‹ L'Unité des forces physiquesChapitre 78 sur 162 · NOTIONS SUR L'ÉTHER · texte numérisé non relu

NOTIONS SUR L'ÉTHER

mais il y a aussi dans cette dernière classe de phénomènes des faits Irès-nombreux pour lesquels une explication de ce genre est inadmissible ; et si Ton veut en rendre un compte exact, il faut ou supposer des actions s* exerçant à distance sans aucun intermédiaire, chose parfaitement absurde, ou imaginer ces forces dont la nature nous est complètement inconnue, et que dès lors nous cherchons à exclure du domaine de la physique. Tels sont les phénomènes électro-dynamiques et magnétiques, qui journellement, et dans des circonstances très-variées, se manifestent au sein d'espaces complètement vides de matière pesante. Admettre un certain fluide comme cause des phénomènes L'^ther n'est

. , , P** contraire

physiques, ce n'est pas repousser les explications des faits, basées aux principes

sur les théories mécaniques. A-t-on jamais dit qu'il niait les mécanique.

principes du mouvement, celui qui expliquait Tascension de Teau

dans les pompes par un jeu de la pression atmosphérique, ou

bien encore le transport du son jusqu'à Toreille par le moyen

de l'air? En raisonnant ainsi, on ne peut certes pas être accusé de

se livrer aux fantaisies de l'imagination. Or toute une classe de

faits sont inexplicables sans Thypothèse d'un milieu universel, et

un grand nombre d'autres phénomènes deviennent, grâce à elle,

d une intelligence très-facile ; donc, nous pouvons rationnellement

accepter cette hypothèse ; en cela nous suivons la méthode des

sciences physiques, c'est-à-dire que nous démontrons les principes

a posteriori et non a priori.

La répugnance que Tofi éprouve à admettre un milieu, étendu entre nous et les astres, nous semble être une conséquence involontaire de notre habitude de nier Texistcnco de tout ce qui n'agit point sur nos sens, et spécialement sur la vue ou le toucher ; mais Tobservation même la plus superficielle ne tarde pas à nous montrer le peu de valeur d'un critérium exclusivement fondé sur nos sensations ; nous trouvons même ici un exemple à Tappui de ce dire.

Newton, et certes il était un zélé partisan des forces abslrai- ^^^^^^^^ les, n'hésitait pas à déclarer que la gravité pouvait résulter ^ expliquer de Faction de quelque milieu interposé^; bien plus, il déclare

*■ c Quam ego, allraclionem appello fieri sane pole&l ut ca efGciatur iinpuisu vel alio modo nobis igoolo optice. » (Newton, Optique, q. xxiii.)

que, sans ce milieu, on serait conduit à admettre de la part des corps une action à distance, conséquence radicalement absurde. « On ne peut comprendre, écrit-il dans sa troisième lettre à Bentley, comment une matière brute et inanimée pourrait, sans le secours d'un agent non matériel, produire des modifications dans un autre corps, alors qu'elle ne serait point en contact avec ce corps (et cependant les choses se passeraient de la sorte si, admettant les idées d'Ëpicure, on regardait la gravité comme une propriété inhérente et essentielle)... Supposer que la gravité soit une qualité innée, essentielle, inhérente, à la matière, de telle sorte qu'un corps puisse exercer son action sur un autre plus ou moins éloigné, sans l'interposition d'aucune autre substance éta« blissant une communication quelconque entre eux, me parait une chose tellement absurde, qu'elle ne peut arrêter un seul instant quiconque a l'expérience de la philosophie. La gravité doit tirer son origine d'un agent dont l'action est continue et soumise à des lois déterminées; mais cet agent est-il matériel ou immatériel? Voilà une question que dans tous mes ouvrages j'ai livrée à. la méditation des lecteurs ^ »

L'éiher Ccs dcmières paroles de Newton ont été pour quelques-uns

l'origine d'une idée fausse ; ils crurent que l'éther était quelque chose d'immatériel, parce qu'il était impondérable. On a fait ici confusion entre deux propriétés très-distinctes, savoir : l'inertie et la gravité ; la seconde n'est pas, comme la première, une qualité essentielle de la matière. On peut concevoir une matière non pesante, mais toute matière doit être inerte, c'est-à-dire qu'elle exige une force pour être mise en mouvement. D'après cela et d'après l'ensemble des phénomènes connus, l'éther pourrait bien être la cause de la gravité. Ce fluide universel présente certainement une constitution différente de celle des gaz ou des autres corps connus de notis : par suite sa nature ne peut nous être révélée par les phénomènes étudiés jusqu'ici ; mais les recherches que nous analyserons plus loin fourniront de précieuses indications sur ce point.

* Nous remarquerons cependant que dans la même lettre il dit évidemment que cet agent est matériel [trois lignes plus loin) . Celte lettre a été traduite en italien par Ë"* de Luca in Gioniah Àrcadico.

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