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DES CORPS POUR LA LUMIÈRE

Nous avons jusqu'à présent regardé l'éther comme un fluide élastique, nous réservant de chercher plus tard quelle était la nature de cette élasticité. De plus, nous avons reconnu qu'il se comportait comme une matière inerte; aussi, à notre avis, l'expression fluide immatériel^ appliquée à l'éther, est-elle défectueuse, quand même on l'emploierait seulement pour montrer qu'il est d'une nature contraire à celle de la matière pesante; cette locution prêtera toujours à léquivoque.

L'élher pénétrant tous les corps, on ne peut constater son poids, car il arrive pour le fluide ce qui se présenta pour Tair, dont la pondérabilité ne fut pas soupçonnée jusqu'à ce que Ton

L'élher

n'est pas

immatérieL

Son i mpondérabililc.

Résistance douteuse.

eut imaginé des appareils propres à le condenser et à le raréfier ; nous trouvant ainsi dans Timpossibilité de reconnaître la pondérabililé de l'éther, si nous voulons prouver sa matérialité, il nous reste à démontrer son inertie, c*est-à-dire sa résistance au mouvement. Quelques savants ont songé à constater cette résistance, en déterminant Teffet qu'elle devait exercer sur le cours des as- Son inertie, trcs. Âiusi, ils attribuaient une grande importance aux perturbations éprouvées par certaines comètes *. Ce mode de démonstration est sans valeur. En effet, il n'est pas complètement établi que les perturbations cométaires soient produites par la résistance d'un milieu, et dans le cas où telle en serait la cause, le milieu résistant pourrait être tout autre que Téther lumineux ; par exemple, ce pourrait être la substance qui forme la lumière zodiacale, ou des groupes de bolides •, etc. De plus, aujourd'hui que l'on a découvert un nombre considérable de [ictites planètes entre Mars et Jupiter (135 jusqu'à ce jour*), est-on assuré que certaines d'entre elles ne puissent se trouver sur le chemin d'une comète et influencer son mouvement à la manière d'un milieu résistant? Ainsi, tout est incertitude de ce côté. Bien plus, il n'est pas rationnel de croire à une résistance opposée par Téther au meuve* ment des corps graves, car cette matière, selon toute probabilité, est la cause efficiente de la gravité ; par conséquent, les mouvements des corps célestes ne sauraient être troublés par elle. L'éther étant admis, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on doive donner à la gravité pour origine les trop fameux tourbillons cartésiens : hypothèse détruite à jamais par l'observation des orbites paraboliques des comètes. Pas davantage il n'est besoin de la supposer produite directement par les vibrations calorifiques ou lumineuses, car on peut très-bien concevoir un tout autre mode de développement, sur lequel nous nous entendrons plus tard.

A notre avis, les actions moléculaires, beaucoup mieux que les phénomènes astronomiques, peuvent nous donner des preuves en faveur de l'inertie de l'éilier, et, par suite, de sa matérialité.

1° Un corps chaud placé dans le vide se refroidit par rayonne-

inertie (le

l'étiier.

* Parmi les plus fameuses, on peut citer celle de Enlke.

• Voy. Fayc, Comptes rendus, 1861, et Plano; Mem. acad. di Torino^ ▼ol. XXI. 5 8 septembre 1873.

MATÉRIALITÉ DE L'ÉTHER. iOI

ment, c^est-à-dirc sans aucune communication avec les autres corps pesants par contact immédiat. Alors le mouvement se propage aux corps pondérables en se communiquant d'abord à la substance impondérable ambiante. En effet, on ne peut expliquer le refroidissement par un anéantissement de mouvement dans le corps rayonnant, puisqu'une partie de la vibration calorifique se transmet aux objets éloignés; nous disons se transmet, sinon il faudrait supposer une création de mouvement dans ces objets sous l'influence de la seule présence des corps chauds. Dans ce phénomène, nous voyons la force vive appartenant à une quantité déterminée de matière sensible abandonner celle-ci et se communiquer à la matière impondérable ; donc, cette dernière doit avoir une masse définie inappréciable aux balances, il est vrai, mais qui n'en est pas moins parfaitement réelle.

Le soleil est pour nous le foyer le plus intense de radiation Rayonnement calorifique, sa puissance de rayonnement devrait donc diminuer avec les années si ses pertes journalières n'étaient pas incessamment compensées. Sa température est énorme, Walerston en estime la valeur potentielle à 6 700 000 degrés centigrades : d'après c^t auteur, en tenant compte des pertes qu'il éprouve continuellement, elle devrait diminuer de 5 degrés par année. D'après les données fournies par Pouillet, on trouve que chaque mètre carré de la surface du soleil émet 15 6i0 calories par seconde, quantité de chaleur équivalente à 3 791 840 kilogrammetrès, soit 77 252 chevaux-vapeur. Cette immense force est employée à tenir l'éther environnant en mouvement.

Réciproquement, le mouvement de l'éther peut se communi- Échange de quer a la matière pesante ; ainsi, la lumière, qui s etemt en ren- entre la contrant la surface d'un corps, se transforme en chaleur, de sorte '"^élh^*^^ que les corps noirs, et en général ceux dont le pouvoir réflecteur est très-faible, s'échauffent plus facilement que les autres. La quantité de chaleur absorbée est ordinairement proportionnelle à la lumière éteinte* Mais ce rapport peut changer complètement avec la nature des radiations, d'une part, et les propriétés moléculaires des corps, de l'autre. Ainsi, un cristal d'alun parfaitement transparent absorbe la chaleur presque totalement, et, au contraire, un verre noir et opaque ou un quartz enfume à peine

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translucide laisse passer l>;s rayons calorifiques avec la plus grande facilité. Ces phénomènes, analogues à ceux présentés par les couleurs, nous monlrcrtt qu'il existe des rayons calorifiques de àitîércntes qualités comme des rayons lumineux de dilTérentcs couleurs, de sorte que l'on doit, avec Mclloni, admettre la thermochrose*.

Prouvai Pour mieux mettre eu relief les échanges de mouvement qui

spectroKDpa. pcuvcnt s'accompHr entre l'éther et la matière pesante, il est bon

de rappeler sommairement les découvertes récentes laites à l'aide du speclroscope '. En examinant au moyen de cet instrument un

< Tliermochross : Dlpii.ii, chaleur; xf»û;w, rolorei.

■ Le cpcclrotcope ((Ig;. 14) est îotmâ par itn ou plusieurs prismes Irèt-pura que l'on fait traierser par un faisceau de lumière parallùlc. Le parallL'IIsme des rayons s'obtient fini en introduisant le faisceau par une ouverture Irès-firoile situcc à une isseï grande distance des priâmes, aoit k l'aide d'un oLjeciir achromalique placé à one moindre distance dans io tube C. Le spectre obtenu est observf direclemeni 1 l'sil nu, ou mieux encore avec une lunette B. Pour permettre h mesure de li dislanrc des raies, l'ima^ du s;>ccirc se prajcllc sur une ûchellc niicromûtiiquc disposée dana le lube D qui c;t aussi un collimateur portant lï^chellc filairûe par une lampe et dont l'image se rfllccliil sur une aurfacc du prisme dans l'inléricur de la lunellG B.

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