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LES VERTUS DU PAYSA^^ DE FRANCE

Il faut voir Thabileté avec laquelle il arrondit son domaine et coud les lisières de ses champs en une sorte d'État où il est souverain. Il faut le voir, de sa capitale qui est la maison paternelle, son palais, agrandi par ci d'un cellier, par là d'une grange, ou d'une belle chambre, gérer ses terres, pousser la charrue sur le flanc du coteau, faire reculer la friche, essayer un plant de vigne, créer une sapinière, ajouter une stalle, des stalles, à l'étable et à l'écurie, marier son fils avec la riche héritière des champs voisins (car il n'y a pas que la maison d'Autriche qui ait eu une politique matrimoniale), toujours faire plus et toujours gagner, ... gagner l'empire de la France. C'est le phénomène essentiel de notre histoire contemporaine ; il se reproduit en autant d'exemplaires, ou à peu près, qu'il y a de familles de paysans.

Le paysan fut encore tenu par la Restauration à l'écart des droits politiques; il les retrouva en i848 assez brusquement et fut dès lors le maître des destinées du pays.

Il est resté féru du sentiment égalitaire : c'est la grande passion qu'il a gardée des temps révolutionnaires, et même monarchiques; il voit dans TégaUté une forme de la justice même, ce qui d'ailleurs se pourrait discuter. Il reconnaît maintenant le caractère scientifique, et non plus empirique de l'agriculture; il sait analyser le sol, employer les engrais correspondants, obtenir plus de produits, et de plus de valeur. Il s'instruit à l'école primaire, parfois à

Fécole primaire supérieure, il est au courant du mouvement économique contemporain, des débouchés sur lesquels il peut compter. 11 sait se retourner avec beaucoup de souplesse et de courage en cas d'accidents ou de désastres même : le phylloxéra ayant ruiné la vigne dans la France centrale, il s'est mis à la pomme de terre, à la betterave à sucre, et il s'en félicite; il y rencontre moins d'aléa. Nos Bretons viendront à ces mêmes qualités, et dépendront moins des caprices de la sardine.

Le paysan français est tout-puissant sur ses députés; il sait parfaitement assurer la défense de ses intérêts; ainsi les lois douanières de 1892 l'ont sauvé de la concurrence des grands marchés agricoles de l'Amérique, ont gardé à la France sa place parmi les premières puissances agricoles du monde.

Ses ressources financières sont merveilleuses ; il possède le trésor de l'épargne française. La France paya en 1871-1872 les cinq milliards de l'indemnité de guerre avec une facilité qui étonna le monde et elle-même : l'explication du miracle est là, dans le bas de laine du paysan. C'est le miracle quotidien, et tous les jours plus extraordinaire, pour qui n'y réfléchirait pas, parce que le travail est toujours plus productif, indéfiniment. C'est le phénomène arithmétique des intérêts composés ; il y a mille ans que le paysan de chez nous compose ses intérêts.

Le voici donc arrivé, par son vote, mieux encore par son mérite, à la dignité même de la bourgeoi-

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