DES TRAVAUX QUE LE CALORIQUE ACCOMPLIT DANS LES CORPS
ments, et cependant il est hors de doute que l'un est lié à l'autre non-seulement pshr la relation de la cause à l'effet, mais aussi par le principe de la transformation des mouvements qui trouve ici une de ses applications les plus évidentes. A l'Exposition de l'industrie à Paris en 1855, il y avait une immense cloche soutenue par un système de supports qui en rendait le mouvement si fadie, que, malgré sa masse, un seul homme suffisait pour la maintenir en mouvement, mais sans la faire sonner. L'homme qui montrait la cloche portait aux nues l'ingénieux mécanisme et aurait voulu le voir mis en usage dans tous les clochers, pour épargner la fatigue aux sonneurs. Un ecclésiastique, bon géomètre, qui se trouvait dans la foule, dit qu'il voudrait bien voir la même expérience, mais en faisant sonner la cloche. Tous les assistants ne comprirent pas la différence, et moins encore que tous les autres celui qui faisait l'éloge de la machine. Si Pexpérience avait été faite, on aurait trouvé une grande différence : la cloche frappée par le battant pendant sa descente éprouve par cela même une perte de mouvement, une portion de la vitesse acquise dans la chute est détruite par le choc, et dans la seconde moitié de sa course elle ne remonte pas à la hauteur qu'elle atteindrait si elle oscillait à vide, car dans ce dernier cas les seules résistances à vaincre seraient les frottements. La force vive perdue dans le choc est transmise à l'air et transformée en ce mouvement vibratoire qui produit le son, ou, pour parler plus simplement, est transformée en son.
De même les dilatations thermiques produites par les vibrations moléculaires peuvent servir à évaluer la force mécanique qui les produit et réciproquement. En effet la dilatation thermométrique mesure évidemment Tintensité des vibrations moléculaires ; et celles-ci sont reliées à la force mécanique, de telle façon que non-seulement le rapport entre ces deux éléments est constant, mais encore la destruction de la vibration entraine la production de la force ; en un mot on peut admettre une véritable transformation. Cette transformation réciproque est aujourd'hui une connaissance vulgaire, et l'on en tire parti pour expliquer un grand nombre de phénomènes naturels. De plus, l'histoire de la science conftnnaiion nous apprend que le problème de la nature du calorique a pris ** ^^^^^'
naissance dans la théorie de la chaleur rayonnante et dans les analogies des ondulations lumineuses et calorifiques avec celles du son ; privée de cet appui, la seule notion de l'équivalent mécanique n*aurait pas suffi pour donner une idée claire du phénomène que Ton nomme la chaleur des corps.
Toutefois cette comparaison établie entre le son et le calorique, considérés tous deux comme des mouvements vibratoires,, a été poussée trop loin par quelques physiciens lorsqu'ils ont envisagé les sons produits par certains corps chauds dans des circonstances particulières comme un effet de vibrations calorifiques ^ On dépasse les limites d'une induction légitime si dans ce cas on admet un effet direct, car les sons dont nous parlons sont tellement graves, qu'ils supposent des vibrations immensément plus lentes que celles animant les molécules dans les vibrations calorifiques. Il faut regarder ces sons comme des effets secondaires résultant soit de la dilatation de l'air interposé, soit de mouvements inégaux dans les corps mis en contact ; Tun deux se dilatant pendant que Tautre se contracte, ces alternatives produisent un sautillement et par suite une vibration sonore. Quelle que soit l'explication adoptée, les sons ainsi produits prouvent que les molécules des corps sont dans une grande agitation. A la vérité, ce mouvement moléculaire n'a jamais été mis en doute, pas même par les physiciens qui admettaient le feu pénétrant dans les corps sous forme de corpuscules ignés (igniculi) comme au temps de Galilée et d'Huygens*.
* Les expériences de ce genre sont assez simples : une médaille en cuivre chauffée avec une lampe à alcool, puis placée sur une enclume ou sur une autre masse d'un métal élastique produit un son. On réussit aussi avec des corps d'une autre forme, et Texpérience est aujourd'hui parfaitement connue.
* Galilée, Science nouvelle, dialogne I, p. 15, édtt. de Bologne, 1655. — Huygens, De lum.f loc. cit. plus haut.
lies vibrations acoustiques sont comprises entre 30 et 50 000 par seconde, les vibrations lumineuses commencent à 63 trillions pgur finir à 946 trillions par seconde. Un intervalle immense semble donc séparer h s deux genres de mouvement; mais, en réalité, il n'en est rien. En effet, en dehors des sons compris dans l'échelle harmonique, certaines ondes envoyées par les corps vibrants, quoique frappant l'oreille par successions régulières, sont impuissantes à exciter la sensation d'un son musical. Nous entendons alors des bruits de diverse nature, des bruissements, des crépitations; à ces vibrations succèdent les oscillations calorifiques obscures doBt il est très-difficile d'apprécier rétendue, et finalement l'agitation moléculaire s'exaltant toujours, la rapidité du mouvement devient telle que les ondes engendrées impressionnent la rétine; à ce moment apparaissent les radiations lumineuses.