CHAPITRE V
DE LORIGhNE DU COUPANT DANS LA PILE.
Ln I iip. Nous pouvons regarder une pile dont le circuit est ferme comme iiiu< iiinc m y„g machine en activité dans laquelle, ainsi que dans toute machine arrivée à l'ctat de mouvement uniforme, il s\'*tablit un équilibre complet entre le Iravail exécuté par la puissance motrice, en agissant sur les organes récepteurs de la machine, et le travail passif ou la résistance surmontée par Toutil. Le premier travail s'accomplit dans le rhéomoteur lui-même, le second dans le circuit interpoluire. L'altération chimique des substances nécessaires à la construction de rélectro-moleur est la véritable source du travail actif; autrefois celle activité était attribuée au contact des éléments, et il se peut que cette condition soit favorable, et même
* Voir Fusinbri, Annales des sciences du royaume lombard- vénitien, toin2 III, page 38, de. — C*; physicien, le premier, eul le courngc Ao se déclarer conlrc les impondciab!c« et les forces mélaphysiqucs, ses travaux précédèrent donc déplu i?urs années ceux des flly^ic';ens moderne». Son langage un peu trop violent lui suscita île nombreux adversaires, mais il témoigne toujours d'une conviclion profonde, cl i o:is devons ajouter qu'un grand nombre de ses opinions ont été confiiiuécs par les reclic.-cbes ulli'rieures. I e ton temps, la vraie théorie de la lumière n'éait pus fuite encore; aufsi tomba-l-il dans des exagérations malheureuses. Néanmoins son nom mérite d'être compti' parmi cejx des foruljliîurs des théories muvrlîes.
snircc du Ira* ail
au if.
DE L'OItlGINE DU GOURANT DANS LA PILE. 305
nécessaire à la circulation de la malière, mais il ne saurait être principe de force vive, car quelque chose naîtrait du néant. Pour nous servir d*une comparaison qui n'est pas hors de propos dans le cas actuel, le fait du contact peut être compare n l'action par laquelle on met en communication deux réservoirs d'eau de niveau différent; Touverture de la vanne est absolument nécessaire, mais on aurait lort de croire que cela produit Técoulement du fluide d'un réservoir dans l'autre ; ce dernier phénomène est dû à la gravité. Même dans la pile, la communication de contact est une condition par laquelle la puissance différentielle des états électriques entre en activité. I^e travail de la pile, soit actif, soit passif, peut être thermique, mécanique ou chimique ; dans le présent chapitre, nous traiterons de ce dernier.
Aucun des corps composés de la nature, convenablement traité, ne peut résister à l'action décomposante du courant; aussi la chimie est elle en grande partie redevable à la pile des nombreuses découvertes qui, depuis ces dernières années, lui ont fait subir une rénovation complète. Si les substances à décomposer parle courant voltaï'jne sont liquides, on les soumet directement à l'action de la pile, et si elles sont solides, on les dissout ordinairement dans un liquide non isolant, l'eau par exemple.
On doit étudier l'action chimique d'une pile dans deux conditions parfaitement distinctes, ou b!en : 1° elle s'accomplit sur le trajet extérieur du courant, ou bien, 2° au sein de l'élément voltaïque lui-même.
Commençons par l'action extérieure. La puissanc: électrolytiquc d'un courant se mesure en déterminant la quantité des éléments séparés pendant la décompo>ition des corps; ainsi Tévaluation des volumes d'oxygène et d'hydrogène fournis par la décomposition électrochmiquc de l'eau permet souvent d'établir une comparaison entre les intensités chimiques des divers courants. Dans le cas où les éléments isolés ne sont pas gazeux, il suffît d'estimer le poids de l'un d'entre eux; par exemple, le poids du métal déposé pendant la réduction vollaïquc du sulfate de cuivre. Mais lorsqu'on a recours à ce moJe de mensuration, les auteurs recommandent, avec raison, d'user des précautions les plus minutieuses. Car il faut que le travail exécuté soit seulement chimique. On se tromperait
Force ddcompohaale du courant.
Travail exlériuur
de la pile.
SCCCill. — FOIICES l'IlYSlQUKS. — l" ÉD1T105.
300 DE L'ÊLECTiaCiTÈ.
par exemple en mesurant la force d'une pile Irès-éncrgique de Bunsen de cinquante élémenls par la quantité de gi»z d'eau décomposée dans un voltamètre à petites lames. Le courant écliaufl'c la masse violemment, produit des lueurs et des étincelles visibles à l'œil, et conséquemment toute la force du courant n'est pas employée dans l'électrolyse.
lois L'expérience a fourni sur les actions électro chimiques quelques
ciiimiques. dounécs générales, parmi lesquelles nous citerons la loi suivante, à causé de sa grande importance :
La puissance chimique d'un courant est proportionnelle à son intensité magnétique mesurée avec la boussole, et datis tons les points du circuit elle a une valeur constante. Cette loi établit entre les deux actions électriques dilférentes une relation, telle que l'une peut être substituée à l'autre. Les deux phénomènes sont parfaitement parallèles; ainsi en partageant un courant entre deux galvanomètres, on observe des déviations, dont la somme es^t égale à l'angle d'écart mesurant l'intensité du courant total; de même, en partageant un courant entre deux voltamètres égaux, la somme des éléments séparés représente la quantité obteime dans un seul appareil traversé par le courant tout entier, abstraction faite bien entendu des résistances et autres inDuences secondaires.
Lorsqu'on évalue l'intensité de l'action chimique, il est nécessaire de tenir compte du temps : ainsi, deux courants sont égaux lorsqu'ils décomposent des quantités égales d'une même substance dans le même temps; un courant est double d'un autre si dans un temps donné il décompose une quantité double de substance, etc. La résistance, ou conductibilité, du milieu au sein duquel l'action élcclrolylique s'accomplit, n'exerce d'autre influence que d'aiigmonlerou de diminuer la quantité totale d'électricité mise en circulation, comme on peut s'en assurer à l'aide de la boussole. L'intensité de l'action chimique est constante dans toutes les sections du circuit ; elle reste aussi la même dans les points pris à l'intérieur de la pile elle-même, et cela indépendamment du travail qui peut s'accomplir dans les autres parties; par conséquent, les choses se passent encore ici de même que dans les actions électrodynamiques.
Avant d'aller plus loin, disons quelques mots de l'action chi-
DE ï;ouigiise b\j couiiant Dans la pile. 5o7
mique à l'intérieur de la pile, puis nous reviendrons à Taction extérieure et nous chercherons les relations entre les deux genres d'effets.
La disposition des couples électro-chimiques varie à l'infiiii, car on peut les former avec des métaux et des liquides fort différents les uns des autres ; mais tous les couples ne se prêtent pas avec la même facilité aux recherches théoriques, parce que dans un grand nombre d'éléments se produisent des réactions secondaires qui compliquent la régularité de l'effet principal. En faisant abstraction de ces influences perturbatrices et en opérant sur des substances convenablement choisies, on a trouvé que raction décomposante d'un courant est la même dans chacune des cellules delà pile et dans les diverses parties des rhéophores ; si bien que le volume d'hydrogène mis en liberté dans un élément est égal à celui recueilli dans un voltamètre traversé par le courant de cet élément. On obtient des résultats parfaitement nets à l'aide d'un couple formé soit avec du zinc distillé, ou tout au moins amalgamé, et de l'acide sulfurique, soit avec du platine platiné et le même acide. Dans plusieurs dispositions voltaïques cette loi ne se vériOe pas, on attribue les exceptions à des actions locales.
Supposant nulle toute espèce d'actions locales et la surface des couples égale pour tous les éléments d'une pile, il résulte de la loi énoncée ci-dessus que la somme d'électricité mise en mouvement dans une pile est proportionnelle au nombre des éléments ; mais à mesure que les cellules deviennent plus nombreuses, les résistances présentées par les couches liquides de ces mêmes cellules croissent d'une égale quantité, si bien que la quantité du courant mis en circulation est indépendante du nombre des éléments. AGn de comprendre comment plusieurs couples, sans accroître le courant, permettent d'obtenir certains effets impossibles à réaliser avec un seul, il est bon d'examiner l'état virtuel du courant et de définir ce que Ton entend par force électro-motrice.
Lorsque, dans un élément de pile électro-chimique les métaux étant plongés dans le liquide desliné à les recevoir, on ne réunit pas les électrodes, les plaques ne sont plus à l'état naturel et manifestent une certaine tension électr.scûpique. Voila et les pliysi*
Travail
intérieur
(Ida
pile.
Quaniiic ot icusioii.
l-'orcc clcciroitioiri* C.
30H DE L'ÉLECiaiClTÉ. •
ciens de son époque se contentèrent d*étudier la pile dans ces conditions, el la valeur de cette tension électroscopique constitue, à proprement dire, ce que Ton appelle depuis lors la force cleclroniotricc. Son intensité varie avec la combinaison adoptée; ainsi, représentant par 1000 celle du couple Daniell, celle du couple Bunsen sera i 500 et ainsi des autres ^ L'intensité erfective d'un couple, c'est-à-dire la déviation galvanométrique, ou la quantité de décomposition éleclro chimique qu'il peut produire, est direcfcmont proportionnelle à cette tension, et en raison inverse de la résistance intérieure, clic est donc représentée par
Si dans l'intérieur de l'élément on intercale une résislance étrangère à cet élément, par exemple un fil ou un voltamètre d'une valeur réduite r, Tinlensité deviendra*
On voit par là que si on multiplie les couples alors que r est nul, I ne variera pas ; car
iniiuoiicc du Mais au contraire la multiplicité dos couples aura un grand avan- .icrcoLpcs ^3ge dans le cas d'une résistance additionnelle; car la formule de l'intensité sera
et alors la valeur de r exercera une influence d'autant moindre que le nombre n sera |)lus grand.
La tension électro)^copiquc d'une pile est l'élément essentiel de sa puissarce, et la pile présente sur toutes les sources électriques
* I/îs recherches faiics sur ce point 5onl nombreuses; nous citons ici les nombres nui rcsiillenl d expériences personnelles fnilcs en 1856. V. A'. CitHcnlo, vol IV. Os v;ilonis varient avec la force des acides; du reste les nombres trouv(?s par nous dJifèrent peu de reux obtenus par les autres.
» Par valeur rcduUe on entend celle qui est exprimtc à l'aide de runito de rc,istance adoptée. Dans les détcrmiiiatîons de ce genre, il ne suffit pjs de Icnir compte de la lon;;ueur (!es fils mcUlliques, mais encore de leur température, ainsi que nou.
connues l'avantage de pouvoir reconstituer sa tension en un intervalle de temps très-court. Cependant, sous ce rapport, sa puissance n'est pas infinie ; tous ceux qui se sont occupés de télégraphie le savent parfaitement. Ainsi une pile Bunsen recouvre sa tension plus rapidement qu'une pile deDaniell,el celle-ci plus vite qu'une pile à eau simple.
Il importe, pour l'objet du présent travail, de déterminer au juste en quoi la tension électroscopique d'une pile se différencie du courant né de la même pile.
Evidemment, entre ces deux conditions électriques, le rapport Analogie est en tout comparable à celui que l'on reconnaît en hydraulique icnsion"avoc entre une pression hydrostatique et un flux; car la tension d'une ^«p""*^*»'»"pile cesse aussitôt que le courant commence, et s'il en reste une certaine quantité, cela dépend de la résistance du circuit, le tout se passe exactement comme dans l'écoulement des liquides, au quel cas il reste dans le réservoir une pression réglée par la résistance de la conduite. Le rapprochement que nous faisons ici d'une part entre la tension électrique et les pressions hydrostatiques, et d'autre part entre l'écoulement des fluides pesants et le mouvement qui constitue le courant électrique, nous oblige à bien déterminer quelle significa'ion il faut donner aux mots tension et pression.
Généralement on entend par tension une condition de forces destinées à produire un certain effet qu'elles ne parviennent pns à accomplir par le fait d'un? résistance antagoniste. Telle est la définition communément acceptée ; par conséquent, il est aisé de voir que le mol tension n'est autre qu'une de ces nombreuses expressions métaphoriques qui procèdent du sentiment intime de l'activité et de la personnalité humaine. Souvent, en effet, il nous arrive de faire un effort en vue de réaliser un certain effet et nous n'obtenons pas le résultat désiré, néanmoins nous avons parfaitement conscience de notre tension musculaire. Or il ne se pafîse rien de semblable dans les corps inanimés.
l'nvons in liquo dans un Iravnii ayant pour lilrc : On Efectrical Hhcomctry^ publié dans les Smil/isonian Contributions, de 18(9.
[a tension pont se détcnnincr dynanii(|ucnicnt suit avec la formule en inlrrcaKint une rc^^^l^'\nco )•, snil à Tsiide ilc i'élcrlrofcopp.
La quandlc E paraît vAvo. en n'a'il.'; la messie di: la lftn>inn «u l'noijric virliiolle de ce qui constitue le nioiivcniciU éU'clr'(|'ic. (Voir Mcnwirc sur la Uimicvc cletiti/nc, page 09.)
310* DE l/ÉLECTRICITÈ.
An;iiysr> En analysant soigneusement les circonstances dans lesquelles
deiaiciiHon. ^^^^ admettons u ne tension ou une pression, nous n'y trouvons pas autre chose qu'un mouvement ou une disposition au mouvement, et par disposition au mouvement il faut entendre un état d'inertie, une sorte d'état passif de la matière qui ne constitue nullement une véritable tendance, si nous donnons à ce mol sa signification habituelle. Là où il y a tendance, on trouve toujours un mouvement que nous disons virtuel ou potentiel. Or le virtuel, le potentiel sont des idées abstraites, de pures conceptions subjectives, ne correspondant à aucune réalité dans la nature. L'observation nous apprend une seule chose, c'est que les circonstances dans lesquelles nous admettons un mouvement virtuel supposent toujours un mouvement véritablement actuel, mais qui se différencie de celui que nous appelons ainsi communément, parce qu'il n'y a pas alors déplacement appréciable à nos sens d'une masse, tandis qu'au contraire, dans le mouvement dit actuel il y a translation apparente d'une masse. Lorsqu'on n'observe pas le transport d'une masse, il y a en général ou un mouvement intérieur de vibration dans le corps lui-même, ou bien un autre corps le pousse en vertu d'un pareil mouvement, mais le mouvement de déplacement est empêché par une cause antagoniste ; celle-ci venant à cesser, aussitôt la première traduit son effet d'une façon plus ou moins apparente. Toute pression ou tension suppose deux forces contraires en présence, et les forces se résolvent en ^ mouvement de la matière. Ce mouvement restera oscillation ou vibration dans l'état de tension et deviendra translation aussitôt que l'une des forces antagonistes cessera son action. Ainsi, dans une chaudière à vapeur fermée il y a tension ; cette tension n'est que le mouvement vibratoire des gaz : que la soupape soit soulevée ou que les parois éclatent, et la vibration devient aussitôt projection. On a coutume de dire qu'alors le mouvement virtuel ou potentiel se traduit comme mouvement actuel ; mais on voit qu'il y avait déjà un mouvement réel et actuel quand la chaudière était fermée.
Ti'umuii Cette remarque peut s'appliquer à tous ces cas de la nature.
'"' '^' Ainsi l'étude de la chaleur nous a prouvé que toutes les molécules des corj>s sont dans une continuelle agitation ; par Teffet de leur
réaction réciproque, les molécules devraient donc cire projetées au loin et concevoir un mouvement de translation, mais elles en sont empêchées par des actions contraires, lesquelles sont, par exemple, la gravité d'une masse ou le poids, la cohésion moléculaire, etc. Ainsi dans le cas cité ci-dessus le mouvement existe non-seulement dans la matière fluide du gaz, mais encore dans la matière solide des parois, qui quoique renfermée dans dos parois géométriques par les actions moléculaires, qui comtituent un espace borné, ne cessent |jas cependant de vibrer et de repousser constamment le choc et la masse fluide intérieure. La seule différence entre la vapeur et la paroi de la chaudière est que les molécules de la première possèdent une translation sans autres bornes que celles des obstacles qu'elles rencontrent, pendant que celles de la chaudière sont bornées par ces actions qui constituent la cohésion moléculaire. Nous ignorons complètement le mécanisme de ces actions, au moins pour la plupart, et de là vient la difficulté de se rendre compte des phénomènes d'une manière sati<faisante. Toutefois ces forces résistantes doivent nécessairement se résoudre en un mouvement puisqu'elles sont capables d'équilibrer un mouvement. La manière de voir que nous exposons actuellement est générale et fondamentale, de plus elle est une conséquence nécessaire de la théorie mécanique delà chaleur. A la vérité elle renverse toutes les idées reçues jusqu'à ce jour, et nous oblige à donner un sens précis à une multitude de locutions purement conventionnelles qui ont cours en mécanique rationnelle. Une pareille considération ne doit pas nous arrêter; avec le temps on reconnaîtra certainement combien il est nécessaire dans l'explication des phénomènes d'employer les mots tension ou pression avec la signification précise que nous leur avons assignée. Non que nous voulions réformer sur ce point le langage scientifique ; car pour la rapidité du discours certaines expressions conventionnelles méritent d'être conservées; mais il .faut bien se garder de voir dans ces mots autre chose que des locutions commodes pour éviter la confusion que la multitude des paroles apporte.
Donc, tous les corps à l'état de tension présentent un mouvement de vibration duquel dérive une sorte d'équilibre dynamique^
Touietcnsion cesl-à-(liro d'équilibrc entre actions contraires et égales. Le rôle iMouvTinciu du physicien consiste à reconnaître dans chaque cas particulier actuel. jjj nature des causes sollicitantes et à les réduire à des modalités de mouvement.
Pour rendre notre pensée plus claire, nous aurons recours à une comparaison. Peut-être préseilte-t-elle Tinconvénient d'être choisie hors du sujet et d'en donner une idée un peu vague ; néanmoins nous la croyons utile. Considérons deux animaux qui luttent ensemble : si leurs efforts s'entre-délruisent exactement, aucun des deux ne change de position. Or cet état d'équilibre est fort différent de celui que présenteraient ces méires animaux s'ils étaient simplement appuyés Tun contre l'autre ; à cela nul ne se méprendra. Les fortes saillies que dessinent leurs muscles, l'exagération de leur chaleur naturelle, la sueur qui inonde leur corps et un grand nombre d'autres particularités montrent clairement que dans l'organisme de chacun des combattants il se produit un violent travail. Cepend.mt une personne qui ne donnerait nulle attention à toutes ces manifestations, pourrait croire les deux adversaires en repos. Que si l'un des animaux ne soutient pas son travail intérieur, immédiatement l'autre prend Tavantage et lui fait perdre la position dans laquelle il se maintenait. Ainsi le mouvement de tension se transforme en translation aussitôt que le travail de l'un surpasse celui de l'autre. Appiicaiion Quittons maintenant les généralités et appliquons ces idées au cas particulier des phénomènes électriques. En examinant une pile dont les rhéophores ne sont pas réunis, nous voyons le mouvement moléculaire qui se dégage dans l'intérieur de l'électro-moteur au sein duquel il prend une direction déterminée, être arrêté au niveau de l'interruption du circuit : d'où tension aux deux extrémités polaires. Cette tension statique est nécessairement accompagnée d'un mouvement : il v a donc là condensation ou raréfaction d'éther et, de plus, une vibration comme dans la chaleur ou Taction soit mécanique soit chimique de laquelle la tension dérive. Le mou-, vement vibratoire exagéré qui envahit les deux pointes terminales ne pouvant revenir en arrière (au moins dans sa totalité), trouble le milieu ambiant, lequel ne peut rester neutre et doit être changé dans sa condition d'équilibre par cette exagération de la vibration
àréleclriciti!.
moléculaire. La modification du milieu se manifeste par les phénomènes que nous observons dans l'espace affecté par h tension électrique et qui consistent eu attractions et en répulsions. Lorsque cette vibration effective atteint une intensité suffisante, elle devient capable de se frayer un passage à travers le milieu résistant cl quand elle y a réussi, alors l'état de tension cesse aussitôt complètement et il se développe en même temps un mouvement particulier de transport qui est le courant.
Tel est le seul moyen rationnel de donner de la tension électrique une explication conforme à la théorie des phénomènes calorifiques, avec lequels les effets de tension présentent une étroite analogie et de nombreux points de contact. Après que nous aurons examiné soigneusement le moJc d'action d'une pile dans ses moindres particularités, nous reconnaîtrons encore mieux qu*il n'est pas possible de comprendre les choses autrement, car nous verrons que la tension statique de la pile est effectivement proportionnelle aux résistances que le courant doit surmonter dans son trajet.
Nous ne dissimulons pas que jusqu'ici on a éprouvé une difli- Dimcuii<^« culte réelle d'abord à se faire une idée nette du changement qui iintièrc. s'opère dans la condiiion du milieu soumis à rinlluencc des corps éicctrisés, ensuite à concevoir en quoi consistent les états électriques particuliei*s que Ton distingue en appelant l'im positif, Tautre négatif , enfin il n'est pas facile de déterminer comment s'effectue le mouvement de translation électrique appelé courant. Sur tous ces points la lumière ne pourra se faire que lorsqu'on • aura étudié et discuté Ten^emble des ph'''nomones électriques connus, en se plaçant au point de vue nouveau que nous venons d'indiquer ici, le seul qui permette de les interpréter mécaniquement.
Poursuivons donc notre tâche avec persévérance et sans nous laisser distraire par des théories prématurées; mais aussi sans renoncer h aucune des idées en possession desquelles nous ont mis nos recherches précédentes.
Considérons, pour plus de simplicité, comme sujet de démon- Analyse stration une disposition exempte autant que possible d'actions se- pa! smée. condaires, une pile de Smée, par exemple, faite avec du platine pla-
314 I E l/ÉLECTRICITÉ.
\ tiné et du zinc amals^amés ; nous constatons l'existence d'une foilo
tension aux deux pôles, avant Tinstant où ils sont réunis à Taidc d*un conducteur ; de plus, les tensions polaires sont d'un signe différent. Assurément cette tension électrique permanente sur un assemblage de cor()s conducteurs, tels que ciux employés à la construction d'une pile, est un phénomène singulier et tout à fait différent de ceux qui nous sont présentés par l'électricité statique. En effet, l'équilibre de tension pourrait se rétablir facilement «i travers la pile elle-même, formée tout entière de substances conductrices, et cependant ce retour n'existe pas. Les premiers physiciens avaient raison de s'étonner en voyant. les deux modalités électriques opposées coexister aux extrémités d'un même conducteur. Aussitôt le circuit fermé, la tension disparait, la circulation électrique commence et avec elle l'évolution des gaz dans l'appareil ; déplus, on peut régler l'intensité du mouvement circulatoire en donnant au fil conjonctif une longueur plus on moins grande, à peu près comme on règle le flux d'un liquide en le dirigeant à travers des tubes de longueur et de résistance différentes.
Phases Un tel fait donne lieu à des remarques importantes au point de
vue théorique en raison des phases qui le constituent. En effet : 1° La tension électrostatique des plaques avant la fermeture du circuit nous montre que déjà, à ce moment, l'action électrique consiste dans une condition de la matière qui a quitté son état d'équilibre, et qui ne peut y rentrer que par l'action chimique ellc-mcrae, celle-ci restant incomplète pour ainsi dire, et exigeant, pour continuer ses effets, que l'on établisse une communication polaire à l'aide d'un arc conducteur. ^^ La tension électrostatique dépendant de la nature de l'élément négatif du couple (cuivre, platine, charbon, etc.), nous devons en conclure que ce dernier exerce une certaine influence et que son action n'est pas exclusivement celle d'un simple conducteur comme le soutiennent certains physiciens. Produit-il une action chimique contraire, ou bien agit-il d'une autre manière? On l'ignore, mais assurément il joue un certain rôle. 5"" S'il est possible de graduer le courant en faisant varier la longueur du (il conjonctif, on voit qu'il ne peut se produire dans le liquide intérieur d'une pile une
^ DE L'OniGlNE DU COUR\NT DANS LA PILE. 515
action supérieure à celle que permet la résistance du fil luimcrae ; reffet maximum serait Jonc obtenu avec un fil extrêmement court ou mieux encore nul, c'est-à-dire en mettant les élé* menU en conlact immédiat, molécule à molécule, et c'est là précisément les conditions des molécules matérielles pendant une combinaison chimique. Aussi n'est-ce pas sans raison que Faraday a défini le courant une action chimique en circulationj et de plus, d'après nous, Taclion vollaïque montre sur une vaste échelle, et dans des limites accessibles aux mesures, la série des phénomènes qui s'accomplissent au sein des corps hétérogènes mis en présence au moment oii ils entrent en combinaison.
Ainsi, la détermination de la nature et de l'origine du courant électrique est ramenée au problème de l'origine de l'action chimi* que ; néanmoins il est bon de dire que, relativement au courant, l'action chimique latins patet. En effet, dans certaines combinaisons entre corps matériels, l'action chimique est à la vérité trans* mise tout entière par Tare conducteur, et par suite elle ne peut avoir lieu en ^ab^ence de cet arc ; mais, dans d'autres circonstances, les choses se passent tout autrement ; ainsi, pendant que dans certaines combinaisons l'action chimique peut être mesurée par Téleclricité, développée dans telle autre au contraire cette mesure est impossible \ M. Ilelmholtz paraît disposé à donner raison de toutes ces anomalies par la polarisation des lames constituant la pile. Mais qu'est-ce que cette polarisation'? M. Helmholtz ne l'explique pas, pas plus que les forces attractives sur lesquelles il fonde ses formules. Elles n'éclairent pas la quesion. Cependant on peut résumer ses savantes discussions sous un point de vue
* On Irouvcra une série d'cxpiTÎcnces à l'appui de celte assertion dans le mémoire déjà cité sur la lumièic électrique. (Yoy. l. IV, p. G4 du N. Cimenlo.) Avec un élément de Bunsen à faible résistance additionnelle, la difTérence entre le travail a l'extérieur et à l'inlérieiir de l:i pile est proportionnellement plus grande que dans une pile présentant une résistance intcrférente plus considérable. La différence ne [leul être attribuée aux perte-^, cnr celles-ci ayant été mesurées avec grand soin, se trouvaient ôtrc de beaucoup inféri.ures à la différence constaiée. Despretz a reconnu que dans toutes les piles, môme dans celle de Daniell, le travail extérieur n'était jamais ég.l au travail intérieur.
* La polarisation des rbéophores dans les circonstances pratiques , se réduit à un d'pôt qui se fait sur les lames polaires. Ce dépôt, gnxeux ou solide selon les circoo' stances pro luit une contre- action qui entrave le courunt. En dehors de cette signiftcalion déduite de l'observation, toutes les autres acceptions dans li'squclle^ on a emloyé le mot polarisation sjnt vides de sons.
Le courant
rôduii h
l'arlior.
cl.iiniquo.
Nécc&fiilé
de l'arc
conducteur.
EipHcalion
de celle
Décei>itc.
Hérulali)D
delà première.
3iC DE L'ÉI ECTRICITÉ. ,
qui nous intéresse extrêmement. Au contact des substances, Téquilibrc de leur constitution est troublé (le potentiel a varié). Le rétablissement de Téquilibre ne peut se faire sans un travail intérieur, travail de nature très-complexe.
L'ensemble des faits réunis par les physiciens modernes nous autorise à conclure qu*il existe dans la pile une cause de mouvement intérieur continu, mais la môme action ne permet pas le rétablissement complet de l'équilibre par les liquides de la pilo, et il est nécessaire de faire intervenir une substance conductrice qui établisse la communication avec les plaques métalliques, de cette façon l'action chimique peut se continuer. En un mot, on ne peut supprimer l'arc conducteur qui est un véritable régulateur de l'énergie chimique en permettant le passage d'une quantité défmie d'électricité d'un élément voltaïquc à l'autre.
Pour expliquer ces faits, trois hypothèses seulement sont possibles : 1*^ l'action chimique détermine vraisemblablement un mouvement moléculaire, c'est-à-dire une vibration dans les corps placés en contact réciproque par l'effet de laquelle, lorsque par exemple la réaction s'opère entre le zinc et Toau acidulée, de l'hydrogène est mis en liberté ; et c'est ce même mouvement vibratoire qui se propage dans le conducteur interpolaire; 2^ on peut supposer qu'une partie de la matière pesante des corps mis en contact se constitue à un état de ténuité extrême, s^élance dans le conducteur de décharge et forme ainsi ce que l'on appelle le courant ; 3*^ étant admis que les divers corps de la nature contiennent en certaine proportion un agent impondérable nécessaire à leur constitution, on est autorisé à penser que son état d'équilibre est troublé par l'action chimique survenue lors du contact de deux substances hétérogènes. Une certaine masse de cet impondérable est mise en branle, et la totalité ou une fraction seulement de Téther en mouvement se reconstitue en équilibre par l'intermédiaire des rhéophores, véritables canaux de communication.
La première hypothèse est contraire aux faits exposes dans l'article précédent, à moins de regarder le mouvement vibratoire de la matière comme nécessairement accompagné d'un transport de la matière elle-même, mais alors on retombe dans la seconde ou la Iroisièmc su|)position.
DK UmUilNE DU COURAIT DANS LA PILE. 317
D*après la deuxième supposition, le courant serait exclusive- Dg!.i ment constitue par la matière pondérable portée à un haut de^ré ' '"
d'atténualion. Il serait difficile de démontrer rigoureusement en quoi cette manière de voir est fausse, car nous savons combien est grande d'une pari la tendance de la matière a se répandre dans Tcspace, et d'un autre côté combien les corps sont poreux même ceux en apparence très-compactes; ainsi, le fer et le platine sont perméables aux gaz à un dogré tel que ces fluides les traversent malgré la pression atmosphérique ^ Pourquoi ne se comporteraient-ils pas de même en présence de la matière arrivée aux dernières limites de la raréfaction? îl se pourrait donc à la rigueur que la force répulsive qui anime les molécules durant une réaction cliiniique fût assez énergi(|ue pour déterminer un véritable flux de la matière 5 travers la matière elle-même, ce en quoi consisterait le courant. Mais pour comprendre les choses de celte façon, il faut imaginer la matière parvenue à un état d'atténualion tel que très-vraisemblablement elle ne doit plus présenter les caractères de celle qui affecle nos sens. En -effet, lorsqu'on examine les fi's ayant servi pendant longtemps à transmettre le courant électrique, on observe les signes d'une violente agitation intérieure, leur structure moléculaire est profondément modiflée, de gros fils de cuivre recuits, et très-flexibles, après le passage d'un fort courant se trouvenltrès-écrouis et très-rigides, mais jamais il n'a été possible de constater une augmentation de poids Dans les cas où deux conducteurs hétérogènes avaient été réunis bouta bout, on n'a jamais rencontré dans l'un la moindre parcelle de la substance de l'autre ; ce|.endant cela devrait arriver si le courant était un transport de matière pesante à travers le fil conjonctif. Fusinieri a montré, il est vrai, que sous l'inlluencc de puissantes décharges une subsiance pouvait mécaniquement traverser une plaque métallique, mais dans ces expériences on opérait avec de fortes tensions et sur de faibles épaisseurs; en outre, on a émis des doules sur la réalité du phénomène de transport. Admettons néanmoins que les objections ne soient point fondées; ne voyons-nous pas que les conditions de ces expériences sont trop différentes de celles du courant de la pile pour que leurs résultats puissent servir de
• Dcville cl Troosi, Mondes cl Ce mplc$ rendus, 17 cli'ccibre 1803.
base à notre discussion? Je ne sais si les idées exprimées plus haut sur les qualités de la matière parvenue à son état de plus grande division sont acceptées par les défenseurs de la matérialité du courant; toujours est-il que dans les diverses expériences de (ransport, la matière conserve sa nature pondérable et chimique, on s'en est assuré expérimentalement; il y a donc là une difficulté infranchissable. Mais nous pouvons encore ajouter davantage. Autre Expliquer ainsi la genèse du courant, c'est reculer la difficulté
et non la résoudre, car il restera toujours a dire pourquoi, en plongeant dans un acide un métal attaquable, il peut se produire à la fois une agitation, une expansion et une raréfaction de la matière aussi intenses que celles dont nous admettons l'existence à l'intérieur d'une pile? Peut-être essayera-ton de répondre en imaginant une grande inégalité entre les états .répulsifs des éléments moléculaires. On dira que ces cléments étant mis en présence, l'équilibre tend à s'établir, d'où résulte un bouleversement considérable dans l'intérieur des substances. Mais alors la violence de celte collision intime doit être immense, car les éléments matériels sont lancés a travers les fils les plus minces avec une puissance telle qu'ils les traversent d'un bout à l'autre, malgré la grande longueur et la faible section de ces conducteurs ; et cependant quelquefois les fils conducteurs, véritables canaux d'écoulement du courant électrique, se déploient sur une étendue de plusieurs milliers de kilomètres. Il ne faut pas se le dissimuler, en creusant cette hypothèse on ne trouve que difficultés et obscurités. Nous sommes éloignés de condamner comme absurdes les idées que nous critiquons actuellement, toutefois, à notre sens, il n'y aurait aucun mal à essayer de remplacer ces suppositions vagues et incom])lètes par des notions qui fussent mieux en rapport avec nos connaissances touchant les actions moléculaires. A.ii>|.ii(ïii La troisième hypothèse nous parait rempMr ces conditions ; du in^biLc reste, elle diffère peu de la seconde dans ses éléments essentiels. in|»o!!:è.^o. i?n (jffct^ ricu d'impossible à croire que les molécules pondérables résultent de combinaisons déterminées des atomes élémentaires de cette même matière nommé éther. Ces assemblages constituent des centres ou noyaux indépendants qui se trouvent plongés dans les milieux libre environnant. Alors dans certains cas de
DE L'OI'.IGINE DU COURANT DANS LA PILE. '.iO
rapprochement mutuel ces centres ou noyaux ou comme on les appelle molécules pourraient bien être grandement modifiés, dilatés, dissous môme, et le résultat de ces modifications produirait le flux d éther nommé courant.
De cette façon, pour comprendre la propagation du courant électrique, il nous suffit d'appliquer les principes précédemment exposés lors de Tétudc de la chaleur et de la lumière. Les phénomènes Uimineux nous ont ap|iris que dans tous les corps, y compris les métaux, Tétlier existe à divers états de densilé, et que, autour de chacune des molécules matérielles, on peut supposer une atmosphère ou tourbillon d'éther raréfié. Si ces molécules arrivent au conlact alors qu'elles sont libres d'obéir à tous les mouvements, comme cela se présente dans les liquides et les gaz, nécessairement les atmosphères élhérées se pénétreront, se fusionneront, tout se passera de molécule à molécule et l'effet sera une agitation intérieure de la masse. Nous avons déjà dit plus haut que dan& ces cas : 1^ lorsque des molécules inégales se réunissent, il se fait un dégagement de chaleur, en d'autres termes, une portion de la force vive des atomes devient libre et se manifeste sous forme de chaleur ; 2® Tatmosphère du système résultant peut être formée par une quantilé d'étlier différente de la somme de celles appartenant aux molécules composantes. Dans ce cas évidemment une portion de l'éther devra se transporter de particule à particule jusqu'à ce que la quantité excédante se soit dissipée, ou bien jusqu'à ce qu'au contraire la quantilé manquante soit compensée. Un tel équilibre pourra bien s'établir de molécule à molécule dans un gaz, mais jamais dans un solide : dans ceux-ci il faut un flux qui se transporte d'une région de la masse à l'autre, il y aura donc un courant. En effet l'observation prouve (jue le courant, ne se développe qu'en présence de quelque corps solide, ou au moins liquide. Les métaux mis en communication avec les corps qui peuvent se combiner avec eux pourront, suivant leur nature, soit déterminer, soit tout au moins favoriser les perturbations dans l'équilibre des tourbillons éthérés, perturbations qui sont l'origine du mouvement électrique. Ils produiront cet effet parce que le contact une fois établi, Tétlier qui les pénètre nalurcllemcnl, qui est nécessaire à leur consli-
Nalurc du mouvmuMil drrula'oirc
Cons«'qu n c im|iorlati!c.
tution, pourra être déséquilibré, et évidemment cette rupture d*équilibre, ce transport d'cther, s'effectuera dans une direction détcrmince, cclio dans laquelle l'éther possédant la plus grande xlensité, peut se décharger sur les parties où elle est moindre. Dès lors la fonction spéciale des conducteurs métalliques s'ajoutant à Taction dissolvante du liquide actif sur le métal, il en résulte un augment de In réaction chimique. Sans cette itinuence adjuvante, les effets de l'action chimique rcster.iienl limités à la première couche de liquide, et dans les autres couches les atmosphères moléculaires ne seraient pas suffisamment ébranlées. Ou s'explique ainsi Toffice du circuit conducteur, car après la réunion du zinc au cuivre à l'aide d'un fil métallique, les excès d'é- Iher dont les molécules du 'couple sont chargées peuvent se disséminer dans l'arc de jonction et y circuler jusqu'à ce que Téquilibre intérieur soit rétabli.
Le mouvement circulatoire dure aussi longtemps que restent en présence les corps réagissant chimiquement Tiin sur l'autre : aussi le dit-on continu; mais é\idcmment il procède par une série de Irès-peliles oscillations, par un transport successif de section à section, et le mouvement est saccadé, au moins dans les prcmiei's instants comme nous l'apprennent les décharges voltaïques tirées même des pilrs les plus intenses. Enfin, il est aisé de comprendre crrmment une résistance quelconque introduite dans le conducteur d'une pile en un seul point diminue dans tout le circuit la quantilé d'électricité en circulation en se rappelant cette propriété bien connue des fluides en mouvement : la masse qui traverse toutes les sections d'un canal demeure constamment la môme ; donc, lorsqu'une quelconque de ces sections présente la moindre résistance, le cours du fluide est modifié tout entier.
Si telle est l'origine du courant, il s'ensuit que les diverses dispositions éleclromutrices ne permeltent pas avec une égale facihlé de recueillir la totalité de réleclricité produite, en d'autres termes de recueillir et de conduire dans le circuit rhéophorc, l'élher qui passe d'une molécule à l'autre durant l'accomplissement des réactions chimiques à l'inlérieur de la pile. On doit rejeter toule disposition voltaïque dans laquelle la réaction entre le mrlal et le liquide a une intensité assez grande pour rétablir
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directement l'équilibre entre les molécules mises en contact. Au contraire, on adoptera celles dans lesquelles la même réaction n*ayant pas une énergie suTIisante pour continuer d'elle-même une fois commencée, il faut favoriser son développement en faisant intervenir une substance auxiliaire. Aussi le zinc très-pur ou simplement amalgamé est le métal qu'il convient d'employer à la construction des piles ; le potassium , au contraire , serait d'un très-mauvais usage, car à lui seul, en dehors de toute action auxiliaire, il décompose Teau, s*unit à l'oxygcnc et met Thydrogène en liberté. Tant il est vrai que si à Toriginc de tout courant électrique on trouve une action chimique, la réciproque n*cst pas vraie et une action chimique ne sera pas toujours capable de développer un courant électrique extérieur, proportionnel à sa propre intensité. L'effet dynamique d'électricité se traduira au dehors du couple électromoteur dans les seuls cas où Télher des atmosphères moléculaires sera forcé de s'échapper dans l'arc de décharge. Remarquons encore que les rhéophores ne seront pas traversés par toute la chaleur dégagée pendant la combinaison chimique ; ils en recevront une partie seulement qui leur sera communiquée par le flux qui les traverse.
On comprend maintenant pourquoi les corps réagissant chimiquement l'un sur l'autre avec une très-grande violence, ne sont pas ceux dont l'emploi est le mieux indiqué pour obtenir un courant, car ils ne produisent pas l'électricité extramoléculaire avec une intensité proportionnelle à l'énergie de leur combinaison chimique et de la rapidité avec laquelle ils disparaissent dans leurs dissolvants.
Les liquides de nature différente, susceptibles d'agir chimi- rcneiio..» qucment les uns sur les autres, peuvent également favoriser le c.Mni"hii!!on. développement du courant et sa délermiiialioii dans une direction ^^o^taïquo. déGiiie, en combinant leur action à celle des métaux. La même observation s'applique à plusieurs autres phénomènes secondaires qui se produisent entre les divers éléments mis en présence dans une pile; et c'est Tensemble de toutes ces circonstances qui, au point do vue pratique, rend telle disposition voltaïque plus avantageuse que telle autie. Ainsi, lorqu'on veut apprécier la valeur' d'une pile, il ne suffit pas d'estimer l'intensité de l'action chi-
flEicui. — roncBs piitsique». — v éoiTiox. 21
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miquc intérieure. Les expérimentateurs ont étudié de préférence certaines combinaisons électromotrices dans lesquelles Taction extérieure se trouve être précisément égale au travail inlérieur ; toutefois, même dans ces conditions spéciales, on observe souvent, avons-nous dit, des différences, et l'équivalence né se vérifie pas constamment. Habituellement on attribue ces irrégularités aux actions locales, et souvent une telle interprétation est exacte; mais dans un grand nombre de cas, cette explication ne suffit pas. Les sources de ces différences sont nombreuses. Ainsi, par exemple, on ne peut espérer d'arriver à une compensation exacte des actions qui se passent dans les rhéophores et dans la pile, avec des combinaisons vollaïques qui produisent un dégagement de gaz. Ce dégagement absorbe déjà une force vive qui ne peut se trouver dans l'arc conjonctif. Ainsi, pour citer un autre exemple, il faut tenir grand compte du degré de pureté du zinc. On se demandera peut-être si les mêmes effets seraient obtenus en employant le zinc pur et en remplaçant Teau aiguisée d'acide sulfurique par l'acide nitrique ; on serait peutêtre porté à croire que de cette manière le courant devrait ac- ^ quérir une plus grande intensité, car l'action chimique est plus violente, et une question semblable pourrait être faite à l'égard d'autres métaux chimiquement purs. Mais l'expérience ne confirme pas cette prévision, et à cela rien d'étonnant, car le cas présent est en tout point comparable à celui précédemment examiné* lorsque nous supposions le zinc d'une pile remplacé par du potassium.
So uiion Au dire de quelques savants, les réactions chimiques reconohjecHon. naisscut pour cause initiale la tendance à l'expansion des substances mises en présence. Ils disent que la matière de ces corps se trouvant considérablement atténuée sur toute la surface en contact, la combinaison s'effectue et un nouveau corps prend naissance, et qu^ainsi cette atténuation peut produire le courant. Mais dans cette manière de voir, il est nécessaire d'imaginer d'abord une force atténuatrice de la matière, afin de rendre compte des phénomènes chimiques, et secondement il faut re* courir à une nouvelle hypothèse pour expliquer comment agit l'arc intcrpolaiic pour déterminer le Iroilblo moléculaire et obli-*
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gcr la matière atténuée à se renfermer dans cette espèce de canal , si bien que Ton appelle à son aide ces forces arbitraires dont on prétend débarraser la physique. De plus, d'un autre côté, en regardant le courant comme un flux matériel, on est obligé de concevoir la matière portée à un tel degré de ténuité qu'elle a perdu tous les caractères de celle qui constitue les corps pesants ; en un mot, on admet une matière qui ne diffère réellement que par le nom de celle appelée par nous éther.
Donc, le moyen le plus simple de comprendre les pbcno- couc.Mion. mènes consiste à regarder le courant comme naissant du choc des molécules hétérogènes de la matière pondérable, lequel produit un trouble intense dans les atmosphères éthérées enveloppant les mêmes molécules, et ce dernier donne lieu à un transport d'éther qui est un des éléments principaux du flux électrique.
De cette façon on concilie en quelque sorte la théorie chimique inauence et la théorie du contact, c'est-à-Jire les deux opinions qui pendant dans longtemps ont divisé les physiciens sur l'origine de rélectricité ^^'"^ *°*^'^'" dynamique. Assurément le contact ne peut pas, en tant que contact, engendrer le courant, pas plus que, si Ton veut obtenir un écoulement d'eau dans un tuyau, il ne sufBt pas d'adapter un tube à un récipient, il faut encore que le vase soit rempli de liquide. Et cependant Tapplication du tube est une condition sine qnâ non du phénomène. Il est bon de remarquer du reste que telle était réellement Topinion des premiers électriciens qui soutinrent les théories du contact. Suivant eux, toutes les substances renfermaient une certaine dose d'électricité naturelle, et à Tinstant où elles étaient extrêmement rapprochées, mieux encore, contiguês, l'équilibre électrique était rompu, puis un nouvel état d'équilibre s'établissait qui avait pour résultat immédiat le développement du courant, et si le flot d'électricité ne pouvait s'écouler il se constituait à l'état de tension. On comprend ainsi parfaitement l'impulsion initiale, mais comment expliquer le travail con" tinu de la pile? Les défenseurs de la théorie du contact ne pou** vaient donc expliquer de la sorte que l'état initial de la pile. Dans ces années dernières on s'est demandé si c'était le contact des métaux entre eux, ou plutôt celui des liquides ou des gaz avec les métaux (llelmholtz). Cette question dans le cas de la pile
Théorie f'hiinii|iic.
Leur
concilialioD.
32 i DE L'ÉLECTRICITÉ.
est insoluble car les combinaisons sont trop complexes. Des expériences à Tabri de toute objection semblent démontrer que certains corps, spécialement des métaux, sont susceptibles de présenter une tension électrique initiale dans des conditions où il est impossible de constater une réaction chimique. Marianini, le premier, plus larJ Gassiot, ont prouvé que l'équilibre naturel des substances peut être troublé lorsqu'elles sont rapprochées à une fort petite distance ^ Plusieurs savants n'acceptent pas .les conclusions de ces auteurs et rapportent les résultais de leurs expériences soit à une oxydation exercée par l'air qui, selon eux, quoique parfaitement sec, agit sur tous les métaux, même les moins altérables, tels que l'or, le platine, etc., soit à quelque autre cause du même genre. Néanmoins, ces causes n'ayant jamais été constatées et étant restées jusqu'à présent inaccessibles à nos procédés d'expérimentation, on a le droit de se refuser à en admettre l'existence.
D'un autre côté, il est une question que l'on peut toujours adresser à la théorie chimique : Quelle est en dernière analyse la cause initiale de r action chimique î Ne peut-on pas dire que la constitution moléculaire ou éthérée des corps étant différente pour chacun d'eux, lorsqu'ils sont placés à une très-petite distance ou en contact immédiat, une perturbation intérieure se manifeste et donne naissance au courant? Et alors n'est-ce point là un véritable effet de contact? Nous arrivons ainsi à conclure que les deux théories, interprétées logiquement, ne sont nullement contradictoires ; par conséquent, la discussion des faits innombrables fournis pour ou contre chacune d'elles devient inutile. A ceuit qui se contentent d'affirmer que l'action chimique dépend de la constitution moléculaire, nous demanderons quelle idée ils se font de cette condition. Si on nous répond en invoquant la polarité^ nous insisterons pour savoir en quoi consiste cette polarité, car le terme servant habituellement à désigner l'action de forces émanées de centres fixes, on doit reconnaître que de semblables forces ne permettent pas d'expliquer les phénomènes du courant. De
' Vov., pour Mnrianini, «es iné:iioirrs, et, lour Gns^iot, Ici Mondn. 47 cicccnibre mo» p. 577.
plus, nous rerenons ainsi à l'idée des forces, pures abstractions, utiles tout au plus comme termes de convention destinés à repré* senter les faits avec concision.
Plusieurs physiciens éminents, excellents expérimentateurs, font jouer un grand rôle Ji cette force de polarité. Mais, lorsqu'ils essayent de faire comprendre la signification réelle et pratique de cette expression, ils n'en donnent aucune idée nette ; tout au plus arrivent-ils à dire qu^ils désignent ainsi une rupture d'équilibre dans l'électricité naturelle, suivant une modalité déterminée. Cette hypothèse est assurément trés-ingénieuse, mais elle n'est pas mieux prouvée que toutes celles présentées sur le même sujets
Nous devons avouer que Ton rencontre de nombreuses difficultés à traiter théoriquement les conditions pratiques des divers genres de piles, et cependant elles se réduisent toutes à des cas particuliers de ce phénomène multiforme nommé l'action chimique dont nous pouvons comprendre le mécanisme général, grâce au principe formulé plus haut ; mais pour donner la raison des faits considérés un à un, il faudrait à l'occasion de chacun d'eux savoir exactement les conditions des phénomènes, comment les molécules sont disposées, quel est Tétat d'équilibre de leurs atmosphères, etc. ; toutes choses dont la détermination a été jusqu'à ce jour impossible et qui, peut-éire, dépassent les limites de l'intelligence humaine. '
Nous ne voulons pas nous égarer dans ce labyrinthe, et nous nous en tenons aux considérations développées dans le livre I. Les réactions chimiques, avons-nous dit, sont parfaitement comparables entre elles et aux autres aflections de la matière : elles sont réductibles à de simples actions mécaniques et Tétude du courant jette une grande lumière sur les phénomènes dits d'affinité. Le développement du courant est assurément un travail qui au fund ne diffère nullement de celui qui constitue l'action chimique ;
Force fie polarité.
DifSculé
réelle du ftojet.
* On ne doit pas confondre polorilé ovcc pol.-irUalion. Ccilo-ci c^l mninleoant bien connue : elle consiste dans une rcaction prcduilu pnr les éicments décomposés par le courant et précipités sur les électrodes. Ainsi dons la pi'e primitive de Volta l'action s'afTaiblit promplemcnt par polarisation. Cela tient à ce que le cuivre se trouve bien vite couvert de zinc qui, dis oui dans le liquide d'abord, se prct-ipile ensuite si.r le cuivre.
32C DK L'ÉLtCTRICITÈ.
seulement dans le premier s*accomplit simultanément un transport du principe élhcré d'un point à un autre sur une étendue mensurable, tandis que, dans Taction chimique proprement dite, tout se réduit à un trouble local des atmosphères moléculaires avec échange d'éther d'une molécule à Tautre sur des espaces infiniment petits.
nèsuiné Nous résumerous ce chapitre en quelques conclusions générales :
1** l'action chimique est réellement la cause du courant en circulation dans une pile ; mais, dans les diverses dispositions électromotrices, à de rares exceptions près, le mouvement électrique évalué sur le fil conjonctif n'est pas précisément égal à la somme du travail chimique accompli dans les divers éléments de la pile.
2^ Quant à la genèse du courant, sans nier complètement la théorie qui fait du courant un transport de matière, cependant après un examen scrupuleux des faits, il nous paraît plus exact de le regarder comme un mouvement de Téther qui imprégnant tous les corps, est nécessaire à leur constitution. Selon nous, l'équilibre étliéré des éléments d*un couple voltaïque subit un trouble profond par le fait de la réaction chimique s'établissant entre ces éléments, et un certain nombre d'atomes éthcrés détachés des tourbillons moléculaires s'échappent à travers l'arc interpolaire. De cette façon se trouve établie la corrélation des phénomènes chimiques et électriques.
3^ De ces phénomènes résulte comme corollaire une connexion entre les phénomènes chimiques et la structure moléculaire des corps en parfaite harmonie avec celle qui nous est révélée par la lumière ; car nous concevons comment certaines substances sont incapables de propager un mouvement transversal puisque leur éthcr intérieur est sujet à des déplacements faciles, comme dans les métaux, et de ces déplacements résulte une vibration dans le sens longitudinal qui se résout en un courant électrique.
Ce chapitre est un peu long, et sans doute la lecture en paraîtra pénible à certaines personnes ; mais les questions importantes et délicfites ne doivent pas être traitées superriciellement, elles mérilonl (ju'on s'impose (|i!clquc peine pour les comprendre.
ACTION CHIMIQUK ET CHALEOR DANS I.A PILE 32