tunisson, seront mises en mouvement en empruntant aux ondes de Téther la force vive nécessaire, quantité qui sera généralement une partie aliquote de la force vive de l'onde lumineuse émise par les charbons, car dans le sodium la masse d'une molécule est notablement plus grande
que dans l'éther. Représentons cette fraction par -tt Mv'.
Alors la somme des forces vives appartenant aux molécules sodiqués en vibration est Mr* (^ + "tF/' ^*^®*^®
somme égale HV, il n'y aura ni augmentation ni diminution de l'intensité lumineuse ; mais une variation d'intensité se produira toutes les fois que l'une des deux quantités surpassera l'autre ou lui sera inférieure. Dans le cas où il y aura extinction de lumière, elle ne sera jamais que relative, car elle ne pourra pas être aussi complète que celle obtenue par interférence. On comprend alors pourquoi les raies d'absorption peuvent être nébuleusesj c'est-à-dire incomplètement noires. Ainsi se présentent les raies atmosphériques, terrestres et plusieurs autres qui se voient dans les spectres stellaires. Ces raies n'acquièrent jamais la teinte noire foncée des raies métalliques.
Ces faits démontrent l'inertie de Féther, par conséquent sa matérialité. lis nous fournissent également un principe pour expliquer l'absorption des rayons par un grand nombre de corps, et l'égalité des pouvoirs absorbants et éniissifs d'une même substance, car nous admettrons désormais que les molécules absorbent la force vive des ondes dont le rhythme vibratoire est le même que celui de leurs propres oscillations.
Cependant il faul reconnaître que ce seul principe ne suffit pas pour expliquer tous les cas d'absorption de
lumière ; mais les exceptions peuvent être attribuées aux irrégularités de la forme des molécules du corps transparent.
Getlé influence nous semble démontrée par lea beaux travaux de Tyndall : il a étabU que le pouvoir absorbant des gaz augnientait d'intensité à mesure que la structure moléculaire devenait plus compliquée. Ainsi la vap^r d'eau absorbe soixante fois plus qu*une masse égale d*hy« drogéne et d'oxygène ^ De même le pouvoir absorbant de l'ammoniaque vaut cent cinquante fois celui des gaz qui entrent dans sa composition. Ënfm le gaz oléOant, les principes odorants des fleurs, les vapeurs des divers alcools et élhers, sont des corps dont le pouvoir absorbant est porté à un très-haut degré , et le savant physicien n'hésite pas à attribuer celte propriété à la complication de leur molécule chimique. On peut, jusqu'à un certain point, expliquer ce résultat; il est facile aux ondes de l'éther de contourner les molécules des gaz indécomposables à cause de la forme de ces molécules qui, très-probablement, est une forme sphérique ou, tout au moins, celle d'un solide géométrique très-simple. Au contraire, dans les corps d'une structure compliquée, les molécules sont anguleuses, polyédriques, et dès lors les mouvements vibratoires s'éteignent rapidement, de même que les corps mous et filamenteux assourdissent le son, et que les écueils forment obstacle à la propagation des vagues de l'Océan et les brisent.
Lorsqu'une onde lumineuse s'éteint, sa force vive ne s'anéantit pas, mais il y a transformation de travail : une
< îyndall) Philos. trans.,i^62. Mngnusa contesté Texactitude de ce nombre 60» et d'après lui le pouvoir absorbant de la vapeur aérait 5 ù 6 fois celui de Tair atmosphéricfue. Nous nous sommes livrés à quel- ({ucs recherches pour cclaircir ce point douteux, et à la suite d'eipcriences faites en été et en hiver sur l'absorption de la chaleur solaire, nous sommes arrivés aux conclusions de M. Tyndall.
MATÉRIALITÉ DB L'BTHER. ÎIO
vibration plus lente est imprimée à toute la masse du corps pesant et se traduit au dehors soit par une élévation de température, soit par une désagrégation des molécules composées, dont les atomes élémentaires sont dissociés. On dit alors que la lumière opère une décomposition chimique; ces décompositions photogéniques sont très-remarquables et elles doivent nous arrêter un instant. Nous en ferons l'objet du chapitre suivant ; pour le moment, nous présenterons quelques réflexions intéressantes ayant trait au sujet dont il vient d'être question.
. Le spectroscope nous fournit une des preuves les plus spkndides de Tidentité de la matière dans l'univers : car il nous permet de soumettre les astres à l'analyse chimique la plus délicate en examinant simplement, suivant des procédés spéciaux, la lumière qu'ils nous envoient. On a reconnu ainsi qu'il y a unité de composition chimique entre les diverses parties du monde céleste. Au point de Yué de l'analyse spectrale, toutes les étoiles peuvent être ramenées à quatre types principaux :
Premier type. — Les étoiles blanches, telles que Sirius et a de la Lyre, les brillantes ^, y, 8, c, c, de la grande Ourse, etc. Le spectre de ces astres est presque continu, cependant on y distingue trois raies noires assez larges, Tune est dans le rouge au niveau de la raie solaire G, l'autre dans le vert bleu et coïncide avec la raie solaire F; la troisième, située dans le violet, est voisine de la raie solaire G. Ces trois raies sont les raies principales renversées de l'hydrogène. Les étoiles très-brillantes donnent une quatrième raie dans le violet un peu plus loin que la précédente. 11 existe aussi des raies très-fmes dans le vert et le jaune, mais on les distingue avec peine. Toutefois, si le spectre parait continu, cela tient à Tinsuffisance du grossissement sous lequel on peut l'observer. En effet, la lumière des étoiles étant très-faible, il est impossible de recourir à de puissants instruments; et si
cette difficulté n'existait pas, très-probablement on observerait de nouvelles raies qui nous échappent à cause de leur finesse.
Deiujoième type. — Les étoiles jaunes, exemple : PoUux, la Chèvre, Ârcturus, etc. Ces étoiles donnent un spectre identique à celui de notre soleil ; les raies sont aussi distinctes et en nombre égal, de plus elles occupent les mèmes^ positions relatives.
Troisième type. — Les étoiles rouges, parmi lesquelles se trouvent a d'Orion, « d*Hercule, p de Pégase et d'autres. Leur spectre présente deux sortes de raies parfaitement distinctes. Les unes ne sont que les raies ordinaires du spectre solaire, seulement elles ont une plus grande largeur, et sont mieux accentuées, circonstance qui fait croire à une absorption plus énergique des sut)stances caractérisées par ces raies. Les raies du fer. en particulier csont très-intenses. Outre cos raies ou lignes fines, on remarque des zones sombres semblables à celles qui sont produites dans le spectre solaire par l'atmosphère terrestre et sont nommées raies nébuleuses ; vraisemblablement elles sont de même nature que ces dernières, car elles ne peuvent être décomposées en lignes fines. Ces deux classes de raies sont parfaitement distinctes, et il ne faut pas confondre les zones avec les raies ou stries.
Quatrième type. — Quelques étoiles rouges présentent un aspect différent de celui des étoiles appartenant au troisième type, si bien que ces astres forment réellement un nouveau groupe. On observe dans le spectre qu'elles fournissent un petit nombre de lumineuses stries assez vives et séparées par de larges espaces colorés. Ordinairement il existe trois zones très-distinctes : une dans le rouge, l'autre dans le vert et une troisième dans le bleu. Les limites des couleurs coïncident avec les lignes noires du carbone. On est par là porté à croire que les zones noires de ces étoiles sont produites par une absorption
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^ergique exercée dans leur atmosphère, principalement par cette substance. Il est bon de rappeler que les étoiles rouges sont ordinairement variables.
Les nébuleuses donnent un spectre complètement difTérent de celui des étoiles. Il se réduit à trois lignes brillantes : Tune d'elles, qui est la plus vive, appartient au système du gaz azote; une autre occupe la place de la raie solaire F, laquelle se rapporte à rhydrogène; la troisième est inconnue.
Le spectre des comètes est tout spécial ; il est formé de trois zones une verte vive, Tautre violette, la dernière jaune. 11 a été difficile jusqu'à présent de déterminer au juste la nature de ces raies ; elles se rapprochent suffisamment de celles des nébuleuses (sans toutefois coïncider avec elles) pour que l'on soit autorisée regarderies comètes comme de véritables nébuleuses ; et à leur attribuer une lumière propre. La comète de Winnecke, en 1868, présentait le spectre du carbone dans le carbure GH. Or le carbone ayant été trouvé dans plusieurs aérolithes, les découvertes montrent que la matière qui existe aux confins de l'espace ne diffère pas en nature de celle que nous manions chaque jour. En diffère-telle par l'état moléculaire? C'est là ce dont il est difficile de se faire une idée exacte. Nous. avons déjà, dans un chapitre précédent, dit quelques mots sur l'état de dissociation dans lequel se trouve probablement la matière des comètes : les résultats fournis par l'analyse spectrale confirment la vérité de nos assertions.