‹ L'UniversChapitre 11 sur 60 · L'UN · texte numérisé non relu

L'UN

ParagiMuy^ h lô lieues de TAssonp*

tion. On HP sait trop pourquoi lo i;ouwrneur \elasco quitta ûrecipilauiment le cliainp de bataille, lui qui avait donné autrefois des preuves de couraize ; on suppose qu'il réda au <|psir (In prévenir i'etfiision du sang, persuade que les ind(;pendants ne pourraient loni^-temps tenir la campn!înr. Quoi qu'il en soit, cet événement eut les plus graves ccdm (punccs : il ne préMiit pas le rcsuliut déplorable de la bataille, et il discrédita le f^vrrnnir dans l'esprit de ses administres. Ij's l';ir.'i'juays roinportèrent une victoire si|^iiau'e , a la suite de laquelle Belgrano obtint une capitulation , et sortit de la prov ince.

En se retirant, ce chef avait eu Tadressc de semer parmi les Paraguays <|tielques idées dindépendance et de liberté , (fui ne tardèrent pas à germer. I.a victoire de Paraiiuarv avait enllé l'orgueil des ignorants créoles, qui se crurent tous des héros dignes de commander. Le souvenir de quelques vexations attribuées au gouvernpinent csjiagnol, et, surtout, Texcmple cont^igieux des provinces voisines, tout cela produisit un changement aussi rapide que complet dans leur esprit.

Comme ils avaient et»' les derniers à opérer leur revulution, ils lurent les pcamiersà pousser la rébellion jusqu'à répudier l'autorité de la dynastie espagnole ; c*ir, jusque là , In junte de HuéiK)s-Avres était censée {:ouverner au nom de Perdiaand Vil.

Ce fut dans le coinmenoement de l'année isii que le gouverneur Belgrano fut déposé. Le^ conjurés, à la téte desquels figuraient les officiers créoles, convoquèrent une junte d'état, composée d'un président, de deux assesseurs et d'un secrétaire ayant voix déliberative. Ce dernier eihplui fut conlié au docteur Franda, n^embre du cahiUlo de TAssompticui.

LecUicleur l'rancia. 1> iminmedont nous allons parler résumera, à lui aeul, tout ee qui nous reste à dve de l'histoire du Paraguay. Quelquesuns verront, dans ce récit,' un argument de phis à opposer aux systèmes d'in-

dépendattoe politique , et , ttait «m

conclusion générale d'im fait purement spécial, accueilleront, avec l'orgueil de la victoire, une nouvelle répûbli* que enfantant un nouveau dictateur.

D'autres feront la part ' des circonstances, des lieux et de l'époque, et ne croiront pas la cause de la liberté perdue à jamais dans ce coin de la terre, pour y avoir été si gravement cornpromise. Celui qui aurait été uu honiine distingué dans iuute nalion pulii-ée, devait être, au Paraguay, un f^énio:

supérieur. Le docteur Francia se trouva natureliement porte au firemier ranj^, parce que ites concurreuts ne méritaient pas de devenir sea rmnix.

Les act(^ de sa vie privée nous sens»

Ment ridieules , ceux de sa vie publique nous paraissent abominables; mais, dans riin et Taulre cas, nous éta* blîssons nos jugements sur une nauvaise base; nous comparons entre elles deux sociétés qui n'ont rien de connnun , et nous ne voulons regarder Tune flu'a traven le parîsine te pa»> sioiis (fe l'iiuîre.

On se troiuiterait toutefois si on apercevait daiis ce laiigage le désir de iairs rapologie d'un despote om^ brageux et cruel. Mais en lin , le rôle d'historien impose des devoirs impérieux qui fout taire les aftectton:» du coeur; et quand noua venons le Pan* guay secouant sa vieille apathie , tranquille et paeifié dans son intérieur > inquiet sans doute pour le présent , mais coafiaHl dans ravenir, au milieu d'états boulevenéa par la guene et l'anarchie , nous sommes tenté d'oublier tout ce qu'il y a d'odieux dans les abus d'autonté , les persécutions sans nombre, les proscriptions et tons les affreux moyens dont le dictateur a cru devoir se servir, non pas dans son intérêt personnel , mais pour arriver à un pus noble bot^ lenonbenr futur (le son jwys.

D. Joseph-GasfKird-nodrieuedeFraft* cia est oé à l'Assomption du Paraguay^ en l^année §767. Son père étaM Fran»

cais , circonstance que ce dictateur aime beaucoup à rappeler; sa mère était ccéole. Homme bisarce et capci*.

BUÉiSOS-AYRES, PAEA&UAY, URUGUAY. 4i

ciliu.ien père avait quitté la France sunce du docteur Francia préaUë

pour passer dans le Porliii:;il, où il de dix années rrxpiilsion des jé-

S^uraa^^uelques années a\aut que de suites. Il avait entendu }>arler avec

ff*etabUr au Paraguay. Ce fut là qu'il amertume de leur desp<.ili.Miie , de leur

Mmaria -* ~ - " ' ' ' — *

lui, tous

ia et ^u'il eut plusieurs enuints ambition, de leurs menées occultrâet us, héritèrent , plus ou moins , niachiavéliques. Élève des moines

des idcheuses dispositions intellec- franciscains, il n'avait pas eu a se tueUes de leur pere. Rodri^cne lui- louer de ses rapports avec eux. Desméme était 8i4et à des aaès d'iivpo- ^- * - « * . condrie; un d^' ses frères tut frappé d'une complète aliénation mentale ; une de ses sœurs éprouva la mèuie disgrâce , mais en tut heureusement

gurric (*).

Rodrigue, devenu l'espoir de ses parents , était destiné ù 1 état ecclé

tiné enfin à une carrière pour laquelle il ne se sentait aucune voc^ition, il avait cmini, de bonne heure, un me^)ris intolérant pour les pratiques eiterieures du culte, enveloppant les dogmes religieux eux-mêmes nanscett* pré\eiition. Après son elév;ilion, il

. , „ . vv«w s.^,^.- crut devoir sacrifier a la politique sa

siastique. Il étudia successivement à conviction intime en assistant regultèl'Assomption et à Cordova de Tucu- renient tous les jours a la messe ; uian, et rernt , dans cette dernière mais enfin , ayant jujzé son autorité ville , le grade de docleur eu théoluyie. sufiisaimiient consolidée, il jeta le mas- U , parait que ce fut à cette époque que, cessa de paraître a féi^lise, et qu*n perdit son père, et que, libre congédiabientôt son aumônier. Depuis alors de suivre sa volonté, il renonça lors on le vit, dans toutes les occaa la carrière religieuse, et se mit à sions, prodiguer les sarcasmes , Pinctudier la jurisprudence avec Tinten- «ulte même aux objets du culte, aux. m d'entrer dans lebarreau. La nai»> saints , aux madones , aux processioQs

et aux cérémonies de l'éi^lise, se vann Afin d'éviter Irs répétitions et la mnl- ^SiL^. d'adorcr Dieu, mais d'être ttlude des «oies, noui ferons coonaitre, une Ans poor i«Min, tet tcwrees «lutqMelIrt ooiu avons puisé les dfllailft ^li eoooeme&t le qocteur francia.

» Ctonica poi'uica y Uteraria de Buenos-

mensa^ero arç;rntina , etc.

% Rt ngger el LoiigchatU|). £ssai histori<jue 9» ta révolution d« Paraguay M. Reugger de Genève, (lecteur en médecine, a

. ?*°V" P'TticidicrrnuMif le dictiifcur, dont

■ l'hole, ou pliiiôi 11' i)ri6onnicr, pen-

dant six années. lia donne surcel homme **J^I>ni des détails d'un h.nur infrrrf.

19 ^''^^'^ Amtrica.

♦ Wa»den. Claronotogte historique de l'A' mirique.

y^^' * de H. Grandiira à M. le bwoa

Damas.

L ïî^ ^ le«q»i»d'ft««rîfe.

7* ii^inand Denis. Mésumi d§ fAùtaiM

^«B Paraguay.

, i^^"** ««glaise» et françaises, journaux, ^iiuivs «t Miti«fd«M«menUdwi nom

différent sur les formes des crovances clu'étienne, musulmane ou 'juive.

« Si le saint prie \enait an Paraguay, » dit-il un jour an \o\;m('ur Rengger, j'ui ferais mon aumùnier.»

—«Les prétreset la religion,» disait-il en une autre circonstance, « servent à croire au diable bien plus qu'à Dieu. »

A son retour de Cordova, il exerça

avec succès la profession d'avocat , et on put remarquer, dès lors, en lui deux personnages distincts, i homme privé et rborome public : le premier, fibertin vt joueur, le second, couraf^eux et probe. Aucune cause injuste ne souilla iamaisson ministère; on ne le vit point nésiter à défendre le faible contre le fort, le pauvre contre le ridie. A quelaue temps de là, il fut nommé isœuibre du cabildo de l'Assomption, et enfin alcade. L'iotéfirité, et on pourrait dire Tin flexibilité» qu'il apporta

dwon» la ronnaïManre l\ I nidigeanie daus l'exercice de ses nouvelles îonc-^ ^J**»*© iVJM.Jtu-elle, Uciguji, tions, lui concilia rcstinie publique,

«foiuiid Vmàà^ Ailktf eic^ Son godt pout le iibertma^ et le jeu^

Pempécha toujours de se marier,

sans l'entraîner à une dissipation ruineuse. Sa fortune était luotiique, mais lui semblait suffisante, et u ne

chercha j>oint à l'augmenter. Nous allons anticiper sur la Fnnrrhe de l'histoire pour achever de faire connaître le dictateur par les traits les plus saillants qui caractérisent sa personne et son nîltnitiistr.'ttifni. I.'intclliL'cnrp des événements ultérieurs en deviendra plus facile et plus complète.

Rodrijçue rrancia est un homme de tnilie moyenne. Ses traits sont réguliers; ses yeux, noirs et beaux, expriment la pénétration et la méûance.

Quoique dgé, au moment où nous écrivons ( I«34), de 77 ans, on le dirait plus jenne de 20 ans au moins; il monte encore à cheval, commande Pexercioe, travaille et étudie comme par le passé, et paraît jouir d'une santé parfaite, à l'exception des accès d'hypocondrie auxquels il est sujet chaquefbis que le vent humide etdiaud du nord-est se fait sentir. Cette action de la température sur les organes du dictateur mllue douloureusement sur son caractère, et les Paraguays ont pu se convaincre que le temps dès accès était celui des proscriptions et des inepties les plus cruelles.

A peine parvenu au surtrôme pouvoir, iJ prit possession de Tancieri Iiotel des gouverneurs eNpn::nols, qu'il ht embellir et isoler, en ordonnant la destruction des maisons environnantes.

Là, retiré avec quatre domestiques, dont deux hommes et deux fenmies, il commença une nouvelle existence , par la réfornie de ses mauvais penciiants.

La passion du jeu et celte des femmes turent subitement comprimées par une volonté puissante. Il régla l'emploi de ses journées, assignant à cliaque heure une destination dont il s*est rarement départi. Ses manières sont empreintes oun cachet d'originalité, que l'on i>eut expliquer par T impossibilité où il s'est trouvé d'adopter les usages de la bonne société dans un pays aussi peu civilisé que le sien. îl afiecte d'abord un air hautain et dur, cherdiBot à intimider son interlocuteur;

mais quand ecioi-d tel tient tite me

fermeté, quoique sans impertinence, il se radoucit, cause même familièrement, et montre une instruction aussi variée que solide. Avant la révolution, les seuls livres (|ue le despotisme religieux laissât pénétrer dans le Paraguay, étaient des ouvrages de piété, la plupart d'une simplicité désespérante. Le dictateur a, probablement, la seule véritable bibliothèque qui existe dans toute la contrée soumise à sa domination : elle se compose d'une riche coliertion d'auteurs espagnols, d'un dictionnaire français des arts et métiers, dont il fait le plus grand cas et qtiMI consulte souvent

{)our ceux de ses décrets concernant 'industrie agricole et manufacturière; on y voit encore des ouvrages de nié* decine écrits en français , Tes œnvres de Voltaire, de Rousseau, de Montesquieu , de Rollin, de RaynnI, de Lapiace , etc. 11 parle assez correctement le firam^ts, et lit un peu l'an-

f;lais. L'histoire, les mathématiques et a géographie forment robjet de ses études» favorites. Les Paraguays le voyant étudier sur des cartes et des globes avec des instruments de mathématiqucî puis consulter, dans le ciel, les planètes et les constellations, se figurèrent (^u il y avait de la magie dans ces pratiques, et il ne nous est ças démontré que le dictateur ait rien lait pour détruire cette croyance dans l'esprit de ses compatriotes. Le sentiment de sa supériorité, autant qot celui de sa dignité, lui a inspiré ua orgueil puéril , bien difficile à concilier avec la simplicité patriarcale de son intérieur. Malheur à Timprudent qui, suit par écrit, soit verbalement , omettrait de le qualifier iVexcc/lfnfîssitne seigneur et de dictateur perpétuel i.

Malheur à oeluî qui n*observerait nos rigoureusement, en sa présence, Tetîquette d'usage, c'est-à-dire qui s'avancerait trop près ou ne tiendrait pas ses mains en évidence pour montrer qu'il ne cherche pas à se servir dSme arme cachée! il encourrait, \>o\\r là plus léiiere infraction , la disgrâce du dictateur , et la chose est assez sérieuse

BUÉNOS-ÂTRES, Pi!

Kmr mériter la plus grande attention, epuis la découverte d'un complot ,

dont nous donnerons nilleurs les détails, il ne voit partout que trahison, poignard et assassinat, (^uand il sort , il se fait accompagner par des hussards et des accents uc police toujours pr^ts à frapper les curieux les plus molfensi(s qui oseraient l'attendre au passade. Un jour « une ])nysannp, qui voulait lui remettre unr pétition, ayant cru trouver un excellent moven de lui parler , s'approcha de la croisée auprès de laquelle il travaillait. Francia, çul connaît Thistoire de la révolution française, vit d'abord dans cette femme une seconde Charlotte Corday^ mais la colère ayant succédé bientôt à la terreur, il ordonna qu'on jpt àt cette malheureuse dans un cachot. P«on content de cela , il réprimanda sévèrement la sentinelle qui avait manqué à son devoir en laissant approcher cette femme, et lui enjoignit de faire feu dorénavant sur quiconque oserait seulement regarder sa maison. Cette consigne, donnée dans un moment d'irritation . fut prise au sérieux par les oflicicrs de la garde. Peu de iours après cet événement, un indien Gvayana passe fortuitement devant l'hotc! du dictateur, et trouvant, sans doute , l'aspect de cette maison digne de quelque attention , il s'arrête un instant j)our rexaminerphisà son aise. Aussitôt une balle sifTle à ses oreilles, et une détonation, dont la cause n'est pas douteuse , vient Taverthr d*avoir à regagner bien vite ses forets. Cependant , on aooourt au bruit, le dictateur lui-même vient en personne s'informer de l'accident surtenu , et oaratt surpris d*en apprendre le motif. Ce Jour- là il révoqua la consif^ie.

Nous ne dirons pas que les amis du docteur Francia ne peuvent se départûr de l'étiquette imposée aux étrangers; car cet homme bizarre n'eut janwis d'amis ; mais nntis pourrons appliquer cette observation a ses parents «t a ses protégés. Plus sévère encore à leur égard qti'.n celui des personnes qui sembleraient avoir moins de droit

lAGtJAT, URUGUAY. 4S

à sa bienveillance, il a, maintes fois, agi envers eux avec une dureté inouïe.

De légères fautes ont valu à ses neveux plusieurs années de prison, et sa

i)ropre sœur, dame respectable pour aquelle, jusque-là, il avait montré de

l'attachement, a été inexorablement rcnvoy<"e de chez lui pour une action si futile qu'elle échappe même au souvenir.

Assemblage bizarre de Ix>nnes et de mauvaises qualités , le doeteiir Francia a apporté au pouvoir le même désintéressement qu'il avait montré dans sa précédente carrière. Large et généreux pour tout ce qui le concerne personnellement, il n'est avare que des deniers publics. Le congrès, en le nommant dictateur, lui avait assiiiné un traitement de 0,000 piastres, il n'en voulut acce|jter que 3,000; il s'est fait une règle invariable de ne recevoir aucun présent; il poie tout ce qu'on lui donne ou le renvoie, et c'est bien de lui qu'on pourrait dire , sans imposture, ou'entré pauvre aux affaires, il en sorcirait pauvre, l 'intolérance ombrageuse dont il a (îonné des preuves si répétées et si déplorables , ne s'étend toutefois qu'aux j)ersonnes auxquelles il suppose l'intention de se mêler des affaires de son gouvernement; mais, quant aux autres, il leur laisse une entière liberté de cuite, d*action et de langage.

Dans ses discours, le dictateur se plait h nommer le pays soumis à son despotisme, la république de Paraguay ; il ne parle de rEspagne, des moines et des jésuites qu'avec un profond mépris, et affecte un vif enthousiasme î)our l'indépendance de l'Amérioue espagnole. Ses idées sur la manière de gouverner les peuples nouvellement émancipés , donnent l'explication de sa conduite politique. « La liberté, dit-il quelquefois, est un bien précieux pour des hommes sages; mail si les natmns les plus policées de l'ancien monde n'ont pu en essayer qu'au détriment de leur prospérité, de leur repos et même de leur honneur, comment voulez-vous que les Américains, ignorants et pauvres, en fassent un

VUISIVËRS.

bon usage? Ce raisonnement spt'cieux ne jiistiiie pas le ilespotisnio vexatoire que le Uiclateur liiit pe^er sur ses compatriotes, avec rintentîon de les rendre un jour dignes de la liberté. Sans doute, quand l'heure de l'énianeipation aura sonné peureux, iis jetteront un regard sur le passé; le souvenir de leurs niaux leur servira de leron pour l'nvrnir, ils recueilleroiit les Ij'uils de 1 unpuidion que leur maître actuel a donnée aux arts et à Tindustrie; mais n*était-il donc pas une voie moins odieuse que la tyrannie pour les amener au même but?

iNapoiéon est, aux yeux du dictateur, le grand homnw |)ar e\i-eilence; ii le prend pour nKulele. le cite à tout propos, le vcnere mnnv dans ses faiblesses, el voudrait lui ressembler encore par le costume. MaUieureusement pour lui, les ressources de son pays sont telleuicnt boriu-^s, ou l.'s tiotiuus qu'on a uu b y urocurer sur les mœurs privées de sob héros sont si inexactes, que Francia s'est laissé alTtd)Ier d'un costume des plus f:roles(jiu s , qu'il croit sérieusement être celui du vainqueur d'Austerlits : habit bleu galonné en or, éj)auleltes de brij^adier espa- 'gDoi, gilet et culotte blanes, bas de soie , souliers à grandes boudes d or.

et UA immense chapeau à claque. Il ne sort jamais d'ailleurs sans être armé d'un fîrand sabre et d'une paire de pistolets à deux coups. Chez lui, ii a soin de tenir constamment des ar* mes à sa portée; il en tapisse les murs de sa rliaml)re à courher. (Chaque soir, il fait venir le cbel' de la garde montante, hii donne le mol d'ordre, /erme lui-même les portes de son botel dten enifiorfe les elels qu'il met sous son oreilicr. Quand il donne ses audiences orduiaii es, son costume habituel consiste en une vaste robe de diambre d'indienne, sous laquelle ii cache un pistolet à double canon. Et connne il n'est si petit prince qui n'ait ses flatteurs, les ofuciers die la garde ont adopté la robe de chambre d'indienne, qu'ils portent même à ehevai quand ils ne sont ^)as de service.

Les .piemicrs soins do Fnmcîa se

portèrent sur l'organisation militaire, et, fidt'Ie ou souvenir de son hcros de juedilection, il voulut vivre au milieu de Tarmce. On le vK chaque jour occupé à passer des revues, à vi>iter les casernes, à i;oiUer les vivres et a traiter direeteuieut avec les fournisseurs. Prévoyant qu'il luî faudrait soutenir par la force l'indépendance de son pajs, et que si, d'un cr.té , on n'a\ait plus rien à redouter de l'Espagne, de l'autre il y avait tout à craindre du voisinage de la confédération buénos-ayrienne et du Drcsîl, il chercha à se procurer les armes et les munitions dont il n*était pas suflisaimnent pounu. A cet eifet, îl décréta le monoiiole de Texportatinn des bois, article d'une haute imjsortance pour le Paraguay, et l'accoriin uniquement aux spéculateurs qui, en échange, lui apportaient les oliji ts i!o guerre dont il a\ait heso n. Cette mesure ayant reus.si au j^ré de ses désirs , il en fît Papplicatton aux autres branches du coniinerce de son pays, et se procura ainsi les articles qui lui manquaient. L'espoir d'obtenir ces licences commerciales attira à l'Assomjition une foule de négociants étrangers établis à Montéx idéo ou a Rnénos- Ay res. JNous verrons bientôt le sort qui leur était réservé.

L*arméefut réorganisée sur de non* velles b;»«?es ; le dictateur se coniposn une garde de grenadiers d'élite. (,es ' hommes, dont le dévouement lui était acquis, devinrent, par la suite, de véritables gendarmes, charges de l'exécution (les ordres de police; bien plus, il en fit un corps d'espions, se procurant ainsi , à volonté , les délations dont sa politique avait !'f'<u;n.

Il renvoya les olfi» iers qui, par leurs rapports de launile ou de société, pouvaient jouir d'une inUuence dangereuse; et, afin de n'avoir que de% créatures à lui, il les remplaça par des honmies sans capacité, mais d'une fidélité éprouvée.

Ce fut alors qu'il mît à exécution le grand projet qui , depuis l'origine de son pouvoir, germait dans sa pensee.

II avait senti que le Paraguay, pressé

BUÉNOS-AYRES, PAIIAGLAY, URUGUAY

d'un rôtfî par les nouveaux états indépendants de PAniérique espagnole, et, de l'autre, par le vaste empire du Brésil , ne pourrait long-temps conserver son indépendance nationale.

T.rs peuples voisins étaient plus avances que ses compatriotes dans les arts agricoles et manufacturiers, comme dans les sciences et les idées libcrnlrs , niais leur frétjuentation ne pouvait ap[K)rter aux ignorants Para-

âuays que des éléments de discorde et e mïuoles. Toutes les ressources territoriales allaient ôtrc expltiitées par rindustrie des étrangers au détriment des naturels, qui, de guerre lasse, liniraient par abandonner le pays. Il était certain, d'ailleurs, que la présence d'autres étranirers, appartenant, pour la plupart, à des nations européennes placées en première li^ dans la civilisation, a[)porterait de graves obstacles à la réalisation des projets qu'il avait conçus. Leur censure, les ob- Berratîons qu'ils se permettraient, tout, jusqu'à leurs idées progressives de bien-être et de liberté, inspirerait aux Paraguays l'esprit d'insubordination , la manie de la critique et le penchant à la rébellion, il fallait donc isoler le pays , le retrancher derrière ses fleuves et ses forets; repousser les invasions paciQques des spéculateurs étrangers comme les agressions hostiles des Kspairnnls en\-nièines: empêcher l'éjnigralion des naturels , alin de conserver leurs bras à la culture des terres; mnltiplier ainsi les richesses territoriales, et limiter, enfîn, le commerce d'échange à une ou deux places seulement, pour quelques articles sorabondants contre les objets de nécessite première. Le désir de se concilier l'amitié du Brésil, dont il avait plus à craindre et plus a espérer que des provinces buénos-ayriennes, porta le dictateur à autoriser les Br^ sîliens seuls à commercer avec les Paraguays. Les échanges dès lors ne purent s'effectuer que sur deux points seulement : au sua, à Ytapua^ sur la rive (îroife du Parana; au nord, sur le J*araf;uny, en face du iSova-Coimbra.

Fraucia. ayant arrêté son plan sur

dés bases déflnitives, se mit IPomm avec ardeur, et y persévéra avec courage. Les étrangers suspects furent repoussés de la frontière , ou retenus prisonniers; un embargo fut mis sor les navires qui stationnaient à l'Assomption , et des chaloupes canonnières furent envoyées a l'embouchure du fleuve avec l'ordre d'arrêter tout ce qui tenterait de franchir, sans autorisation , la première limite du dictatoriat, soit pour y entrer, soit pour en sortir, line série de forts détachés fut établie sur toute la ligne des frontières du Paraguay. T. es soldats enrégimentés occupèrent les points les plus importants, tandis que les autres furent cordiés à une garde civique dont les postes pouvaient communiquer entre eux avec célérité.

Les Indiens du Grand-Chaco et Guaranis furent ainsi contenus en dehors des limites du pays , et il fu défendu à tout habitant^ naturel ou étranger, de sortir du dictatoriat sans une permission spéciale, soua peine de mort,

L'cïçriculture réclamait l'attention du réformateur. Il s'arrogea le droit de prescrire aux propriétaires le mode de culture qu'ils aevaient adopter, année par année. Ses prévisions à ce sujet lurent couronnées d'un plein succès. D'abondantes récoltes vinrent apprendre aux colons que jusque-lii ce qu'ils avaient pris pour les résultats d'une vieille expérience n'était qat vices et prcjugé^. Le sol donna avec largesse plusieurs productions nouvelles que les consommateurs achetaient autrefois à fiuénos-Ayres. Les coltivateors qui, chaqaeannée , allaienf offrir leurs services à des voisins, souvent fort éloignés, retenus dès lors chez eux , se mirent à defriciier la terre, développant ainsi les resaources de la localité. L'économie ra« raie prit en peu d'années un aspect nouveau. Les Paraguays ayant fait d'abondantes récoltes de coton, article qu'ils tiraient autrefois de Corrieirtes, cherchèrent à l'utiliser, ne pouvant plus l'exporter. De là l'origine des manufactures de toiles de coton, qui'

L LMVERS.

fournissent maintenant tout ce quV\i-

{^ent les besoins du uays. L art d'éever les bestiaux fit également de rapides progrès , et de nombreux troupeaux couvrirent bieotôt des champs autrefois déserts.

Possesseur, ainsi que nous l'avons dit d^a , d'un dictionnaire des arts et métiers, le dictateur monta des manufactures, lit confectionner des métiers , prodiguant tour à tour Varfçent et la menace poui amener les ouvriers à la perfection qu'il désirait en obtenir. Un jour il condamnait aux travaux forces un forgeron maladroit; une autre fois il faisait dresser une potence, et laissait à un malheureux ouvrier ralternative d"ètre bier» payé, après avoir réussi dans la tMie qui lui était imposée, ou d*étre penidu après avoir éclioué.

Cette grande impulsion donnée à l'industrie nationale révéla aux Paraguays le secret de la puissance humaine qu'ils avaient <léd;iigné d'apprendre. Us abhorraient la main pesante qui les guidait dans cette nouvelle cam^mais. subjugués par rasœndtaàn iRâiie, ils admiraient et obéissaient.

I^'embeliissement de la capitale attîTa é^emÉl^les soins du dietateor.

Il entreprit ipé régulariser les rues»

et se mit, eh conséquence , à tracer lui-même des plans qu'il taisait exécuter sous ses yeux pr un maître maçon décoré (lu titre dMn^énieur en chef. IMais de tous ses projets d'amélioration, ce fut le seul, peut-être, qui échoua complétement.Son inexpérience sur cette matière et l'ignorance de son ingtoieur étaient telles, que les travaux ne pouvaient s'exécuter qu'au moyen du tâtonnement. Ainsi , lorsqu'il avait été reconnu qu'une maison gênait l'alignement d'une rue, le propriétaire recevait l'ordre de la taire démolir dans un très-court espace de tnnps ; mais un nouvel obstacle, caché par le précédent, apparaissait aussitôt, et une nouvelle démolition devenait indispensable. Le premier plan était alors modifié, et ce n'était pas sans de noaveauK sacrifices deja part

des propriétaires. Il résulta de cet état de choses qu'au bout de quelques années la ville était, non pas régularisée, mais entièrement bouleversée.

Le dictateur fut plus heureux dans l'entreprise des routes publiques, qu'il fit passer dans les bois et les lagunes qui obstruaient auparavant les communicntinns avec les principales villes, telles que i\eembucu et f uHa-Hica. Il employa avec un égal succès les bonimes condamnés aux travaux forcés à construire des forts dans les villes frontières et à l'Assomption, l ne nouvelle vîHc , celle de Tevéao , fut fondée ))ar ses soins , dans fa partie septentrionale, sur les bords du Paraguay.

Heureux l'auteur de ce prodigieux dfévelopuement des ressources locales, s'il n avait pas cru indispensable au maintien de son autorité, ainsi qu'à l'achèvement de ses plans , d'obtenir par la terreur, par les proscriptions, par la violence et le san^, cette obéissance passive dont il avait besom!

I>es moines étaient depuis longtemps en butte à la haine et aux

Serséctttfons du dictateur. Leursdéborements , leur ignorance et leur paresse en faisaient, il faut en convenir, des êtres peu dignes d'intérêt. Ils vivaient publiquement avec des concubines , et souillaient journellement le sanctuaire des temples par mille abominations. Francia ordonna la su()pression des miatre couvents t^ui e\u»laient dans la contrée soumise à sa domination; il enjoignit aux religieux d'avoir h se présenter au vicaire général pour être sécularisés, sous peine d*étre considérés oonune vagabonds et expulsés. Leurs biens furent confisques au profit de l'état , et les bâtiments qu'ils occupaient convertis en casernes ou en dépôts dTartîfierie.

Les municînalités, connues soUS le nom de Caoildos y ne furent pas exemptes de la proscription générale.

Elles n'avaient plus, il est vrai , que Tombre de l'autorité ; mais cette ombre même fatiguait le despote.

L'évéque de l'Assomption ayant été frappé (Tallénaition mentale, le dicUteur saisit cette oocasiiMi pour réosir

BUÉNOS-ATRES, PARAGUAY, URUGUAY. 47

entre ses mains le pouvoir spirituel an temporel, et se oonstitaer chef de réélise, laissant le soin des détails du culte à un vicaire général sa créature.

Omune il n*était pas anis nprocbe, Franda n*était pas sans crainte. Quelques caric^ntures qu'on osa diriger contre sa personne, la révélation d'un complot , et d'autres circonstances éveillèrent en lui des sentiments de cruauté que son élévation avait un instant assoupis. Les tlspagnols furent ses premières victimes; mesure d'autant plus injuste , que les hommes de cette nation qui habitaient le Paraguay y étaient venus deptiis Ioniques années, pauvres et sans inlluence, s'étaient mariés dans le pays même, y avaient acquis un droit de nationalité consacre par Ip temps, et, sur toutes choses, étaient demeurés étrangers aux actes par lesquels la domination espagnole avait provoqué la révolte de SCS colonies. Au mois de mars 1814, Francia, n'étant encore que premier consul, rendît un décret qui firappait les Espagnols de mort civile , et leu r i ntrrdisait d'épouser des femmes blanches. Mais comme il est dans notre nature de désirer toujours , par-dessus toute chose , les biens gui ne sont pas à notre portée , il amva que jamais les mariages clandestins entre les Espagnols et les femmes blanches ne favent plus fréquents. Ces dernières sur»

tout se montrèrent d'autant plus ardentes et plus courageuses que le danger était plus grandi La richesse, la beauté, le rang et la noblesse n'étaient rien à Icnrs ypux quand il s'agissait d'un créole ; mais un Fspniînol se présentait - il , toutes les dittlcultés étaient aplanies; tous les dangers disparaissaient : rinterdiction iinposnit le mystère, et le mystère alimentait Taraour. Sous le r^ime dictatorial, la perséontion 8*aocrui encore. Au mois de join 1831 , Francia fît fusiller un maçon de cette nation qui, selon lui , s'acquittait mal , par pure malice , de l'ouvrage qu'on lui avaft confié. Quelques Jours après, il fit ordonner à iom les Espagnols qui habitaient la

capitale ou ses environs, d'avoir à se rendre immédiatement sur la place

publique, sous peine de mort en cas de refus : plus de trois cents obéirent. Ces malheureux furent immédiatement chargés de fers, sous le plus frivole prétexte, et jetés dans des cachots affreux , où plusieurs trouvèrent la mort. Les autres en furent tirés après une détention de plus d'une année, sous la condition de payer une contribution de lô0,000 piastres, et de se retirer à plusieurs lieues de l'Assomption. Les naturels n'étaient guère mieux traités que les Espagnols : plus d'une fois un? jiarole imprudente manifestant une opinion politique attira sur celui qui l'avait proférée un cliâtiment terrible. Jeté dans une prison fétide et malsaine, ou Pv laissait gémir des années entières. t)es nc;zociants étrangers, devenus suspects au desnote, reçurent Tordre de partir dans les vingt -quatre heures et de sortir du Paraguay. Obligés d'abandonner subitement leurs aflaires et leurs propriétés, les proscrits étaient encore arrêtés à la frontière par les gardes de la douane qui les dépouillaient de tout l'argent monnayé qu'ils avaient pu rassembler, l'exportation de cet article étant sévèrement prohibée. Après leur dépnrt , le dictateur faisait saisir leurs pro()riétés et les confisquait au profit de l'état. Un Espagnol ayant en le malheur de dire, en présence d'un esj)i(»n , que si les franciscains étaient partis, le dictateur aurait bientôt son tour, celui-ci le fît fusiller sans procès* et confisqua ses biens « quoique le malheureux fût père de fiimille.

Ces exécutions se faisaient toujours sous ses croisées et en sa présence; et comme il avait prescrit d*épar|çner les munitions de çuerre , il arrivait ordinairement qu'il fallait achever à coups de baîoon«te les malhemreux qu^il avait envoyés à la mort.

La peur des complots et le besoin de les prévenir le portèrent à mettre la torture en usage. Tous les liens de famille œmmenrarent dès lors à se relâcher. Succombant à Teicés de la

souffrance, on vit des iils dénoncer leurs pères. Les fîrères et les plus intimes amis se fiiyaient par prudence pour

n'être pas soupçonnés de connaître Ips secrets les uns des autres. Plus de reunions de famille , plus de joies domestiques; chacun fermait sa porte au coucher du s i» il ; la tristesse et le morne silence s'asseyaient au banquet du soir. Insensible en ap|)arence aux malheurs de ses voisins, c'e>t à peine si le craintif Paraguay r.sait en i;émir avec lui-iuéiue daus le i'ond de son cœur.

Et ce|>endant ce régime de terreur

a produit quelques bons elTefs que nous ne devons pas oublier de signaler pour faire diversion au dègodt

S Inspirent tant d*atrocités. Les rou* I sont devenues plus sûres qu*eQ aucun pays de l'Kurope; on voyage sans armés, et on peut y porter en évidence de l'or et des pierreries, sans crainte d'aucune fâcheuse rencontre.

Dans les villes, les vols, 1rs di lits de toute nature deviennent plus rares de jour en jour. Les cantons sont responsaUes, avec dommages, des vols commis sur leur territoire ; les particuliers le sont également de ceux qui ont lieu chez eux. La mendicité est abolie, il n'est personne qui ne travaille; i*oisi* veté, source de tant de vires, est sévèrement punie. Des écoles publiques sont partout établies, et les habitants du Paraguay , Indiens et créoles , savent tous lire , écrire et compter.

Dans la capitale, on trouve nn lycée militaire pour les jeunes gens qui se destinant à la carrière des armes, et une maison d'cdu> ation pour les jeunes filles pauvres. La terre s'est couverte de nouvelles productions; les moyens de transport sont devenus plus prompts, plus sûrs et plus écoliomiques.

II ne faut donc pas s'étonner si , dans le principe, les étrangers sollicitaient, bourse en main, la faveur de vetiir apporter leur industrie et leurs capitaux dans un pavs si tranquille et si bien dirige dans la voie des çro-

gès. Peu obtenaient cette autorisa- >n; d'anties qui se trouvaient pré-

cédemment dans l'intérieur, n'étaient plus libres d*en sortir. En 1824, le nombre des étrangers détenus au Paraguay était de soixante -sept , se composant de créoles, Américains, Portugais, Espagnols , Suisses , Français, Anglais, Allemands et Italiens,

firesqne tous relégués dans des viles centrales, dont ils ne pouvaient s'éloigner que de quelmies heues. La politique avait la plus large part dans ces rigueurs (in dictateur; la conduite éqjiivotjiie des grandes puissances europeeimes à une époque où il avait été question de former un royaume de

I ancienne vice- royauté de fluénos-Ayres en faveur du prince de LiMzques, l'avait rendu soupçonneux ; il ne voyait partout qu*es[}ions et émissaires politiques. Il reprochait surtout a la France son système à l'éiiard de l'Aniérique espagnole, et lorsquen 182a cette puissance intervint à main armée dans les affaires de ^Espagne , il montra une violente exaspération contre les Français. Sachant par expérience que les Pàraguays rapportaient ordinairement, de leiirs vovages en pavs étrangers, des idées libérales i]ni\ jugeait incompatibles avec la stabilité de son gouvernement, il prit subitement la détermination de fermer ses états et de n'en plus laisser sortir personne.

II avait , en outre, à redouter que les naturels, et en particulier les habitants des campagnes qui connaissaient par> faitement les localités, ne donnassent aux puissances voisines des informations dont celles-ci pourraient faire usage en cas de guerre. Il» craign&it milite que c^s voyageurs ne servissent de guides aux ennemis sî l'invasion s eilectuait. Kt, quant aux étrangers, sa politique était de les faire servir d*ocage, au besoin, pour sa sûreté personnelle. Tels sont les motifs des prohibitions qui plongèrent tant de tamilles dans le deuil. Ce ne fut qu'en 1825, lorsqu'il apprit de M. Parish , consul général d'Angleterre à linénos- Ayres , que le gouvernement britannique venait de conclure un traité de. commerce avec celui dés provinces du Rio de la Plata, et qu^il

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BUÉNOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY

comprit que la reconnaissance de l'indépendance américaine était le résultat de cette négociation, qu'il se relâcha de sa sévérité. Il permit aux sujets anglais et à quelques autres étrangers de sortir du Paraguay. Ce fut à cette époque que M. Kengger, qui, depuis six ans, exerçait avec distinction la profession de médecin, et qui îivait eu le bonhriir de vivre en bonne intelligence avec Francia^ en obtint la même autorisation. Le dictateur lui Gt même remettre une somme d'ari^ent ponr sprvirps rendus à l'état. Il n'usa pas de cette générosité à l'é-

J^ard d'un Français , paisible ami de a science, gui* déjà depuis quatre ans était victime de l'un de ces actes de violence qui impriment sur leur auteur un iuelïaçame stigmate. On derine que nous voulons parler de Tarrestation dr M. lîorqjland.

Ce courageux comnnsnon de Hiimboldt était demeuré dans les missions détruites ^Enire^RioB^ à plusieurs lieues de la rive gauche du Parana,et, par conséquent , hors du territoire du dictatoriat ; il y avait formé un établissement pour la préparation du matêf avec une troupe d'mdiens Guaranis, Il paraît qu'ayant rhen lié à établir des relations avec le dictateur , il lui avait fait passer plusieurs lettres au nom du chef de ces Indiens. Cette conduite de la part d'un Français aussi distingué que M. Bonpiand inspira de violents soupçons au docteur Trancia : il se demanda si ce ne serait pas là un émissaire qui , sous le prétexte de travailler dans l'intérêt de la science, venait espionner le Paraguay, y établir des relations hostiles, et préparer les voies à une invasion. Il n'en fallut pas davantage : le souix^on chez un tvran équivaut à un arrêt.

' Au commencement de décembre 1821 , 400 soldats dn dictateur traversent le Parana , tombent à Tim-

Sroviste sur le nouvel établissement ^EtUre'Hios, massacrent une partie des Indiens, emmènent les autres prisonniers, pillent les effets de M. lîonpland , le blessent lui-m^me à la téte d'un coup de sabre , quoiqu'il n'oppo-

4* lÀvraism. (Buekos-Ayaes, I

sât aucune résistance, et le conduisent, les fers aux pieds, jusqu'atr ciief-lieu des missions, sur la rive gauche du fleuve. Quand il ftat au pouvoir du dictateur , celui-ci lui fit rendre ceux de ses effets qui n'avaient

fas été volés par ses émissaires, donna ordre de lui Ater ses fers , et lui assigna pour résidence le village de Santa-Afaria da /•>', à 2.'» lieues d'Ytapua. C'est là que notre savant compatriote a passe douze années d'exil , privé de sa liberté, ne pouvant même correspondre avec sa tamille ni avec ses amis, exerçant, pour vivre , la médecine et la diimie. Respecté et chéri d'ailleurs de tous ceux gui rapprochaient, cet homme intéressant n'a trouvé quelque adoucissement à ses maux qu'en s'occupant des intérêts de l'humanité. En vaincTillustres protecteurs (herrhèrent à obtenir son élargissement : les résidents anglais de Buenos- Ayres et de Rio de Janeiro, le comte de Gabriae, ambassadeur de France au Brésil, le ministre des affaires étrangères de France, l'empereur don Pedro lui-même , échouèrent dans leurs tentatives à cet égmrd.

Bien plus , leur patronage ne servit qu'à resserrer les liens du prisonnier, en le faisant paraître un personnage de grande importance. Le rdie de la France, il faut en convenir, était, en cette circonstance, des plus embarrassants. Il n'entrait pas alors dans sa politique de reconnaître Tindépen- , dance des nouveaux états américains; l'intérêt d'un citoyen français, dont, au surplus, les jours n'étaient pas menacés , ne paraissait pas suflisant pour changer cette détermination du cabinet des Tuileries; on ne pouvait donc s'adresser officiellement au dictateur, dont on ne reconnaissait pas le gouvernement, et on pouvait encore moins le menacer, ce qui cdt été une ridiiMiIe forfanterie, attendu la situation mediterranee du Paraguay. Cependant, le baron de Damas, ministre des affaires étrangères, accorda à madame Konpiand, sur la demande qui lui en fut faite par cette dame, une lettre particulière de re-

BACLA Y, LHUGUAY.) 4

commandation pour être remise nu Uocieur Franda. Cette (it'ui.irchc n'eut aucun r^ltat, et ce n'est qu'en 183S qae. M. Bon|)lanii a été rendu ù ses amis et <i ia science qui le réciamaient depuis si long-teiups.

Quelques autres prisonniers sont parvenus à s*éehapper ; mais ces exemples sont bien rares ^ tant les périls (le l>.ntreprise sont multipliés et redoutables. Du oMé de l*est et du sud , toute tentative d'évasion est impossible; les eaux rapides et l)oiirl)eiises tlu Parana, les marera;:es, les liois impénétrables , les nombreux postes mi- (itaires, tout contribue à éloigner la prohabilité d'une réussite. Vers le uonl , la (liflieulté serait encore plus grande bar la nécessité oli se trouverait le nigitif de traverser seul, sans guides, sans moyen d*' subsistance, un désert de près de 200 liciics avant que li'arriver a tn>e habitat ion humaine. Il ne reste donc que la (mrtie de l'oue^st, c'est-à-dire celle qui est baiiînée par le Rm-Farai;uny. C'est par là seulement que quelques transfuges ont pu trouver une Issue.

Vers le milieu de 1823, un étranger (*), fatigué de sa loncue captivité, forma le projet de s'évader.

Quatre nègres libres et une négresse voulurent pfrtager sa destinée. Les six f(iiiitif>? se diri^èrpnt vers le fleuve Paraguay, qu'ils passèrent à la .DUit dose. Ils avaient avec eux des TÎvres, une hache et des cx)uteaux, mais atinine amie de chasse. .Après avoir e. happé, h plus d'un naufrajie, ils abordèrent dans le Grand-Chaco , ajKant devant eux un désert de 90 Ii'eiies, qu'il fallnit traverser, en côtoyant la rive droite du neuve, à uiie i crtaine distance pour n'être pas aperçus |Kir les gardes. Ceux-ci, cependant, n'étaient pas les seiils ennemis ?i redouter dans cette inunense plaine : les Indiens- Mbayas, le$ jaguars «t les serpents en disputent là poàses- ^n à quiconque y pose un pied téméraire; de vastes et impénétrables forêts s'y reucontreut fré4uemuieut;

(*) M. Eicolfier.

le fleuve y couvre la terre de ses itiundations ; et, cnOn , la Ibudre ou les sauvages atlnm^ sourent de grands inremlies dans les hautes fgm»

minées des prairies. Apres trois jours de marche, de périls et de fati;;ues, ils ftirent poursuivis par un embrasement auquel ils ne purent échapper qu'en employant l'iniiénieux tnoven si bien décrit par Fenimore Coopcr, dans Tune de ses f>lus ingénieuses productions (*; ; ils mirent eux-mêmes le feu aux herbes sèches , afin d'avoir le champ libre sous le vent. Pend mt plusieurs semaines ils errèrent da us ces immenses solitudes , soutenus par l'e^lieraiH'e d'en sortir bintitot. l'n d(::> ne;;res tomba malade et mourut au bout de quelques jours, pendant lest^uets la caravane tîigitive s*étaii arrêtée par < ^a^d pour lui. Peu après, ils aperçurent des Indiens, et eurent à peine' le temps de se caclier , et de se dérober ensuite par mie prompte fuite. Cet accident fiit cause qii ils s'égarèrent dans un bois, véritable labyrinthe, où ils furent retenus pendant quinze jours sans pouvoir trouver une issue; enfin , Ils en soptirent, mais tm second nègre succomba à l'excès des fatigues, et un troisième, mordu par un serpent, fut enseveli d uis le désert à côte de son camarade. I rs trois survivants de cette troupe hjtortunée parvinrent eidin au Itiof'erniejOy qu'ils passèrent sur un radeau. Il ne leur restait plus que 20 lieues à faire pour arriver à la hauteur de Corrientes, où, à l'aide de quelques feux , signal bien connu des habitants, ils auraient reçu immédiatement les sec Mirs dont ifs avaient un besoin si urgent; mais les malheureux n'avaient pas mange depuis plusieurs jours;' ils étaient exténués et i>éduits au désespoir. Dans cet état , ils eurent encore la force de se transporter sur la rive gauche du Parana, où leur Intention était de se procurer quelues vivres pour repasser ensuite le euNc, et er)i)ii!uier leur route; mais, à peme débarques , un sergeut de au-

(*) La Prtùrie,

liLÉNOS-AYRES, Pi!

lîce les apiTt'iit rt 1rs arrètn. Ramenés à rAâsoi)ipiiui),ce.s aiaihcureux Jurent jetés dans une prisoa, les fers aux pieds. A quelque temps de là, le prisonnier europcni fut envoyé à ^'een^- Jbucu, où il eut la permission d'établir une tannerie, mais avec robligation de porter constamment une aiatne comme un golénVn.

U nous reste a présenter quelquesdétaiissur Torganisation que le dictateur a donnée au Paraguay. Vingt cercles ou départements en partajîent toute la suriare; ils sont subdivises en partidosy ou portions. Chaque cercle est administré par un commandant chargé de l exécution des ordres du gouvern» ment. Ce fourtionnaire juge les délits en matière correctionnelle.

Des seladoreSf ou agents infërieura de police , sont placés , sous ses ordres, à la téte (les subdivisions du cercle. Un receveur des contributions est attaché à chaque département.

Dans le pays des ancienne^s missions, les blancs seuls dépendent de Tadministration des commandants; les Indiens préposés à Texploîtation du domaine de Vétat , obéissent à de^ ré> gisseurs qui relèvent eux-mêmes d*un subdélégm. Ailleurs , les Indiens sont paiement administres par des r^isseurs, mais ceux-ci reçoivent les or* dre5 des commandants tle cercles.

Les lois sont les mêmes, au tond, que du temps des Espagnols, Lien que la volonté suprême du dictateur les modiOe incessamment selon les besoins de sa politique. Les juges peuvent être pris dans toutes les classes de la société; aussi ont-ila des assesseurs qui , ayant fait quelques études en jurisprudence, sont les véritables disueosateurs de la justice. Deux alcades ont remplace le eabUdo de TAssomption : ces fonctionnaires administrent aussi lu justice , et remplissent les fonctions déjuges en prennere instance pour tout le Paraguay. La lésislation pénale est laissée au libre i arbitre du dictateur, juge en dernier ressort de tous les defits et de toutes les positions. Les crimes d'état, parmi ta^Ml» on compte les paiolet follti-

lAGUAY, URUGUAY.

ques offensantes pour le dictateur et ses agents, sans en excepter les simples soldats, Tattentat eonne la propriété publique, la contrebande, iMvoladt grands chemins ou <*i main armée, les meurtres et les tentatives d évasion sont punis de mort : le condamné est fusillé. Les autres crimes ou délits emportent les travaux forceps, la détention perpétuelle ou limitée , et la fustigation publique, à laquelle sont soumis égafemenl les blanes et les créoles.

Le gouvernement proprement dit se compose du dictateur, du ministre

hacienda, pour les finances, du fui executor , véritable préfet de police, ànjielck Jècho, sorte de secrétaire d'état, pour les affairesde justice, et du défenseur des minevrsy qui est chargé de l'administration de tutèle, même pour les esclaves, assîmiléi aux mineurs.

Après le dictateur, ion barbier est

le personnage le plus important do Pnrngtinv. C'est à lui que s'adresse d'abord la tourbe des solliciteurs ; c'est hii qu*elle adule, qu^elle comble de prévenances et de cadeaux , car ce favori a dans ses mains la vie et la mort de plusieurs milliers d'hommes. On ne peut pas dire qu'il soit l'espion du dictateur, car il est trop en évidence pour jouer ce rôle , mais il est son premier directeur de police, s m confident, son conseiller. Ix» |K iir, il est permis de le croire , n'est pas étrai^ gère à cette intimité du maître et du serviteur: le premier, tyran dctesté, se voit oblige de mettre sa vie à la disposition du second, et le plua sûr moyen pour lui de prévenir l'iuGdélité de cet honmie est de le combler de tant de faveurs que celui-ci n'ait plus qu'à perdre à un changement.

Fruncia n'a rien de caché pour soa barbier; il le consulte sur les mesures les plus importantes , et , quelquefois même , quand la circonstance I exige, il fait appeler sa servante ; alors ce redoutnblp trio juge, en dernier ressort, des affaires d'état, déclare la guerre ou accorde la paix, fait grâce aux criminais ou les esYoie k la mort.

UUNIVERS.

Tels sont les traits les plus carartéristiques du gouvernement de Rodrigue Franda. n ne manque à cet homme

extraordinaire que la superstition re-

liuipuse pour en faire le î.ouis XI de J' Amérique : simple, probe, économe dans son intérieur; astucieux, cniel, soupçonneux au dehors; fier et implacable à régard des riches et des grands; doux et familier avec son domestique et son barbier; babile administrateur, homme d'état inflexible, ami de son pays, tyran de srs sujets, il sacrifie le présent pour assurer l'avenir. ljni(|ucment occupé du bien

Ïiublic, la pitié n*a jamais pesé dans a l)alanre de sa politique. Quand il mourra, la malédiction de ses contemporains ne fera que glisser sur le marbre de sa tombe; à la postérité ijeule il appartient de le jucer.

Kous pouvons maintenant reprendre le fil du récit ^u'i! nous a fallu inler- TOmpre ; mais, a partir de cette époque , rhistoire du Paracruay n*est plus liée à relie de Ruénos-Ayres , et nous croyons ne devoir revenir à celle-ci qu'après avoir achevé d'esquisser la première.

Suite (le larérnli/fhn fin Pnragvay.

— Les membres de la junte, à l'exception du docteur Francia , passaient leur temps à donner des fêtes , à parader, à se promener ou à elia'^ser; aussi le secrétaire devint-il bientôt le seul personnage im[)ortant de ce conseil. Le président, don Fulgencio l'egroSy était un riche campagnard, adroit à la chasse et brave à la guerre, l)outli de suffisance et imbu d'autant de préjugés que le plus grossier d'entre ses compatriotes. Lesdenx rnrnfrs, ou assesseurs, avaient pour ïei^rosune admiration respectueuse, qui donne la mesure de ce que l*état pouvait attendre d'eux. I^s autres notables appelés au congrès , à la téte des îidministrations , ou dans les conseils privés, se considéraient, avec raison, comme inférieun aux hommes distingués qui composaient la iunte du gouvernement, il ne faut donc pas Jt*étonner qa*un homme tel que Franda , dont la supériorité relative ^ait

si grande , ait conçu , dès ce moment, ridée de s'emparer d'un pouvoir que nul n'était en état de lui disputer.

Plus d'une fois, cependant, il arriva

que ses collè^rnes éprouvèrent certaines velléités de despotisme. On les voyait alors s'ériger en juges suprêmes , en ^nrans capricieux , ordonnant des arrestations , infligeant des chtitiments, distribuant les places et les faveurs aux plus offrants enchérisseurs, et se laissant guider dans leur conduite politique par des femmes dépravées et intrigantes. Et lorsqu'à force de bévues et d'indignités ils avaient tellement embrouille les affaires qu'il ne leur était plus possible de s'en tirer, ils recouraient a Francia pour sortir d'embarras. Mais celui-ci . leur faisait payer cher son intervention; quelquefois il feignait le dégoût et la colère, se retirait à sn maison de campagne, et n'en revenait qu'après avoir obtenu maintes concessions dont sa politique avait besoin.

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