ÀGTI01» CHIMIQUE ET CHALEUR DANS LA PILE
seront précisément égales au ilcficit calorifique observé dans le rhéophore. Tous ces faits ont été mis en pleine évidence dans une série d'expériences ti ès-rigoureuses, entreprises par Favre.
Cependant Soret a démontré que la chaleur transformée en travail mécanique n'était pas exclusivement empruntée à Tare extérieur, et que rintérieur de la pile contribuait aussi à cette dépenfe. Cela ne contrarie nullement le principe général, mais seulement affecte la distribution dans le système ^ La loi dont nous parlons est une remarquable conséquence du principe de la conservation des forces vives, car s'il existait dans le circuit une quantité de chaleur qui ne fût pas produite par Taction chimique, cette quantité aurait été créée de rien, et si réciproquement la quan-» tité totale do chaleur inférieure et extérieure se trouvait être moindre que celle engendrée par l'action chimique, il y aurait annihilation du niouvement, ce qui est impossible '.
Une décomposition chimique est un travail exécuté par le cou- Travail rant, elle peut donc se substituer directement à la chaleur qui se développe dans le circuit. On a un bel exemple de celte transformation dans l'expérience suivante souvent répétée par nous. Faisant usage d'une forte pile grand modèle de Bunsen, ayant au moins 50 éléments, telle que celle servant habituellement à produire la lumière électrique, on prend pour conducteurs deux fils de platine un peu fins et on les plonge peu à peu dans un vase rempli d'eau. Au commencement il n'y a aucune décomposition chimique ; mais, au contraire, on observe de petites décharges lumineuses, et la surface des fils est revêtue d'une sorte de voile ou de gaine lumineuse qui donne au fil le même aspect que s'il était incandescent, quoiqu'il ne le soit pas. Les fils font entendre un léger sifflement dû très-probablement au dégagement de la vapeur; enfin l'eau s'échauRe rapidement et, en quelques instants, arrive à l'ébullition, sous l'influence de cette même chaleur qui, sans l'eau
' Soret, Corrëiatitm de V électricité. Genève, 1858.
' Clausius donne la relation suivante comme expression de la quantité de tlinlcur II en fonction de l'intensité I d'un courant électrique :
A ulant réqiiiviilont de la chaleur pour l'unité de Iravail, / étant riiilen^ili* du courant exprimée en unités mécaniques. (Voy. B. U., Archives âc. nai., iH57, t. XXXVI, p. 121.)
5Su l'E J/KLfiCTRlGITE.
dans laquelle plongent les rhéophores, se serait manifestée sous la forme d'une brillante gerbe de lumière. Mais si Ton enfonce les électrodes dans l'eau, lorsqu'ils atteignent une cerlaine profondeur, immédiatement l'action chimique commence, la température du liquide diminue et tout retombe dans le cas d'une électrol y nation SiibsUiuiion ordinaire avec légère élévation de température. Dans cette belle ch1fniquc"'au ©-^pcrience, il y a évidemment substitution d'une action chimique ihermiquo. à une açtiou calorifique. Le dégagement de chaleur observé dans la première phase du phénomène nous parait devoir s'expliquer ainsi : l'action calorifique du courant étant condensée sur une faible surface échauffe fortement le fil de platine ; cependanl le fil ne peut atteindre l'incandescence, car il y a soustraction incessante de chaleur de la part du liquide qui l'environne, mais il atteint une température supérieure à celle de l'ébuUition de Teau, par suite celle-ci passe à l'état sphéroïdal autour de la surface des électrodes et dès lors ne les mouille en aucun point. Le contact immédiat de l'eau et de l'électrode n'existant pas, la décomposition chimique n'a point lieu. Mais si le fil conducteur pénètre de plus en plus dans la masse fluide, la surface en rapport avec l'eau augmente de même, et à partir d'une certaine longueur immergée la déperdition de chaleur est telle que le fil ne peut conserver une température suffisamment élevée pour maintenir l'eau à l'état sphéroïdal ; alors le contact sétablissant entre l'eau et le platine, la décomposition chimique commence ^ On obtient des effets anale* gués avec les courants extrêmement courts des batteries de Leyde. En faisant passer la décharge dans un fil métallique, on les volatilise sur une longueur assez considérable ; mais en dirigeant la décharge à travers l'eau, tout se réduit à une décomposition peu marquée.
Égalité II est donc évident que tout travail chimique déterminé qui s'ac-
irois travaux complit entre les pôles d'une pile peut être remplacé en totalité ou en partie par un travail soit thermique, soit mécanique. Thom. son dit, avec une grande justesse, que supposant trois piles égales
* Voy. notre mémoire sur la lumière électrique, p. 74, Nuovo Cimetilo, vol. lY. Celte expérience, que nous croyions nouvelle, avait déjà été fiiiie par Quel et ensuite par Desprels avec une pile de 100 éléments de Bunsen ; aussi ce dernier a-t-il pu oliienir sur les liquides des phénomènes extraordinaires de dilatation.