DES DIVERSES THÉORIES DE LA LUMIÈRE
traires à ceux indiqués par la théorie de Newlon, celle-ci devient inadmissible. Au contraire, une moindre vitesse de propagation dans les milieux les plus denses, telle est la base sur laquelle est fondée l'explication de la réfraction dans le sy.<tème de Huyghens; et le fait ayant été trouvé exact par rexpériencc, la théorie des ondes trouve ici une preuve solide en sa faveur.
4* Newton rendit compte des phénomènes de diffraction observés parGrimaldi en invoquant des forces répulsives spéciales; et même, dans ce cas, il accorda à ces forces la faculté d'exercer leur action à une cerlaine distance des corps, et avec une espèce d'alternative rhythmée*. Cette hypothèse était nécessaire pour expliquer comment les franges pouvaient exister au nombre de trois et se développer en dehors des corps, avec la loi d'alternance que nous avons signalée. Il admit de semblables oscillations sous le nom iTaccès de facile réflexion et de facile transmission, pour expliquer les couleurs présentées par les lames minces. Pour ceux-ci, il était assez disposé à attribuer cet accès aux vibrations calorifiques des corps'.
On ne peut se lasser d*admirer la fécondité d'imagination déployée par Nev^ton dans la création des hypothèses destinées à expliquer cette masse énorme de faits, qui, grâce aux travaux des géomètres modernes, se déduisent avec une merveilleuse facilité du système des ondulations. Assurément, on peut dire à ce sujet : Si Pergama dextra defendi passent,,, hacdefensa fuissmty et ceux qui de nos jours songent à ressusciter la théorie de rémission devraient au moins, à l'exemple du grand philosophe anglais, se préoccuper de satisfaire à toutes les exigences des phénomènes de Toptique moderne.
5"* Mais la sagacité du savant physicien fait un dernier effort lorsqu'il tâche d'expliquer comment un rayon lumineux tantôt se dédouble, tantôt reste simple en traversant un cristal de spath d'Islande, posé en travers sur un autre de même substance. A cette fin, il suppose : 1^ les rayons limités par de véritables faces ; 2"" les molécules lumineuses douées de pôles semblables à ceux
' Les rayons qui passent le long d'un corps ne s'inflocliissenl-ils pas plusieurs fois en divers sens par un mouvement semblable à celui d'une anguille? ;^ewton, OptiquCt question m.) (Note du traducteur,)
* Ibid,, question xxi.
4* objection
tirée de la
diiTraclion.
5* objection
lirée de la
polari5alion
des rayons.
des aiguilles aimantées, et qui tantôt favorisent leur passage à travers les pores des substances, d'autres fois, au contraire, s*y opposent. Chose singulière, cette hypothèse renfermail en germe une notion admise encore maintenant dans la théorie des ondulations. Toujours çst-il qu'elle ne pouvait expliquer clairement la double réfraction, si ce n*est en supposant, sans la prouver, dans les rayons, une propriété essentielle d'une nature parfaitement inconnue. Au contraire, Iluyghens, en considérant Tonde comme se dédoublant dans l'intérieur du cristal en une onde sphérique et une autre ellipsoïdale, donnait de tous les phénomènes une raison parfaitement géométrique. Il ignorait cependant la véritable cause de ce dédoublement, et Newton se fondait sur l'incertitude du principe fondamental pour repousser les explications du savant hollandais ; mais la solution de cette difGculté dépassait les connaissances mécaniques de l'époque,* et nous verrons plus tard comment elle a été trouvée. Il est singulier qu'un géomètre aussi profond que Newton n'ait pas été convaincu par l'analyse élégante de Huyghens, et qu'il ait pu se borner à admettre les rayons doués naturellement de la double réfrangibilité^ Objection Ncwtou adressait deux objections principales au système des
contre les ... .
onduiaiioQs. ofidcs : V il disait que les ondes devaient se répandre dans tous les sens, contourner les corps opaques, et dès lors il ne devrait pas y avoir d'ombre sur les contours des corps de cette espèce ; 2** il rejetait l'existence d'un milieu occupant toutTunivers, car ce milieu soiuiion. opposerait une résistance au mouvement des planètes. Mais cette seconde objection pouvait être retournée contre lui, car on pouvait lui répondre que, d'après son hypothèse, les espaces célestes ne devaient pas être vides, étant traversés incessamment par une quantité innombrable de molécules émanées de toutes les sources lumineuses qui rayonnent les unes vers les autres. Nouveau Quant à l'autre objection, on voit que Newton ne tenait aucun
d'Uuyghens. comptc du principe fondamental sur lequel se fondait Iluyghens pour résoudre le problème et prouver que la lumière ne doit point contourner les obstacles, principe dont nous parlerons bientôt ;
' Optique, question xvii, p. 299. Les boUes découvertes d'Uuyghens en optique contrastent avec les opinions beaucoup moins exactes qu'il professait au sujet de la gravitation. Tant il est vrai que non omnia possumuê omnes.
DES DIVERSES TnÉORIES DE LA LUMIÈKE. 171
cependant Huyghens lui-même assurait qu'il s'était décidé à admettre le système des ondes seulement après avoir établi ce théorème. Du reste, toute difficulté disparait en examinant les analogies qui nous sont offertes par Tacoustique ; on a reconnu en effet la formation de véritables ombres sonores ; et d'ailleurs les franges de Grimaldi ne démontraient-elles pas un infléchissement des rayons autour des corps opaques ?
VOptique de Newton est assurément un monument impérissable Théorie
iiewtonieouo
de son immense génie, mais il est permis de comparer cette œuvre iaadmissibie. à une machine qui ne fonctionne bien qu'entre les mains de son inventeur. L'arc d'Ulysse ne pouvait, dit la fable, être bandé que par le héros ; de même, pour la théorie matérielle de la lumière, le grand Newton était le seul mathématicien assez puissant pour adapter sa théorie aux divers phénomènes à Taide d'hypothèses ingénieuses. Le grand nombre de forces particulières nécessaires pour expliquer chacune des nouvelles découvertes, voilà le côté faible du système ; aussi les inconvénients grandissaient à mesure que les observations se multipliaient et que les phénomènes devenaient plus compliqués. Les plus chauds partisans se déclarèrent vaincus lorsqu'il leur fallut aborder la théorie de la polarisation et de la double réfraction, et ils furent contraints d'adopter Thypothèse des ondulations, qui, seule, permet de ramener tous les faits connus à des lois simples bien supérieures aux notions incomplètes fournies par la doctrine de l'émission ^
Laissons donc de côté la théorie newtonienne et cherchons à faire comprendre le système des ondulations, en nous occupant spécialement des points utiles à notre sujet et renvoyant aux traités spéciaux pour la démonstration d'un grand nombre de théorèmes.
* Pour citer une seule preuve, Ilerschcl, dans son Trait<S sur In lumière, arrivé à la polarisation et à la double réfraction, se décide positivement en faveur de la théorie des ondes.
in