‹ L'unité des forces physiques (volume 2)Chapitre 83 sur 111 · DU COURANT · texte numérisé non relu

DU COURANT

diverses expériences, elle est employée de préférence dans les démonstrations. Fidèle à la marche suivie dans les chapitres précédents, nous exposerons d*abord les faits, puis nous chercherons à les interpréter.

Commençons par les propriétés fondamentales du courant. Une des particularités caractéristiques du courant, c'est d'avoir une direction déterminée , si hien qu'il produit deux séries de phénomènes inverses, en allant du zinc au cuivre et en circulant du cuivre au zinc. On adniet que le courant circule du pôle positif au pôle négatif, dans les conducteurs, c'est-à-dire, que Ton nomme sens du courant celui du dégagement de Thydrogène, lors de la décomposition éiectrolytique de Teau. D'où il résulte que le sens du courant, dans un fil réunissant le pôle zinc au pôle cuivre, sera la direction prise en allant du dernier zinc au premier cuivre.

Cette propriété du courant d'avoir une direction est encore rendue trés-manifeste par les découvertes d Œrsted. Avant ce physicien , dans toutes les expériences relatives aux attractions et aux répulsions produites par la pile, on avait toujours maintenus séparés les pôles ; aussi obtenait-on simplement les attractions et les répulsions ordinaires propres aux corps électrisés par tension. Œrsted employant dans ses expériences une aiguille aimantée, comme moyen électroscopique, eut le bonheur de voir Taiguille, qui se mouvait à peine lorsque les pôles étaient séparés, se dévier, au contraire, très-fortement lorsque le circuit conducteur était fermé.

Même en regardant l'observation dont nous venons de parler comme due à un heureux hasard, nous" ne saurions trop admirer toute la sagacité déployée par le physicien danois dans l'étude des lois du nouveau phénomène, dont i^ varia les conditions de toutes les façons imaginables. Aussi fit-il connaître la série complète des résultats que l'on peut obtenir en faisant agir sur une aiguille

310 BË lILECTRIGITÉ.

aimantée un conducteur traversé par la force électrique. La règle suivante résume tous les cas. Supposons une aiguille aimantée, en équilibre, et un (il traversé par le courant placé au-dessus d'elle parallèlement à sa longueur, la pointe nord de l'aiguille dévie vers l'ouest ou vers l'est, suivant que le courant s'avance vers le nord ou vers le sud; le contraire se produit si le fil est au-dessous de l'aimant.

Œrsted essaya de donner une théorie de ces faits, il les rapportait à une polarité transversale communiquée au fil par le courant électrique. D'après ses idées, un fil traversé par le courant pouvait être assimilé à un assemblage d'aimants Irès-petits, perpendiculaire à sa longueur, il n'était donc pas étonnant de voir l'aiguille se mettre en croii avec sa direction, car ainsi elle devenait parallèle aux aimants moléculaires. A L'exception des phénomènes qui lui ont donné naissance, aucun fait nouveau ne vient appojcr cette théorie, aussi doit-elle être considérée comme une façon particulière d'exposer les résultats obtenus, ingénieuse, il est vrai, mais qui ne repose sur aucune démonstration solide.

Ces découvertes furent connues en France quelques mois après leur publication, et aussitôt elles attirèrent l'attention d'Ampère. Il aborda celte question avec la supériorité que seule peut donner une connaissance approfondie des mathématiques; en quelques semaines, une science nouvelle était créée ; et c'est à juste titre qu' Ampère a été nommé le Newton de ïélectro-dynamie,

La théorie d'Œrsted fut promptement abandonnée, car on reconnut qu'elle péchait par deux points capitaux : 1** elle explique l'inconnu par l'inconnu; eu effet, qu'est-ce que la polarité? Et, en particulier, la polarité magnétique? On a tellement abusé de cette expression, qu'un esprit positif hésite à l'accepter si préalable* ment elle n'est pas rigoureusement définie; or Œrsted avait négligé ce premier point. 2*" La théorie de la poli-

Page 1