‹ L'UniversChapitre 26 sur 60 · EU ET ILES MALOUEN'ES · texte numérisé non relu

EU ET ILES MALOUEN'ES

cou et k s épaules, et qui est aussi long que ie poil d'une dievre. Mais Forster, plus croyable , ne donne au lion marin du sud qu'une douzaine de pieds aa plus, et sept à huit pour les femelles.» Voici ta description qu'en donne cet habile compagnon de l'illustre Cuuk :

« Le corps est gros, cylindrique, très* ras; In téte assez petite, assez semlable à celle d'un gros dofrue ; le nez un peu relevé, et comme tronqué à son extrémité. La lèvre lupérieure déborde l'inférieure, et est garnie de cinq rangs de soies dures en forme de moustaches ; t es soies sont longues et noires, blanches dans la vieillesse. Les oreilles sont coniques , Ion* LHies de six à sept lii:nes seulement ; leur cartilage est ferme et roide. Les yeu.x sont grands et proéminents , l'iris vert ; trente-six dents ; les pieds antérieurs noirs, formant une large bande plate, nue, offrant sur les doicts des vestiges d'ongles seulement ; Tes pieds postérieurs -ayant les cinq doigts terminés par cinq très-petits ongles , que dépassent notablement cinq festons membraneux et minces. Queue conique et courte ; le mâle seul a sur la partie supérieure du corps le pelage composé de poils rudes , grossien , et longs de deux a trois pouces , de couleur tannée , tandis que sur toutes les parties postérieures, le poil est court, serré, et d'égale longueur. Lei poils de la femelle sont uniformément ras partout et de couleur fauve. « Pernetty décrit ainsi les mœurs de cet animal : « Il n'est point médiant t et fuit plutôt que de chercher à attaquer. Il vit de poissons , d'oiseaux d'eau , qu'il attrape par surprise, et d'herbes (*). La femelle fait ses petits et les allaite dans les glaïeuls (herbes littorales du genre festuca) où elle se rend chaque soir. La chair de cet animal peut se manger sans dégoût , et son huile est d'une grande ressource.

Sa peau est très-propre aux ouvrages de sellerie.»

(*) Pcroa aUiriiieque ces animaux ne nùigenl jamtisdlierbes, et le témoignage des péchenn anglais confirn» son optaùm,

m m nu MAi.oinm.) 6

Votarie de Forster* ou Toim marin , fournit aux pét'nenrs qui abordent aux îles F;iikland des fourrures précieuses. Ce phoque est tres-reclicrehé dans le commerce à cause de sa peau, recouverte d'un poil brun ou rouçjpAtre , suivant que l'animal est jeune ou qu'il a atteint toute sa croissance. On en fait des cbapeaux superflns^ des garnitures de robes, des manteaux, etc. Cét am^)hibie est trèssauvage, et a l'odorat tres-snbtil ; grâce à la perfection de ce sens, il reconnaît rapproche deThomme, et regagne la mer, où il est en silreté.

Enfin, çarmi les troupeaux innombrables QUI viennent se reposer sur ces grèves silencieuses , on trouve Potarie molosse, qui n'est sans doute que le ftnn marin de la petite espace , dont parle Pernetty. Il diffère iiolablenient des espèces dont nous venons de parler; U est surtout remarquable par ses formes élancées et régulières»

ainsi que par sa tête [letite , arronTlie, tronauée en avant, et otlrant une ressemblance assez exacte avec le museau d'un chien.

L'éléphant marin , indifféremment appelé par les voyageurs loup marin y lion marin et phoque à trompe est le plus intéressant de ces amphibies, sous le rapport des moeurs» et le plus rcmarquanle pour la grosseur.

IVous ne voulons pas reproduire la descriptioD aue M. de Kiunzi a donnée de ce pnoque dans le tome 111 , page 130 de son Ocêanie , deseription puisée dans le Dictionnaire classique d^hisloire naturelle. Nous nous bornerons' à rappeler quMI a vingt, Yingt-eînq, et même trente pieds de longueur, sur qtiinze ou (liv-iiuit de circout'éreuce ; que soo nez , a i épo-

(*) Pboca prolfoscidea , Péron , Yoyage aux terres tiulnlei; Gm marùt, DiiD|Mer etAn UtHpmarm» FenMLyf V^a^

aux MaiouiiM's; /'f>orn leontna, Linné; pUoque à museau ride, Forât«r et Buffoa; lamt, pkoea efephantina, Holina; f^oem

Aiisonh , Desmarosl; macrorliinus proboscictcus, F. (jnif'r; miourongd'69 uègresdeU Nouvelle-Hoilaude.

L'UJ\IV£ILS.

ue des aoioors, s*aUoii|ss en fom

e trompe , et que ce prolongement charnu s'efface après la saison du rut. Quant aux mœurs des éléphants marins, elles méritent une mention spéciale ; et comme M. de Kienzi n'en a presque rien dit, nous nous étendrons sur ce siyet , persuadé que nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gré de ces développements. Nous ODel> trons ici à contribution un admirable chapitre du / oyage de Pérou aux terres australes.

Les phoques à trompe cbangeot d'habitation suivant la saison, et con»* mencent, dès que Tété se fait sentir, Àémigrer vers des parages plus froids.

Vtk mois après leur arrivée , les femclle.s se préparent à mettre bas.

Reunies toutes ensemble sur le même ri\ai;e, elles sont enviromiees par les inàles , qui ne les laisbent plus retourner à la mer, et qui n'y retournent plus eux-mêmes 9 non-seulement Jus»

?|u'à ce qu'elles soient délivrées de leur ruit, mais encore pendant toute la durée de rallaitcment. Le travail de Tenfantement ne dure pas plus de cinq ou six minutes, pendant lesquelles la femelle parait beaucoup souffrir ; dans certains moments, elle pousse de longs cris de douleur. Elle ne fait Jamaui qu*un petit, qui en naissant a de quatre à cmq pieds de long , et iièse environ soixante-dix livres. Pour donner à teter à son nourrisson , la mère se tourne sur le côté, et lui présente ses mamelles. L'allaitement dure sept ou huit seni.iines, pendant lesquelles aucun membre de la famille ne man^e.

On conçoit que les femelles maigrissent singulièrement. On en a vu mourir épuisées pendant la période de ces pénibles soins. Lorsque les petits ont six ou sept semaines , les père et mère les conduisent à Teau ; alors toute la trou|)e nage de concert. L'allure de ces mammifères dans les flots est assez lente; ils sont forcés de rep.uaare très-souvent à la surface pour reapirer. On a observé que les plus jeunes^ lorsqu'ils s'écartent de la bande , sont poursuivis aussitôt par quelques-uns des plus vieux, qui les obligeât par

PATAGONIE, TERREW-FTO H ILES MÀLOUINES.

lears morsures à regagner ie gros de la iamille. Après deux ou trois semai- Mi de cet nereice , ict éléphants ma-

rÎBS viennent au rivage, où ils sont tamenés par un besoin prefiMUti celui de la reproduction.

A k voix HnpériMiM éB fmûom, la guerre éclate parmi ces monstres effrayants. Animés par les mêmes désirs, les mâles viennent se heurter entre eux. Ils se battent avec fureur , mais toujours un contre un. Leur ma* nière de couibattre est assez singulière : les deux colosses rivaux se traînent pesamment ; ils se joigueut , et se mettent, pour ainsi dire, mmai ooBtre museau ; ils soulèvent tmite br prtie antérieure de leur corps sur leurs nageoires; ils ouvrent une large gueule ; leurs yeux paraissent enllammé» de désirs et de ftireur ; paie s'en* tre-choquantavec violence, ils retombent l'un sur l'autre , dents contre dents , mâchoire contre mâchoire; ils •e fiMt réciproquement de larges ble&sores; quelquefois ils se crèvent les yeux dans cette lutte ; plus souvent ils y perdent leurs longues défenses. Le sang coule abondamment ; mais ces opimdtr^ adversaires , sans {Miraltre s'en apercevoir , poursuivent le combat jusqu'à l'entier (•piM'seineiit de leurs forces. Toutefoii» li est rare d'eu voir gueloues-uns rester sur le champ de Mtaïue; et les blessures qu'ils seront, quelque profondes qu'elles soient, se cicatrisent avec une promptitude incroyable. Une telle guérison dépeud bien moin» de la quainéde leur graiss»

que de l'épaisseur même de la couche

au'elle forme autour de l'animal , et ont l'effet nécessaire est de mettre les parties blessées à l'abri du contact de l'air, en même temps qu'ell»s^oppose aux hémorragies.

Pendant ces combats meurtriers , Jee i'emelles , indifférentes , attendent dn sort ie maître doit leur donner.

Fier de sa victoire, le mâle s'avance au milieu du troupeau timide, s'appriji liL (Je ia compagne sur laquelle il a lixe son choix ; celle-ci se renverse WÊÊtSM sur le oihé; il- la saisit fortenMi» 9m M mgeeîrei anlMeurei,

et oublie, dans l'ivresse de l'amour, ses récentes luttes et ses plaies , d'où sTédiappent des Ilots de sang. Dans cette extnse, qui dure de douze à quinze minutes, rien ne saurait les distraire. La douleur même la plus vive ne lee anradierait pas à leur voluptueux accouplement ; ils ne font entendre aucun cri , toutes leurs facultés semblent anéanties par le plaisir.

Lee habitodee dee éléphants marins

ne sont pas moins singulières ni moins intéressantes que leur fa<;on de se reproduire, ils aiment à se plonger dans Peau deuoe, et à Msnike sur dea ilages sablonneusee. Us donnent sur la surface de la mer comme sur le rivage. Lorsqu'ils sont réunis à terre en grandes troupes pour dormir, uu ou plusieurs d'entre eux veiMent oenetamment ; en cas de danger, les sentinelles donnent l'alarme , et tous r^a« gnent les flots protecteurs.

Leur allure est des plus étran^^ees ils rampent à Paide de leme nageoires anterif tin"v\ pt leur corps, dans tous ses mouvements, parait trembloter comme une énorme vessie pleine de^

6elée,tBnt est épaisse la couche delani oileux qui les enveloppe. Tous les quinze ou vini;t pas ils sont obligés oc suspendre leur marche, haletants de futigue et succombant sous leur propre poids. Si, pendantleur Alite, quelqu'un se présente devant eux, ils s'arrêtent; et si par des coups répétés on les force à se mouvoir, ils paraissent souûrir beaucoup. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette circonstance, c'est que la pupille de leurs yeux, qui dans l'état orainaire est d'un vert légèreflient bleuâtre, devient alors orune couleur desanç très-foncée.

Le cri des lemelles et des jeunes mâles ressemble assez bien au mugissement d'un bœuf vigoureux-, mais dans les mftles aduKee, le prolongement tubuleux des narines donne k leur voix une telle inflexion, que le cri de ces derniers a beaucoup de rapport, quant à sa nature, avec ie bruit qu'on nft en se gargarisant Ce en nnque etaingaHer se mt mêmknm

LTNITERS.

loin ; il a quelque chose de sauvage et d'effrayant; (|uaad, au milieu «Tune

nuit orageuse, on estéveilléen sursaut

{)ar les hurlements confus de ces coosses, on a peine à se défendre d'un MtimeDt de trouble, que la oertituda aenle de la faiblease et de la douceur de ces animnux peut dissiper.

Lorsqu un éléphant marin repose étendu sur la plage, et que la force des rayons du soleil Tinoommode, on le voit' soulever à diverses reprises, avec ses larges naçeoires antérieures, .de grandes quantitéji de sable humecté

Sar l'eau de la mer, et le jeter lur aon OBfjuaqu'à ce qu'il eu aoit entièrement rouvert; alors on pourrait le prendre pour une grosse roche.

Les éléphants marins sont d'un caractère eaaentielleinent doux; lea hommes même peuvent se baigner impunément dans les eaux où ils se trouvent réunis, et c'es^t ce que font en effet les pécheurs, sans en rien redouter.CeB animaux sont auaai auaoeptibles d'une sorte d'éducation : un pêcheur anglais ayant pris en affection un de ces mammifères, obtint de ses camarades qu'on ne ferait aueuo mal à son proiegé. Longtemps, au milieu du carnage, ce phoque vécut paisible et respecté. Tous les jours, le péclieurs'approcliait de lui pour le caresser ; et dans peu de mois, il était ai bien parvenu a l'apprivoiser, qu'il pouvait lui monter sur le dos, lui enfoncer le bras dans la gueule, le faire venir en l'ai)i)clant ; en un mot, le docile animai aouffrait tout de la part du matelot, sans s'ofTenser de rien. Malheureusement, l'Anglais ayant eu une altercation av£c un de ses camarades, celui* ci, par .une lâche vengeance, tua le phoque protégé par son adversaire.

Ce qu'il v a de plus ren)arquahie dans la période qui termine la ChU*rière daa animaux dont noua parlooa, e'eat qu'aussitôt qu'ils se aantent malades, ils quittent la mer, s'avancent dans l'intérieur des terres plus loin

3u'à l'ordinaire, se couchent au pied e quelque arbrisseau , et y restent Juaqu'à leur mort s:ins retourner à ia mer» conmie a'A's voulaient quitter la.

vie dans les mêmes lieux où ils la recurent. Les pécheurs ont observé que,

sans avoir aucune trace de blessure ou de contusion, ils paraissent alors beaucoup souffrir, et meurent au bout de quelques jours d'agonie.

Comme nous l'avons dit dans notre travail sur la Patagonie, on tue les éléphants marins a roiips de lance; mais il est un moyeu bien plus simple et des plus singuliers de lea faire motirir: c'est de leur donner sur le museau un vigoureux coup de bAton.

Un seul homme peut ainsi tuer sans efïîisioD de sang des oentaines de ces pauvres animaux. En ouvrant l'estomac de ceux qui viennent d'expirer, on y trouve ordinairement, outre un craiid nombre de bec6 de seiche et beaucoup de fucus, des pierres quelquefois si nombreuses et si grosses, qu'on ne co!ieoit pas comment les parois qui les contiennent ne sont pas déchirées par leur pesanteur. Forster dit que l'estomac de plusieura de ces amphibies, tués par ses gens, était rempli de dix ou douze pierres rondes et pesantes, cliacune de la grosseur des deux poings!

Ile Conti ou la. Soledad. L'île la plus intéressante sous le rapport des productions et au point de vue historique, est celle que les Français nommèrent Conli, et les Espagnols la Soledad. Placée a Test de rarehipel des Malouines, elle est séparée de la grande ile occidentale par un détroit de sept àdouae milles de largeur, appelé par les Espagnols canal San- Carlos , et par les Anglais canal i'alklandy nom autrefois commun aux deux ties, mais qui ne s'applique plus qu'à la plus grande.

l.a Soledad a soixante et dix-huit milles du nord-est au sud-ouest, et quarante-cinq dans sa plus grande largeur ; ses cotes ofTrent des anses et des ports parmi lesquels celui qui a conservé le nom de baie Française est le plus grand et le meilleur. Le point le plus élevé de Tile est le inout Châtellux, situé dans le voisinage de cette baie. Tout auprès se développe

une chaine de montagnes peu élevées

PATAOOmE , TERBB-DU-FEU IT ILES MALOUINES. «•

et disposées en fortne d'enceinte; on ne peut la gravir sans rencontrer à chaque pas des Mocs de grès entassés péle-méle. Il s'élève du lond de leur tase un bruit monotone occasionné par les eaux courantes qui prennent leur source au sommet de ce plateau. De leurs interstices sortent des fougères gi« gantesques qui tapissent de Ifiirs tiges rameuses ces masses énormes de rochers. Les plaines et les valions, couverts de pâturages, sont traversés par des ruisseaux d une eau limpide, plus ou moins agréable au gortt, selon qu elle coule sur des lits de tourbe ou de galets. On aperçoit çà et la des tapis de vnrdure ou brillent l'élégante calcéolaire et la violette an doux parfum (*). Les bords de ces ruisseaux, quoique marécageux et cédant facilement sous les pieds, sont couverts d'une végéta* tton si ai^ve ^ si serrée, que presque nulle part on n'nperroit la surface du terrain. On rencoiilre de beaux lars dans les plaines et de jolis réservoirs iusque sur le sommet des montagnes.

Partout il y a abondanoe d'eaux frai* cfaes et pures.

Le sol de Tile Conti se compose de terres ocreuses rouges et jaunes, de spath et de quartz; raboodance des ardoises rougeâtres et grises y révèle missi la présence d'une gr;inde quantité de soufre. Des roclies de quartz brisées ont présenté des indications d'une matière vitriolique et cui\Teuse.

Pernetty prétend même y avoir rencontré une substance verdâtre avant lastipticitéet Taddité du vert-de-gris.

Toute la végétation des plaines, comme celle des montagnes, repose sur un terrain tourbeux d une grande épaisseur. Doué de la qualité spongieuse au plus haut degré, ce terrain absorbe rhumidité avec une rapidité telle, que quelques instants sutïisent pour sécher le gazon après les plus fortes pluies.

Cette tourbe, si précieuse comme moyen de chauffage, existe en couches plus profondes dans l'intérieur des terres que sur le littoral. Sapée sur ses bords d une manière irreguiière,

^ Dvpemgr» Toyage antour du mande.

souvent elle offre de loin l'apparence d'un mur ou d'un fossé ; et ie voyageur qui parcourt ces solitudesa petno a croire que ce ne soit pas l'ouvrace des hommes. Ces sortes de remparts naturels, plus communs sur les hauteurs, ont d'ordinaire quatre et dnq pieds d'élévation au-dessus du terrai»

environnant, et leur formation est assez difficile à expliquer. Il est certain, du reste, que les chevaux y trouvent un abri favorable contre la fiixeor des vents, et si ces accidents du sol n'étaient pas si fréquents, on les attribuerait volontiers a ees animaux {*), l Pernetty parle d'un endroit où la disposition singulière des pierres semble être le résultat d'un tremblement de terre qui aurait autrefois bouleversé l'ile Conti. C était, dit-il , un spectacle horriblement beau. Les pierres, toutes de frrès porpin risé, sont taillées en tables de dix pidus de Ions; sur six de large, et un et demi d'épaisseur. Elles sont posées en tous sens, mais comme si l'art j avait été emplové.

« Ce sont comme des murs de ville; on y voit même des saillies à droit Gl comme des corniches ou cordons, saillants au moins d'un demi-pied, et qui régnent à la même hauteur tout ie long, tant des parties enfoncées ou restreintes, que des angles saillants figurant des avant-corps : il n'y manque que des moulures. Au delà de ces ruines est une vallée profonde de plus de deux cents pieds, large d'un demi-

Suart de lieue, dont le fond est couvert e pierres bouleversées, et qui semble avoir servi de lit à une rivière ou à quelque large torrent qui serait allé se perdre dans la grande baie de l'Ouest.

Avant d'arriver à la hauteur qui termine la vallée, on trouve une esplanade lari^e d'environ dix ou douze toises, et qui règne depuis le bas de Tamphithéatre jusqu'au delà des premières ruines. Sur cette esplanade sont deux pièces d*eau,ou plutôt deux trous ou réservoir», ru:; rond et de ' vingt-cinq pieds de diamètre, l'autre ovale et de trente piedb de d.^amètre.

(*) DoBont d'UrviOe.

Dtpnifi le bas de la échine, on trouve des rarins absolumeDt oouméi de cet

pierres bouleversées ; entre ces ravins «ont de très-petits terrains irréguliers couverts d'herbes et de bruyères, sauvés pour ainsi dire du bouleversement.

ht» piems jetées pâe4iiéle les unes sur les autres laissent partout entre elles des interstices dont on peut oonfecturer la profondeur (*). »

Les plantes qu'on trouve dans lUe Medaa sont toutes indigènes. Ls plu> part sont résineuses ou revêtues a\m vernis luisant qui les défend contre les

. effets d'une trop grande humidité. Les ftDCiens oolons avaient apporté des piMites et des arbres exotiques ; mais on n'en retrouve pas le moindre vestige. Ce sont les vents, et non la nature tourbeuse du sol , qui s'opposent au développement des végétaux étranpers; rar on voit encore, près des ruines de rétablissement de h baie Française , la terre végétale que les Espagnols transportèrent du Rio de Ja Pbta, et qui est aussi dépouillée quo les ro* ehers du rivage.

Au premier rant? des plantes indigènes, il laul ulacer celle que Parker king a nommée tea plant (plante aa thé). Prise en infusion , tlle a le poiH du thé ordinaire le meilleur, et il est difficilede faire la ditïerence. Elle produit une petite baie qui, lorscni'elleest mûre , a unesaveurtrès-af^^réeUe. Pour le reste de la nomenclature, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire les observations de M. d'Ur- Tîile sur la flore de rtle Conti , observations consignées dans les mémoires de la Société linnéeime de Paris, t. IV, année 1825. Voici comment ce naturaliste raconte une excursion qu*il fit sur le mont Qiâteilux, pendant la relâche de la corvette la Ôoquitie à la baie Française :

« £levé de cinq cent quatre-vingtdoq mètres aru-deisus dn niveau de la mer, le mont Châtellux est le point

* culminant de l'île de la Soledad ou de Conti; et il domine fine vaste plaine sillonnée par de nombreux torrents,

O Voyi^ sin De» Makoimt»

et morcelée par les bras immenses de la baie MarviUe. Deux journées turent comaerées à cette eoseursion. On peut

juger que, dans une aussi longue course, j'eus occasion de prendre tme idée exacte de la nature de l'ile. Le ré- •ultat de nés obaervatMMB fiit la végétation devenait d'autant moins variée qti'on s'éloignait des côtes, et surtout do celles qui offrent à la fois des dunes, des mairais et des rochers.

Plus loin , on traverse des milles en^ tiers d'un terrain presque unimieineut couvert par les tapis serrés des trois graminées les plus communes dans nie {\fisfe$tuea erseto, ronindb on»

tarctica , et Varunéû /bta). Les 90111miers (bolax) sont très-clair-semés; mais les cinq sous-arbrisseaux restent à peu près dans la même (proportion.

Aussitôt qu'on commence a réle?er, la flore devient plus ridie; on rencontre un plus grand nombre d'espèces.

Âu sommet même du mont Châtellux, je retrouvai presque tontes celles qm m'avaientoflertes les diverses stations inférieures. J'observerai seulement que la plupart se trouvaient réduites a des dimensions deux ou trois fois moindres; le gommier, au contraire, souvent fixé sur la roche absolument nue, s'y montrait en touffes aussi robustes que partout ailleurs. Cinq plantes seulement m*ont semblé particolières aux hauteurs les plosoonstdérables, savoirs un bel aspidium occupant les fentes des rochers , et qui , de sa ressemblance avec une autre fougère unique en son genre, a reçu le nom de mt^rk/ldes; le curieux et bizarre nassavvlay auquel j'ai imposé le nom de fserjjens, et que j'ai recueilli sur la haute montagne au sud de notre mouillage et sur le Châtellux; le cenomyce vemiiculct»

ris, d'un blanc de neige, dont les tiges entrelacées et confusément étendues sur le sol semblent autant de racines de gramen blanchies par l'air; enfin, deux autres petites plantes croissani en touffes serrées , également remarquables par leur structure, et qui se sont trouvées être, l'une, le drapetes nuucoidesj déjà recueilli par Gommer* aon sur les borda du détroit, tt décrit

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PÀTAG<miE, TERBS-DU-FKIT ET ILBS MALOUINES. f 1

par M. de Lamark ; et Tautre , une espèce nouvelle de vakriçma , que Tai nommée sedifoUa. Ces trois der* nières habitent exclusivement le sommet m^ine du mont CîiAtellux. t'ne belle fougère , le lomaria mayelia' fUeay se rencontre rarement dans la plaine, mais elle tnpissp lo^ bords de ces coulées d'énormes fragments de grès quartzeux, si fréquents sur le penchant de toutes les montagnes.

L'tfffiM màaxantha habite de préférence les rochers nus , battus par les vents du sud-ouest ; et , par leur nombre et leur rapprochement, ses tiges rameuses et variées de noir, de jaune et de feuve, forment souvent, sur la surface unie de ces blocs, des prairies d'une espèce nouvelle. Je remarquerai ici que ces rodie8,d*une nature unique et constante, sont toujours disposées par couches assez régulières, mclinées sous un aniile de 40 à 60", et gisant de Test a l'ouest.

a Au nombre des plantes utiles i iliomme sur ces parages déserts, je citerai l'oseille et l'oxalitie; la dernière m'a paru d'un godt préférable à l'autre; le céleri, qui couvre les dunes sa- Monneuses; les jeunes pousses du plantnin, et les feuilles nmèrrs du tarojcacum lœvigatum^ qui pourraient iformer des salades aussi agréables que salutaires. Les fruits des Pemettiarinyrha et rubuii ont été assez préconisés par Bougàinville, Pernetty et M. Gaudichaud ; comme je n'ai vu que leurs fleurs, je ne puis dire jusqu'à quel point leur éloge est mérité.

La belle fetuque [festuva fjabcllata) , qui recouvre les gîtes des manchots, par la qualité, l'abondance et la longueur dfe ses chaumes , servirait utilement l'homme sous plus d*un rapport, f't In piarnntirait des intempéries de l'air, tandis que la partie inférieure de ses jeunes ti^es lui offrirait un alinient a peu près semblable, pour la saveur et la consistance . à celui qu'en certains départements de France on retire des souches du ttjpha. Les fours seraient rapidement chauffés par le feu pétillant de ïempetrum; le chiliofricum Ibnneiait de jolies haies de dd«

tures; et du baccharis il ferait de la bière ^ h Tcxemple des colons de Bou« gainville. Je crois aussi que les trois

grandes fucacées , macrocysfis commw îiis, DnrvilUca utilis et Lessonia fia" vicans, qui couvrent ces rivages, seraient tres-pronres à engraisser les terres et à les disposer à la culture. Enfin la primevère, la violette, les suaves etagréablesp«rk//ci7//rt, et l'élé-

âant staUce, deviendraient l'ornement e ses jardins. »

Les animaux qui vivent chez nous à l'état domestique, et qui peuplent les fermes de l'Europe , se retrouvent en très-erand nombre i la Spledad , dans rile Falkland et dans les ilots environnants. Les Français et les Espagnols , en quittant cet archipel , y lais- Mrent des bœufs, des chevaux, des cochons et des lapins, qui ont mu iti pl ié dans une projçressîon extrnnrflinaire.

Malgré la chasse que leur font les marins et les péclieurs, on pouvait, en 18S4, évaluer le nombre des bétes à cornes à douze mille au moins, et celui des chevaux à quatre mille. C'est là une précieuse ressource pour les é(]uipagesqui parcourent les mers voisines. Aussi ne manquent-ils pas d'aller renouveler leurs provisions et rétablir leur santé aux M.doiiines (*}.

. La chasse aux taureaux et aux chevaux est facile. Les premiers ne fuient pas devant une seule personne, ce qui permet de les tirer à portée de pistolet; mais les chasseurs doivent avoir la précaution de se tenir en ligne serrée, pour tromper l'animal sur le nom-

(*) u La clias&e et la pèche , dit M. Du-

Iierrcy dans le récit de n relâcbe au Palkand, nous pronirèretit une telle abondance de rafraiehi.iseinenU, que Icii mah lftfs, rassasié:) de viande fraîche, demandèrent comme une fliTeor, la ration de lard salé dont se compose en général à la mer leur nourritnro. Excepté les fruils el les légumes, tout était à profusion. Les quartiers de taureaux, de coebons , de chevaux même , les lapins, K'S outardes, les canards, les bécassinrs rt de beaux poissonsdu geuregolne étaient servis journellement sur noa tables , el nous trouvions encore dm le eéleri aamtie une mlad» apétUe. •

n L'UNIVERS

bre de ses agresseurs. Il faut aussi idcher de l'atteindre à la téte ou aux épaules; car, s'il n'étnit que légèrement blp'?s«'' , il (If'viendr.iit fiirietix , et l'on n'aurait pas beau jeu avec un pareil ennemi. Les chevaux ne craignent pas non plus rhomme Isolé. Toutefois, le bruit d'une arme.li feu les disperse au loin dans In r.nmpn^rne.

Ce ne sont pas les seules richesses animales de l'île Conti. On trouve encore dans les criques qui découpent ses côtes , et surtout à la baie Française, un nombre prodigieux d'excellents poissons.

La baie Française est située à Fouest de nie. Elle fut appelée par les Espagnols batp (le la SolrdnrK et par les An^his JJerhelcy SouNtL Klle a quinze railles d'étendue dans sa plus grande profondeur, sur une largeur de quatre milles. A la pointe nord-est dePentrée s'étend une suite de récifs qui se dirigent, à l'est, vers une roche sousmarine sur laquelle la corvette française VUranie, commandée par M. de Freycinet , fit naufrage en février 1820. Sur la côte opposée, on aperçoit In jîctite île aux Cochons , nom qui révèle la quantité de porcs qui peuplent cet îlot. La baie proprement dite s'étend jusqu'aux îles aux Pingouins et aux liOups marins. Le vaste bassin dans lequel on parvient après avoir passé entre ces deux îles, a reçu particulièrement la dénomination de rarfe rfr Saint- Ix^ds. C'est nu fumi de ce port que nos compatriotes fondèrent, en l/tM, l'établissement dont nous prierons plus en détail dans rhistortque des ]Malouines, et dont on voit encore les ruines par 51" 31' de latitude australe , et 60^ 34' de longitude ouest de Paris. La destruction du village français de Port-Louis est une des preuves nombreuses de rinipuissnnre qne le génie de notre nation a jusqu'ici temoi&née en matière de oolonisation. Depuis la cession du Canada jusqu*à celle de l'île de France , depuis la perte de l'Inde jusqu'à l'occupation d'Alger, toute notre histoire coloniale accuse l'impéritie et raveiiglenient des gouvernements qui se sont niooédé ches noos,

à partir de l'époque où Colbert , mieux inspiré , donna un développement respectable à notre marine.

Ile Falkland phoprement dite.

Plus grande que la Soledad , l'île Falkland est si profondément découpée sur toutes ses côtes , qu'il est difficile de déterminer ses dimensions. En calcuinnt parapproxitiintion , on peut dire qu'elle a cent milles de l'est à l'ouest, et soixante et dix du nord au sud.

La principale baie sur la côte septentrionale est celle qui conduit au Port-Egmont. (/est au fond de ce havre que s'établit la colonie anglaise destiné à assurer la domination de la Grande-Bretagne sur la plus vaste des INlaiouine^. L'emplacement de la ville était mal choisi , car les ruines occupent le revers méridional d'une haute montagne. Les jardins devaient se trouver à l'ouest , de sorte qu'ils étaient privés de soleil pendant la plus grande partie du jour. La commodité et la sdreté du mouillage expliquent seules le choix de cette position.

Le port le plus considérable nprès celui qne nous venons de dési<:ner est le havre de West-Point , a re.\treuiité ouest de ta presqu'île méridionale de Byron's Sound. Toutes ces baies , comme celles des autres îles , sont le refuge des baleiniers pendant les gros temps qui les surprennent dans ces mers orageuses. Le Port-Egmont était surtout recherché il y a peu d'années , parce qu'il fournissait aux marins des rafraichissements abondants. On y trouvait on grand nombre de porcs , ue les anciens colons anglais avaient éposés sur l'île Saunder, où ils avaient multiplié ; on y tuait aussi des oies de montagnes qui offraient un mets excellent ; mais aujourd'hui ces animaux sont devenus très -rares, et les seules provisions qu'on puisse se procurer à nie Falkland se réduisent a des oies etàdes canards aquatiques; et, comme ces oiseaux se nourrissent de poissons, leur cbair a une saveur des plus désagréables.

Nous ne pousserons pas plus loin nos détails géographiques sur les Maiouines. Nous nous bornerons à eiter.

PÀTAOOniE, TEBRE-DU-FEU ET ILBS MALOUIIIES. 71

Dour mémoire, les îles Anican et celle des Lions marii», an sud de la Sole*

dad ; Tlle Beaucbéoe , la plus méridionale de toutes; au nord-ouest, les îles Jasons ou Salvages, autrefois nommées îles Sebald: le Pain de sucre, placé en face de nie Saunder, et les Çuais verts j un peu plus au nord.

JîBW-IsLAND. f 'fi nouveau Robin.' son. L'île P^ouvelle ne mériterait pas davantage une mention spéciale dans ce rapide résumé, si elle n'avait pas été le théâtre d'une aventure éminemment dramatique , et que nous ne pouvons passer sous silence.

Disons d'abord, ^ur donner une idée du lieu de la scène, que cette île est extrêmement montagneuse, et que sa partie occidentale offre une suite de

firectpices effrayants, au Ibnd desquels a mer s'engouffre parfois avec un bruit tcrrihif. On remarque dans ce chaos iiranitique, si l'on peut s'exprimer ainsi, un mur de rochers qui s'élève de cinq cent cinquante pieds au-dessus des flots, et dont Taspect sombre jette dans l'Ame de l'observateur une terreur mdicible. Quand le vent d'ouest soufDe avec violence, les vagues furieuses se brisent contre cette masse gigantesque, et entourent sa base d'un nua^e de vapeur mêlée d'une écume éblouissante. Des plaines couvertes de hautes herbes; quelques lacs, dont les eaux, incessamment effleurées par de nombreuses troupes d'oiseaux, baignent le pied des montagnes ; des sites sauvaces, des escarpements pittoresques; a énormes blocs confusément entassés et offrant des traces évidentes (ItMXiiivulsions terrestres, voilà ce qu'on voit dans l'intérieur de New-Island.

C'est là qu'au commencement de Tannée 1814, le capitaine liarnard, de la marine des États-Unis, fut obligé de rekkher, pendant un voyage entrepris pour compléter un chargement de foiirrurrs. Comme il s'apprêtait à quitter cette solitude, il rencontra, sur la cote méridionale l'équipage d'un vaisseau anglais naufragé. Trente personnes, parmi lesquelles desimpies passage» et quelques femmes, eompo-

saient cette réunion de malheureux qui, après la perte de leur navire, erraient, le désespoir dans Tâme, sur cette plage lugubre. Le bâtiment américain était petit, et le nombre des individus qui imploraient un asile a son bord était considérable; mais l'huma ni té parlait , et Barnaid n'héslts pas a recueillir les Anglais.

Le premier sentiment des naufragés, après cet acte de générosité, fut celui a'une vive reconnaissance pour l'homme qui les arrachait à une mort presque certaine, ou tout au moins à de cruelles souffrances ; mais cette iomression ne tarda pas à faire place à aes pensées d'une nature toute différente. Les États-Unis d'Amérique étaient alors en guerre avec la Grande- Bretagne, et ce souvenir, auquel les Anglais ne s'étaient pas d'abord arrêtés, leur inspira des doutes injurieux sur Itjs intentions de Barnard.

Celui-ci cependant leur avait promis, sur son honneur, de les déposer dans un port brésilien lorsqu'il retournerait dans sa patrie. Mais cette assurance ne les tranquillisait pas. Ils supposaient au capitaine l'odieux projet de trafiquer de leur liberté, c'est-àdire, de les livrer, moyennant récompense, au gouvernement des Etats- Unis.

Pendant que ees soupçons s'accréditaient parmi les Anglais, Barnard,

pour subvenir à l'entretien de ce sjip-

Slément d'équipage, prenait la peine 'aller lui-même tuer dans New-Island des oiseaux et des animaux domestiques devenus sauvages. Un jour, après avoir chassé longtemps , il revenait au mouillage, chargé de gibier et songeant à la joie qu'allaient prouver ses hôtes à la vue de ces provisions fraîches; il touchait presque au rivage et allait remonter dans le canot qui l'avait amené jusque-là, quand, levant les yeux vers 1 endroit où il avait laissé son vaisseau, il le chercha vainement du regard. T^n léL'cr brouillard, oui s était forme pendant son excursion, lui fit croire d'abord qu'il ne pouvait l'apercevoir. II appela; poût de réoonse. Alors il as décida à

ramer vers le navire; mais, arrivé près da lieu où il avait Jeté Taiicre dans la matinée, il aequit la conviction que ses veux ne Pavaient pas trompé et que )e vaisseau avait disparu. Les Anglais avaient, en effet, coupé le câble et cinglaient à pleines ?<Mies vers Rio-Jaiiriro, ahandonnnnt sans pitié leur libérateur et ses quatre matelots sur cette plage inhospitalière!

L'étonnement, la douleur et VMU Ànation se saocédèreot rapidement dans IMme du capitaine. Quelle horrible ingratitude! Rendre ainsi le mal pour le bien ; vouer à un lon^ supplice celui qui leur avait généreusement accorde un refuge au prix de son bien-être! Quelle récompense de tant de dévouement et d'abnégation ! l ouiefois un moment de réflexion et de sang-firoîd It deviner au capitaine la cause de ce complot, l.lchement exécutéà rinstant même où il avait confié son navire à l'équipage étranger ; il pensa qné la crainte d*étre rétenas prisonniers aux États-Unis leur avait insniré cet acte de trahison et de barbarie. L'idée çeule du soupçon auquel il avait été en botte , plus encore que Thorrenr de la position où le jetait i'aboniinnble conduite des Anclais,dnt lui faire regretter bien amèrement ci avoir cédé a un sentiment d^humanité.

Et comment exister, lui et ses quatre compaç^nons ? Les A niilais n'avaient laissé sur le rivage ni vivres ni vêtements! Les malheureux étaient dans le dénAment le plus absolu. Mais la nécessité rend indtistrieux. Les œufs des albatros, et quelques coquillages recueillis sqr le bord de la mer, leur fournirent , peodsnt quelques Jours, une nourriture abondante. Ensuite ils dressèrent un chien, qu'ils avaient par hasard amené dans Pile, à chasser les cochons, dont la chair fut leur plus précieuse ressource. Ils nvnirnt nii'^si semé quelques pommes de terre qu'ils avaient emportées pour leur déjeuner pendant la chasse, et à la saison Suivante, ils purent en recueillir assez pour faire leur provision dliifer. La peso des phoquea qa*ila

tuèreot avec le reste de leur pondre et de leurs balles, leur servit de vêtements. Enfin ils parvinrent à construire une petite maison en pierre, assez solide pour résister à la violence des ouragans, ai fréquents dans ces parages (*). Quant à leur situation mnr;de. nous n'entreprendrons pas de ia décrire i elle se devine aisément.

Bàmard était celui qui souffrait

le plus. Dès que les matelots a'é-

1 nient vus sur ce rorher solitaire, ils avaient secoué tout respect et toute obéissance envers leur ciief.

Quoique l'autorité de celui-ci se bor»

n.lt h leur donner des conseils d.ins leur propre intérêt, ils la trouvaient encore trop dure, et ils organisèrent contre loi une ligue permanente. Le capitaine courbait la téte, et dévorait les affronts que lui infligeaient ses subordonnés; il sentait que la résignation et la patience étaient une des nécessités de sa position.

L'n soir, les matelots qui, sous un prétexte frivole, avaient chassé dans un autre endroit que lui, ne retournèrent pas à la cabane à l*beure ordinaire. La nuit vint, et Bernard les attendit vainement. Au point dfi jour il se dirigea, avec un sinistre pressentiment, vers le lieu où leur barque était amarrée : die n*^ était plus. Il comprit que les miserableà 1 avnient enlevée et avaient pris la fuite, le laissant seul dans sa triste prison. On peut se faire une Idée de la douleur qui s'empara de lui au momènt dè cetta terrible révéi itlon. Klre seul désormais, seul dans cette immense Thébaïde , livré à ses propres forces; n'avoir pour toute consolation que les souvenirs et la prit i e ! De quelle force morale ne fallait- il pas être doué pour supporter la perspective d'un pareil supplice ! Les hommes grossiers qui avaient partagé ses premières souffrances lui nvnieiit faitbien cruellement sentir le poids de ieurdes*

(*) Certe maison se "royalt encore à New- Islaiid à répoquc où le cspiunae Doperrcy rdàebt aux ilM MalouiiMf»

PATAOORIE, IXRRMm-PEU VT JVBS MALOUINES

potisme brutal; bien souvent il s'était indigné contre leurs tyranniques allures; et mmitmant qu'il se troiiYait face à facR avec lui-même, maintenant que nulle voix ne répondait plus à la sienne, il regrettait leur présence. Plntdt Wvrè malhettreift arec fes ennemis, pensait -il, que d'être seul! C'est qu'en effet Tiso- Irmfnt est une torture dont peu (1 honiineii peuvent supporter Tépreutet il éneffé, corrode et |>aralyse les forces de l'âme; il abat le caractère le plus intrépide; c'est un poison qui s'insinue goutte à goutte dans les Tefnes, et qui taelRnîntblemeiit.

Le capitaine rentra découragé dans n chétive cabane. Cependant , le lendemain , il reprit les occupations qu'il avait l'habitude de partager avec ses iBStelots. Pour ne pu se livrer à des réflexions désolantes , il travaillait sans relâche; il dominait ainsi son esprit par remploi , quelquefois même exa-

8éré, de ses forces physiques. Tantôt ! préparait des peaux de phoqiMS, tamdt il allait à la chasse avec son diien , fidèle et dévoué compagnon de ses douleurs ; tantôt enfin il amassait des proTisions fow ift saison où le gi^ bier ne serait ||M si abondant. Une oa deux fois par jour, il gravissait péniblement une haute montagne , espèce d'observatoire naturel placé auprès de sa demeure. Parvenu au sommet, il promenait lonîitpmps sp<; rri^nnls avec anxiété sur riniiiiense nappcdel'Océan, interrogeant l'horizon . et suspendant son âme , pom* ainsi dire , à chaque point ipii lui offrait dans le lointain l'apparence d'un vaisseau. Quelquefois un mirage trompeur lui uiisait voir l'objet de ses espérances ; mais un Instant après , il descendait la montagne , profondemrnt abattu . rt absorbé dans de poignantes niéditatioiis.

Toutes les impressions ressenties par le héros de ustiM de Foê durent assaillir le capitaine américain, pendant la longue période de son isolement ; toutes les angoisses qui torturèrent l'habitant solitaire de Tiie de Juan Femandes, Barnard les éproufa eertaiMflwnt. Qft^oa f eUse les sotew

les plustoudiantesderécrifain aurais, et l'on croira lire l'histoire du prisonnier des Malenines.

Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis la fuite des matelots, lorsqu'un jour , assis à la porte de sa cabane , le capitaine crot aperoêroir ée9 homnes qui se dirigeaient vers lui. Il ne 8*était pas trompé ; c'étaient les quatre transfuges , qui , n'ayant pu aller plus loin que ies lies voisines , et incapables de pourvoir d'anXHnêmeS à leur subsistance, venaient împlorrr le pardon de leur Supérieur, et vivre avec lui. Ce jour^là , ce fut féte à ISew-island ; on célébra jojftascmcBt ta fctour des ma* lelets , et chaean oublia un instant ses sombres pansées et sa situation pré> sente.

Mais , hélas ! la guerre ne tarda pas à éclater de nouveau entre Bamara et

les marins revenus auprès de lui. Un d'eux même conjura la mort du capitaine; mais l'animositédes trois autres n'allait pas jusqu'à Tassassinat. Ils découvrirent M projet de leur camarade, et le firent avorter en h' dénonçant à Iftir chef. Une jiptite île ihi liavrc des (Quakers servit de prison au coupable, à qui Bernard, dans sa aénérosité, eut soin d'envoyer journellement des vivres. Cette retraite forcée, cette es-

fèce de réclusion dans un lieu propre entretenir les pensées sérieuses et tristes , influèrent puissamment SUf lé criminel. Au bout de trois semaines, le capitaine le jugeant sufTisanimcnt puni , lui permit de revenir s'asseoir comme antivols au fojrer comnrmn.

Dès ce moment, l'harmonie régna entre les cinq habitants de l'île, et le bien-être général se ressentit de cette paix tardive.

Ils se livrèrent avec une ardeur non* velle à la cbassp et 5 la pi^-he des !o;ips marins , dont la dépouille leur ( tait si précieuse. Ils poussaient souvent leurs oscursions dans les ties voisines y où ils trouvaient do gibier à profusion; et quand la journée avait été productive, quand une température douce et calme avait favorise leur promenade , ils s'en menaient plus joyeux au logis. Cependant le oopitant s'apentvait qot

le découragement commençait à s'emparer de ses compagnons. Lui-même , malgré ses efforts de volonté , et la dose de philosophie qu'il nvnit nrquise par la rude épreuve do l'isolement , MDtait sa force morale diminuer de lotir ea Jour. La nostalgie minait soordemont l'existence de ces cinq hommes, victimes du plus h rrible guet-apens. Peut-être étnient-ils destinés a succomber bientôt à cette cruelle agonie du cœur et de Tesprit; mais, le 10 décembre IftI.'î , une voile apparut nu loin sur les flots, et leur annonça la tin de leur captivité.

Quelmies instants après , ils étaient à bord du vaisseau libérateur. Le hasard avait voulu que Barnard , trahi et lâciicment abandonné dans une île déserte par de^ Anglais , dût son salut à des individus delà même nation ; car le navire qui le reçut à son bord était sorti d'un port de l'a Grande-Bretagne.

ISew-Island avait ^ardé deux années entières ses hôtes infortunés , qui n*eurent rien à envier à Robinson, si ce n'est un historien aussi habile que Daniel de Foë.

COLP d'œiL HlSTOJiIQL£ SUfi LES

Malouinbs. — Malgré l'opinion des

anciens géographes , il est certain que ces îles n'ont pas été découvertes par Améric Yespuce; car la terre aperçue par lui en sous le psrallèle de cinquante-deux aegrés, ne se rapporte pas à la position des Walouiues. Cette terre ne peut être ^ue celle dont Antoine de la Kuciie eut connaissance, en 1675, et qui , revue par Duclos-Guyot , en 1756 , fut , en 1775 , nommée (,enrgia par le capitaine Cook. C'est a Jubn Davis , le célèbre navigateur qui a laissé son nom au détroit qui sépare le Labrador de la côte occidentale du Groenland , qu'il faut attribuer la première découverte des iles dont nous nous occupons. Jeté dans ces parages durant un voyage dans la nier du Sud , le capitaine anglais imposa au groupe des Falkland le noi»de Davis' iout/iern islands.

Deux ans après, le chevalier Richard Hawkins noonnat la partie septentrion .

nale de ces îles , qu'il nomma à son tour Maiden-land (terre de la Vierge).

34 janvier 1600 , Sebald de Weeitl découvrit dans la partie occidentale trois petites îles qu'il baptisa de son nom. Les Malouines furent revues en 1615 par Schouteo et Lematre; es 1664 par Dampier et Gowley ; en 1701 par Beauchesne Gouin , dont le nom est reité à celle de ces îles qui forme la limite australe de l'archipel.

Entre 1706 et 1714, des marins de Saint-lVIalo imposèrent à ces îles le nom de Malnvines. Les Espagnols altérèrent légèrement cette dénomination en disant MahHuu, AujounThni même , Mahm , corruption de 3falouinps , eit quelquefois employé i»ar les Américains et les Anglais pour désigner cet archipel.'

On peut dire que jusqu^en 1690 les Malouincs n'nvaient pas été explorées.

Elles le lurent a cette époque par John Strong , qui appela canal de Falkland la passe qui sépare les deux ties principales. La petite île découverte par Beauchesne dans la partie sud fut nsitée en 1708 par Wooo Uoizrr et Courtuey , qui avaient d'abord longé la côte •orientale. Ces deux navigateurs, de même que Hawkins et d'autres explorateurs plus modernes, crurent que les Malouines étaient couvertes ae»

paisses forêts ; ils fiirent sans doute trompés par les touffes verdoyantes de la grande graminéequi tapissent les cotes de ces îles.

Mali^re les vovages de Beauchesne, qui avait fixé rétendue de cet archipel au sud et à l'ouest; de Brignon, qui , en 1711 , visita les îles Sebald de SVeerd ; des vaisseaux le Maurepas et le Saint'l/mis , qui avaient abordé à la côte méridionale de Tlle Conti ; de Porée, qiii , en 1708, avait examiné toute la partie nord , les îles Malouines étaient encore très - imparfaitement connues. Enfin, en 1760, rattention de la France se porta sur ces contrées.

Les nécessités de la guerre avec l'Angleterre, et les besoms du commerce national, faisaient aux conseinersde Louis XV un devoir de chercher , à ratréuûté méridionale de rijnériqâe,

PATAGOIOE, T£aRE*J>U-F£U £T ILES IIALOUINES. 91

un point ansoeptilile de devenir nn Ken

de relâche commode et un établissement important. Nos vaisseaux en destination pour le faraud Océan étaient obligés, faute d'un port plus voisin du cap Horn , de relâcher au Brésil ou à Rio de la Plata , où les attendaient mille inconvénients imprévus. Cette nécessité ne faisait que rendre pins- difBciles nos opérations commerciales sut les cotes du Pérou et du Chili , opérations nui , des le commencement de ce siècle , avaient pris une certaine importanoe. La position des Malouines , que Tamiral Anson avait déjà si^nnléei à la sollicitude du iiiinisicre nu'îiais , fixa naturellement les regarUb du cabinet de Versailles. D*après les renseignements qu'on avait pu rcrueillir , on pensa qu'une colonie établie dans une ile de ce vaste croupe ne pourrait manquer de prospérer. En eonséquenoe, Bougainville fut chargé d'aller jeter au sud de l'Amérique les fondements d*un établissement durable.

Le 3 février 1764, l'illustre navigateur aborda à l*lie de Soledad et mit pied à terre à la baie Française, où il accomplit le cérémonial qui devait consacrer la domination de notre patrie sur les ties Malouines. Il corn* menca la construction d'un fort, et fit élever un obélisque dnns son enceinte m^nie. En posant la première pierre de la pyramide, il y mit une plaque d'argent, dont une des faces portait une inscri[ition qui mérite d'être citée à titre de document bistorique : «Découverte; établissement des Iles Malouines, dtnées au M* W de latitude australe, et 60' 50' de longitude occidentale, méridien de Paris, par la frégate V. iujlc , capitaine,I*ierre Duclos-Guyot, capitaine de brûlot; et la oortette U Sphmxy capitaine F.

Chénard ; Gyrauaais , lieutenant de frégate; armées par I,ouis de Bougainville, capitaine d'infanterie, capitaine de vaisseau et chef de l'expédition; G. de Bou^ainvillc de ^>rville, volontaire, et Pierre Darboulier, administrateur général des jHirls de France. Constructiou d'uu fort etd un

obélisque décoré d*un médaIKoll de

Sa IVIajesté Louis XV, sur les plans d'Antoine l'Huillier, ingénieur -géo-

Sraphe des camps et armées, servant ans l'expédition, sous le ministre d'État de Choiseul de Stainville, en fé> vrier 1764. »

A peine Bougainville avait-il préludé a ses essais de colonisation, et installé les familles destinées à résider dans l'île, que le commodore Byron jeta l'ancre au nord de la Soledad, dans le port de la Croisade, qu'il nomma Port-Egmont, et prit posisession de l'archipel entier au nom du roi d' Angleterre. Mais cette formalité ne lut suivie d'aucune tentative immédiate d'établissement; en 1766 seulement le même port vit le capitaine ani;lnis Mac Bride commencer sur ses rives une colonie qui ne devait pas mieux réussir que celle dont notre compatriote avait été le ^tron.

L'Elspagne n'avait pas appris sans un dépit secret ces deux événements, qu'elle n'avait tu ni prévoir ni empêcher. Placées à l'extrémité de l'Amérique méridionale, les deux puissances 1rs plus redoutables sur mer pouvaient désormais tenter un facile coup de main sur ses possessions transatlantiques. Effrayée de ce danger, elle négocia aveclarrance, dont les premiers efforts dans ces parages lui avaient paru plus sérieux que ceux de l'Angleterre. Elle réclama les Malouines, sous p^texte qu'elles n*élaient qu'une dépendance de l'Aniérique du Sud, dont Textrémité reconnaissait sa domination.

La France, qui depuis le bonteux traité de 1763 était en humeur de concessions, fut assez complaisante pour reconnaître les prétendus droits de l'Espagne : elle se borna à exiger le remboursement des frais qu'avait occasionnés l'établissement de Port-Louis.

Il n'en coûta donc au roi d'Espagne

2ue 600,000 livres. Bougainville dut bandonner avec un vif regret sa colonie naissante; mai^ force était de se résigner; en conséquence, le i" avril 1707 il fut obligé de remettra* à don Philippe liais Puente, futur guuvcr-

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fê

neur desMalouines, ce poste si important, sinon comme possession productive, du moins cçuiuie ^nt militaire et politique.

Ce qu'il y a de aîDfufier, c*est que les Espagnols ne s'occupèrent uuilenient des Anglais, dont ils devaient soupt^onner la présence dans cet archipel. Ce n^est que deux ans après leur arrivée, qu'un jour, un navire de leur nation, sorti de la baie Française , rencontra par hasard un bâtiment anfilaifi venant du Port-Egntout. Grande fut la surpri9eb de» deux équipages, en apprenant par la vue de \n\T pavillon respectif, et par les paroles échangées entre eux, que, dej)uis longtemps , ila vi?a|ent pouf ainsi dire càto a edtA sans s'ea douter. Chacun s'irrita de ce qu'un ennemi effronté se filt établi presque dans le même lieu : et , comme pour, compléter cette petite comédie , Aa^ais et Espa(eiMls s'ordonnèrent mutuellement de quitter ces îles ; après quoi les deux vaisseaux continuèrent paisiblement leur course.

Les colons dea deux établissements n'eurent pas de repos qu'ils n'eussent instruit leurs gouvernements d'un fait qu'ils considéraient comme une usurpation et une injure. Mais les Espe^Dols eurent satisfaction les premiers. A la nouvelle de la formation de la colonie britannique , don Framifloo Bucareli y Uraua, gouver^ nflur< de. Buenos- Ayres , s'empressa d'envoyer contre le Port-Kgtnont cliuj frégates portant (jnatnrze cents houjmes de débarquemeiil. i.es Anglais, préveous à temps, réunirent quelques forces pour faire avorter la tentative de don Maradiaga, commandant de 1 escadre espagnole'; mais, aux cinq frégatesda Boâioa*Ayres ils n*en pun rent oppoBei^ ^ue trois, et une battis rie de huit pièces d'artillerie. On se battit avec un certain acharnement ; mais la supériorité du aunibre ne tsnda psfjà nire pencher la.baJanoeda oMé des Espsgnojs. Le 10 juin 1770, l'établissement anglais tomba entre 1m mains des agresseurs. Toutefois, ktsuccès des troupesde Bueiios:Ayie8

n'eut pas lef féwiltrti '%a*oa m «vsil

attendus.

L' Angleterre se montra violemment irrité de cette aaressioii, et demanda une réparation eidatante. Craignant que cette puissance, alors alliée du Portugal, n'usait de représailles en Amérique même, ce qui lui eût été facile, le gouvernement espagnol désapprouva hautement l'acte de brutalité que le gouverneur Bucareli avait cru pouvoir prendre sur lui, et décida que le Poit-fi^mont serait restitué à Sa Majesté Britanique. Cette rétroceS" sion eut lieu en effet (*) ; niais à peine les Anglais t taient-ils rentrés en possession de ce point, qu'ils l'abandonnèrent, au grand étonnement de leurs voisins*

Cependant les Espagnols Hxés à la baie Française ne donnaient pas à leur établissement tous les développa ments dont il était susceptible. Il esl éfident miik n'avait de valeur à leurs yeux qu au point de vue polit icjue.

D'ailleurs ils s'accommodaient mal du climat humide et brumeux de ces îles , et aspiraient à retrouver un soleil plus ebaud. L'agriculture ne faisait aucun progrès ; les arbres transplantés de la Terre -du -Feu n'avaient pas réussi; et les colons, indolents par caractère, ne s'occupaient pas de les remplacer, en adoptant des procédés de culture mieux appropries au climat. Ce fut donc avec joie qu'ils quittèrent un pays où ils avaient beaucoup souf* fert , et dont le séjour ne convenait ni à jour tempérament méridional, ni à [euvx habitudes. Mais le gouvernement de Madrid, voulant conserver ce poste avancé de les possessions oolomalea d'Amérique, continua à entretenir une parnison de quelques soldats à Textrémite occidentale de farcbipel ; et ses vaisseaux venaient mouiller de temps en temps dans les porta voisins, pouv savoir par ^ids équipages œs rivages

(*) On peut vuir les détails des négociattoiM diplomatiques qui eurent lieu è ce sujet, OMS l'appemlix plarë à la suite (fal voyage du capitaine Pai ktr Kilif;. Ci t nineur a eu cominuuicalion de& picc« otuctidles dépoiéet au ndàm de Wmt^n ojfim

PAXAGONIE, T£Raj&-DU-f£U £J ILES UALOUINES

étaient visités. Il est difficile de dire à

quelle époque précise la petite garnison fut retirée des Malouines; mais le départ détiiiitif des Espagnols a dO ifoir lien dans les premières années de ce siècle; car, de iStO à 1820, Il ne se trouva personne dans ces ties pour en revendiquer la possession.

L'importance des Malouines, comme point de relâche et comme poste militaire , ne pouvait échapper au gouvernement républicain de Puenos-Ayrcs.

En 1820, la frégate V/Iéroinr, roiiimandée par le capitaine Jewitt,iiiuutlia dans la baie Française, et prit possession des îles au nom de la répunlique.

Ce fait semblait annoncer que le gouvernement révolutionnaire dç la Plata allaît s'occuper sérieusement de coloniser les Malouines; mais les violentes agitations auxquelles les Ktats de r.Aniérique méridionale étaient alors en proie , empêchèrent, pendant quelques années, les nouveaux maîtres de cet nrchinel de donner suite à leurs projets d'établissement. On croyait

Î[u'ils y avaient renoncé entièrement, orsque , le 20 juin 1829, parut un décret qui, après avoir établi que la république de Buenos-Ayrcs avait hérité de tous les droits de la couronne d'Kspagne sur l^s terres situées près du cap Horn , contenait les dispositions suivantes, dont nous croyons devoir reproduire le texte :

Art. Les îles Malouines et les îles adjacentes au cap Horn, dans Fooéan Atlantique, recevront un gouverneur politique et militaire, qui sera immédiatement luunmc par iegouverr neroent de la république.

Art. 9. Le gouverneur politique et militaire résidera dans Vî\e de la Soledad , où sera dressée une batterie et arborô le pavillon de la république.

Art. 3. Le gouverneur veillera, dans les fies susdites, à Pexécution d^ lois de la république , et tiendra la main à l'observation des règlements concernant la pèche des phoques et de la baleine sur les côtes.

Peu de temps après, on apprit, en Europe, que !NI. Louis Vrrîiet de Hambourg, qui avait fait tout récemment

une exploration complète des Malouines, avait été nomme gouverneur de

ces îles, et qu'il était parti avec sa famille , et quarante colons anglais et allemands, pour commencer, a la baie Française, l'établissement projeté.

IVoîis ne pouvons nous dispenser de faire observer que les motifs du décret de Buenos-Ayres étaient passablement étran^. TTna colonie oui 8*émancipe nliérite pas, par cela même, des territoires voisins appartenant à ses anciens maîtres. Si cette singulière doctrine était admise dans le code des nations, les États-Unis d'Amérique, |)ar exemple , auraient pu réclamer à titre d'héritage Terre-Neuve et le Canada. En pareille matière , la force seule coi^tltue le droit, et c*est ainsi qne les Iles iMalouines passèrent sous Pautorité dé la république Argentine. On peuts'étonner, du reste, que le gouvernement de Buenos- Ayres ait cru devoir s'appuyer sur des arguments aussi frivoles, et couvrir son usurpation du manteau de la légitimité. Il n'avait pas besoin d'excuse pour justili(çr un fait qui , depuis longtemps, avait acquis, en quelque sorte, forced*usàge parmi les peuples civilisés.

Il ne sera pas sans intérêt de savoir ce que devint en peu de temps, entre les mains de xernet , la colonie de la baie Française. L*extrait suivant d'une lettre écrite au capitaine King par un oflicier de ses amis, nous fournit à ce sujet des détails assez curieux : <i L'établissement forme un demi-cercle autour d'un emplacement où l'on parvient par une passe étroite faisant partie de la baie. Cette entrée, du temps des Espagnols , était défen* due par deux forts actuellement ea^ ruine, et dont l'un est destiné à renfermer les bestiaux sauvages, quand on vient de les prendre. Le gouverneur, Louis Vernet, me reçut avec cordialité. Cest un honmie* instruit et qui parle plusieurs langues. Sa maisou e^t longue et basse, à un seul étage ; les murs sont de pierre et glt trémement^is. J'y trouvai une bonne bibliothèque composée d'ouvrages espagnols, allemands et an^is. Uno,

conversation animée (^£rava le dîner, auquel assistaient M. Vertiet, sa femme, M. Biisbane , et quelques autres convives. Dans la soirée, on fit de la muslaue et l'on dansa. Il y avait, dnns le salon , un grand piano ; madame Vernet, créole de Buenos-Ayres , chanta phisiears morceaux cliarmants. Le bruit de ce concert improvisé me sembla (^traniîp dans les îles Falkland, où je ue croyais rencontrer que des marins et des pêcheurs. L^éiablissement de M. Vemet consiste en une quinzaine d'esclaves qu'il a achetés du gouvernement Argentin , à la condition de leur apprendre un n)etier utile , et qui sont engagés à son service pour quelques années, après lesquelles ils seront libres de droit. Ils ont, en ^lénériil , de quinze à vingt ans, et paraissent très-heureux. Le nombre total des habitants de rile est d'environ cent, y compris vingt-cinq Gauchos et cinq Indiens. Il y avait deux lamilles hollandaises, dont les femmes étaient employées à traire les vaches et à faire du beurre; deux ou trois familles anglaises, et une allemande; le reste se composait d'Kspagnols et de Portugais , qui se disaient commerçants , mais ne faisaient rien , ou a \)('\\ près. Les Gauchos étaient

I)rincipalement Buenos-Ayriens; mais cur capataz ou chef était un FrançcUs nommé Jean Simon. »

Ces détails prouvent que les colons pouvaient raisonnablement espérer de voir leurs efforts couronnés de succès.

Malheureusement une catastrophe im-

S revue vint fondre sur eux, et anéant le fruit de leurs travaux.

Vernet avait obtenu non - seulement le titre de gouverneur des ÎMalouines,maisencoreleprivilége exclusif de la pêche dans les parages de cet archipel. A peine investi de ses fonctions officielles, il avisa à éloigner les bâtiments américains dont les équipages dévastaient les baies les plus peuplées d'amphihies, et tuaient, en toute saison indistinctement, bestiaux errant dans les plaines. En 1831, avant aperçu un navire de cette nation , qui , malgré plusieurs avertissements ofliGîellement communiqués au

consul des F.tats-Unis, était venu piocher dans les eaux des Maiouines, le gouverneur s'eiiipara du.bâtiment. Cet acte de répression attira sur M. Vern^ et la malheureuse colonie la colère du capitaine américain, Silas Dunc^nn, commandant la corvette Lexinqton.

Ce marin , sans y être en aucune façon autorisé par son gouvernement, se rendit de la Piata aux Falkland, attaqua à Timproviste le nouvel établissement , saccagea les propriétés des colons , et détruisit leurs demeures.

Plusieurs d'entre eux , parmi lesquels M. Brisbane(*), furent emprisonnes dans le vaisseau américain et accablés de mauvais traitements; on les conduisit [)ris(Winiers à Ruenos-Avres, où ils furent remis entre les niauis du gouvernement dans le mois de lévrier 1839. Les Ctats-Unis approuvèrent la conduite brutale du capitaine Duncan, et réclamèrent non -seulement des indenmités pour le préjudice causé au conmierce de l'Union , mais encore une réparation éclatante pour tous les prétend us dommniies que les citoyens américains avaient personueUement éprouvés.

Pendant que tes États-Unis et Buenos-Ayres perdaient leur temps en d'interminables discussions . 1" Anuleterre , qui n'avait jamais cesse de se coîisidérer comme seule souveraine des îles Falkland, et qui avait officiellement

Ï>rotesté contre l'installation de lacoonierépublicaine (**) , ordonna aucommandant de sa station navale de TAmérîque du Sud d'envover un vaisseau de guerre vers cet archipel, pour y arborer de nouveau ses coulcjirs nationales, confirmer les droits de sa domination, et faire disparaître tout ce qui appartenaitau gouvernementde Buenos-Ayres.

Le 2 janvier 1833, les fr^ates la Clio et la 7y}>f' mouillèrent Tune dans le havre de Berkeley, l'autre au Port- Egmont. Dans oes deux endroits , Pé-

(*"' Ce M. Brishano , revenu plus tard à Port-Louis, fut .i>sas'^tric dniis une révolte des soldais de Bueuos-A\rcs.

Voyez dans l'Appeiidix du voyage de King les docamenti i rappni.

PATAGOMIE, TfiRRE-DU FËU £T ILES MAL0UINE3. 81

tendard britaniiMnie fut déployé aa bruit des salves (rartillerie. petite garnison républicaine mit bas les arnnes saos résistance , et partit pour la Plata sur m Mbooner armé qui le trouTaft dans la rade.

Depuis cette époque, les îles Malouines appartiennent à la Grande- Bretagne , quoique cette puissance n'ait ri«n nit pour en tirer tes resaourcea et les avantages que cette* possession offre incontestablement. £n 1834, un lieutenant de la marine royale fut enmé à Port-Louis, ayee ordre d'y ré* aider ; nous ne savons ce qu'il y a fait, car ici s'arrêtent les documents que nous avons pu recueillir tant en anglais qu eu irançais (*).

(*) Vmu avons puiaé hm

sur les négodations des Étals -Unis avec Biienos-Ayres , dans TouTrage anglais inti* tulé : TftouglUs rtsptcting t/te FalkUutd

par la I/JalinMB; dam la 4»*

Noua n*aTona asaturément paa dit le

dernier motde l'histoire des Malouînes.

car la position de ces îles à l'extrémité méridionale du continent américain et dans des parages précieux pour le coanmerce , leur promet une destinée non moins féconde en vicissitudes, que l'a été la période de leur existence dont nous venons de tracer le tableau succinct.

Toutefois, elles ont perdu de leur importance comme point de relâche, le passage dans l'océan Pacifique par le cap Hom étant de ploa en plna né« |;ligé pour le détroit de Magellan. Aulourd'hdi , il n'y a guère que les navires bnleiniers et ceux qui vont à la pêche des {)hoquesdans levoisinage des terres polaires, au! aillent renouveler aux Malouinea leiirs proYiaiona d'ean et de viande.

lettre de Junius , et dans quelques jouriiatu pnbliéiàBiMOos-ATiM an i8la.

FIN

UO. (PaTAGONIB, TbEIMD-FkU et ILIS MÀLOUlfflS.) f

TABLE DES MATIÈRES

CONTEirUSS DàMS LBS HOTIGBS. SUR

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