CAPITAL ET TRAVAIL
c'est SOUS cet aspect qu'on le retrouve au fond de toutes nos querelles, de toutes les crises même de pure apparence politique. Les classes laborieuses sont, d'un bout à l'autre du pays, en bataille contre les classes bourgeoises; les conflits sont continuels, quotidiens; tous les ouvriers ou à peu près sont « syndiqués », c'est-à-dire organisés pour la lutte.
On dirait des positions de guerre civile : en effet, c'est la bataille syndicaliste, c'est la guerre sociale.
Comme nous sommes loin, en apparence, de notre thèse de l'unité française !
Allons pourtant au fond de ce désordre d'où les uns attendent, les autres redoutent la révolution sociale.
Les choses humaines ne se règlent ni ne s'expriment par des formules aussi rigoureuses. Les principes les plus robustes, les plus absolus se laissent pénétrer et parfois dissoudre par les contingences, moins pédantes, et plus vraies.
D'abord il y a peut-être une foncière injustice dans la critique du capitalisme par Karl Marx, et ainsi dans le collectivisme lui-même. Car sa définition du capital pèche par la base : le capital a une valeur propre; le même travail appliqué à un bloc de minerai d'or ou à un bloc de plomb vil ne donne pas le même produit; donc il y a une valeur, et même la principale, dans le capital. D'autre part, le capital n'est pas inerte; il est une somme de travail; il est la récompense du travail antérieur; il est plein, gonflé de travail; il est du travail emmagasiné, ra-
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massé, pour devenir l'instrumenl du travail nouveau, en une répercussion ininterrompue des générations les unes sur les autres.
Et puis il arrive bien aussi, dans notre société actuelle, qu'on soit récompensé justement selon son travail, et il n'est pas sûr que les répartitions proposées pour l'avenir soient plus justes.
La nature humaine et la société humaine sont infiniment complexes., et il n'est pas sûr qu'il soit possible de constituer au-dessus d'elles un État suffisamment parfait pour faire régner, à l'instar de Minos aux enfers, ou de Dieu même au tribunal suprême, la pure justice entre les hommes.
Il y a dans cette foi en l'omnipotence et en la perfection divine d'un État humain une chimère plus surnaturelle que celles que poursuivaient nos communistes français.
Cependant les choses s'arrangent tant bien que mal; et ces doctrines mêmes y contribuent par l'agitation qu'elles créent, si chimériques qu'elles soient : car toute chimère laisse traîner derrière elle une queue de réalisations.
La France a des forces profondes d'union nationale : pourraient-elles donc être dissoutes en un moment par un vent de philosophie allemande ? Ne sont-elles pas bien plutôt capables de dissoudre les haineuses doctrines fabriquées en Germanie ?
Voici déjà — après moins de cinquante ans, et qu'est-ce que cinquante ans dans l'histoire? — que le syndicalisme français, tout en ayant le même but