‹ L'UniversChapitre 12 sur 60 · I.e cleriié hii-mème prenait part aux · texte numérisé non relu

I.e cleriié hii-mème prenait part aux

dissentions

lues, octroyant les

indulgences ou ftilminant les anathènies selon qu'on appartenait à telle

ou telle opinion ; et quant ati\ militaires, ils étaient devenus si orgueilleux depuis la victoire de Paraguary, que tous, jusqu'aux simples smiats, voulaient être salués respeetueuseninnt dans les rues par les citoyens de toute classe que le hasard faisait passer auprès d'eux.

Dans un des moments où Francia, retiré à la campagne, boudait ses collègues, on découvrit une conspiration royaliste, qui avait pour but une contre-révolution. Plusleursdes coupables.

Espagnols ou créoles, furent arrêtés et livrés à un tribunal improvise uni les condamna tous à mort sans discussion , à l'unanimité, et presque sans examen. Francia apprend cette circonstance ; il accourt en toute hâte , trouve mie deux de ces malheureux avaient déjà été pendus , fait surseoir à l'exécution des autres , et obtient en leur faveur une commutation de peine qui, avec le temps, se réduisit a une simple détention limitée. On voudrait

BUÉNOS-AYAES, PARAGUAY, URUGUAY. 5

pouvoir dter ce trait , qui fait honneur au secrétaire de la junte, sans en atténuer le mente, en njoutiuit que le Uoct*'ur Fraiicia était alors au commencement de sa carrière politique, et qu'il chercliait uni(jueinent à se faire des créatures, et a usurper cette popularité que , plu:» tard , il ioulerait aux pieds.

Le pouvoir était donc , défait, entre les mains de Francia; mais ce n'était pas à cette jouissance stérile que se bornait Tamoitiott de ce dief. Il voulait y joindre le droit, et se délivrer de i'importiin voisinage des hommes grossiers qu on lui avait donnés pour collègues. Il lit, en conséquence, passer un décret qui convoquait immédi.itcMient Ifs colléixes d'élection dans tous les pays, a TeHet d'organiser un nouveau congrès. Les députés, ignorants campagnards qu'on enlevait à leurs travaux habituels , inenpables de résoudre par eux-inèines la plus simple qucilion politique , se réunirent à l'Assomption, fort cuihiirrassés du rùle qu'on allait leur l'aire jouer. Il y avait, heureusement pour eux, dans la ville, un exeniplaire de l'Htstoire romaine de Rollin; ils se procurèrent ce livre pour leur servir de Ruide politique, et, parnii les institutions dont ils y trouvèrent le modèle, ils accordèrent la préférence à celle des consuls. La nomination de Francia n'était pns douteuse; on lui adjoignit l ex-presideut de la ^unte, don Fulgencio Yégros. Mais ici un £ut peut donner la juste mesure de la simplicité de ces législateurs improvises , et de l'ascendant qu'avait pris sur eux le seul homme de génie

7i*ils comptassent dans leurs rangs :

rancia , impatient de se voir seul au pouvoir, obtint du congres que l'institution consulaire serait limitée à douze mois, dans la durée desquels les deux consuls devaient administrer alternativement pendant quatre mois, en comment^ant par lui, de sorte que. SOT les douze mois, Yégros n*en eut que quatre pour sa part.

Sous le régime consulaire, on vit se développer la politique du docteur

Francia. Les relations «Tee Buénos-

Ayres devinrent de plus en plus rares et difficiles. Ce voisinage d'une nation agitée par les passions ^litiques parut dangereux au premier consul ; à ce motif d'un intérêt général il en joignait d'autres que ses vues ambitieuses lui rendaient personnels, et il oommenca dès lors ce système d'Isolement dont nous avons parlé plus haut. Enfin, à l'expiration de l'année, les députés s'étant rassemblés de nouveau a l'Assomption, Francia leur persuada d^abandonner le système consulaire pour élire un seul magistrat; mais ayant craint le premier jour que la majorité des suffrages ne se portait sur son collègue , il s'opposa au scrutin ; le lendemain il en usa de même, si bien que les députés comprirent que ce manège durerait indéllnimeut tant qu'ils n auraient pas donné des preuves non équivoques de leur bonne volonté au prenuer consul. Éloignés de leurs affaires et de leur famille, obligés de vivre à leurs dépens, peu jaloux enfin de se njettre en hostilité avec un homme qu'ils connncnçaient à redouter, ils se soumirent de bonne ^ace et nommèrent Rodrigue Francia dictateur iiour trois années. Yégros chercha à l'aire soulever la troupe en sa faveur ; on craignit un moment que la guerre civile n'éclatât dans l'intérieur de la capitale; mais le généreux dévouement du commandant ('aballéro, qui lit à la patrie le sacrifice de sa haine personnelle contre Francia ,

firéWnt les malheurs qui étaient sur e point d'éclater.

A l'expiration des trois années , le congrès se rassembla de nouveau ; celui-ci était composé uniquement des personnes dont Francia avait eu le temps de se faire des créatures, et il fut nommé dictateur à vie. Alors, jetant le masque, il entra d*un pas assuré dans la voie des réformes, appelant à son aide la violence , la torture, les proscriptions et la mort.

Mais pour parvenir à son but , il lui fallait pouvoir compter sur la franche coojjération de l'armée; ce fut donc par la reforme militaire que le dic-

rUNIVEES

tftêuf €0iiifii6fiç8 SU nonTèR^ cwrière.

Il créa une garne composée de crenadiers dVIitc, aiisr/cjita et reiLMiInrisa les divers coros de l'armée, contera des ^ades militaires, sans égard pour Vù^e. ni la condition, aux hommes qui lui manifestaient (Ir! dévouement, et éloigna sans scrupule ceux qui lui fanaient embrase. Viitstitution des milices, ou garde nationale mobile, appela c£:alenient son attention; i! se servit de ce corps pour la gai-de des forts détachés dont il avait environné le Paraguay, ainsi que pour celle de la nouvelle c olonie de Tevégo , qu'il fonda vers celte même époque. Si le parti du despote se recrutait journelleiMcnt de quelque nouvelle créature, celui des mécontents s'accroissait aussi de jour en jour. Un complot se formait dans 1 ombre , et don Ful^encio Yegros en était Tame. Il ne manquait I)lus qu'une occasion favorable pour faire éclater la conspiration , lorsqu'on vit arriver à l'Assomption un émissafredttgouremeinentde Buenos- Ayres. Le colonel Valta-Varyas était porteur d'instructions secrètes pour se mettre en rapport avec les mécontents, enveninier les blessures de l'amourpropre, exciter la haine, éveiller l'intérêt particulier, et opérer, s'il était possible, une réTolulioii en faveur de jBuénos-Ayres ; mais son imprudence le trahit, et il fat arrêté. Rien cependant ne tr.mspira de la conspiration; le moment de rexécution fut ajourne indéUniment. tnlin, les conjures, après avoir médité leur plan deux années entières, fixèrent le vendredi saint de l'année 1 820, pour le mettre déflniti veinent à exécution. Jusque-là tout allait à souhait, et le secret, première condition de la réussite , avait été fidèlement gardé, lorsqu'il arriva qn'iin des conjurés, se confessant, pendant le carême, à un moine recollet, lui révéla le complot. La vie et la mort du dictateur étaient désormais d uis les mains de cet ecclésiastique; il plut a la Providence de faire tourner la chance favorable, et le contesseur enjoignit à son pénitent d'aller sur-le-clianip révéler au chef de l'état l'important se-

cNt dont n était déposftafre. Me

d'effroi et tremblant de colère, FitMlcia fait arrêter immédiatement les conjurés dont il a pu obtenir les noms, et les fait jeter dans des cachots ff» tides en attendant le jour tamUe «t solennel où il fera éclater sa vengeam'e. Les circonstances extérieures vinrent hâter le dénodment de cette catastrophe. La Banda-^nietUale&aH alors déchirée par une îjfierre intestine dont nous parlerons plus bas. l n des chefs militaires qui se disputaient alors le gou\'emeinent de cette province, Ra> mirez, voulut se former un parti dans rintt rieur du Parauuay, et eerivit en conséquence à Fulgencio Yétzros, dont Il ignorait l'arrestation , une lettre qui tomba entre les mains du diffnteur. Dès ce moment la perte des prisonniers fut résolue. Don Juan c.airâliéro, que nous avons vu sedéf oiwr pour le maintien de la tranquillité pu- Llicpie, était du nombre des prisonniers. Certain du sort qui lui était réservé, il échappa par le suocideaiix tourments qu'on lui préparait. Lea autres, soumis à la torture, lircnt des révélations vraies ou fausses d où résultèrent de nouvelles arrestations.

Quarante environ de ces malheurei», a la tète desquels figurait \C2r0s, furent suceessivement condamnes à mort, et fusillés sous les )eux du dictateur; ce n^était qu'à la nuit ()ue les parents des supplicies pouvaient faire eidevcr leurs cadavres , et les ensevelir sans pompe comme de vils brigands : heureux encore d*obtenirdo des|)ote cette dernière faveur! A partir de celte époque, l'histoire du Paraguay n'offre j)lus que le tableau uniforme d'une administration cruelle et implacable pesant sur un peuple ducile, et, en apparence, resigné à son sort.

On s'ctonitcra:L, sans doute, si le docteur J'raucia ne toinbait pas tôt ou tard sous le fer d'un conspirateur, dans ce pays où l'infVience clîmatériijue fait lioiiillt nner le sang el exalte l'imagination ; niais quel que soit le sort que la Providence lui reserve, on peut prédire que s;i mort sera le signai de nouveaux troubles. Plus d'un

BUÉMOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY

ambitieux n^attend que ce moment pour paraître sur la scène, et cependant nul ne saurait empêcher le Paraguay de se constituer aJors en répuDlique, et d'entrer enfin dans la grande confédération du Rio de Ja Plata.

Fîdèle à notre système d'adopter la méthode (géographique^ où Ton peut épuiser riiistoire d'une coiitrre sans y introduire aucun fait étnui'zcr , de préférence a la inethudcchronolojjique; OÙ les événements, sans cesse mterrompus, oubliés ^'t rappelés, ne présentent souvent que des imaiies confuses et fatigantes, nous allons revenir sur nos pas j|M>ur reprendre le rédt de la révolution de Huénos-Ayres.

Suite de Vi rêrolution de Buênnsj4yi'es. — ^Q[}s avoui vu raraiee royaliste du Haut^Pérou battue, et contrainte à demander un armistice qui lui est accordé. Le |S décembre 1810, unclKumeinent .s opera dans l'administration des provinces insuri;ées. Chacune d'elles se crée une junle particulière et envoie des députés à celle du

fouverneinent, doiit la résidence est à luénos- Ayres. (x*lle-ci est présidée par le colonel Saavédra. Son secrétaire est D. Mariano Mon no. La inesintelligence a deia éclate eutre ces deux chefs; elle aura pour tous dca\ une luneste conséquence.

La création des juntes provinciales fut un iioiive.iîi pas vers le démembrement de l ancienne vice-royauté, et nous voyons ainsi s'avancer 'p^r ^i^adation un d^'>noûment que nous avions prévu des le commenoement de Tinsurrection.

Cependant les députés des provinces dissiuentes ét^iient arrivés en Espaj^ne et avaient présenté leurs réclamations aux cor tes dans les journées des 16 Qoveiubre et 3 décembre 1810. Les habitants de rAmériçpie espagnole demandaient à être égaux en droits à ceux de la péninsule ; à avoir une représentation nationale , des ports li- Ires, droit de culture et pleine liberté de conmiercer et d'exploiter les mines.

Jusque-là, en effet, d avait été inter dit aux colons américains de cultiver

Te lin, le chanvre, le tabac et le safran , de manufacturer la soie , le papier et le verre, et de commercer avec les colonies espagnoles en Asie. Les députés demandaient encore nue tout monopole en faveur du roi iiU sup^ primé, et que les Américains fussent, comme les Kspagnols, admissibles à tous les emplois civils, militaires et ecclésiastiques, flans toutes les parties de la monarcliie. lailin, cbose nunaruuable , ils voulaient que les jésuite;» lussent rétablis.

L'.\n^leterre fit accepter sa médiation entre la métropole et ses colonies; les pourparlers se prolongèrent audelà d*une année et n'eurent aucun résultat.

L ne autre puisf^anre offrait aussi en même temps sa médiation : c'était le Brésil, devenu métro])ole depuis (lue la cour de Portugal s*était reffirée à Rio (le Janeiro. Mais cette fois la mvdiation n'était que le prétexte mis eu avant par l'avidité poh'tioue. On a vu TEspdgne et le Portugal se disputer l'empire du nouveau inonde, depuis le commencement de la c.(;uqucte, et faire, à diverses éi>oques, des traités ambigus que les deux parties contractant^ violaient avec un éiial empressement. Tel tut le sort des corn entions de 1668, 17IÔ, 17fi3 , 1777 et li<04.

A cette dernière épot^ue le Portugal s'engageait à rendre a P Espagne Tea cinq vdiages des missions de l'Cruguav dont il s'elail empare, et de .son côté le gou^-ernement espagnol promettait de rendre à la Couronne de Portugal la ville euroi>éenne d'Olivença en Estramadure. Uien de cela n>ut lieu ; les parties contractantes, loin de restituer les possessions qu'elles avaient promis de céder, cherchèrent même à empiéter de nouveau sur les terres l'une de l'autre. C'est ainsi que le Portugal convoitait depuis lonii-lcm[is la fîandrf-orinifafef pour arroiubr .son empire du Brésil.

En effet , la possession de cette province, en mettant au pouvoir des Portugais les villes importantes de Montévidéo et de Maldonado, aurait porté les frontières brésiliennes jusqu'aux

L'UNITEmS.

rives du Rio de la Plata , qui semble dMtiné par la nature à servir de limite aux deux états. La oour de Por-

tncral, résidant, ainsi que nous l'avons dit, à Rio de Janeiro, comptait alors parmi les membres de la famille royale une princesse d'Espagne, l'infante dona Carlotta-Joaquina de Bourbon. Ce fut sur cette prinresse que le gouvernement brésilien jeta les veux pour seconder le projet d'envahissement qu'il méditait, et en cela il fut secondé par quelques chefs de l'insurrection espagnole. Dé[a, en 1808, don TVancisoo- Xavier Éuo, gouverneur provisoire de Montévidéo, l'un des ennemis les plus acharnés de Liniers, avait fait inviter secrètement la princesse Charlotte à prendre sous sa protection Fancienne vice-royauté de 6uénos-Ayres, pour conserver à la couronne d'Espagne ce fleuron qui allait 8*en détacher. Il promettait a*ai]leurs de coo|)érer de tous ses moyens à raffermissement de l'autorité légitime, et, en effet , il ne négliijea rien pour détruire la cause de l'indépendance.

Ce lîit par les efforts de cet Klio que la royauté trouva long-temps à Montevideo un dernier retranchement.

Le 2 mars 181 1, il y eut un engagement auprèsdu pueblo de San-Nicolas, sur le Parana , entre la flotte royaliste de Montévidéo et l'escadre des indé-

Sendants de Buenos- Ayres ; celie^i fut attue et se retira en laissant trois • navires au pouvoir des ennemis. Ainsi, ce n'était pas assez de la guerre avec le Paraguay, ni des contestations avec le Brésil et TEspagne, il fellalt encore que les dissensions intestines vinssent compliquer la situation des provinces insurgées. A Montévidéo, le brigadier Xavier Élio conspirait sourdement en fiiveur de la monarchie espagnole; les vaisseaux royalistes et ceux des indépendants se choquaient dans les eaux du Parana; à Buénos-Ayres, Saavé- .dra et Moréno, l'un président, Tautre secrétaire de la junte, donnaient le dangereux spectacle d'une rivalité haineuse; les émissaires de la métropole neprenaient en sous- oeuvre les tntripiea qu'avaient ourdies ceux de Josqih

Piapoléon, et proclamaient que les Buenos- Ayriens devaient, à rexemple de leurs ancêtres durant la guerre de

la succession, attendre le sort de la métropole pour obéir au souverain qui y régnerait; enfin, 1 KsjiagneeUe-niénie, cette mère-patrie des insurgés, était en proie à I anarchie la plus complète, et ceux qui auraient voulu se rallier sincèrement au pouvoir dominateur, ne savaient où se prends, la terre leur échappait de tous cotés. Ajoutons n ces considérations qu'on renianjuait alors dans les provinces buenos-ayrienncs ce qu'on voit toujours arriver dans le principe d'une révolution.

L'inexpérience des meneurs entraînait de graves erreurs , les gens sages hésitaient par défiiut de oon6anoe, les ambitieux se mettaient en avant et se culbutaient les uns les atitres, et la multitude vociférait, donnait des con> seils et distribuait le Uflme ou Téloge, selon ses passions et toujours sans discernement.

Des deux factions ^ui dominaient à cette époque dans Buenos-Ayres, celle deSaavédra remporta un instant. Par son influence une nouvelle junte suprême fut organisée dans la capit^e, et une constitution en vingt-quatre articles fut publiée par elle. Les villes principales, et jusqu'aux |>etites communes, recurent également des juntes

Srovisoires et subalternes , ainsi que es comités de sûreté. Quant à Moréno, exclu de cette nouvelle organisation, on le chargea, dans le seul but de l'éloigner, d'une mission diplomattgue auprès du gouvernement nrîtannique ; mais son parti ne se tint nas pour battu, il forma un club dont l'objet était le renversement du pouvoir dominant, baavédra ne pouvait ouvemer paisiblement en présence e cette assnci.ition ; aussi se Gt-il adresser une notition par les habitants de la campagne, a l'effet d'obtenir la dispersion des clubistes qui entravaient In marche des affaires publiques, semaient des nouvelles alarmantes , et fomentaient les troubles si nuisibles k la prospérité du pays. Le président fait aussitdt aasemoler les troupes sur

BUENOS- AYRKS, PARAGUAY, URUGUAY

la place publique, leur donne lecture de la pétition des campagnards , fait ceroer la maison où se réonissaient les partisans de Moréno, s'empare violemment de leurs personnes, les exile ou les fait jeter dans les cachots ( 6 avrfl 1811 ). L'autorité locale saisit cette occasion pour réorganiser Tarmée <;ur une nouvelle base. Tous les hoiinnes dedix-huità quarante ans, non employés dans an service public oo une profession mécanique, furent appelés dans rnrmée active. Les pouvoirs de la juute suprême furent étendus, et cl)acun de ses membres reçut, avec le titre d'exce/fenee, le droit de jouir des mêmes honneurs militaires que les anciens vice-rois.

Le triomphe de Saavédra ne fut pas de looipie dorée. Vaudiencia reale, où figuraient encore le dernier vice-roi Ciisnéros et les men)bres les plus influents du parti espagnol , reçut d Europe la nouvelle de rétablissement de la régence d'Espagne et de la convocation des cortes. Klle crut alors devoir tenter un dernier effort en faveur de la métropole, en demandant à la Jmite de fixer un jour pour prêter serment d'obéissance à la régence et procéder à l'élection des députés qu'on envemit aux eortès; mais déjà l'esprit d'ind^wndance avait fait trop de

Srogrès pour que cette demande pQt tre accueillie avec faveur. La junte fit arrêter Cisnéros et les membres de VamiÛencia, et les fit embarquer pour les conduire aux îles Canaries. Sur ces entrefaites on apprit aue l'Espagne faisait partir une expéJîtîon lorjnidable pour soumettre les provinces américaines. L'imminence du péril réunit les partis divisés , et celui de Moréno obtint à son tour l'exil de Saa- ▼édra, sans obtenir toutefois lefappd de son antagoniste; Saavédra se soumit sans murmurer à la volonté du peuple. Ce chef n'est plus appelé a ikQirer dans notre récit ; il passera plusi^rs années dans l'exil , et sera enfin rappelé par un décret où I on verra qu'U a bien mérité de la patrie.

Yen ce mime temps, les armes des iMuîiis/épioiifèrenI un échec dans

SI

le Haut-Pérou, et le général Puyrredon fut contraint d'évacuer Pùtosi.

Cet événement confirma la junte dans le désir d'entretenir la bonne harmonie avec le gouvernement brésilien , et elle écrivit, dans ce sens, à lord Strangford , ministre britannique à Rio de Janeiro. Cet agent ne pouvait manquerd'aerueillir favorablement une proposition qui avait pour but la pacHiràtion d*unecontréeoù le commerce anglais avait engagé de grands capitaux ; il s'empressa donc de donner à la junte l'assurance positive que le cabinet de Saint-James reconnaîtrait lè nouveau {gouvernement de Buénos- Ayres. Il l'invita en même temps à respecter les droits de Ferdinand V II : la junte n'avait pas lieu en ce moment de repousser ce conseil.

Cependant le brigadier Élio, que nous avons vu se dévouer à la cause de la métropole, avait lait un voyage en Europe et en était revenu avec le titre de vir(^.roi et capitaine {général des provinces du Rio de la Plata. A

Seine arrivé , il somma la junte e reoonnattre l'autorité des cortés, promettant amnistie pour le passé.

J.a junte répondit (|ue les Américains étaient déterminés a vivre libres ou à mourir ; qu'il ne pouvaient reconnaître l'autorité du vice-roi, mais qu'ils étaient pleins de dévouement pour sa majesté Ferdinand Vil. Élio , dont les projets se trouvaient ainsi contrariés, se rdira furieuxÀMontévidéo, déclarant la junte rebelle au roi et traître à la patrie. Cet événement vint encore accroître ranarchie ef attiser la guerre civile:

on conspirait <î Buénos-Ayres pendant qu'on se battait dans la Banda-orieri' taie, La junte se soutint toutefois , malgré les diocs réitérés qui l'assaillaient de tous côté^, et son pouvoir reçut un nouvel affermissement des succès que les indépendants remportèrent sur l'armée au vice-roi.

Le parti d'Élio était peu nombreux, tandis que les rangs aes insur£;és se grossissaient journellement de ceux d'entre les Chien taujc que séduisaient les mots magiques de paMe et kberti* Les Buénos*AyrieQS obéisnient à demc

L'UlVIVERS.

chefs militaires, Pénavidès et Articças ; le pretnier s'empara de Canéloups , le second remporta une victoire si^iutlée à San-José.

"Klio , serré de trop près , ronnit se renfermer dans ^îontcvidé ), et fit demander l'assistance de la cour de Rio de Janeiro. Celte^i ne cherchait qu^une occasion favorable pour faire rentrer ses troupes dans la Ikindu-orU ainlc ; aussi s'empressa-t-elle d'envover un corps d*année an secours du Tice-roî, sous prétexte de conserTer c^tte province , à son roi légitime, IVrdinnnd VII. Élio .s"a{)erçut un peu tard ^u'il avait appelé a son aide un auxiliaire qui pourrait bien, quckpie jour, s'érigrr en maître. Il votiltit .ilors tenter la \oie (les r)é''(via1ions, et deja la juïite déclarait qu'elle était prête à retirer ses troupes, si de leur côté les Portugais consentaient à évacuer la province envahie; mais eenx-ei n'avnieîit garde d adherer à un arrangement qui aurait fait de leur expéditton une simple promenade militaire. Le général Randeau s'avança aussitôt jusqu'à AJercédo, pour opérer le blocus de Montévidéo.

line insurrection militaire qui édata dans Ruénos-Ayres même, vint augmenter encore les embarras de la {unte. Le général Belgrano avait été nommé colonel des Pah'tclos , à la place de .Saavédra (6 avril 1811 ); les soldats refusèrent de le reconnaître en cette qualité. Un corps de douze à Quinze cents insurges menaçait la ville d'une destruction complète; ninis on put heureusement taire donner a temps quelques troupas restées Udèles, et la révolte fut noyée dans le sang.

Le 0 octobre de cette même année, le gouvernement fut encore modilié : D.

f'éliciano Chiciana, D. .Manuel de Sarratea et D. Juan-José de Paso furent appelés à siéger comme membres d'une nouvelle juiitc, tandis que D. Bernar- (liiio liivadavia, ministre de la guerre, D. José-Julian Pérez , ministre d*état, et D. Vicente Lopez, mjnistre des finances, formèrcjit le pouvoir c\é- €uUf. Dix jours après son installation ( 30 octobre ), ce nouveau gouverne-

ment coni'lnt nn traité avec le vireroi ; il s'eniia'e:iit à ne reconnaître d'autre souverain que Ferdinand VII et sa descendance , promettait amnistie , et ordonnait la levée du blocus.

De son C(/îé, h chef des rcy.distes accordait également une amnistie alîso lue; quant aux troupes portugaises, elles devaient évacue. 'lontévidéo.

Au commenceiTient de Tannée soîvantc, le triumvirat chargé du pouvoir exécutif abolit XautUendareafe, qu'il remplaça par une cour d'appel ; il déeré::i une assemblée générale dt-s dcjjutes envoyés par les provincesunies du Bto 'de la Plata, publia divers cIi.iniretH'^nts dans roifministration de la justice, et prit d*;nitres mesures doiît le l.nil était de nippelrr partout la cunliance et l'ordre, cunaitions indispensables de la prospérité pulilique.

L'assem!)ié(' , qu'on pourrait appeler des états genei aux, puisque toute,s les positions sociales y étaient représentées , se réunit à lUiénos-Avres le 6 avril 1SI2; mais, à peine installée, elle fut obligée desesq)arer par suite d'une nouvelle insurrection populaire, occasionéc, dit-on, par l'élection d'un cert.iiu {Im î 'ur D. Péilro Médrano. Le cabiàh, ou conseil municipal, reprit les rênes du pouvoir, et les transmit bientôt après a un nouveau triumvirat, chcnsi parmi les hounnes les plus populaires.

Ln envoyé du Drésil, D. Juan de Radeniaker', qui se montra peu après

à II sien:» - \\ r.'S. v conclut, sous la médiation de 1' '.ngfeîerre , un armistice dont les conditions étaient de nouveau soumises à Févacuation mutuelle de la Danda-onenialc par 1rs Portugais et les lîuénos- Ayriens ; mais il y avait encore mauvaise toi de part et d'autre, et les stipulations ne furent point observées. La guerre recommença donc avec un nouvel acharnement. Les royalistes firent une sortie sous les ordres du général Vi^et; mais ils furent battus là Cerrito , le 3 décen^.bre, par Rondeau, chef desifr dépendants.

L'année 131$ vit se consommer f acte

BUÉNOS-ATRES, PARAGrAT, imUGUAY.

d'émancipation : jusque-là, en effet, la justice avuit été rendue au nom du roi d'Kspagne; la monnaie portait son eftjL'ie; le sceau de l'état, ses armes, çt le drapeau, ses couleurs; mais i'as- MnbMe CMstitunnte, qui se réunit

rour In première fois le 31 j.mvier de année précitée, reforma ces vieilles traditions de ia inonarciiie dédiue , lit frapper monnaie aux armes nationales , et conGa un nouveau drapeau aux défenseurs de la patrie. Klle ordonna un recensenieut général et une ■ouTcUe organisation militaire; les Juntes provisoires furent supprimées; une amnistie eénérnie fut aneordée aux délits poiitiuues ; la capitatioo des indiens fut abolie, et la liberté donnée aux esdaves nés depuis le coni« iiieneernent de l'insurrection ( tous ceux qui uaitroiit jouiront de la même laveur). Deux connnissaires en/in furent envoyés dans les provinces pour opérer les' réformes nécessaires dans les finances et les diverses branches d'administration, rechercher les al)us, et répondre partout Fesprit de eonoorde et de p;il\. Ces agents étaient Ugartèche et Jonte.

. Les li€»stilités avaient recommencé Y9n le Haut-Pérou, et cette année fut sifînalée par trois actions mémorables. Le 20 février, le général Heleraoo gagna la bataille de Saita, où K général espagnol Pio-Trtstan et son armée tombèrent au pouvoir du voinqtjenr. Ce m»*!i:e !?eIi:rnno fut à son tour battu, le lo octobre suivant, auprès de f' UcupwjiOy et le 14 novembre, aux environs de Chuquisacn, par le général espairnol Pé/.uéla. Helf^rano fut alors rappelé et mis en jugement; on lui donna pour successeur le colonel Saint-Martin, qui leva de nouvelles ■Ûliccs dans le Tucuman, et força les Espagnols a évpcuer Salta et la plus grande partie du Haut-Pérou.

ArtigM ( IAI4 à 1820 ). Joseph Arti^'as, (jiie nous avons rleja vu [)araître sur la scène dans la guerre de ta Handa-orientaie , est ap|ielé maintenant à y jouer un WMe ifluportant.

^é h Monlévidéo, en 1760, d'une famille distinguée, il avait manifesté

de bonne heure les plus mauvais penchants. La vie nomade des gardiens de

troti[)eaux, leur indépendance sauvage, tout en eux , jusriu'à leur férocité même, avait séduit cet esprit fougueux. Il voulut, pendant plusieurs années, partager leur existence ; puis il s'unit a une bande de contrebandiers et d'assassins , dont bientôt il devint le membre le plus actif, le plus entreprenant et le plus cruel.

L''ascenfj;int que prit cet homme sur ses compagnons de brigîmdage lui valut enfin la place de chef. Dès lors ses excès ne connurent plus de bornes et lui acquiref)*^ une célébrité a la fois éclatante et exécrable, il ravagea sans pitié la Bandft-orîmtaie, VEntre-Hios et Ï^Paragii"!! , (!< truisant les moissons, enlev;:nt les femmes et les bestiaux, ei,'orucant les hommes, j)illant les temples , et uortant le deuil dans plus de ytogt mine familles. Les choses en vinrent au point que le gouver»

nement crut devdir créer tà linénos- Ayres un corps provincial, dont Tunique mission était de s*opposer à la biuide d'Artiizas; mais ce moyen fut insîiflisant , et il fallut songer à traiter avec ce brigand de puissance à puissance. Son propre père intervint oomme médiateur. Il fut C{)nvenu que Joseph Artigas et ses compagnons seraient amnistiés; qu'ils recevraient une indemnité annuelle, ou qu'ils seraient incorp I r dans rannée, et que leurchef amail le ;:ratle de lieutenant. Cette convention lut exécutée lidelementde part et d'autre. Le lieutenant Artigas ne tarda pas à mériter les épaidettes de capitaine; mais à l'épo-

aue de l'insurrection il déserta ses rapeaux , et vint se ranger sous ceux de rindépendanoe. Il battit les royalistes en plusieurs rencoiitres, et notamment à la joiu-nj^e de Las Pkdras (mai 1811). C'ttait surtout à ia téte de ses gnerUloM quMl aimait à combattre, ('e L'enre de guerre, conforme à ses premières idées, réveilla ses habitudes de brij^dage et de despotisme.

Le général Rondeau, qui commandait Tarmée de siège de Montévidéo,

ayant convoqué un congrès à l'effet de procéder à la nomination d'un gouvernement provincial , Artigas enjoignit aux électeurs de venir, dans son propre camp , recevoir ses ordres.

Ceux-ci ayant refusé d'obéir, on vit s'élever une violente collision, à la suite de laquelle Artigas abandonna Tarmée, appelant auprès de lui les anciens complices de ses crimes, les contrebandiers, les voleurs, les vagabonds et tous ceux , enfin , qui avaient un intérêt quelconque à se soustraire à r.iction (les lois. l\irmi les scélérats dont il était entouré, un moine, nommé Monterosa , se fiiisait remarquer par sa férocité. Ce monstre ne se servait de rinfluence de son caractère religieux que pour étouffer dans rame d* Artigas tout sentiment d'humanité et le pousser sans cesse à de nouvenux forfaits. Les armes et les munitions de guerre ne manquaient

Sas à ce chef audacieux , car Fesprit e spéculation , étranger à tout sentiment d*liumanite comme à toute opinion politique , faisait affluer auprès de lui les négociants étrangers établis à Montévidéo , à Buénos-Ayres ou à Maldonado, et chacun lui portait les objets dont il avait besoin pour consommer la ruine de la patrie, et recevait, en écliange, les dépouilles de la veuve et de l'orphrlin.

ArtiLîns nyant ainsi relevé l'étendard de la rébellion, fut mis hors la loi ^r don Gervano FOsadas , qui , à cette époque, avait concentré sur lui seul tout le potivoir exécutif. Lne récompense de uuoo dollars fut promise à celui qui apporterait la tête du rebelle.

Cependant les indépendants , loin de se laisser décourager par ( eUc défection, reprirent les opérations du siège avec une telle vigueur que la place Alt enfin obligée de capituler. Vigodet , commandant de Alontévidéo, se rendit le 20 juin 1814. Il obtint la permission de repasser en Espagne, laissant an pouvoir des vainqueurs â700 hommes, 1 1 ,000 fusils , 600 pièces de canon et 100 navires marc'nands qui se trouvaient alors dans le port. La reddition de la place était due en partie au con-

cours de la marine militaire. Un négociant anglais établi à Buénos- Ayres, M. Brown, avait obtenu le commandement d^une escadrille de six

bâtiments légers, unique ressource de la marine des insurgés, et, dès le 15 mai , ayant enlevé à Tescadre espagnole deux corvettes et un brick, il put venir prendre pirt nu blocus de Montévidéo. Les opérations de l'armée de terre avaient ete dirigées par le colonel Alvéar. ^ Artigas, à la tête d'une armée formidable dont nous connnissons les éléments, avait subjugue la province entière, ainsi que celles à'EnÊre^Rkm et de Santn-Fc. Il s'avnncnît en ce ni(Hii(M)t vers IMonté vidéo, théâtre malheureux de ces sanglantes ouereiies»

demandant que la ville lui rat livré» ' à discrétion. Le cabildo de Buénos- Ayres qui , dans cette fluctuation du pouvoir, était alors à la téte des affaires , repoussa cette insolente demande, et renouvela même le décret de pto* scription rpie Posadas avaif lancé contre le rebelle Artigas. Ceci se passait en 1815, année fatale pour la confédération d'u Rio de la Plata : jamais l'anarchie et la guerre civile n'avaient commis des excès plus déplorables.

Dans le Pérou, l'armée refusait de recevoir le cotonel Alvéar qu'on voulait lui donner pour chef, tandis que les villes de (>oraova et de Santa- Fé protestaient contre la nomination de Rondeau au poste de directeur. Le générai Viamont, envoyé de Buénos-Ayres pour soumettre ces mutins, fut battu luimême , et obligé de faire des concessions aux villes révoltées, pour les amener à adhérer au système d'indépendance. Enfin , les troupes d' Artigas défirent complètement celles du gouvernement buénos-ayrien, et eecbeC entra dans IMontévideo, se constituant chef des Orientaujr , protecteur d'ilnire-Hios et de Santa-Fé. Cet événement compromettait Texistence de Boénos- A vres , incapable alors de sou-: tenir l'édi'lice qui croulait de toutes parts. Les dépositaires du pouvoir donnèrent leur démission; Alvéar, abandomié par son armée, a^enioit

BUÉNOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY

pr^ipitamment, et le cahifdo fit hrfller par ta main du bourreau le décret

Îui mettait à prix la téte d'Artigas.

Tue députation vint officiellement lui donner avis de cette mesure ; c'était , à vrai dire, une manière indirecte de demander pardon pour le passé, et

I protection pour l'avenir. La récondiation que les députés venaient proposer était d'autant plus nécessaire , que le général espaenol Pézuéla faisait en ce moment oe grands progrès dans le Haut- Pérou ; il avait notamment remporté une victoire signalée à Wiluma, le 25 novembre, et reoris possession de ChuqQîsaca, Potosi et Tunia.

Lannée 18in fait époque dans les annales des provinces-unies du Rio de la Plata, par la dédaratton de lear indépendance. Un congrès général , assemblé à Tucuman, élut directeur D. Juan-Martin Puyrrédon. Le 9juillet parut l'acte qui constituait les provinces de l'Union en nations libres, et indépendantes de l'autorité de la métropole et du roi d'Espagne. Le 25 octobre suivant, la même assemblée publia son manifeste : on y vit le détail de tous 1rs priefs de la nation américaine. «Toutes les places importantes, sous le gouvernement de la métropole, étaient envahies par des "Espagnols : sur 170 vice-rois, il n'y en avait eu que 4 choisis parmi les indigènes, et ainsi des autres emplois.

L'Espagne avait poussé à bout la longanimité des colons , et adopté l'horrible système de les mettre à mort indistinctement, dans 1 unique but de dimtnaer lapmiulatlon. Les Espagnols se donnaienf ralfreux plaisir de mutiler leurs prisonniers ; ils avaient incendié la ville de f cUle- Grande et 40 villages populeux , empoisonné les fontaines publiques , et commis d'autres atrocités dont le récit Êiit frémir d'horreur, etc. »

hostilités, cependant, continnaient sur mer et sur terre. L'amiral Brown, après quelques actions d'éclat, fut arrête par un vaisseau de guerre anglais; car, à dater de cette époque,

gouvenicmcnt buénos-ayrien oom-

mit la faute de s'attirer dr jnstos réclamations de la part de la France et de l'Angleterre , en appelant sous ses di^peaax une foule de marins étrangers qui , sous prétexte de combattre les navires métropolitains, couraient indistinctement sur les bâtiments de commerce de toutes les nations.

Les Portugais-Brésiliens , profitant des troubles qui désolaient le Rio de la Plata, et en particulier la Jiand<iorfenteUe^ rassemblèrent une année de 10,000 hommes sous les ordres du général Lécor, et envahirent encore une fois cette province , éternel objet de leur convoitise. L'imminence du péril poussa les Montévidéens à demander alors que le pays se soumît de nouveau au çouverneiiient de Buénos-A3rres; mais Artigas s'y opposa de toutes ses forces, et traita en rebelles les partisans de TI nion. Tl n'est pas surprenant que dans cet état de choses les Portugais se soient emparés, presque sans coup férir, des places principales, et même de Montévidéo.

Les chefs de l'insurrection n'avaient cessé, depuis 18IS, de faire leurs efforts ponr propager dans foute l'Amérique du Sud le système d'indépendance nationale. Ils' avaient envoyé des émissaires dans le Chili, dans "^la Colombie et le Pérou. En 1817, le [général San-iVîartin, à la téte de 4000 Buénos-Ayriens , gagna la bataille de Ckacabuco , qui assura la délivrance du Chili.

Le tableau que présentent , à cette éjpoque, les provinces insurgées est run des plus tristes qui puissent être offerts, comme exemples, à la sagesse des gouvernements et au bon sens des peuples. Les hommes du pouvoir dierchaieiit à se détruire les uns les autres, au détriment de la tranquillité

fmblique ; les soldats avaient rompu es liens de la subordination , et c'était par caprices qu*ils acceptaient ou refusaient leurs officiers; le ftrooe Artlgas combattait pour son propre compte, les Portugais pour l'agrandissement du Brésil, les Montévidéens pour avoir la vie sauve , et les Boénos-

L*UNZVER$.

Ayriens pour le maînfttn de rUBkm; etfdansœruDflit detoutes les passions, diacun prenait parti selon ton eœur

ou selon son intert^t.

Cependant le gouvernement des États-Unis de rAinériffue septentn'o*

naU'nvnnt, en 18f8, eiivoy»'* dos comnijss;iîrps (laiis les prov insurgées, cet éveneiuent rendit queiquc courage aux bons citoyens, qui aspiraient à rendre la paix à leur nialheureuse patrie, et, le 20 avril I.SIO, le ron^W's publia une con:)titution dunl la durce fut éphémère. Il y était dît (|ue le suprême pouvoir e\éculir serait conUé à un directeur dont les fonclioii-; dureraient ù années, tandis que le pouvoir lé^'islatif serait exercé par un con^srès national composé de deux chambres , celle de^ représeatants et celle des sénateurs.

Les troubles et les hostilités continuèrent, sans interruption, pendant les années iSli et 1820. L'anarclu'e redoubla surtout ((.i.ind on apprit que les grandes puissames européennes avaient conçu le projet d^ériii^r les provinces de la Plata en souveraineté en faveur du prince de Lucques. Le cabUdo de Buenos-Ayres, soupçonné de favoriser ce projet iinpopufaire , devint Tobjet d'une violente persécution. Les provinces septentririîiilts commencèrent la guerre dite des Jtdéralistesy lutte nialhetimise pour les troupes de Buénos-Ayres, qui perdirent surc^ssiveincnt "toutes les villes du llaul-PeriHi , .Santa-Fé, ï Entre' Jiios et la Hatuia-orieiUale. Les fédéralistes étaient aux portes de la capitale, lorsque le cnbUdo sisna , le 23 février 1820, le traite d'KI-l^ilar, portant , entre autres clauses, que les membres du dernier gouvernement seraient mis en jugement pour le fait d'adhésion a la royauté du prince de Lucques, et autres délits envers le peuple.

Il existait, en effet, un parti en

faveur d une monarcliie constitutionnelle; Puyrredon en était le clief. Artigas et sa bande soutenaient les ré«

Sbiicains. Il y eut, entre lespartisani ces demi opinions, une rencontre

sérieuse â Cépéda; elle se termina par \[\ déroute des monarchistes et rentrée d' Vrti^asdans Buénos-Ayres.

Mais ce chef de brigands n'eut pas long-temps à Jouir de son trioinpbuj Ramirez, le plus brave de ses généraux , son élève et son ami , se révolta à son tour, le battit en plusieurs rencontres, et le contraignit à se réfugier dans le Paraguay. Le dictâtes Francia, à qui A rt igâs Gt demander secours et protection, envoya un escadron dc cavalerie pour le recevoir; et, iugeaat îndfiine de lui de traiter avec un oandit, il refusa de le voir, le fit conduire au village de Curuiiuaty, lui assiîxnant une pension de trente-deux piastres par mois. Ârtigas alors était vieux , et, par conséquent, peu disposé à recommencer sa carrière aventureuse- II se résijina à son sort, reforma entièrement ses mœurs , se livra paisiblement à la culture de la terre , devînt le pi re des nauvres et l'ami des villaizeois, et mourut, en I82G, [)leur.!

siuccrement ^ar tous ceux qui , depuis sa chute, avaient eu des relations avee lui. Quant à Ramirez, il fut tué le 10 juillet 1821 , dans un combat livré soiiâ les murs de Buénos-Ayres. L.t'Ài du même mois , le général Rodriguez fut nommé gouverneur à Buénos- Ayres, et D. Bernardine Rivadavia, ministre des uHoires étrangères et de rintérieur.

Citoven vertueux, habile diplomate, adnuiu'strateur éclairé, Rivadavia.iovait loni<-teinps représente les provinces insurgées auprès des cours de Londres et de Paris. Ce sera sur lui principalement que pèsera, pendant quatre nnht'cs, le fardeau des affaires publiques. Aommé en 1822 gouverneur par intérim , Il apportera dans l'administrai ion les plus sage^ améliorations : son pays lui devra plusieurs décrets sur 1 inviolabilité des propriétés, la liberté de la presse et la publicité des . actes du gouvernement; il promulguera des lois d'oubli et de toit raiire, fondera une université et trois collèges pour renseignement des sciences, et favorisera l'exploitation des mines et le service des bateaux à vapeur.

BUENOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY

Enfin on lui devra des ordonnances sur l'aiDortissedieut de la dette pu- Idigue «t la diminution des impôts Ç).

Hais, à partir de cette époque, les événements oui se sont passés dans les provinces ue laPlata dolus &e4itbieQt appartenir de. trop près à Thistoire oontemporaioe pour mériter de figurer ici avec tous leurs détails. Outre qu'ils sont présents à la meuiuiie de uiacun, la postérité n'a point encore commencé pour les hommes ^ui dominent cette période. L'anarchie et la guerre civile, comprimées quelque temps, reviendront bieulùt désoler cette malheureuse oontrée. Le Brésil «o profitera pour achever son acte d'usurpation dans la Jianda-orie/ituie , qui lui sera annexée, en 1622, sous le nom de Proomce dtpUUine. L*année suivante, l'Angleterre et les Llats- Unis reconnailroiit l'indcj'i» nd.iiice nationale des colonies es^iagnoles; les cortès ell»* mêmes nommeront des conmiissaires pour traiter de cet objet; uKiis le roi Ferdinand , rendu au pouvoir absolu, auuuikra tous leurs actes.

£n lftS4« le gouvernement républicain ôc»ra procînnié dans le Haut-Perou.

On verra se former dans la nouvelle !lfrovirice eisplatine un parti indépendant qui rejettera à la fois la suprématie de Buénos-Ayres et celle du JBresiL.A sa tèle figureront le colonel I^alié^a et don t ructuoso Kivera ; le premier se fera reconnaître diet' do gouvernement. Les l'.rësiiiens accuseront les provinces de la l'Lita de connivence avec les msurges, et de cette collision résultera, plus tard, une déclaration de guerre. Le 11 mai siii vant, Hiv,i(la\ia se retirera, et de l-asileras remplacera le gouverneur iiodrKuez.

£es représentants des provinces-

(•) Lrs revenus porçus dniis l.i province de Kuéiios-Ayres pendant ic^ âni)i-t.-!> i8aa «I cSa3 M foni Mevé» à 4,53 1,694 piastres fortes. Le* dépens*-* ont l'xrrilé ri'ttt soiiinic de 19,480 piastres lorirs. La renie de la dette consolidée se mouuil i 53o,ooo piastres.

unies de la Plata, rassemblés en congres général, adopteroiit, dans le courant de Tannée 1836, le système de PL liion sous le titre de BéjpuAUque argentine.

Le 7 lévrier de cette même année, Rîvadavia rentre au pouvoir avec le titre (le pr^ident. La guerre contre les liresiliens se poursuit avec \ loueur, pendant toute l'année 1827 , dans la province désolée de Montévidéo. Les succès sont variés : les Buenos- Ayriens ont l'avantage sur terre, et succombent dans les combats de mer.

Ri\adavia, que les factions ont abreuvé de dégoûts, quitte de nouveau les affaires le 28 juin 1827. Il sera bientôt remplacé par le président Lopcz.

Enfin, cette guerre du Brésil, (^ue

l'on croyait interminable, est arn'tée par le traifé du 27 août 1K2.S, qui proclame l'indépendance de la BnudacrientaUy sous le nom de H^judAique cispiatine.'Mùlscei heureux événement n'apportera pas la trancpiillité dans les provinces-unies; de nouvelles factions 8*élèvenmt sur les débris des premières.

Les unifaires , sous l'influence dw

t général don Juan de Lavalie, veulcitt e maintien de la république avec la suprématie de Buénos- A \ rcs : les clt'i ali'<f('s ^ diriî^és prir le (oîonel l)orrégo, demandent l indepcndance de chaque province avec un système fédérai. Lavalie triomphe de ses adversaires, et Dorréf;o, que le ^ort des armes fait tomber en son pouvoir, est fusillé sans forme de procès.

Ln provinces indignées courent aux armes , et déclarent que Lavalie est mis hors la loi.

Les années 1829 et 1830 verront se poursuivre avec acharnement la lutte Qea féïk'ra/i.sff's et des unifairr.s'. Les premiers obéissent a Lopez et à Quiroga; les seconds, à Lavalie. Le parti delà confédération se renforcera o'une troupe nombreuse de monfeneros , que puidera d()n Juan-.Manuel Hosas. Lavalie, obligé de céder à forage , déposera le pouvoir entre les mains du g^éral Viamont. £n vain il tentera

de nouveaux efforts par un débarquement effectué, en 1831, sur la côte ^Enire-Rkn; Il sera battu complètement, et ses troupes se disperseront.

victoire de^ Jêdéralhtes amènera la dissolution de la république, mais elle n'éteindra pas la guerre cîTile. La discorde, ramoition et la vengeance se livreront encore de sanglants combats sur cette terre bouleversée. La misère et le deuil entreront dans toutes les familles; les bons citoyens se retireront des atïairrs, et attendront du temps seul un remède à tant de maux.

An milieu de ce conflit de tous les éléments politiques, il deviendra même impossible de trouver un chef assez dévoué pour se mettre à la téte du gouvernement. gestion des aflfoîres sera confiée provisoirement à une commission de trois membres du corps législatif, nommée à la pluralité des suffrages. Le général Pachew sera enfin élu président au mois d'octobre I834, mais cet officier cénérnl n'acceptera pas un si pesant lard eau.

S*tl est déplorable de voir les belles provinces du Rio de la Plata ainsi désolées, il Test davantr.îie encore de songer que de semblables désastres se font sentir, sans exception, dans tontes les parties de c« vaste continent où nous avons importé nos fatales dissentions. Le Brésil, la Colombie, les Guyanes, le Chili et le Pérou of- Irent le méine spectacle d*oppreB8ion

et de résistance, de tyrannie et de rébellion , de cruauté et'de vengeance.

IVulie part, cependant, la nature ne s'est montrer plus grande et plus sévère que dans cette Amérique du Sud, où , à cùté de tant de richesses, elle a prodigué les jeux les plus terribles de sa capriciciise fccondité, les fleuves immenses, les cataractes, les précipices, les déserts incommensurables, les gigantesques végétaux , les poisons , les animaux malfaisants et les hordes d'anthropophages. Sur aucun point do globe, Vitonmie civilisé n'aurait eu un plus grand besoin de firire osagt de cet esprit d'association que le diristianisme a développé partout ailleurs avec tant de bonheur. Là , sur des rivages inhospitaliers, en présence de tant de périls, les querelles de la vieille Euronc ne devaient pas trouver d'écho; il tallait oublier les antipathies de nation à nation, les jalousies de voisinage, et les misérables intrigues de cette politique du moyen rîiie

aui a coûté si cher à l'humanité. Mais n'eu a pas été ainsi , et les convulsions dont nous venons de tracer one rapide esquîs<r ont produit un retentissement si prolongé que rien ne fait encore présager le moment où rhistorien pourra dire one les bienfaits (le la paix ont succédé aux calamités de la guerre, et que les defosîabies exploits des guerriers ont tait

8 lace enfin aux paisibles conquêtes e la civilisation.

FIN

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