NOTIONS SUR I/ÉTHER
On peut admettre sans difficulté que l'cther existe dans l'intérieur de tous les corps ; on sait en effet combien sont poreuses les substances même les plus compactes en apparence ; du reste, on doit les admettre comme telles pour expliquer le passage de la lumière à travers leur épaisseur, quel que soit le système adopté. Mais il faut bien s'entendre sur le mot porosité; suivant que Ton adopte l'un ou Tau Ire des deux systèmes, celte expression n'a pas la même valeur, car pour les partisans de l'émission, les pores devront être rectilignes et dirigés dans tous les sens, disposition presque impossible à comprendre, tandis que, dans la nouvelle théorie, on peut leur conserver la disposition qu'on leur attribue ordinairement, car rien n'empêche les ondes lumineuses de contourner les molécules V
Les physiciens qui, repoussant Th} pothèse de Téthcr, admettent une raréfaction de la matière, ont émis cette opinion que la lumière pourrait bien s'expliquer par une émanation périodique et alternalive de cette espèce de matière raréHée, et ils espèrent ainsi concilier les deux systèmes. Mais, à notre avis, une semblable théorie ne peut s'appliquer à (ous les cas observés en optique, et particulièrement à la polarisation ; de plus, elle est au moins inutile. En effet, si cette émanation est continue et dure depuis l'origine des choses, l'espace doit être actuellement rempli de ces infiniment petits, de ces monades^ pour employer, une expression célèbre, et leur ensemble doit équivaloir à un milieu physiquement continu ; de cette façon, les espaces interplanétaires seraient occupés par une matière formée d'éléments en état de répulsion, et cela revient à admettre un fluide universel soustrait a rinfluencc de la gravité. On peut appliquer à ce fluide les vers consacrés par Lucrèce à l'air atmosphérique* :
11 existe
h rimérieur
des corps.
Hypothèse
(le la maiière
raréfiée.
Sempcr enim quodcumque, iluit de rébus, id omne Âeris in magnum ferlur mare ; qui nisi contra Corpora rétribuât rébus recreetque fluenleis Oninia jam resolula forent et in aère vci sa.
Cette matière très-atténuée, doit, par sa pression, agir sur
*■ Cctta remarque est de Leop. Nobili, Nuovo Trait, di otlica, Ililano,i820. • Livre V, v. 276.
Celle
hypoilièse
BU fond
coïnciderait
avec celle de
l'éther.
tout, et produire dès lors les effets attribués par d'autres à raction de Télher. Enfin, si l'espace est rempli par celte matière, comment pourra-t-elle ne point participer aux mouvements qui s'y produisent? comment pourra-t-elle ne pas être ébranlée par les vibrations des corps chauds et des corps lumineux? Et si cette communication de mouvement s'établit, qui pourrait distinguer cette matière de l'éther*?
Ajoutons encore que les défenseurs de cette doctrine sont forces d'admettre à chaque instant des forces tantôt attractives, tantôt répulsives, au moins pour expliquer la formation des molécules. L'exislence de l'éther une fois reconnue, toutes ces hypothèses deviennent inutiles.
Après la discussion à laquelle nous venons de nous livrer, on reconnaît évidemment, je pense, combien sont peu éloignées les unes des autres toutes ces opinions qui, au premier aspect, semblent diamétralement opposées, et surtout on peut voir combien sont peu raisonnables les personnes qui ont essayé de faire tomber en défaveur et même de couvrir de ridicule le système basé sur Texistence de Téther. Assurément l'hypothèse d'un milieu universel a fait faire un pas immense à la théorie de l'unité des forces physiques en démontrant que de nombreux phénomènes, attribués à l'action de fluides divers, étaient de simples modes du mouvement de la matière pesante; néanmoins il ne serait pas logique de vouloir envisager toute la physique sous ce point de vue, et dans l'analyse des faits que nous développerons plus tard, nous serons ramenés à l'hypothèse de l'éther par des considérations d'un ordre tout différent, tirées de l'étude de Télectricité.
L'éther Un émiucut physicien a écrit que l'idée d'élher ou de fluide
"%orce.""*^ n'est pas plus claire que celle de force^ : tout au contraire, nous
* Le Sage fut un des grands promoteuis de la théorie de la gravité produite par les corpuscules extra-mondains qui, doués d'une vitesse énorme, se croisaient en tous sens. Lcsago avait lui-même emprunté do Redecker cette théorie des corpuscules. Tant il est vrai qu'il est nécessaire d'exclure ce vide et ces actions à distance, que nous voyons aujourd'hui rappelés à la vie par des hommes du ri'ste très-luibiles et dont les travaux pourraient, dans une autre direction, être plus utiles à la science. Gela nous a dolerniiné à discuter ces idées un peu au long, bien qu'aujourd'hui la néce>sité de le faire se fasse moins sentir.
* Grove, Corrél. des forces physiques f p. 127.
MATËniALITÉ DE L'ËTHKR.
regardons comme inconcevable Tidéc de force introduite dans rcxplication des phénomènes naturels, si on ne Tenvisage pas comme une propriété inhérente à un certain support ; mais un Duide est parfaitement concevable, quand même on le suppose intangible et impondérable (Fair n'a-t-il pas été considéré comme tel penilnnt longtemps?) : de plus, si ce fluide est en mouvement, sa masse à elle seule par sa vitesse devient déjà une force. Nous allons montrer comment notre hypothèse permet d'aborder avec facililé la théorie des phénomènes physiques , et nous espérons prouver que l'élher, admis d'abord pour rendre compte des manifestations lumineuses, doit être admis pour l'intelligence de plusieurs autres résultats d'observations.
Nous chercherons à reconnaître les propriétés de cet agent universel en recourant exclusivement à rexpcrience et à l'analyse successive des faits ; nous commencerons donc par discuter ceux qui établissent la matérialité et l'inertie de l'élher, puis nous examinerons comment on a pu obtenir des indications sur la constitution et le mode d'action de ce fluide.