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LES CAHIERS DES PAYSANS

siècle de guerres. Après la guerre de Trente Ans, sous Louis XIV, sur 72 ans de règne, il y eut 46 ans de guerre, soit 2 sur 3. La misère fut grande dans tout le pays. Les difficultés financières retombèrent toutes sur le paysan, qui se plaignit, essaya de la révolte sur les gens du fisc : il y a sous ce grand règne toute une histoire de soulèvements provinciaux, en Bretagne, Picardie, Guyenne, provinces riches ou pauvres.

Le dix-huitième siècle fut plus heureux, il y eut une série de guerres de sept ans, mais hors de France. Il y eut donc une amélioration générale de la condition du paysan ; il y eut dans l'opinion publique un retour d'intérêt pour le travail des champs, et d'admiration pour les ressources inépuisables de la nature bienfaisante. Le paysan redoubla d'activité, avec d'autant plus d'ardeur qu'il en voyait le fruit assuré et qu'il entrevoyait la récompense suprême.

Car il connaissait dès lors quelque bien-être, il accroissait sans cesse sa propriété ; il avait quelque instruction, et une sorte de « conscience » de ses besoins et de ses droits; il trouvait plus insupportables, en réfléchissant, les charges de la terre.

Ses cahiers de 89 sont pleins de naïveté et de bon sens : « Nous cultiverions bien ce coteau en vigne, mais le fisc s'y abattrait et tout le profit serait pour lui. » On y trouve à chaque instant de ces simples constatations et la confiance que le roi et les Etats vont arranger tout cela.

La Révolution acheva révolution commencée depuis si longtemps : elle ne donna pas la terre aux paysans ; ils l'avaient conquise par dix siècles de dur labeur et dY^preuves. Mais, après une dernière Jacquerie, d'ailleurs relativement bénigne, elle abolit les droits féodaux, désormais caducs; elle répartit toutes charges sur toutes têtes et sur toutes propriétés. Elle étendit la petite propriété par la vente des biens d'Église et de quelques biens nobiliaires. La guerre venue avec les rois, le paysan en sabots, fusil au poing, fut invincible sur sa terre délivrée; il conquit l'Europe à la Révolution.

Il fut encore longtemps inquiété par les menaces de ceux qui avaient pâti des décrets révolutionnaires; mais le Concordat lui garantit la possession des anciens biens d'Éghse ; la loi du milliard désintéressa les émigrés et les victimes de la nuit du 4 août. Il eut enfin la jouissance tranquille de son bien foncier, qu'il n'avait pas reçu en don gracieux, mais qu'il avait lui-même, de ses seules forces, si virilement gagné, qu'en quelque sorte il le possédait mieux ; il le sentait profondément, séculairement sien.

Par lui, la France s'achevait : les paysans, petits propriétaires, y sont la base de la pyramide sociale sur laquelle repose la bourgeoise dirigeante qui en sort. L'émiettement de l'ancienne grande propriété s'arrête aujourd'hui par la diminution de la natalité, par l'exode vers les villes. Ainsi le paysan a plus d'aisance, et plus de dignité ensemble.

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