‹ L'UniversChapitre 51 sur 60 · FOI.E ARCTIQUE · texte numérisé non relu

FOI.E ARCTIQUE

On comprend sous la dénomination générale de régions eircompokthrmt les pays suivants : à l'ouest de rAniérique septentrionale, les terres. que baigne la mer de Behring, le détroit de ce nom et l'espace qui s'étend jusqu'au oap des Glaces; au nord du même continent, les terres arctiques proprement dites; au nord-est le Groeninnd, l'Islande, Tile de Jean-Mayen, et le Spitzberg; au nord de l'empire russe, la partie septc ntrionalede la Sibérie et la Nouvelle-Zemble; au nord de. l'Europe, la Laponie; dans rhémisphère austral, les Orcades méridionales, Tardiipel de Sandwich, les Shetland du sud, les terres de LouSS'FhUxppe et de JoinviUe; les contrées récemment découvertes par le capitaine Dninont d'Ufville; enfin, la terre d'fcinderby.

Nous commencerons notre descrip* tion par les terres arctiques propre* ment dites, ces immenses régions qui s'étendent à l'ouest du Groenland, et que baignent les eaux du détroit de Davis, de la mer de Baf- Cn, du détroit de Barrow, du golfe de BooUua, et de la partie septentrionale de la baie d'iiudson. C'est la partie la moins connue et la plus triste de l'hémisphère boréal. Le littornl de certains points de ces froides contrées a bien été exploré \)ur (jnckpics navigateurs ; mais , parmi les marins les plus intrépides et les plus expériooentés, Il n%n est pas qui se s< ient aventurés sans terreur dans ce labyrinthe de haies, de détroits, de golfes, d'iles de toutes les grandeurs et de mers aux sinueux contours. Là , peu de rivages portent un nom déterminé.

Tour a tour baptisée par différents

explorateurs déroutés, chaque plage, pour ainsi dire, c^che sous le nombre de ses dénominations diverses Porigine de sa découverte. Là, tontes les règles de la navigation devientient inutiles; la science de Thoinme se brise contre les obstacles que la nature oppose à sesdforts. Là, point de limites bien précises, point de divisions géographiques r.itionnelles. Souvent telle portion de terre que Ton croit attaciiee à un continent, se trouve être une tie; tel bras de mer qu'on suppose être un détroit, n'est qu'une impasse sans issue. Les dernières expéditions au ÎNord ont sans doute édalrci quelques-unes des questions relatives à la géographie de cette partie du globe; mais si quelques côtes ont été soigneusement visitées, si quelques latitudes ont été exactement déterminées , combien ne reste-t-il pas encore à faire pour ré* vêler à l'Europe ce monde mystérieux !

Dans ritnpossibilile ou nous sommes d'adopter ici une ciassilication quelque peu logique, nous indiquerons d'abord à grands traits l'ensemble et les principales divisions des terres arctiques; puis, nous lerons le résumé chronologique des voyages au pùle bo* réal, en donnant, à mesure qu*il& se présenteront naturellement sons notre plume, les dct.iils les plus propres a l'aire connaître les endroits les plus célèbres et les plus intéressants de ces hautes latitudes. Ce sera aussi une mà« nière toute naturelle d'en f ;tre l'histoire, (|ni serait presfjue inipossiblu avec un autre système. ÎSous réserverons pour une description spéciale toutes les partiesqui pourront être étudiées séparément; ainsi nous consacrerons

IV lÀoraison, (Régious CIBGOMPOI.AIBB8.)

des notices particulières au Groenland , au SpiUberg, à l'Ile Jean-Maj en , à rislande et aux terres polaires du

Sud. ^ ,

Quant à la naer de Behring, à la Sibérie, à la Laponie et à la Nouvelle- Zemble, comme ces pays se rattachent

intimement, sous le 'double rapport géographique et politique, à des parties du globe qui méritent d'être étudiées à part, on en trouvera la description dans d*autres volumes de r Un îvers pitforesq ne.

La question <lu fameux passage au Kord- Ouest et les iucideiits qui s*y rattachent domineront nécessairement notre récit , car cette question a été le mobile de la plupart des navif;ateurs qui , à [);iriir du quinzième siècle, ont parcouru les mers septentrionales.

COUP d'oKIL OÉHÉKAI. SDR LU TIHR£â AHCTIQOU raOPKKVWT ]>m«.

Malte-Brun, ou plutôt son continuateur, divise les terres arctiques en trois groupes principaux, à savoir . 1« le Dewm sepfentrUmal; laGA>fgie du Nord} et 3" les îles situées au sud du détroit de nnrrow. Cette division, quelque arbitraire qu'elle soit, peut néanmoins être adoptée pour faciliter rintelligence des détails géogra-

plilques.

Le Devon septentrional est un assemblage imparfaitement connu d'iles couvertes de glaces, et aperçues en 1819 par le capitaine Édouard Parry, dans la baie de Baffin et le détroit de Lancastre.

La Géorgie septentrionale est un 31*011 ipel de Ta mer polaire qui se compose des Iles Sabine, Byam-Martin, B.'ithiirst , Corinvnllis , Oriffitli et Melvilie; il faut y comprendre aussi la Terre-de-Banks, découverte connue toutes les autres par le méfne navigateur anglais. Ces îles sont situées à ])pii de distance les unes des atitres dans la partie nord et au fond du détroit de Barre w. Quant à la Terre-de- Banks, elle s*étend au sud-ouest de lHo Bldvtlle, malt on &*ea eonoatt

encore qu'une petHa partie . et l*on

ignore m^me si elle est une tle 00 une

pointe de l'Amérique.

La mer d'Uuésoa , la baie de Baffm, les détroits de Lancastre, de Bar-

row , du Prince- Régent et de THéda li ii-nent les îles du troisième groupe, que M. lîaibi a proposé de coniprendre sous le nom archipel de Baffin-Parrit- Les principales sont : Cockbum , Winter, MansHeM, oui a vingt-cinq lieues de long du nord au sud, et six de large; Southampton, qui est encore

Ïilus considérable, et l'île de Jaroei.

1 fiiut ranger dans la même catégorie la Terre-de-Cumherland, dont on ne connaît que les cdtes orientales: le Nouveau - Galloway , qui s'étend le long de la mer de Balfin; le Sommerset septentrional , qui se développe au sud du détroit de lîarrow et à l'ouest de l'entrée du Prince-Ué^ient; l'istbme et la péninsule de liootliia- Félix , découverts par le capitaine Ross, plus à l*OUest et dans une brandie de ce même détroit du Prince Beuent : la Terre-de-Mrlville au sud de I île Cockburn , dont elle est séparée par le détroit dit la Furie et de THécta, et qni ne paraît tenir vers le sud-ouest au continent américain que par un isthme étroit; eulin les îles Jameson, encore presque inexplorées (*).

Au sud de Hle James, le détroit d'Hudson sépare Tîle de Cumberlnnd du Labrador; a Test, le détroit de Davis et la mer de Bafûu isolent ces îles du Groenland; au sud-ouest, elles «ont baigné par les eaux du pife de Welcome et par le Mare thnstiameum du Danois 'Vlunk.

Si nous nous dirigeons maiuU iiant , vers la baie de Baflin, nous y trouverons dans la partie nord les ffighlands ou hautes ferres arcfiqnrs, ainsi désignées par le capitaine Htiss dans son preniier voyage à la rtclierche d'un passage au nord-ouest.

La superllcle de tout le territoita

(*) Pour ae rendre compte de wite division et se reconnaître au nuliou dr rt-t effrayant dédale , il e^t indispeu:>able de cousulier la cufe dei régions drcooipolaiiei qiuaccwnpînneesUeaoto.

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RÉGIONS OmCOMPOLAUtlIS.

arctique jusqu'au soixante et dix-huitième degré de latitude, peut être évaluée approximativement à un million quatre cent mille milles carr^, et

celle des mers mii l'arrosent à sept cent mille, saiii nouvellf^s découvertes dans ces régions encore si mystérieuses.

L'hiver a établi son séjour dans cette zone maudite. Un manteau de neige et de glace couvre, comme un linceul lugubre, toute la sor&ce des terrée.

« Le froid y fait éclater les rochers avec un bruit horrible, égal à celui do la grosse artillerie; leurs débris volent a une distance étonuanle. La température y est sujette aux plus capricieuses variations : la pluie vient vous surprendre an moment où vous admirez reclat d'un soleil pur, et cet astre vous consolera souvent au milieu des ondées par une réapparition soudaine; vous le verrez encore se lever ou se coucher , précédé ou suivi d'un cône de lumière jaunâtre. L'aurore boréale verse sur ce climat des clartés qui, tantôt douces et pures, tantôt éblouissantes et agitées, égalent celles de la pleine lune, et, dans Tun et l'autre cas , contrastent par un reflet bleuâtre avec la couleur de feu scintille dans les étoiles (*). * Plusieurs mois de ténèbres, pendant l'hiver, semblent plonger dans le chaos ces dé&erts glacés. Durant cette triste période, la lumière du soleil est remplacée par un t répuscule, dont la lueur terne et monotone n'est inodiliée que par 1 éclat passager de& météores.

L*ours bianC| le renne^ le bœuf musqué, le renard et le lièvre, parcourent, incessamment tourmentés par la faim, ces immenses plaines, dont la mousse et quelques plantes antiscorbutiques tapissent la surface, quand les rayons du soleil Pont débarrassée de son vêtement de neige. Des myriades de gelinottes, de perdrix et de canards de plusieurs espèces, y viennent chercher leur nourriture. b*énormes cétacés, au souille bruyant, nagent dans

n Malip'BruQ, t XI, p. 69« quaU-Mue

les détroits qui séparent les groupes d iles, et y attirent les péi;liturs que la passion du gain nousse jusque sous ces latitudes. Le phoque rampe sur les plages désertes ou élevé sn tete pesante dans h s espaces liquides que la glace n'a pas recouverts.

Plusieurs tribus indigènes se partagent le territoire arctique. Les EsqïA' maux habitent depuis le fond de la mer de Baflin jusqu'au ileuve Mackenzie au nord de r Amérique , et probablement jusqu*au détroitde Behring; ils s'étendent au sud jusrpi'nu lac de l'Esclave; au nord , ils s'arrêtent sur les bords de la mer polaire ou prolongent leurs courses dans un désert glaeé. Peàts , trapiis et faibles, mais bien propor?

tionnés, ces hommes polaires ont le teint d'un jaune rougeatre et sale. lis ont les épauler larges, les mains et les pieds d*une petitesse remarquable; ils ont le visage plus long et plus large que les Européens ; leur nez est petit et épaté ; leurs yeux uoirs et enfonces sont en partie cachés par d'immenses paupières; leur boucne est grande, leurs lèvres sont épaisses, leurs oreilles grandes et mobiles, leurs cheveux noirs, longs et rudes. Ils ont peu de barbe, et encore oot-ils le soin de Tarracber. Ils habitent des buttes de forme circulaire recouvertes en peaux de phoques , ou faites de neige dans certains endroits. Leurs vêtements sont également faits de peaux de veaux marins : ils consistent pour les hommes en une tunique ronde, que les femmes portent aussi , mais fendue sur le côté, en un pantalon, et en bottines communes aux deux sexes ; les chaussures des femmes montent jusqu'à la hanche , soutenues par des naleines :

elles y placent leurs enfants lorsqu'elles sont fatiguées de les porter sur les bras. Elles tressent leurs cheveux en nattes, auxquelles elles suspendent des dents et des griffes d'ours blancs. Elles ornent leur ligure d'une sorte de tatouage , ainsi que le reste du corps. Pour éviter Taction de la trop grande lumière sur la glace et la neige, les Ksquiioaux portent une es|K^ec de garde-vue composé d'une petite planche

L'UiNlVERS.

très-mii)ce, pprcrededeux fentes étroites, à travers lesquelles ils peuvent distinguer les objets.

Us se nourrissent de chair de phogae, de baleine « de poissons et de diflérents gibiers , qu'ils fument ou fout cuire h demi. Ils niiitiiiont volontiers la chair crue , et sont très-friands de ' soif d de savon ; ils boivent avec délices de riiuile de poisson, surtout quand elle est ranre.

On ne trouve pas des Esquimaux dans tous les pays arctiques. De vastes étendues de terre sont entièrement désertes, tel les par exemple, que les îles de la Géorgie septentrionale visitées par le capitaine Parry.

Le seul animal domestique qu*on trouve chez les Esqulmaui est le efaien, qu*ils attellf'ftt. comme en Sibérie, à tin traîneau ({ui peut contenir ui\e ou deux

Kersonnes. Le chien esquimau ressemle à nos chiens de berger ; quelquefois son poil est tachett', d'autres fois noir , et plus souvent blanc. 11 a les oreilles droites et courtes comme celles du renard. Il n*aboie pas : son cri est une sorte de grognement. Son ennemi naturel est le loup, animal très-féroce et tres-hardi dans les régions hyperboréennes (*).

Tel est raspect des lieux dans lesquels nous allons transporter le lecteur a la suite des navigateurs célèbres qui les ont parcourus, au péril de leur vie. Mais ce ne sont là que les traits généraux du tableau; les détails viendront se placer naturellement dans la suite de notre récit.

KKBBaeas b'uii rAiSAos ad voftiHnriR'.

Les Scandinaves, Le problème d'une communication entre Tocéan Atlantique et le grand Océan a-t-il réellement préoœupe les nations maritimes dès

(*) Noms nvonj; extrait presque texttJi'Ilement ces irouilet tiiers|iaragrapbe$ de. Malte- Brun , parce qu'ils offrant un réMimé concis et (idole de ce que les différents voyageurs disiiit (les peuples déligoés par le nom Esquimaïuc.

le neuvième siècle, comme le pensent certains écrivains? C'est ce qui nous parait peu probable. Ce qu'il y a de certain , c'est que le continent américain avait été visité longtemps avant qu'il filt signalé à rF.urope par ('hristi)|)lic (k)lomb. C'est aux peuples du IVord que revient l'honneur de cette initiative, qui, si elle ne porta aucun fruit, n'en a pes moins une grande importance au point de vue lii^tori^itic. Ces hardis aventuriers se liabardcreut les premiers au milieu des montagnes de glace qui hérissent les côtes des contrées polaires. Un des résultats de ^ leurs premières excursions fut la découverte et la colonisation de l'Islande ; on verra plus loin quMIs abordèrent aussi au (iroënland vers la fin do dixième siècle. Ce n'est pas sans étonnement et sans admiration pour tant de hardiesse et de courage, qu'eu lisant rhîstoire des huitième, neuvième et dixième siècles, on voit toutes les mers connues à cette époque couvertes de vaisseaux Scandinaves. Aucune distance, aucun péril, n*arrétaient les hopimes du Nord, ces barbares échappés de la Norwege et de la Suède i oniine d'inie ruche trop pleine. « Pendant deux ceuls ans , ils dévastèrent presque continuellement TAngleterre et la soumirent plusieurs fois; ils firent de fréquentes incursions en Écosse et en Irlande, sur les cotes de Livonic, de Courlande et de Poméranie. Ils s'étendirent bientôt comme une flamme dévorantr sur la basse Saxe, la Frise, la Holhind»», la Flandre, les bords du Rhin jusqu'à Mayence. Ils pcnctrerent dans le cœur de la France , après eu avoir longtemps dévasté les côtes; ils remontèrent de tous côtés par la Somme , la Seine, la Loire, la Garonne, le Rhône. Dans l'espace de trente ans ils y pillèrent ou brûlèrent plusieurs villes, Paris, Amiens, Orléans, Poitiers, Bordeaux, Toulouse, SaintPS , Angouléme, Nantes, Tours. ll>; s'ct:»blirent dans Tile de la Camargue , rembottchufe du Rbdne, d*où ils dé« solèrent la Provence et le Daupbmé jusqu'à Valence. Ils ruinèrent, en un mot, la Jb'rance, obligèrent ses rois à

DigiîiLCG by Cnt ' ^^1^

RÉGIONS ORCOMPOLAIRRS.

ISl

leur payer d'immenses tributs, livrèrent aux flammes le palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, et finirent par 86 fiure céder une des plus belles provinces de ce roviuime. Quelquefois animés d'un esprit plus pacifique, ils transportaient des colonies dans des pays inconnus ou inhabités , . comme s'ils eussent voulu réparer sur de nouvelles terres les pertes immenses que leurs tureurs causaient ailleurs au genre buroain » (Test de leurs voyages dans les régions glacées qu'il est resté le moins de traces. A l'exception de qupl(}(ies points, parmi lesquels l'Islande est le plus important, on ne sait plus aujourd hui quels furent dans ces contrées reculées les lieux visites par leurs hordes aventureuses. On en est réfiuit aux conjectures, et les hypothèses imaginées par les auteurs qui ont traité ce sujet ne nous paraissent pas assez bien fondées pour être mentionuées.

Antonio et Aicoto Zéno, 1380. ^'é d'une famille vénitienne célèbre par son antique noblesse, Nicok) Zéno voulut s'illustrer par des voyages et des découvertes. Il équipa un navire, et franchit le détroit de Gibraltar pour passer en Angleterre et en Hollande.

Assailli par nue tempête, il fut |>0U8sé vers le nord , et jeté sur les rivages d'une grande île qu'il nomma /mhmde, Ziclunni, roi de cette île , accueillit favorablement Tétranger , et après une expédition dnns larjuelle les Vénitiens s'étaient particulièrement distingués, il lui donna le commandement de sa flotte. Nicolo appela alors auprès de lui son frère Antonio Zéno.

Bientôt il entreprit, avec trois petits vaisseaux , un voyage de découvertes dans le Nord. Après une courte traversée , il arriva en Engrtmeland^ />ù il était destiné à trouver la mort. La description qu'il donne de ce pays (**) est assez curieuse. Il y existe, dit-il,

(*) Hallel , inlroduelioB k l*Miftoire de

Danemark, t. I, p. 307.

(**) Voy. De/io scoprtmento del "isola FrUlanda, Ramusio , navig. et viag. , t. II.

un couvent de frères prêcheurs èt mie église sous Tinvocation de saint Thomas, bfltie près d*une montagne qui jette du feu comme le Vésuve et TEtna. Tj's moines chauffent l'église, le monastère et leurs chambres avec l'eau d'une source bouillante qui jaillit dans le voisinage; cette eau est même assez chaude pour cuire toute espècede mets.

Kllc sert h faire croître des plantes et à faire milrir des fruits dans le jardin du couvent, et cria en dépitde la neige et de la gelée, qui n'atteignent pas les arbres et les (leurs ainsi arrosés. Émerveillés de ces pro(hiits, les sauvages qui habitent ce pays considèrent les moines comme des'dieux , et leur apportent des présents, tels que de la viande de renne et des poules (*). Les religieux emploient la chau.\ et les scories vomies par le volcan comme matériaux'dans la construction de leurs murailles et de leurs ))atinients. Le faîte de leurs maisons est en forme de voûte , quoique dans cette contrée on ne soit guère incommodé de la pluie, la première couche de neige qui tombe restant gelée pendant les neuf mois de l'hiver. L'eau chaude du volcan se ietantdans un havre spacieux, empéclie la mer de se geler; aussi ce lieu est-il le rendez-vous d'une grande quantité de poissons et d'oiseaux , qui composent la principale nourriture des moines. Ces derniers en donnent aux habitants du pays qu'ils occupent à différents travaux. Les iTiaisons des sauvages s'élèvent au pied de la montagne; elles sont rondes, ont vingtcinq pieds de largeur^ et se terminent en pointe. A leur sommet est une petite ouverture par laquelle pénètrent l'air et la lumière. Le plancher de ces huttes est si chaud, que, même dans les plus grands froids, la température y est tres-douce. Pendant Tété , un grand nombre de barques venant des îles voisines , du cap au-dessus de la iNorwége et de Tronuron (Drontheim), apportent aux religieux les otyets dont

(*) Probablement de geliiioUM« «Siav très-cooiDiuo au Groéaknd.

ils ont beioin, et pour lesquels ils donnent en échange aux étrangers des peaux d'anîiiinux et du poisson séclié au soleil. Les biirquesdes pécheurs ont la forme d'une navette dTe tisserand ; fàftes d*08 de poissons et doublées de peaux de poissons superposées, ellos î>ont si imperniéablps et si solides, que ceux qui les montent, loin de redouter les tempêtes, se laissent aller tranquillement au gré des vagues furieuses sans craindre d'être brisés sur !os rochers contre lesquels ils peuvent être jetés (*). L'eau froide bonne à boire est conduite au couvent par an aqueduc souterrain , afin qu'elle ne se gèle pas. Elle tombe dans un vîiste bassin de cuivre placé dans un réservoir dVau bouillante. C'est de cette manière que les moines chauffent Teau qui leur sert de boisson, et'doot ils arrosent leur jardin.

Il paraît que, pendant le ^our de Ilicofo Zéno dans le monastère d*En-

groneland, il fut, mali^ré l'utilité de ce chauffage nntnrel, tellement inromniodé pnr le froid, qu'il tomba malade et mourut ^eu de temps après son retour en Pristande. Antonio hérita de ses richesses et des dignités que Zicbmni lui avait accordées. Vers cette époque, un pécheur, sujet do ce souveraiji, revint en Frishinde après vingtsix Jins d*absenoe. Il dit qu'il avait été jeté par une tempête sur une île nommée EstoiUand; qu'à cette île, presque aussi grande que l'Islande, et plus fertile, était bien peuplée, et possédait de vastes forêts aont les arbres servaient à construire des vaisseaux; que les habitants a\aicnl de l'or et toute espèce de métaux; qu'on y commerçait avec le Groenland et avec le pays de DrogéOf situé au sud. Ce rapport ay<'int excité la cupidité de Zicîinini, il allaimuiédi:itemeMt avec Antonio Zcno à la recherclie de l'île d'Estotiland.

^expédition, en 8*avao^nt dans la direction de l'ouest, reconnut une terre

(*) Les Esquimaux du Groenland construiseut encore leurs barques de la même façon. C*eit U un des fidti qui prouvant la véndté KksHo Zéno.

^'Antonio nomme learia; jiufs elle

jeta Tancre devant un pays ou la température était extrêmement douce, et dont les habitants, à demi sauvages , étaient petits, très-timides, et vivaient dans des cavernes. Les compagnons de Zichrnni ne voulrint pas rrster dans ce pays, Antonio tut chargé d'en reconduire une partie en Frislande. Trois jours avant d'arriver, le Intiment de Zéno toucha à l'île de Néomè , où il renouvela ses provisions. Qiinnt à Zichrnni, il paraît, dit le narrateur de ces voyages, qu'il bâtit \ine ville près du bavredans lequel sa flotte avait mouillé.

Voilà tout ce qu'on sait nujoiird'hui des explorations maritimes et des aventures des deux frères Zéno. Quoique ces expéditions soient sans imnor^ tnni^esous le rapport de In i;rograpnie, nous ti'avons pas cru devoir les [insser sous silence,,à cause de l'intérêt qu'elles présentent.

Quels sont, en réalité, les points des régions septontrionales qtie visitèrent les deux Veriitiens? D'abord, l'Engroneland est évidemment le Groènland.

Les barques de cuir des Esquimaux, faites en forme de navettes, les églises et les couvents drs rrliîripn^ , qtii à cette époque ()Ossé(l;ueot presque tout le jiays, désignent ba n clairement lacontreequc nous venons de nommer. On a longtemps considéré comme fabuleux les détails donnés par le narrateur snr la manière de chauffer lecouventet sur les avantages que les moines de Saint-Thomas reliraient de la source bouillante; mais on sait aujourd'hui qu'il n'y n rien là qui ne soit parfaitement |)ràticable et tout naturel: que, par conseouent, cette partie de la relation ne pècne pas par la vraisemblance. Seulement ces détails conviennent à l'Islande et non au Groenland, où on n'a jamais entendu parler de volcans voisins du littoral et de sources cbaudes. Il est probable que le publicateur et Tarrangeur, d I on peut dire ainsi, des voyages de Zéno, aura mal compris. son auteur, et mêlé, par i^nôrance, des circonstances caractéristiques des deux contrées différentes , ^Islande et le Gioeih

RÉGIONS CIKCOMPOLAIKES.

land. Quant à la Frislaode , la question

est plus embarrassante. I e m^ine nom se trouve dans la vie de Christophe (Colomb; Frobisher place ce pays a Textréinité méridionale du Groenland; Ortelius, sur les cotes de rAmérique septentrionale. Deiisie, T.'ibbé Zurla et Amoreiti aflirment que l'île de Buss, au sud de Tlslande, doit être un débris de celle de FYislande, dont le reste aurnit rte englouti p;ir une rommotion sous-iîKirine ; opinion bien hasardée, puisque l'île de iiuss elle-même a disparu , si toutefois elle a jamais existé réellement. D'autres enfin , pour couper court i\ la discussion, traitent de mensonge et de liclion, non-seulement l'existence de la Frislande, mais même tout le voyage deç frères Zéno. Cette mnniorp de résoudre le problème est fort coniniode, mais tres-p u k)fii(pie. Dans un Mémoire lu à TAcadémie des aeiences en f 784, et dont le manque d'eapace ne nous permet pas de donner le résumé , M . Buache a cherché à prouver que la position de Tîle de Frislan«ie correspond partaitement à celle des Féroé. Kggi-rst*) et Forster(**) sont allés enror-e plus loin : ils ont prétendu reconnaître dans les noins des îles désignées par Zéno les dénominations modernes de l'archipel des Féroé. Fris* land, en particulier, offre une grande analofîie .ivrc rrrnrsland (pavs de Féroé ) Le souverain dont parle Zeno pourrait bien n'être aussi que Henri Sinclair, comte des Orcadea et des Shetland en 1406; car une oreille italienne peut trouver Zichmni dans Sinclair ou Siclair, Malte-firua pense

(•) Mémoire sur l'ancien Groenland (179a}. ("1 Itistnire des TOjagM et découvertes dans lu ISurd . 1. 1.

(***) NottsreroosolMenrer qu'il n*«st guère

pos>iblc de dire Feroeslana, attendu que dans It! nom de Fcrov , la tenninaisnn oe &i^nilic /7r>. il y a doue déjà pléonasme quand on dit tes ilcs Féroé; que serait-ce si l'on disait fiTut-s/and ? cela si(,'nifierait trrrr r land) àes îles (^/cs brebis ( ter). Ce nom de Feroestand a donc été imaginé par Forster pour servir à sa démonsU^tion , car il n'a jamais pu être donné aux Féroé ni |isr. les islandais ni par les Danois.

que TE^/o/iVaiid est Terre-Neu?e. Son

opinion se fonde, un peu aventureuse* ment suivant nous, surrpqoeladénomi»

nationanglaise d 'East-oul-iand, qui est dérivée du Scandinave , et sisninerait terre extérieure à l'est, s*appliqueralt bien à la situation de Terre-Neuve relativement au continent américain.

Barrow, dans son Histoire chronolo' gique des voyages vers le pôle aretU ue , dit aussi que (If S restes de murs e pierre et des monnaies flamandes trouves par une troupe de colons anglais, non loin de la baiedela Conception , au nord de Saint-Jean , démontrent l'iiloiitite de Terre-Neuve et de rKstoliland de Zeno. Sans admettre ces hypothèses , qui nous semblent quelque peu hasardées, nous dirons que la vérité des vovaces des deux Vénitiens ressort clairement du caractère même de la relation, de plusieurs faits qu'elle signale , et de reststenee d'une carte de ces voyages tracée par Antonio lui-même, earte qui resta longtemps sus[)endue dans sa maison à Venise , et qu'on voyait encore du temps de Marcolini , le premier éditeur du récit des deux Italiens.

Cliristophe Coloinh. 1467. line note écrite de la main de cet illustre navigateur nous apprend qu'après avoir aillonné lon^^mps la Méditerranée, il parcourut les mers du >ord. Il dit qu'il a visite l'Islande , qui entretenait alors des relations commerciales trèsactives avec les peuples septentrionaux, et notamment aveci* Angleterre.

Quelques géographes pensent que Colomb alla plus loin que l'Islarule, et qu'il pouAsa ses explorations plusieurs degrés au delà du cercle polaire. Mais il n'existe aueun détail sur ce voyaj;e, dont on iirnore même le but. 11 est probable loulefois qu'il n'eut aucun résultat important; car, s'il en était autrement, les Portugais, si fiers de letirs découvertes, et au service de qui le célèbre Génois était à cette époque, n'auraient pas manqué d'écrire la relation de son expédition au Nord. Noua ne citerons donc ici le nom de Chriatophe Coloinl) (pie pour mémoire.

Jem etSéùoétienCabol,

Jean Cabota ou Cabot, et son fils Sébastien, obtinrent de Henri VU, roi d*Angleterre,des lettres patentes pour

aller cherdier des terres ineonnues , . et y formrr des ét;il)lissements (*). Dans leur voyage vers le pôlenrrtique, ces deux navigateurs étaient dominés par ridée de rexistence d*un passage au nord-ouest. On lit les passages suivants dans le rapfjort fait au iéiînt du • napc en Espagne, et qui se trouve dans la oollection de ^amusio, déjà citée:

• Comprenant par la sphère , qu'en naviguant au nord ouest j'arriverais dans l'Inde par ime voie plus courte, je lis lonununiquer mon projet au roi,

etc Je dirigeai donc ma route au

nord-ouest, ne pensant pas rencontrer d'autre terre que le Catliay (la ('liine},

et comptant de la gagner les Indes

Voyant que la cote s'avançait vers Test, et désespérant de trouver un passage, je fis voile vers la ligne équinoxiaie, toujours dans le dessein de

trouver un passage dans l'Inde »

IVous verrons , dans la suite de cette notice , la même question préoccuper tous les voyageurs dans les mers septentrionales, pousser des lionunes intrépides à la mort, et amener par occasion, si l'on peut dire ainsi, des découvertes importantes, surtout au point de vue commercial.

Dans leur premier voyage, Jean et Sébastien Canot reconnurent Terrej^euve, à laquelle ils donnèrent le nom de Prima vista (la première vue); ils n'allèrent pas au delà du cinquantesixième dej^ré de latitude nord. On sait qu'ils explorèrent aussi l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, et que plus tard , dirigeant leurs rccliercnes vers l'Amérique méridionale, ils découvrirent le hio de la Piata , au sud du Brésil.

Gaspard et Michel Corteréal. 1500- P:;rti de Lisbonne dans l'été de 15U0, Gaspard Corteréal reconnut le Groenland, qu'il nomma ierra verde, et entre Totiest et le nord-ouest, un continent qu'il crut inconnu jusqu'à*

(•) Ces lettres portent la date du 5 mars 14961 onzième auoée du rè^ d'Ueuri VIL

lors , et qu'il longea pendant plus de huit cents milles sans pouvoir aller plus loin vers le pdle, h cause des montagnes de glace qui couvraient la

mer. Il s'agit ici , sans aucun doute, du Labrador; car sur une carte d'une édition de Ptolémée . publiée a Rome en 1508, on voit ce pays désigné par le nom de Cnrteréaii^; la même dénomination est aussi employée par Ortelius. Il est orobabie ^ue Gaspard pénétra jusque dans la baie d'Hudson.

Quant au Saint-Laurent , Ramusio dit positivcnient que les Portugais remontèrent plusieurs lieues ce grand ileuve, que ion croyait alors un bras de mer. Corteréal reconnut aussi plusieurs îles, parmi lesauelles Ramnsio cite celle dos Baccaihaos (des piorues), ou Terre-Neuve. Dans une seconde expédition vers les mêmes contrées, Corteréal ne fut pas aussi heureux. Arrivé au Cr' ëniand, il fut séparé de son second bâtiment par les glaces, et l'on n'entendit plus j^arler de lui. La ()lupart des terres visitées par ce marm avaient déjà été vues par d'autres navigateurs, et notammeat par les deux /éno et les Cabot; mais il lit de véritables découvertes, car c'est à lui que l'on doit la oonoaissaoca des détroits de Gaspard et d'Anton, qu'il baptisa tous deux.

A la nouvelle de la perte de son frère, Michel Corteréal, qui l'aimait tendrement , voulut se charger lui-même du .soin de chercher ses traces, et partit de Lisbonne le 10 mai 1502, avec trois vaisseaux que lui confiait le roi Manuel. Le dévouement de cet intrépide marin lui coûta la vie. Après avoir parcouru les mers (pie son irère avait sillonnées (pielque temps auparavant, il fut vainement attendu au rendez-vous qu'il avait fixé aux deux antres navires , et il ne reparut plus.

\ n troisième Corteréal , nommé Varso Enaës, voulut aller à la recherche de ses deux frères. Mais don Manuel, qui regrettait des serviteurs aussi illustres et aussi déroués, s'opposa à l'exécution du projet de son courageux conseiller.

Ces voyages , au Nord^ malgré des

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RÉGIOISS CIRCOMPOLAIRES tM

catastrophes douloureuses , n'avaient Les Espagnols, on le voit, conameu»

pas été sans fruit pour le Portugal; caient à rrnindre que le passage qui car ils inspirèrent au gouvernement devait conduire aux pavs dont ilslide ce pays I heureuse idée de fonder raient leurs trésors n*^existât réelleun établissement à Terre-Neuve, où, ment, et ne fût trouvé par une nation pendant une certaine période, deux étrangère. Cette crainte existait sura trois cents bâtiments pécheurs en- tout parnn' les compnjînons de Cortès, richirent leurs armateurs, et augmen- vice-roi du Mexique. Ce conquérant tèrent la prospérité du royaume. avait toujours présent à Tesurit le Jacques et Aubert Cartier, 1508- wyag« entrepris par Corteréal pour 153-1. i.es Français s'étaient encore trouver une communication au nord peu inquiétés des pays situes sous les entre l'océan Atlantique et le grand hautes latitudes du nord, et encore Océan; il se rappelait le détroit d'Amoins du passage vera les Indes. Nous nian, qu*il supposait être rentrée même voyons seulement, en 1508, un nom- du passage. Il arma trois vaisseaux, iné Aubert Cartier partir de Dieppe, qu*il j)Iaea sous les ordres de Franreconnaître les cotes de Terre-Neuve, cisco Uiloa; mais il avait conçu Tidée et ramener à Paris un naturel de cette de chercher le passage au uord-est du tie. Le voyage de Jacques Cartier, en- grand Océan. Cet essai échoua cointre[)ns en \r,'M , eut des résultats bien plétement , et les trois navires revinautremeut importants; car il assura à rent au Mexique sans gu'aucun détail la France la possession du Canada, sur celte inutile expédition fdt divul- Cc n'était j»as là sans doute le seul gué en Europe, but de Cartier : la route supposée vers En 1542, un autre vice-roi du Mexfles fameuses iles aujr epu-cs devait le que , IMendoza , chargea Coronado et préoccuper aussi. Quoi qu'il en soit, ?es Alarcon d'aller,' le premier par terre, efforts lurent en partie couronnes de le second par mer, renouveler la MMMès. même tentative. Tous deux revinrent Rappelons en passant les tentatives sans avoir atteint le détroit d'Anian, faites par Roberval et le marquis de n'avalef)t cessé d'avoir en vue. la Roche pour fonder une colonie sur ans après , le Portugais Juan les cotes d'Amérique. Rodriguez de Cabrillo se dirigea, par Estevan Gomez, U24; Femand ordre du roi d'Esoasne, le long de la Corfez. Coronado et .îlarcon, 1542; côte nord-ouest dB rAmérique , qu'il hodrignez de Cabrillo, 1544. Kstevnn remonta jusqu'au quarante-quatrième Gomez, chargé parle gouvernement degré de hititude. 11 baptisa du nom espagnol d*aller à la recherche du pas- de Mendocino , en l'honneur du vice- SBge au nord-ouest , revînt sans que n>i « un cap gu'il découvrit vers le Ton sât positivement s'il .s'était dirigé quarante-deuxième degré ; mais il s'ar» vers le Labrador ou quelque autre réta brusquement dans sa route , sous point de l'Amérique septentrionale (*). prétexte qu'il manquait de provisions,

et que le froid était intolérable. ^

f*\ r\^A^ y A • V . On 8*étonn6 que l'Espagne, qui, à

à ^lL^^é.'.^Tl:î^,^^^^^^^^ t^ft tT' Po^'ti^n en^m^

lui demanda s'il av-ah réussi dans 5on vSyage 1^"^'^ puissant intérêt à

et ce qu'il rapporlaif. Gon.ez lui n pculit : 1^»"'^ des découvertes au nord, et SUr-

Etc/ayos (des esclaves^ L'autre, avaiil uial ? trOUVÇT le passage tant déSiré,

cniendu , comprit qu*il avait rapporté nne ^ .^"f bornée à de rares eipéditions

cargaison de c/at'os (clous de girolles), et fl"' n eurent pas même les résultats

que par conséquent il avair atreiai le but de '^^ .P'"S Vulgaires des excursions

son expédition. Il prit sur-le-champ la poste maritilues. Aiais son attention était poar être le premier à annoncer celle nouvelle à la coin , espérant recevoir une grande il ne réussit qu'à faire rire à ses dépeu. • réoompensei ouûs la vérité ajraat été oooaue^ (Banow, Cinm,det wi^et wlfonL)

trop fortement concentrée sur ses colonies mexicaines et sur ce monde

merveilleux qui venait dr lui livrer ses trésors , pour qu'elle pilt soniier sérieusement à un problème qui n'intéressait que les nécessités ultérieures de sa situation.

LeDnmtnus volnscinn. Robert Thorne. 1527. L'Aii^flelerre semblait aussi avoir abandonne ses projets 4e décou- Tertes dans le Iford. LModifTéreoGe que cette nation montra pour ces voyages, pendant une période de près de trente ans, prouve que son esprit mercantile ne s était pas encore développé. Les expéditions de Cabot, dont l'importance, au point de vue comraerciai, aurait dtî être appréciée |)ar \e& Anglais , n'avaient excite chez eu:i aucun d6sir de mieux oonnattre ees contrées lointaines , où Tabondance du hoisson avait été constatée. Henri VIII parut mieux comprendre les intérêts et les instincts de son peuple : il ehercha à réveiller le goût des entreprises maritimes, et sembla avoir un pressentiment des vues de la reine Élisabelh , cette créatrice de la marine militaire de la Grande-Bretagne. Cédant aux sollicitations de Robert Thorne do Bristol, (|ui lui fit sentir l'utilité de l'exploration exacte des régions septentrionales, le roi ordonna un voyage jusqu'au pôle. Les chroniques dé Hall et de Grafton nous Apprennent que l'exécution suivit de près la volonté souveraine. Deux vaisseaux, montés par d'iiabiles marins, mirent à la voile le 30 mal 1527 ; mais în rut^lipence des écrivains de l'époque ne nous a même pas appris le nom de ces vaisseaux ui celui du chef de Texpédltîon.Toot ce que nous savons çar te témoignage d'Hackluyt, qui se plaint aussi de cet oubli, c'est (fiTtin de ces navires s'appelait le Duminns robiscum; qu'il était monté par un chanoine de Saint-Paul , homme riche et grand mathématicien; qii";irnvc dans im golfe situé entre la partie nord de Terre-Neuve et Meta mcoynita, ou le Groenland , un des deux bâtiments fit naufrage, et que Tautre se hflta de teiaginr rAogielerre , où il ar«

riva quatre mois après son départ.

Hore. J e 1/1010» H ia Trinité.

1.530. Cet échec ne découragea point Henri VllI. 11 contribua à l'armement de deux grands navires , sur lesquels 8*embarauèrent une foule de personnes de haute distinction. Les TOjrageurs touchèrent d'abord au cap Breton , pms a l'île des Pingoins, où ils lurent obligés de mander de la cliair d'ours blanc et noir. Il paraît que la plus inexcusable imprévoyance avait présidé aux préparatifs de cette expeîliliou; car a peine eut-on aborde à Terre-Neuve, qu'on s'aperçut que les provisions étaient épuisées, et les équi«

f)ages se trouvèrent dans la position a plus cruelle. Le récit des naufrages de ces marins nous a été transmis par Hackluyt, à qui Dewbeney, uil des personnages embarqués sur le Mignon, en avait raconté les détails .

« Tandis qu ils étaient en cet endroit (Terre-^'euve), ils souffrirent beaucoup du manque de vivres, et ne trou* vèrent guère d'autre ressource que le nid d'une orfraie, qui apportait a toute heure à ses petits une çrondequantité de poissons (*) ; mais la famine augmentait tellement parnii eux de jour en jour, qu'ils étaient obligés décriercher des herbes et des racines pour s'en nourrir. La disette croissait encore , et les herbes qui poussaient et là dans le désert ne sufflsaient pas pour apaiser ia faitn. T.'un tuait l'autre tandis qu'il se baissait potir arracher des racines, et, coupant des morceaux de sa chair, les faisait cuire sur des charbons et les dévorait avidement.

On s'aperçut (pie le nonibre des Iwmmes de l'équipage diminuait; mais les officiers ne savaient ce qu*étaient devenus ceux qui manquaient. Heureuse* ment un d'eux, forcé aus^" par la faim de chercher de la nourriture dans les champs, sentit une odeur de viande grillée; il découvrit un Anglais qd préparait son repas, et lui reprocha en

f*) Ce fail nous parait quelque pou fabuleux. Si au Ueu d'une seule orfraie, le oarrateor eut emjplojré le pluriel, «m «iftMl pa à la f%iiMir fouler fm 4 MnasMrlMm.

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RÉGIONS CIRCOMPOLAIKES.

termes fort durs de laisser périr de besoin ses camarades, tandis qu il était dans rabondanoe. — Eh bien , sacbf z donc, lui répondit celui-ci, qne œtle

chair est un morceau de Im nnssp d'itn tel. — Le rapport en ayant ete fait nii capitaine, il devina ce qu'étaient devenus les hommes qui luf manquaient, et fut convaincu que la plupart n'avaient été ni dévorés par les bêtes féroces, ni tués par les sauvages, li lit aussitôt assembler les autres, et leur adressa un discours énergimie pour leur remontrer combien ils offensaient le cîel par de telles actions La famine augmentant toujours, on contint que, plutôt que de périr tons, il valait mieux tirer au sort à qui serait tué; mais telle fut la bonté de Dieu, que, dans la même nuit, il arriva un bâtiment lançais bien pourvu de vivres; et telle tut la noIUique des An« filais, qu'ils s'en renairrnt maîtres, et, chnngeant de navire ave eux, et leur laissant des vivres, ils mirent à la voile

pour l'Angleterre Us allèrent si

foin au nord dans ce voyage , qu'ils virent en plein été d'énormes îles de glaces, sur lesauelles des faucons et autres oiseaux s arrêtaient pour se reposer. » Les malheureux voyageurs arrivèrent enfin à Londres dans l'état le plus lamentable. «Thomas But, ajoute le vieil historien anglais , était SI changé par ce qu'il avait soutTert de la fatigue et de la ramîne, que son oère et sa mère ne le reconnurent pour leur fils qu'après avoir vu une marque secrète qu'il portait, et qui était une espèce de verrue à un de ses genoux, comme il me l'a dit lui-même à moi , Richard Hnrkliiyt d'Oxford, qui fis deux cents nulles pour apprendre de lui la vérité de ce voyage , attendu qu'il est le seul qui reste en vie de tous ceux , qui montèrent ce navire. »

Hugues fViHoughby. L553. Quoique Sébastien C.abot eût rédigé luimême les instructions qui devaient guider dans sa route Wtlioughby et ses compagnons, ce vovage ne produisit des résultats importants que par le plus grand hasard. Il s'aLjissait toujours de pénétrer dans les mers de

l'Inde par le nord-ouest; et l'espoir de la réussite était tel chez les armateurs . comme à la cour, qu*on fit doubler les vaisseaux en plomb, parce qu'on savait

que dans ces parages les vers attaquaient Ir bois des navires (*). On s'étonne, d après cela, que sir Hugh et réquipa^e de la Bona-Cortfidentia , que conuuandait Cornélius burforlh, se soient perdus sur la côte orientale de la Laponie, où ils périrent tous de froid et de faim. On dit que dans ce voyage si déplorablement terminé , "Willougliby avjit déroiivert In \ouvelle Zëmble. Richard Chancelor, nui montait VEdouard-Bonaventuret lUt plus heureux : après avoir atteint War* duus, en Norw^e, rendez-vous de la flottille, il remit à la voile, et s'aventura si loin(|u'il se trouva dans lui endroii où il n'y avait plus de nuit; le soleil dardait continuellement ses rayons sur la mer. Il aborda enfin au fond d'une large baie, où il apprit des pécheurs qui habitaient ce pays, qu'il était en Russie, et que Jean Yasilovich était le mettre de ce vaste royaume* Avec le secours de ces pécheurs, Chancelor alla jusqu'à Moscou , où il fut accueilli par le czar en personne. On raconte çue Jean Yasilovich le reçut la première fois avec une certafne morgue impériale. Mais le marin anglais se contenta de le saluer ï\ la mode de son pays. Dans la seconde entrevue, le prince se montra plus affeble,

{*) Il y a lieu de rroire que ce sont là les premiers vaisseaux anglais qui aient été doubièi de plaqiic* nélSlnquet. Joiqu'au tègne de Charles II, on doubla Us navires v\\ plomb; mais nn remarqua que cette enveloppe s'usait iuégaleineol (4 donnait passage MIS vers; on remplaça alors celte taMlMUM par un simple doublage en bois. La proposition faite en 1 708 de doid>ler en cuivre fut i-ejelce, sans essai préalable, par le bureau de la marine anglaise. Ce m fut que aoixante ans pbi> tard (nriniee\|K't i< iire, (entée sans espoir de succès, fut déclarée favorable à remploi du cuivre. Toutefoia, les oonstmeteurs de bâtiments furent si diffldiea A eoa* vaincre, que, dix ans après cet essai, on ne comptait dam la flotte de ramiral Keppel qu'un seul yaiaseau doaMé tft enîfre.

«t otfHi à boire h ses hôtes de sa propre main, ce qui était un honneur insigne. Il saisit ensditp la longue Inirbe d'un des Anglais, et la uioutra en riant à Tuu des conTîves. Chanœlor, du reste, ne perdait pas son temps:

il rêvait aux moyens d'établir un (-(11)1menccment de relations comniereiaies entre la Russie et T Angleterre. A cet eflet, il recueillit sur les lieux toutes les observations néoessatres, et repartit pour son pays, où il arriva sain et sauf.

Richard Chancelor et Ètienne Burough, 1 555 et 1656.-^L'tvettreuse idée de Chancelor ne tarda p^is à porter ses fruits. Chargé d'une mission spéciale en Russie, il réussit au delà de ses espérances , et Jeta les premiers fondéments du commerce russo-anglais.

Il s'informa aussi d'une route directe de la Russie vecs les Indes orientales; niais, sur ce point, il n'obtint aucun, renseignement satisfaisant.

Pendant ces négociations, la compagnie des commerçants armateurs chargeait Etienne Bu rougi) de faire des découvertes dans la mer Glaciale et de chercher le passage au nord-est. Après avoir double le cap Nord, ainsi désigné4)endjnt le premier voyage deCliancelor, le bâtiment pénétra jusqu'au soixante-diiième degré de latioide.

Burough aperçut une fie qu*il baptisa du nom de James y parut devant la Nouvelle-Zemble, et arriva devant Pile deWaigatz. Il putcraindre un moment d*étre emprisonné par les glaces; mais il parvint à atteindre Golmagro , où il hiverna. Il revint en Angleterre, en

Quant à Richard Chancelor il n'était pas destiné à revoir sa patrie. Des quatre vaisseaux qu'il eommandnit en quittant la Russie, trois firent naufrage et périrent corps et biens, l'un, sur les côtes de TVon^ é^e , Tautre, dans le trajet de Drontheim à Londres, et V Edouard- lionarenture y que montait Chancelor, sur la côte orientale de rÉcûsse , dans ia baie de Pitsligo , le 10 novembre 1556. Uinfortoné capi* taine fut englouti par les flote avec un grand nombre de ses compagnons.

Marm FrobUher, 1576, 1577 et

1578. - Cependant l'attention des savants, des ooiHinerrants et des navigateurs, se. poriait déplus en plus sur la question du passage au nord-ouest Un moine de Mexico avait dit à UB Ksft.iciiol. (jii'il était venu de la mer du Sut! (Ml Alit'iiKigne, par ce passage, et il iiii avait fait voir, assurait-on, une carte où cette commonicatloo d*une mer à l'autre avait été tracée par lui-même de la manière la plus coidornie à la carte d'Ortélius. Ce récit avait vivement préoccupe, entre autres personnes compétentes , sir Hmnphrey Gilbert et Richard "Wiils.

Le prenner surtout publia sur cette question des observations fort ingénieuses, et qui produisirent une grande impression dans le public. FroBisher, qui [i;irtai:r;ut rojiiiiion générale, et qui , pendant quinze ans, avait nourri le projet d'un voyage au pule arctique, trouva enfin , grâce au comte de War- M ick et à quelques amis , les movens mntrricls d'équiper deux petits bâtiments avec lesquels il lit voile pour le nord de l'Amérique. Peu de temps après , il reconnaissait la partie méridionale du Groenland. Forcé par les glaoes, qui s'opposaient à sa marche, de se diriger au sud-ouest, il parut en vue do Labradmr, longea la côte du continent, sans pouvoir aborder une seule fois, et, ayant fait route vers le nord, se trouva dans un détroit situé par G3 ' 8 de latitude. Ce passage, qui porte encore le nom de Frobisher, quoiqu'il ait été aussi appelé entrée de LitHley^ est situé entre le détroit d'Hudson et le détroit de Cumberland {*). Les Anglais virent , dans des pirogues , des sauvages qu'ils avaient |)ris de loin pour de gros poissons nageant à la surface des Ilots. Le portrait que Frobislier a trace de ces Esquimaux s*accorde bien avec celui oue les navigateurs modernes font des nabitants des régidns arctiques. Visago

(*) Les géographes ont cru longtemps que le détroit de Frobisher divisait la partie méridionale dn Groênland; nais Dalmniile prouva qna ottle opioiflii était siroiiw.

KÉGIOi>IS CIRCOMPOLAIRES.

lari^, peau basanée, nez apinti , cheveux noirs et longs, yeux taillés obliquement, pommettes "saillantes et enluminées de raies bleues, tels sont les traita caractéristiques «le cette race dont Dous parlerons plus en détail dnns la suite de cette notice. Mais l'étude des mœurs de ces peuples , et même, il faut le dire, rexploratiou scientifique des lieux environnants, intéressait bien moins les équipages des deux bâtiments que la trouvaille fortuite d'une grosse pierre noire qu'on supposait contenir de for ; cette pierre, soumise à Pexamen des aflineurs de Londres , dès le retour de Frobisber en Angleterre, fut déclarée formée de nombreuses particules de ce métal, et cela seul suffit pour provoquer une nouvelle tentative dans les niâmes parages.

Frobislior, qui avait été accueilli par les acclamations flatteuses de ses compatriotes , fut désigné pour commander cette seconde expédition. Il partit avec trois bâtiments , dont le plus grand lui avait été confié par la reine Ëlisabetli. Apres le soixantième degré de latitude, il se trouva au milieu d^innombrables montagnes de glace, dont que!<|ues-unes , dit-il, tiraient soixante-dix et quatre-vingts brasses d'eau, et avaient un demi-mille de circonférence. Il remarqua que cette glace n'était pas salée, et il en conclut qu'elle devait se former, non dans la mer elle-même , mais a Tembouchure des fleuves, ou près des terres voisines du pôle. Cette observât loti prouve que lorsaue le capitaine Cook faisait usage de glace pour alimenter (l'enu son équipage, il ne faisait que proliter d une expérience faite centquatre-vingt-qoa- • torze ans avant lui , bien que certains écrivains lui aient attribué le mérite de cette découverte. Du reste, la conclusion que tirait Frobislier de la douceur de Teau provenant des glaces flottantes, est entachée (l'errctir.Toutes les montagnes de glace ne sont pas des amas d'eau , de pluie ou de neige congelée, naime à démontré le premier, en 1776, aue lorsque te tbermomètre de Fahrenlieit marquait 17° 1/2, les molécules douces de la met se gelaient

en laissant à l'état liquide une eau salée très-rhargée. Rarentz , à la Nouvelle-Zemble , d'autres navigateurs dans des localités dtlïerentes, et notamment dans les mers situées entr« l'Asie et l'Amérique, près du Kamtschatka , oui remarqué que l'eau de la mer i»e gelait quelquefois subitement de l'épaisseur de plusieurs pouces , et que cette couche de glace fournissait une eau très-potable. Ce fait pn iive que les glaces llottantcs ne se fornirtit pas seulementde l'euu douce des Heu ves et de la neige accumulée sur les côtes des terres voisines du pôle. Au commencement de rhiver, l'eau de la mer se gèle d'elle même , comme nous l'avons dit; et lorsque la couche encore peu épaisse de la glace se rompt sous l'effort des tempêtes ou des hautes marées, les fragments sont ()oussés les uns sur les autres , et se prennent de façon à former des masses de plus en plus considérables, qui deviennent de véritables montagnes flottantes.

Forster(*) dit avoir vu de ces immenses glaçons composés de couches régulières superposées, presque toum d'une égale épaisseur. Mais quelquesunes de ces montagnes avaient fine couche de glace partaitement transparente , et sur celle-la une autre enlièrement opaque; ce oui lui fit conclure qu'avant d'avoir été brisée et dispersée

f)ar les marées et la violence du vent, a glace avait été couverte de neige ; ue la mer venant à baigner ce tapis e neige, l'avait converti en une couche de glace opaque; puis, que les morceaiix avaient été poussés les uns contre les autres; et qu'ainsi s'étaient peu* à peu formées res masses composées de couches alternativement opaques et diaphanes.

On avait d'abord pensé que la glace s*élevait d'un septième au-dessus de Teau ; mais M. de Mairon , dans son ouvrage sur la glace , prouva qu*elle ne dépassait pas la surface de l'eau douce de plus de la quatorzième partie de sa hauteur totale; et l'on a démontré plus tard que la portion vl-

(*) JiùUMTt des vojfngts doju le Jf<HPdf

fiible au-dessus de Teau de neige n'excédait pas le quinziémf i\e la hauteur du glaçon ; on peut donc en ronrliire que , d'ans Teau de la mer, la ^Uce ne rélève que d'un dixième. Ainsi, il hllait que les montagnes flottantes vues

Î)ar Frobislier eii^^sent sept brasses de lauteur visil)le, pour qu'elles tirassent soixante-dix brasses d'eau.

Impatient de trouver la mine d*or qu'il avait mission de chercher, notre voyaj?eur s'empressa de gapner le détroit découvert daus son premier voyage , et d'aborder à Ttle où l'on avait ramassé le hloc précieux. Cette île, 5 laquelle l'Anijjlais Hall, auteur de la riche trouvaille , nv.iit laisse son nom, contenait, ainsi que la terre voisine, une assez grande quantité de ces pierres aurifères. Pleins de Jofe , les ëqiiipaîîP'^ montèrent nu sommet d'une montagne de l'île de lf:dl; là ils élevèrent une colonne eu pierre, î>'age- Douillèrent autour de réteodard national, rendirent grâces à Dieu, et, au son de la trompette, donnèrent à l'endroit où ils se trouvaient le nom de Mont- fJ^arwick^ pour perpétuer dans ces contrées le souvenir du noble patron de Frobislier.

L'historien de ces voyages nous apprend aussi que dans une petite île, qu'ils appelèrent Sndth's itUtnd, les Anglais trouvèrent des pierres contenant de r.irjjent. Ils reconnurent cn- Buite le détroit dans l'espace <k trente lieues. Un tombeau qu'ils découvrirent dans une autre fie. leur fit codnattre que les naturels ae ce pays enterraient avec les morts les ustensiles dont ils s'étaient servis durant Icnr. vie. Ils apprirent aussi que ces sanvai;es voyageaient sur des traîneaux tirés par des chiens; au'ils guérissaient leurs blessures en léchant soigneusement la pinie ; que It^s femmes avaient l'Ii.ibitudede porter sur le dos leurs enfants à la mamelle , et d'autres détails de mœurs, qui, racontés ici, feraient double emploi avec d'autres parties de cette notice.

Le but de l'expédition était complètement atteint; du moins, les Anglais en étaient persuadés. D'après ses ins-

tructions , Frobisher devait M borner

à clierclier de l'or, sauf à remettre à une autre ocrrtsion la découverte du

J)assage aux InJes. Or, comme il avait 'ait une ample provision de pierres noires, il crut devoir songer au retour. Il partit donc emj)ortanl deux cents tonneaux remplis de fragments de cette substance qu'il croyait être le métal tant désiré. Les équipages quittèrent fiaierneiit ces plages privilégiées, oubliant leurs tatigues et leurs souffrances , rêvant à la fortune qu'ils venaient de rencontrer sur leur route et aux actions de grâces dont ils allaient être salués à leur débarquement. N'avaient-ils f)ns t»-ouvé l'équivalent du passage dans le grand Océan ? Ces trésors qu'ils devaient aller chercher dans l'Inde ^r une route plus courte , ne les avaient-ils pas découverts à quelques journées de voyage d'Angleterre?

À'avaient-ils pas mis les mains sur un Pérou septentrional? Aussi, Jamais retour dans la patrie ne fut plus jo\ eu.\. Pauvres gensi leur réveil dut être bien cruel!

Des richesses en apparence considérables et l'eapoir de pénétrer par le nord -ouest dans le Cathay, ce monde de merveilles, voilà ce que Frobisher rapportait à Élisabeth et aux armateurs de sa flottille. Ces résultats étaient trop séduisants pour qu'on s'en tînt à ces premiers essais. Trois cf^nts tonnes d'or, c'était si peu ! Comment n'en pas désirer davantage? £n vérité , on pourrait voir dans ce fait singulier . un but providentiel ; il semble que ces pierres chargées de minces parce! 'es d'or avaient été placées sur les pas des Européens pour, les solliciter à de périlleuses entre prises' dans des régions qui , pour être visit(-es, avnient !>- soin (ïun attrait aussi irr. sistible, KU. abeLii voulut faire les choses royaieiikut; elle résolut d'établir une colonie dans le pays découvert par Frobisher, et auquel elle imposa le nom de Meta fncognita. Une flotte de quinze navires fut équipée, et mit à la voile le 31 mai 1678; douze de ces vaisseaux devaientrevenirehargés d*or; les trois autres étaient destinai à rester

RÉGIOJNS CmœMPOLAIRES.

d^ns ces froides contrées , où cent individus étaient condamnés n vivre. Le 20 Juin , le commandant découvrit ce

au*il crut être la Frislande occidentale; y débarqua , en prit possession au nom de sa souveraine, et nomma cette terre Angleterre occidentale. Quand Ja flotte présenta a rentrée dU détroit de Frobisher, elle le trouva encombré de glaces énormes. Une de ces niontamies Mc^tiantes heurta un vaisseau avec une telle violence, qu'il coula Bur-le-champ , et sur ce bâtiment se trouvaient par mailieur la plupart des matériaux nécessaires à la construction d'une demeure convenable pour les futurs colons. Ce n'était la que le prélude de catastrophes bien plus lamentables : une tempête ef&oyable dispersa les vaisseaux, en poussa quelques-uns dans le détroit, où ils furent enfermes par les glaces, en refoula d^autres dans la haute mer, où les attendait un danger plus terrible encore, celui d'être brisés par les glaçons flottants. Réunis à grand'peine, îh avaient perdu leur route, les commandants ne sachant plus où ilsétaient.

Frobisher lui-même s'égara dans ces parages qu'il avait pourtant parcourus; accompagné de toute la flotte, moins deux navires qui s'en étaient sé|)arés , il longea la côte nord-ouest du G roënland, et s'avnnça aveujilément dans le Nord , aflirinant (|u'il était dans le détroit qu'il connaissait si bien. La baie de la comtesse de 9Varwick reçut enfin les vaisseaux échappés comme par mirnrie au choc des ulaces et à la fureur des vents. Là, toutes réflexions faites, on reconnut qu'on ne pouvait tenter rétablissement colonial qui était le principal but du voyage. Pendant ce temps, le capitaine Rest , nui s'était séparé de ses compagnons , découvrait une grande île qui contenait assez de pierres aurifères pour dédommager, croyait-U, de toutes les pertes et de toutes les calatuités que l'expédition pouvait subir. Il en prit possession, la baptisa Beats Blessing (Bonheur de Best) 9 et éleva une colonne sur une montagne qu'il nomma Promontoire d^HolSm. £nfin, le chargement d'or

terminé , Frobisher donna à la flotte le signal du départ. Les tempêtes , les dangers de toute nature , accompajgnèrent jusqu'en Aneleterre les malheureux chercheurs d^r, et quand Tamiral passa I.» revue de ses eomp.i?znons, quarante d'entre eux maïKjuèrent a Tap-

i}^. Dei>iliu^iunnée , mais un peu tard, a reine renonça aux trésors sur lesquels elle avait compté, et les précieux blocs de minerai allèrent sans doute former une mine d'or au fond de la Tamise ou du port de Gravesend.

On voit que le premier voyage de Frobisher est le seul qn'on puisse appeler un voyage de découvertes. Si ce navigateur ne s'était pas obstiné , par un aveuglement inex|>1icable , à s'aventurer dans des détroits encombrés de glaces; s'il avait, au contraire, navigué dans la mer libre qu'il saviiit exister entre le Groenland et le dt t t oit qui porte son nom , nul doute qu il n*eût réalisé de belles conquêtes sdentifiques, et (ju'il n'eiU fait faire un firand pas d la j^eugraphie de ces contrées, car il avait I audace qui conseille les entreprises périlleuses , et la persévérance qui les accomplit.

r.douard Fenton. 1577. Le voyage de Fcnion, qui avait accom|»agué Frobisher dans ses deux dernières expéditions, n*a droit à une mention dans cette notice clironologi(|ue que parce qu'il e it pour but la découverte du

Sassage. au nord-ouest. Ce navigateur evait se rendre dans le grand Océan et aux Indes orientales par la route ordinaire, puis s'efforcer de pénétrer dans Tocean AllantujMc en se dirigeant au nord-est. L'Kspagne, instruite de ce plan, envoya Une flotte contre les vaisseaux anglais à la sortie du détroit de Magellan. Fenlon, n'osant pas saventurtr tl ms nue lutte dont toutes les chances eussent été contre lui , se hâta de retourner en Angleterre.

Arthur Pet et Chartes Jackman.

1580. La Russie essaya d'entrer en concurrence avec TAudeterre pour rexploration des mers boréales. Elle chargea Jackman et Arthur Pet, deux navigateurs assez médiocres, de cher-

cher au nord-est un j>assage à la Chine. Maïs les deux navires équipés à cet effet atteignirent seulement Pile de AVaigatz et la ^'ouvellr - Zemble.

Effravés par la (juantite et la grosseur des glaces, ks capitaines se décidèrent à rentrer aa port Le George, que commandait Arthur Pet , eut le bonheur de gagner Ratcliffe; mais le ffïUiaftif après avoir passe l'hiver à Drontheim , se perdit corps et biens en se dirigeant sur l'Islande. Ce voyage n'eut aucun résultat digne d'étré signalé.

Humphrey Gilbert. 1583. La cour d'Angleterre , jalouse des progrès de la compagnie de Russie dans la direction de Test , persévéra dans ses projets de découvertes au nord. Elle comptait beaucoup sur les talents et l'intrépidité de sir Humphrey Gilbert , à qui elle délivra une commission spéciale* Mais le succès de cette nouvelle tentative ne répondit pas à l'attente du public et de la reine. Gilbert ne visita que Terre-Neuve , et fit naufrage en retournant en Angleterre. Sa mort fut celle d'un héros des prenlicrs temps du christianisme. Au moment où son frêle navire, battu par des va^^ues furieuses , était prêt a s*engloutir dans r.ihîme, il était tranquillement assis sur le pont , un livre a la main , et criait à ses compagnons : « Courage , enfonts . on est aussi près du ciel sur mer que sur terre! » Cet événement produisit une sensation douloureuse en Angleterre, où Gilbert était généralement consjdéré comme un homme d*un grand savoir et d'un rare courage. Son principal but parait avoir été de découvrir des terres lointaines en Amérique, et de convertir à la religion chrétienne les sauvages de ces contrées. L'historien de son voyage raconte qu'il n'avait rien oublié ffe ce

3 ni pouvait lui attirer la bienveillai.ce e ces peuples, et gu'a cet elïet il avait embarqué avec lui des musiciens, "des danseurs grotesques, des chevaux de bois et d'autres jeux ca()ables de séduire l'imagination des Ksquimaux.

John Davis. 1.^85, i^c, 1587. Jusqu'à cette époque , la plupart des na*

vigateurs anglais qui avaient été envo>[ésdans le Nord s'étaient laissé distraire de leur objet principal par des

incidents iniprévus ou par des préoccupations f;\rheuses. Le voyage de Davis, fait en lâ85, fut la première expédition sérieuse à la recherche du passage au nord-ouest. Parti le 7 juin , il était le l'J juillet au milieu des glaces sur la cote occidentale du Groenland.

De grands mugissements et des bruits fQrratdables causée par le choc des masses flottantes épouvantninit les équipages des deux petits bâtiments.

Ou'on se ligure, en effet, deux de ces !Îes mouvantes, ayant deux cents lieues de long sur quatre-vingts de large, c'est-à-dire, presque aussi étendues que la France , poussées l'une contre l'autre par la violence des courants, et se heurtant au milieu du silence de ces affreuses solitudes! L'homme reste pétrifié en présence de cet effrayant spectacle, et, assourdi ()ar le fr.u'as de celte rencontre, il reste pendant quel-

3ue temps privé de la faculté d*eutenre. Malheur au vaisseau qui n'a pu s'éloigner a temps! Hroyé entre ces deux montagnes, dures comme le granit, il est réduit en atomes , et il ne reste plus rien de lui à Tendroit où il vngu.'iit îi;iisil)len>cnt snr les flots. Quelquelois d ux grandes plaines de glaces, courant l'une vers l'autre, ne peuvent se heurter à cause des obstacles qui se trouvent entre elles; alors les clncons intermédiaires, cédant à la force (l imjiulsion (jui les fait mouvoir dans des directions contraires, se soulèvent lentement, montent sur le banc le plus voisin , et y restent fi\é>^; un serond nrri\o. puis un troisième; tous se siipi r|Hi>,int :tu premier (*J, il en résulte un juids de glaces d^une hauteur prodigieuse, et dont les formes variées offrent parfois au regard du marin le tab!c;ni I" plus pittoresque. Tantôt eesîlots nutiules s claih cent tians les airs en flèches aiguës semblables à de svettes minarets; tan-

[*) Pennani . /e J\'ord du glohc , ou Tahlrau de ta nature dans les contrées septaUrKh nales, t. L

REGIOISS OaœMPOLAIRES

tôt ils préseutent aux yeux éblouis les gracieuses dentelures d*une église gollliaue surmontée de deux tours élevées, ou la splendiMc rolonnadt' (Tun palais de cristal , on bien encore le feuillage artistement découpé d'un ari)re aux longs et flexibles rameaux : quelquefois ils s'arrondissent en hautes arcades et uiierlinloupe pourrait passer pnrlps ouvertures que le soleil et les vai;uea ont creusées oaos leurs flancs; souvent, minés à leur base par l'action inces* santé (fe la mer, et duninuésde voluino dans leur partie inférieure, tandis que la partie supérieure est restée la même, ils ressemblent à d*énornies champignons qui se balancent lourdement à la siipri ln-îe (le Tabîme; parfois enfin le inéine glaeon se compose d'obélisques inclinés comme la tour de Pise , de dômes majestueux et de blocs éblouissants courorniés de franges délicates.

La teinte azurée et la tr.uisparence de ces masses congelées ajoutent euoore au prestige de ces scènes grandioses.

L'entassement des glaces ne s'opère pas sans produire mille bruits avères et stridents qui décbirent l'oreiile.

Au milieu de cette scène d'inexprimable eonfusion, il arrive fréquemment que quelques-unes des masses flottantes éclatent en morceaux avec un fracas semblable à celui d*one décharge d^artiUerie. Alors, comme le rentre de gravité des fra^rments détacbes n'est p.is le même que celui de la masse dont ils faisaient partie, ils tournent sur la surface de la mer jusqu'à ce qu'ils nient trouvé leur e(piilibre, et ociMsionMcnt, dans les eaux qui les entourent, une agitation telle, qu'on la dirait produite par une tempête violente. «Deux ou trois fois, pendant notre voyage autour du monde, dit Forster. nous nous sommes trouvés tres-pres de ces glaces qui se brisaient; un jour, un des morceaux qui venaient de se détacber passa , en roulant , si près de notre vaisseau, qu'il ne s'en fallut que de dix ou douze pieds qu'il ne l'atteignît, ce qui l'aurait inuiilliblement tracassé. J*avoue ' que cette scène effrayante est encore

présente à mon imagination dans toute son horreur, et je crois qu'elle ne s'effacera jamais de mon souvenir. »

Le capitaine Ross , dans la relation de son dernier vov;i^<; dans les contrées boréalei», fait une peinture encore plus terrible des dangers de la navigation dans ces mers lointaiiies :

" Pour ceux, dit-il, qui n'ont pas vu l'oceau Arctique en liivcr, qui ne l'ont pas vu , devrais-je ajouter, pendant une tempête, le mot glace ne rappelle

3ue le souvenir de celle qu'ils ont vue ans un état de repos sur un lac ou sur un canal dans l'intérieur des terres ; il ne peut donner une idée de ce que le navigateur est destiné à éproup ver dans les mers du Nord. Qu'ils se Ugurent donc que la glace est une

t)ierre, un roc flottant dans la mer, equel devient une île ou un promontoire quand il est échoué, et (jui est aussi solide que si c'était une niasses de grauit. Qu'ils se représentent, s'ils le peu vent, ces montagnes de cristal entraînées dans un passage étroit par une marée rapide, s'entre-choquant , connue des rochers ^ui se rencontreraient , avec un bruit semblable à celui du tonnerre , s'arrachant mutuellement d'énormes fraj^ments . se i)risant les unes les autres, et, perdant enûn leur équilibre , tombant dans la mer en soulevant les vagues, et excitant des tourbillons , tandis les champs de glace , poussés contre ces masses ou contre c^s rochers par le vent et la marée, s'elevent hors de la mer en fragments qui retombent sur eux-mêmes, et qui ajoutent ainsi à la confusion et au bruit qui en sont la suite , et uu'il est impossible de décrire. Ce nest pas peu de chose, en outre , que de connaître et de sentir son entière impuissance en pareil cas.

Il n'y a pas un instant où l'on puisse conjecturer ce qui arrivera pendant rinstant qui va suivre. Il n'y en a pas un qui ne puisse être le dernier. Si le bruit, le mouvement, le tumulte dont on est entouré, détournent l'attention, et rempédient de se fixer sur rien au milieu d*une telle confusion , il faut pourtant qu'eUesoittoujourssur le qui-

13* lÀoraitm, (Rioiom ciBconpoLAïais.)

▼ive, afin de saiiir le premier moment

qui peut se présenter pour remédier au mal oti CLliapper au diriger. Avec tout cela cepenaant, et c'est la tcVlie la plus difficile, il n'y a rien à faire, nul elfort à tenter; et quoique la vue spule (hi nioiivcrnciit qui l'entoure porte le marin à l'activité , quol'iti'il puisse a peine réprimer l'instinct qui ooiif presse île songer à notre sûreté dans tous les cas oe danger, il faut qu'il s'arme de patience, ('<tmme s'il était spectateur indifférent et désintéressé, et qu'il attende de. son mieux le destin , qu'il ne lui est possible ni de modifier ni d'éviter (*). » D'après ce qu'on vient de lire, on peut se laire une idée de l'effroi des premiers explorateurs de ces parages eu présence de semblables dangers; et en let marins anglais n'étaient pas encore assez familiarises avec ces jeux terribles de ia nature du I<iord, pour que les compagnons de Davis les contemplas* sent sans émotion.

En avançant au nord, Davis, après un de ces brouillards si fréquents nans les régions polaires, découvrit, le 'JiQ jaillet, une terre couverte de bautai niontagnee, et qu'il nomma cap de la Désolation^ h cause de l'aspect lugubre qu'elle présentait. Il voulut descendre sur le rivage; mais les glaces qui le binrdaient l'en empéclièrent. Se dirt> géant alors vers le sud , il côtoya la terre , et y trouva une températm-e assez douce. Il fit voile ensuite vers le nord-oueit, et, après quatre jours de navigation , il découvrit , sous soixante-quatre df^rrs fniinze minutes de latitude, un groupe <i iles avec de grandes baies, dont une fut nommée |Mr lui baie de Gilbert. Là, des relations s'établirent entre les Anglais et les naturels du pays, qui , charmés des danses et de la musique qu'exécutaient devant eux les gens des deux vaisseaux, l'approchèrent sans déAanoe, et commeaeèrent un oommerae d'éehange.

Relation du deuxième vojnge fait à la rectierchc d'un |>aMage au nord-ouesl, par tir Jobn Rews iradiMlioti flruçiiae de Debucoopret, 1. 1, p. Ma.

Les détails que le narrateur de l'expé*

dition de Davis nous a laissés sur les Esquimaux de cette partie ne nous paraissant ni assez complets, ni parfaitement exacts sur certains points, nous nous abstiendrons de les citer, nous réservant de mettre mieux à |)roflt les renseignements que nous fourniront les voyageurs modernes. Davis fut surpris de la quantité de bois flottant qu'il vit le long de ces rivages. II avait même rencontré, près de la baie de Gilbert, un arbre entier avec ses racines, et ayant soixante pieds de lonff. U a été constaté depuis que les bon

au'on trouve dans ces réj^ions viennent e la baie d'Uudson , où les grandes rivières d'Amérique les portent eo grand nombre. Quant aux pierres ponces trouvées par Davis dans les mêmes lieux, Forsler pense qu'elles venaient des côtes d'Islande, à moins qu'elles ne fussent le produit de quelques volcans voisins. Les Anglais , faisant encore route au nord-ouest, entrèrent dans une belle rade près de laquelle s'élevait une mont.igne qu'ils nonnnèrent le mont Jialeiyhi un peu pius au qord. ils découvrirent le cap Dier; au sud, le cap Walsingham ; ils appelèrent baie cCExeter l'anse qui séparait e^ deux promontoires, et rade (le Tôtnessy le lieu oii ils avaient jeté l'ancre. Ils retournèrent au sud, et le 1 1 août, ils attei;^nirent l'extrémité méridionale de ia terre qu'ils avaient côtoyée. Cette pointe fut baptisée cap de God's merci/y ou de la Bonté m Dieu, parce que Davis la considéra connne le point qui devait infailliblement le conduire vers l'objet de ses rerlu r( lies. I .ii effet, à l'ouest de ce cap, il cuim dan.s un passage Isrge de vingt-cinq à trente lieues, et que n'encombrait aucun banc de ulace. L'intrépide navigateur dut croire uu instant qu'il était à Tentrée de la mer qui connuuniquait avec l'océan Pacifique. Ce qui le confirma dans cet espoir, c'est que l'eau avait absolument I l rouit ur et l'apparence de relie de rOccan. 11 navigua encort^ i'ei>p;ii4;e de soixante lieues; il aperçut alors au milieu du passage un groupe d'îles qu*il se disposait à doubler et à fran-

RÉGIONS CmCOMPOLAIRES.

chir. lorsque , le temps étant devenu très-brumeux , et le vent s'étant mis au sud-rst , il fut obligé de reprendre le cheniin de l'Angleterre, où il arriva sain et sauf le 30 septembre.

En lâ8t>, nouvelle tentative de Davis poar la découverte d'un passage au nord-ouest. Il explora la côte ocd* dentale du Groënlnnd , où il rencontra un glaçon si étendu que l'historien du voyage 'n'ose en donner lesdiineû- 8ioiis.*Ce qu'il y a de certain, c'est que les Anglais côtoyèrent celte énorme mnssp fîottanle depuis le 17 jusqu'au 30 juillet; le vent qui leur arrivait après avoir passé sur ce banc glacé , était si froid, que tous les agrès et les voiles du navire furent gelés. C'est là un des périls de la navigation dans les hautes latitudes. Quelquefois les brouillards et les vapeurs froides s'attachent aux cordages des bdtiiDcnts et y forment des morceaux de glace du poids de dix ou douze onces , qui se détacliei:t au moindre vent, et tombent sur la téte des matelots; alors les voiles deviennent si dures et si fragiles qu'elles se déchirent comme le tissu le plus fin (*).Tant que dure cet état de choses, il esta peu près impossible de manœuvrer, et l'on conçoit le danger de la position d*un éijurpage frappé , en quelque sorte, d'impuissance dans ces mers, ou l activité est le principal moyen de salut. 11 est évident, d*après cela, que remploi de la vapeur dans les mers polaires est, comme le dit le capitaine Koss, parfaitement rationnel. A l'est-sud-est, les Anglais s'aperçurent que la température avail complètement changé. Us souffrirent même de la chaleur, et furent persécutés par des moustiques dont la piqdre était très-douloureuse. Cependant ils étaient sous le soixante-sixième degré trente-trois minutes de latitude. Cette extrême chaleur qu'ils ressentirent encore sous le soixante-dou/.iènie degré de latitude est un des phénomènes des mers glaciales. On l'explique par la grande étendue et l'élévation des terres vers le pdie nord. Ia réflexion

des rayons du soleil sur la surface inégale' de ces terres, et leur croisement en différentes directions, produisent une chaleur assez intense quelquefois pour fondre le goudron des vaisseaux. Le même fait n'a Jamais été remarqué dans les régions polaires de l'hémisphère austral : on y jouit bien de quelques journées lièdes ; mais la température de ces contrées n'approche presque jamais de celle du printemps d'Europe. La grande étendue des mers australes est la cause de r( tte différence; les rayons du soleil étant absorbés par la masse liquide, ne peuvent produire aucune chaleur. Du reste, c'est souvent dans les latitudes les plus élevées, et loin des côtes, que l'on éprouve la chaleur la plus forte.

Dani> le voisinage des terres « le vent passant sur de vastes plaines de glace, TOUS apporte un froia insupportable, et cela sous une latitude bien moins élevée que celle où l'on trouve la mer libre et une chaleur étouffante. Après avoir examiné la côte occidentale da détroit de Cumberland, entre l'île de ce nom et le soixante-neuvième deçré de latitude , Davis rebroussa chemm , et revint dans sa patrie, plein d'espoir, malgré ce second échec, et persuadé qu'd finirait par trouver le passage (pie deux fois il avait vainement cherché.

Le troisième voyage de Jean Davis

eut lieu en 1587. Dans cette expédition, les Anglais examinèrent la côte qu'ils avaient déjà visitée, donnèrent des noms à certains lieux qui n'en avaient pas encore * remontèrent, Tedpace de soixante lieues, le détroit de Cunil>erland, naviguèrent dans le détroit de Frobisher qu'ils désignèrent sous la dénomination nouvelle de dé' trait de Lumley, découvrirent le cap de ff 'arwick; et traversant un large golfe, arrivèrent sous le 01 "degré 10 de latitude, près d'un pronionluire qu ils appelèrent cap Maiey, D'après cela»

il est constant que le détroit qui porta le nom d'Hudson sur toutes les cartes et dans tous les ouvrages de géographie, fut réellement découvert par bavis. Mais c'est assez pour la oelé-

L'IjjNiVIiRS.

britc de ce navigateur, que la mer qui s'étend entre le Groenland et l'île de Cumberiand jusqu'à la biiie de Batlin, ait consacré le souvenir de son inlrépidtté en oonservaot son glorieux nom.

Les contemporains de Davis durent considérer ses trois tentatives comme UQ pas immense lait vers la solution do problème dont on s^occupait depuis longtemps et avec tant d'ardeur. Davis , à son nrrivée en Angleterre, écrivit à un de ses an)is : « J'ai été jus(ju'au soixante-treizième degré de latitude, trouYOMt la mer ouverte à quarante lieues d'une terre à l'autre. L'existence du passage est (kmc très-probable, et il est facile de s'en assurer. » A uu point de vue plus positif, les expéditions de ce marin n'étaient pas moins importantes. Indépendamment de ses découvertes à l'ouest et sur la côte occidentale du Groenland, Davis avait acguis des titres sérieux i la reconnaissance de ses compatriotes: il donna un grand essor à la pèche de la haleine, et ouvrit à cette industriel! abondantes sources de prufît, en lui révélant de nouvelles mers peuplées de cétacés.

Maldonado^ 1588.— Les Espognols, jaloux des succès des Anglais dans le Is'ord , essayèrent de faire croire qu'un de leurs oompatriotes avait découvert ie passage au nord-ouest. La relation de cette prétendue découverte attribuée à un certain Maldonado Ferrer, a été un beau jour trouvée pour la première fois dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan, et le savant Amoretti se hâta de la publier. Ce voyage n'est qu'une mystillcation, quoi qu'en ait dit ÀL Buacbe , géographe français , c[ui , en 1790, lut à l'Académie des sciences un mémoire sur ce sujet. Cependant, connne il a accrédité parmi quelques personnes compétentes l'opinion que le problème du passage au nordouest avait été résolu , nous croyons Revoir citer la critique judicieuse que Malte-Brun a faite de cette entreprise imaginaire : « La première partie inconnue de la route de Maldonado passe

(»ar un soi-disant détroUtde Labrador ^ ong de deux centquatre-vingts ou deux centquatre-vingt*aix miUes,et qui occu-

perait dans toute son étendue les terres

situées à l'occident du détroit de ]>avis et de la mer de Jiaffin; la deuxième comprend la navigation en haute merdt trois cent cinquante milles, en descendant depuis 7o° de latitude jusqu'à 7 1« aux environsdu capdes Glaces, au delà duquel ne purent avancer Cook etKiug en venant du Sud ; la troisième partie de sa route le conduit à travers une partie du continent actuel de l'Asie , au détroit d'.lniany que, d'anrès ses déterminations, il faudrait chercher dans la Tartarie, à soixante milles à l'ouest d'Okhotsk; dans la quatrième, il prolonge la côte d' JinériquCy entièrement unie et déserte; uiais , selon les cartes , il aurait traversé les monts Stannovoï , au pays des Toungouses ; dans la ( inquième, enfin, il reconnaît une grande cote élevée qui , d'après sa position , ne pourrait être que celle du lac Balkal. Veut-on admettre fort • inutilement que Maldonado s'est trompé sur les longitudes , et que son détroit d'Anian soit, en effet , ( e ui que nous connaissons sous le nom de Behring ou de Cook? Les difticultés sont les mêmes, puisque alors Maldonado aurait passé par-dessus la presqu'île d'Alaska, ou bien se serait trouve au milieu des ttes Atéoutiennes, sans rien apercevoir. D'ailleurs, le détroit d*Anian , chez [Maldonado, tie ressenihle en rien à celui de Behring ; il e^t bieu plutôt calqué sur celui de Magellan, il prétend avoir parcouru cette route, qui, selon sa propre estimation, est de plus de dix-sept cent milles géographiques, deux foisdans le courant d'un été, sans y rencontrer des glaces , des phoques , des ours blancs , ni rien en général qui soit particulier à la zone boréale; mais il nous parle d'une digue haute de trois pieds et davantage û\{& avec des coquilles d*œo&; il a vu 4te beaux arbres qui conservent leurs fruits toute l'année ; il a trouvé des litchis y fruit de la Chine, de la vigne sauvage et diverses sortes de gibier des climats tempérés , notamment une espèce de cocnon qui a le nombril sur le dos, et des écrevisses longues d'un pied et demi ; entin , il a rencontré un vais*

REGIOINS C1K(

seau russe ou anséafique, de huit cents tonneaux, aibnt a Arkhnngel!

Voilà les merveilles que Maldonado nous raconte avec une quantité d*autrès. On doit être curieux de connaître ce personnage. Malheureusement, tout ce que Ton en sait se réduit à deux notes, Tune extraite de la bibliothèque espa^le d*Aiitonio, diaprés laquelle c'était un ancien militaire , très-instruit dans la n:n iîation et dans la géographie, auteur d'un ouvrage intitulé :

L'Image du monde y et d'une Histoire de la dé couver ((• du détroit d^Jnian ; l'autre, extraite de la bibliothèque indienne d'Antonio de Léon, dont il résulte que Maldonado avait eotratné le conseil des Indes dans de grandes dépenses , par la vaine promesse d'inventer une boussole non sujette aux inconvénients de la déclinaison, et une méthode pour déterminer la longitude en mer.

« Dans le trentième pnracrraphe de son projet d'expédition, Maldonado dit avoir été guide « pendant son vovage, par une bonne relation de Jean ]Vlartinez, pilote portn^nis , natif des Algarves , mais que personne ne connaît, fl paraît donc probable que ce faiseur de projets a eu sous les yeux quelques relations inconnues sur les navigations des Portugais an détroit diludson, nommé détroit d'Anian par Corteréal.

Il aura combiné ces notions avec quelques données empruntées aux Japo* nais sur la nirr d'Okhotsk. Delà, cette combinaison de positions impossibles à admettre , et cette réunion de caractères physiques appartenant à des climats différents. La relation de Maldonado n'est plus qu'une curiosité bibliographique. »

Cette opinion sur les prétendues navigations de Maldonado Ferrer ne nous paratt que mieux confirmée par les découvertes récentes de Parry, puisque celles-ci ne coïncident pas avec celles de Ferrer, ni pour les positions, ni pour les détails physiques (*).

(•) M. Lapic a publié en iSii , dans les rtouveliu annales des voyages, un mémoire tavanlcteuiifltac » contrure à edte ofkÊàan*

;OMPOLAlRh:S 197

Jean <://? Fuca, 1692. — Parti du Mexique pour chercher un passage au nord-est , Jean de Fuca suivit la côte jusqu'à ce qu'il eût trouvé une large ouverture, dans latjui'ile il navigua, dit-il, [)endant vingt jours; après quoi il crut elitrer dans la mer du JNord.

Le détroit qu'il avait franchi , ayant de trente à quarante lieues de large , il l'avait pris pour le passage qu'il cherchait. Il retourna à la iSouvelle- Espagne par la même route. Ce voyage parait authentique; mais les conclusions de Jean de Fuca sont de tout point erronées. Néanmoins , quelques .géographes, pour honorer la mémoire - ou navigateur qui découvrit le premier la baie de la Reine-Charlotte, située sur la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale, ont donné à l'entrée méridionale de cette baie le nom de détroit de Juan de Fuea.

Comelis Comelisen , Guillaume Barenfz ou Barentzen^ et Jîrand Ysbrantz, 1594 .—Ces trois Hollandais, env:pyés à la recherche d*UB passage au nord«est, atteignent le détroit de Waigatz et la Nouvelle-Zemble^ mais ne vont pas plus loin.

Barentz, 1595, 1596.— Même tentative les deux années suivantes. Dans son second voyage, Guillaume Barents périt de froid et de privations avec la moitié de son équipage. Comme en 1594 , il n'avait pas dépassé la Nouvelle-Zemble.

Georfje ïVeymouth , 1^02. — Nous cilon'; sans développements le voyage de Weymouth qui ne lit qu'approcher de la côte do Labrador, et qui , n*ayant pas dépassé le soliantequatrième degré de latitude, ne fit, par conséquent , aucune découverte.

Jacques Hall, 1005, lGO(i et 1(>07.

—Cette fois ce furent les Danois qui explorèrent les régions septentrionales; mais il paraît qu'ils avaient plutôt pour but de trouver de l'or et de l'argent que le passage des Indes. L'Anglais Hall , commandant des trois expéditions qui eurent lieu dans les parages du Groenland, n'alla pas plus loin que le soixante sixième degré de latitude. Ces voyages, dont nous nous

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L'UKIVEKS

abstiendrons de parler, furent marqués par des imprudences, que les suecesseurs de Hall devaient expier eruellement, et par des actes de barbarie qui donnent une idée de trange façon dont on exécutait alors les arrêts de la justice. Le chef do la

()etite escadre captura plusieurs Groënaodais et les emmena de vive force en Danemark; comme pour dédommager les compatriotes de ces sauvages , il abandonna sur leurs rivages inhos-

Sitaliers de malheureux Danois conamnés à la déportation par les tribunaux de leur (lays. C'était comprendre bien mai la liiîue de conduite que les Européens devaient tenir, dans leur intérêt même, à T^a^d des naturels de ces contrées , et se jouer bien Im» pitoyalilcfuent de la vie de ceux-là même que le glaive de la loi avait épargnés.

Jean Knight, 1066.— Enregistrons aussi Pinsuccès de la tentative de Knight, qui, parti pendatit la seconde expédition de Hall, atteignit le Labrador, et y périt massacré sans doute par les indigènes.

Henri timhon, 1G07, 1608, 1610 et 1611. — Les résultats obtenus jusqu'alors dans les parages du nord-est et dn nord-ouest, n'ayant pas Ait naître de grandes espér.uices de réussite , les Aniilais vouliiniit s'ouvrir une nouvelle route, et chercher le passage aux Indes à la hauteur du pôle même. Henri Hudson, chargé d'un voyage de découvertes dans cette direction , loriL'ea à une certaine distance la cote orientale du Groenland, et aperçut , sous le soixante-treizième degré de latitude, un plateau élevé qu il ap})(Ma Iloîdwith hnpc , nom qui révèle son espoir de rencontrer, |)rrs de ce point, une mer libre qui lui permettrait d'atteindre le pdie. Quelques jours après , il reconnut la Non-' velle-Terre ou Spitzberg, qui, quoi qu'en dise Forsler, avait été vue onze ans auparavant par les Hollandais. Après avoir navigué sous la latitude de 80** 28\ te capitonne anglais fut obligé de reprendre le chemin de sa patrie.

Le tiK^fïie nnviiinteur fit un second voyage dans la mer du ISord, à la recherche d'un passage au nord-est. On lit dans le récit de cette expédition un fait qui donne la mesure aes notions de ce siècle en matière d'histoire naturelle. " Ftant par 79" 7' de latitude, dit Hudson , un des honnnes de l'équipage aperçut une sirène; Il appela quelques-uns de ses compagnons ponr qu'ils vinssent la voir, et remonta ensuite; elle était alors très-près du bâtiment , et regardait fixement les matelots. Peu de temps après, une vague lui passa sur le corps; elle disparut.

A partir de la ceinture , son dos et sa poitrine étaient comme ceux d'une hmme, suivant le témoignage de ceux qui la Virent; die avait le corps aussi fîros que nous ; sa peau était très-blanche, et de longs cheveux noirs pendaient sur son dos. Lorsqu'elle disparut dans i*eau , ils virent sa queue qui ressemblait à la queue d*un mur* souin , et était fourchue comme celle d'un maquereau (*). • Hudson ne nous dit pas SI ses matelots , pour compléter Vaventore, entendirent chanter la

sirène.

Après un troisième voyage de découvertes entrepris pour le compte de là Hollande, mais dont on ignore le bttt précis , Hudson fut charge par ses compatriotes de diriger ses mNestii;ations au nord-ouest. (Test rians cette dernière expédition qu ii découvrit la grande baie qui porte son noin. Cette baie est, à proprement parler, une véritable mer. Kti effet, on ne peut refuser cette denominaliot) à une étendue de quatre cent cinquante lieues de largeur du nord au sud, et de plus de deux cent cinquante lieues de l'est à

l'ouest.

Une description rapide de cette méditerranéé troiive ici naturellemènt su plaee.

Les côtes de la mer d'Hudson sont en général élevées et bordées de rochers ; la profondeur de ses eaux est de cent cinquante brasses au milita de rhîver; leur surface est entiètement

(*)Piirchas, t. IH.

RÉG10>'S CIRCOMPOLAIRES.

couverte de glaces. Elles ne sont libres que depuis le commencement de juillet jusqu*à ta fin de septembre; encore y rencontre-t on alors trèssouvent des glaçons font courir aux navigateurs de grands périls; au moment nicine où l'on se croit loin de .ces écuelis flottants, un coup de Teot , une marée , ou un courant assez fort pour entraîner ie navire et l'einpt'cher de iionvci lu r, le pous^o tout à coup au nulieu d une multitude de masses solides et mobiles. La baie offre, dans le sud, un enfoncement de (•(Mit lieues de longueur et de soixante de largeur, improprement appelé baie de James, bien que ce soit un golfe qui présente lui-même des anses proton.les dans sa partie méridionale. De nombreuses îles sVlèvent du sein des ilôts, au sud, à Test et au nord. Au sud, la plus vaste est celle d'Agomisca; au nord, celle de AlaiisQeld qui a environ quatre on rinfj lieues de longueur; pins Inif» encore, dans la partie sepUiiLiionale , on découvre plusieurs grandes !les que l'on peyt regarder comme des dépendances de la Nouvelle lîreta.^ne, c'est-à-dire, des po.ssessions anglaises de rAmcriqqe du iSord.

Rien n'est plus affreux qiie les environs de la baie d'iliulson. De quelque côté (lu on jette la vue , ou n'aperçoit que des terres incauables de reçe\^oir aucune sorte de culture, que des rocs escarpés qui s'élèvent aux nues. (piVntret t»upent des ravins pi orim Js < t des v.ilieps stériles où le soleil ne pénètre point, et yue rendent inabordabjea des

glaces et des amas de neiges qui semlent ne fondre jamais.

Le elinnt, même sous la latitude de T)/", est excessivement froid. La neige commem e a tomber en octobre, et continue à différentes reprises dans Pespaee de l'biver. Lorsque le froid est très - rigoureux , eiie tombe sous la forme du sable le plu&i liu, et c'est alors qu'elle est le plus însupiwrtable. La glace sur les rivières a huit pieds d'épaisseur. Le. vin dt> P(>rto se L'èle en masse; l'cau-de-vie niènie se eoagiile.

Ddi}& le jour le yïua court, W soleil se

lève à neuf heines einq minutes et se couche cinq minutes avant trois heures; dans le plus long jour il se lève à trois heures du matin et se couche à neuf heures du soir. Pendant l'été, la chaleur est quelquefois si violente, qu'elle brdle té visage des chasseurs.

Le tonnerre se fait entendre rarement; i))ai>, quand i| gronde, ses éclats sont ries plus effrayants. Pendant l'hiver, le firmament n'est pas sans beautés. Les faux soleils o^ parhelies sont assez fré-

auents : ils sokit fort brillants et reètent toutes les couleurs de l'arc-enciel. L'astre se lève et se couche avec un large cOne de lumière jaunâtre ; la npltest illuminée par Taurore boréale qui répand mille clartés sur toute la voiltc du ciel , et dont la lumière même de la iuue u'elïace pas la splendeur (*).

L*élan ^ le buffle « lo bœuf musqué , le daim , le loup , plusieurs espèces dA.

renards, le lynx ou chat sauvage, le castor, l'ours Maite, l'ours noir et Tours brun, |e woUeréne, espèce de

Îlouton, la marte?à-pin , Thermine ou uret puant , la loutre , une autre espèce de loutre nommée jachash , le

t)orc-épic, le rat musqué, le lièvre, }e apin, l'écureuil des bois, Pécureuil rompant , différentes espèces de souris; en fait d'oiseaux, plusieurs espèces de cvgnes, d'oies et de canards, des gelinottes; dans les lacs , même les plus septentrionaux , une quantité d*exce|* lents poissons , comme truites , e.stur* geons et brochets; telle est e!i trèspeu de lignes la nomenclature zoologiquf! de cette contrée. La liste des plantes n'est pas plus longue, et on aura donné une Idée à peu prés complète de la faune et de la flore du pays que nous décrivons quand on aura noumié le pin , le peujilier , le saule , le mélèze de petite espeoè, le bouleau nain , le groseillier, trois espèces d'airelles , le cassis , le fraisier et ime petite espèce d'églantier, la bardane, Toseillu, la dent-de-lion, quelques espèces de graminées et de pois.

Ûn sait h quel degré de prospérité

L'UJSIVERS.

e%t pnrvrniio la rompastiie commerciale qui ;i établi le sieiie de ses opérations dans le voisinage de la i)aie d'Hudson. Nous croirions devoir donner qrielques détails sur cet intéressant sujet, si la partie de Vf'nirers pUloresqne relative au Canada et aux colonies anglaises de TAmérique du Nord ne nous |>araissait pas sur ce point suffisnmnïent explicite (*).

Le voyaiie d'Hndson se termina par une horrible catastrophe : 1 eauipage se révolta et abandonna rinfortuné capitaine avec son fils et sept hommes malades, dans une rbaloupe, an milieu d'une mer couverte de glaces. On Iréinit en songeant aux souffrances que durent éprouver ces malheureux, et surtout DUN terribles angoisses qu'ils durent ressentir en voyant s'éloigner le vaisseau qui les avait portés iusquelà. Mais de combien d'autres d&astres non moins lamentables ces tristes régions n'ont- elles pas été les muets témoins !

Jonus Poole. 1609-1611. Ce marin fit deux voyages dans le Nord et atteignit le 73'' degré de latitude dans le détroit de Davis. Rien de remarquable dans la relation de ces deux «piorations.

T/iotnas Button. 1G12. Quoique le récit fin voyage de sir Thomas Bntton n'ait jamais été publié, par un motif qu'il est diflicile d'expliquer, on sait qu'il pénétra dans la baie d'Hudson, qu'il découvrit la rivière de Nelson, baptisa lecap Southampton, h la pointe de rile de ce nom , ainsi que le cap Pembroke à Test de Carey's Swan's Nest , et les ties Mancel , qui furent depuis appelées lira Mmiiifu'h!.

Jacques Hall. HAÏ. Batlif) , dont nous allons parler tout a Theure, écrivit, dit-on, la relation de cette quatrième expédition de Hall, entreprise presque en m^me temps que celle de Thomas iiutton. Il paraît que le bnt

{)rinciual des armateurs avait été, non a re4»erche d'un passage en Chine,

(**) Voyez, dans la notice sur le r.iîiada, l'articlv qui traite du cooinierce de» luurmrei.

mais tout simplement la découverte d'une nnne d'or dont on soupçonnait l'existence non loin du nôle. Quoi qu'il en soit, l'intrépide Hall entra dans la baie nomn)ée RomelsOord et située sur la côte du Groenland : là, un indigène le per(^ d'une ilèche et le tua , en représailles des actes de violence commis par le capitaine anglais sur des habitants de ce pays lors de ses prenners voyages pour le compte du Danemark.

i;o6er/ liylot et GuUkume Baffuu 1615, 1016. Le premier voyage dé ces

deux marins n'eut pas nn grand sticcès, car ils ne dépassèrent pas le 65* degré de latitude, et se bornèrent à examiner la côte du détroit de Davis jusqu'à l'île de la Résolution. Baffin, historien (le l'expédition , raconte qu'ils lurent elïraves en apercevant une montagne de çlace qui avait deux cent quarante pieds anglais de hauteur; or, si la glace ne s'élève sur l'eau de mer que d'un dixième de sn hniit^iir réelle, cette ile flottante devait avoir deux mille quatre cents pieds de son extrémité inférieure à son sommet. Le second vovaiie fut un des plus importants qui eussent été faits jusqu'à ce moment. Baflin avait pour instruction de remonter le détroit de Davis vers le nord, jusqu'au 80'' degré de latitude, puis de se diriger a l'ouest et :tu sud jusqu au 60" degré, et enfln de tàcber de rencontrer la terre d* Yedzo, De là, s'il trouvait la fameux passage, il devait aller aborder à In cote septentrionale du Japon et en laniener un indigène. Baffin longea en effet la cote occidentale du G roënland jusqu'au 73* degré minutes, on il rencontra un groupe d'iles nommées par lui lies des Femmes. De là, un canal large de sept OU huit lieues lui permit de s'avancer encore vers le nord; il fut enb'n enfermé par les i:lnres et ol)!i::é d'attendre qu'elles fondissent. L'endroit où il avait jeté l'ancre reçut 1^ nom de Nom Soundy baie des Cornes, à cause de certaines cornes que les natureb avaient données aux Annlais en échange de quelques grains de verre. Baffin entra ensuite dans une mer ouverte,

RÉGIONS CUICOMPOLAIRES.

qui lui fit concevoir Tespérance de trouver un passage. Il découvrit, et nomma surcejsivement le cup de Dudtey Diggea , sous le 76* degré 35' de latitude, la baie de H^olUmhùtme, la haie des fialf ines, par 77" 30', Vile cTffacklhityf , In baie (fp sir Thomas Smith, au nord de 7«", point remarquable en ce que c'est là que la boussole offre la plus grande variation ; enfin les tles Carey ^ la baie de Caldennnn Jones , vers le sud-ouest , et celle de Uuicastre, Dans cette exploration il avait sillonné la baie qui a immortalisé son nom et déterminé exactement la situation géographique d'une foule de points intéressants (*).

Si le Journal de ce voyage était plus complet qu'il ne Test, nous y aunons puise des détails sur toute c( lté partie des régions arctiques; mais la relation de BafUn est d'une concision desespérante , et il y règne sous plusieurs rapports an vague qu*0D ne saurait trop déplorer.

Jean Mimk. IGio. Après une expédition sans succès de Kobert Fotherby, Jean Munk, chargé par le roi de Danemark , Christian IV, de faire des découvertes dans le Nord, se dirigea vers le détroit de Davis. Il le remonta, puis pénétra dans la baie d'Iludson.

Cédant à une manie commune à presque tous les navigateurs , il changea tous les noms de cette mer. Ainsi il appela sa partie septentrionale mare CmisHanewn, et débaptisa toutes les îles reconnues par ses devanciers, i^'approche de la mauvaise saison le força de choisir un lieu propre à hiverner, li s'établit dans le liavre de Chesterfield, qa*il nomma havre d^hi' ver de Munk , et reeonntit les terres environnantes, auxquelles il imposa la dénomination de Afmvcau-Dane' mark, il avait eu la précaution de faire construire descabanes pour mettre ses gens à l'abri du froid. La quantité de gibier tuée dans les pre-

(*) Le câjjitaine Ross, dans la rv>laliou de son deu&iein« voyage, dit que BafliQ a commis de pandes et noiobreiiMt erreun dam le calcul des longiludes.

niières semaines avait fait espérer à

l'équipage des approvisionnements abonnants pendant toute la saison.

Malheureusement le froid fut, cette année, d*une rigueur extraordinaire dans les environs de la baie d'Oudson.

La bière, le vin, l'eau-de-vie même, gelèrent dans les tonneaux , et les urent éclater. Bientôt Tusage immodéré des spiritueux détermina le scorbut parmi les comprii;nons de Mimk, et cette terrible maladie le^ décima cruellement. Peu ù peu le pain et les provisions s'épuisèrent. Les oiseaux revinrent avec le printemps; mais les souffrances et les privations avaient tellement affaibli ces infortunés, qu'ils ne pouvaient profiter de cette ressource si précieuse. Des troupes innombrables de canards et de perdrix venaient voltiu'cr nittour d'eux, et leur faisaient subir le supplice de Tantale; tenaillés par la faim, ils dévoraient du regard ces légions ailées; et toutes les fois qu'ils voulaient essayer de leur faire la chasse , leurs forces trahissaient leurs désirs. Le désespoir alors vint en aide à la maladie, et chaque jour fut marqué par ta mort d'un de ces malheureux. Munk lui-même, resté seul dans sa hutte, qui le protégeait à peine contre le vent et la neige, tomba dans un état de langueur et d'épuisement qui n'était que le commencement de l'agonie. Cependant , aiguillonné par la faim qui lui torturait les entrailles , il tenta un dernier effort: il se tratna jusqu'à la cabane voisine, et n'y trouvn plus que deux de ses compagnons qui luttaient contre la mort, "ils s'encouragèrent mutuellement , et , écartant avec leurs ongles la neige durcie sur le sol, ils trouvé* rent des racines, qti'ils mangèrent avec avidité. Ces dc.bris de \egetaux calmèrent leurs souffrances , et au bout de quelques jours de ce triste régime, ils purent prendre des oiseaux et des poissons. Dès lors, ils n'eurent plus à craindre le sort de leurs camarades, et ils pensèrent à retourner en Danemark. Ils parvinrent à équiper leur plus petit vaisseau , mirent à la voile, repassèrent le détroit d'Hudsoo» et«

m L'UN

après une traversée pendant laquelle

ifs s'étaient reposés sur la Providence du soin de les condiiirr nu port, ils débarquèrent en Norwege le 25 septembre 1620. Des soixante-quatre hommes que Munk avait emmenés avec lui, il n'en romennit que deux!

Les aventures des trois vova^eurs excitèrent la curiosité et l'intérêt public èn Danemark, et Munk , au lieu de chercher à se reposer de ses fatigues, sollicita rhoniieur d'être rh.irgé d'une nouvelle expédition. Sa dt niande fut accueillie avec empressement par éës concitoyens; une éouscription fut ouverte, et le chiffre des dépenses de l'entreprise fut bientôt atteint. Avant de partir, il fut reçu à la cour. On lui parla de ses malheurs, de ses longues souffrances. Le rei lui recomrtianda plus de prudence dans son prochain voyage, et laissa échapper quelques mots qui semblaient accuser Munk de la mort de ses compagnons. La fierté et la conscience du marin ne purent tolérer de pareilles inrulpations dans la bouche (lu souverain. 11 répliqua, et fit entendre à l'oreille royale un langage dont Péner^ie dut passer, en tel lieu, |)0ur de hnsolence. Le prince, irrité, leva sn canne et en frapna Munk, qui se relira le cœur plein ae colère. L'outrago qu'il avait subi avait été ^ur lui un coup de poignard. Il mourut peu de ten)ps après, poursuivi par le souvenir de cet affront, donf une âme plus forte se serait consolée en méprisant l'auguste distributeur de coups de canne.

Luc Fox (t Thomas James. lfi:3i.

l'n assez Ion;; intervalle de temps s'était écoule depuis l'importante expédition de Bafnn, et les Anglais semblaient avoir renoncé à la découverte du pnssniie nti nord-ouest; on sait SPUlement qu'un nommé Ha\vUrid;ze fit, pendant cette période, un voyage vers le pôle; mais cette tentative dut être insignifiante , car les contemporains n'en ont laissé aucmie relation, et ont uK^me juqé inutile d'eu conserver la date. Ce lut Luc Fox qui réveilla le goât de ces tiérilleuses entrejirises. Mais en même temps quMI

obtenait de Charles Taotorisatioii

de choisir et de faire armer un bâtiment , les négociants de Bristol , jaloux de ne pas rester en arrière de leurs confrères ne Londres, équipaient pour le même objet le vaisseau la Marte, dont le commandement fut confié au capitaine Thomas James. Les deux navires appareillèrent et partirent, l'un le S mai , Tautre le Nous allons d*abord nous occuper de celui que montait Fox.

Parvenu dans la baie d'Hudson après une traversée assez heureuse, le capitaine Fox, en suivant la edte orientale dé TAmérique, découvrit une île, qu'il nomma Sîr Thomas Row's ff-'rf corne (*) (la liienvenue de sir Th. Uowe. un des armateurs du bâtiment); puis Une seconde, quMI appela Brooke Cobhamy et enfin un groupe entiei", qu'il désigna dans son journal sous h singulière dénomination de Briggs his mathemaUcks (les Mathématiques de Briggs, autre armateur). Dans nie '\^ t IroDip , il vit plusieurs tombeaux contenant des cadavres d'F.s juimaux enveloppés dans des peaux d'orignal, et places sous des pierres, la tite tournée vers le coucnant. Ces corps n'avaient pas plus de quatre pieds de long. Auprès de cliaque mort étaient placés des arcs , des fièches, de^ lances, des dards en fér, et d*autres armes en bois. Un dard en cuivre, trouvé dans cestomhe iux, fait conjecturer que les habitants de l'île avaient déjà été visités par des Européens, ou avaient trouvé, dans leurs excursions sur le continent, les débris de quelque navire échoué. Fox se dirigea ensuite sur la rivière JNelson, ou il trouva une croix qui portait encore en caractères lisibles le nom de Button. De là il fit voile vers lesud-onrsl, et quelques jours après il rerjcontra le bâtiment du capitaine James. 11

coto} a inutilement tout le fond de la

(•)Le nom do, Wolconn' a v\v drjuiii applique iiidistinclenient ;i la ci'U- -iiu,!-??! de l'Amérique, et au dctrou .silue eiitie celle et rile 8outhainpU)|i, mus plus partieiUicranent au détron.

RÉGIONS CmCOMPOLAIRES. m

baie, et retourna vers le nord, où un promontoire fut nommé par lui ff^ols*

ûnholme*s u/timum vale, tant l'or* gueilleux capitaine était convaincu d'avoir exploré la mer d'Hudson aussi bien que pouvaient l'espérer ses patrons. Après avoir longé la terre sur laquelle est Carey's Swan's Nest, il s'avança encore vers le nord, ou il découvrit et baptisa les caps du roi Charles et Marie. II aperçut aussi les îles de la Trinité, le cap de lord ff^esfo7ï's Portiand n qiirlqiies minuU'S du cercle polaire, le cap DorcUester, et enfin une terre dont il lit ses colonnes d^Horcule, en rappelant Fox hi$ farfhest (le nec plus idtrà de I o\).

Tous ces points sont situés dans la grande île connue aujourd'hui so!i.s le nom iïUe de Cumberland. Enlin , désespérant de pénétrer dans la mer polaire par In baie d'Hudson, Luc Fox s'en revint, fort satisfait d'un voyage qui, en détinitive, n avait eu aucun résaltat important.

La tentative de Thomas James fut encore plus infructueuse. Ce capitaine ne connaissait aucune relation des voyages antérieurs dans les régions boréales; il avait aussi négligé des*entotprer d'hommes habitués a la navigation dans les mers glacées. Aussi les premiers dangers et les premières diflicultes d une pareille expédition le trouvèrent au dépourvu.

Un jour, pour éviter les montagnes flottantes, il se dirige vers un rocher sur lequel la marée, en se retirant, laisse son vaisseau à moitié renversé.

Une autre fois, il est bloqué par les glaces, et Fie sait comment sortir de cet effrayant labyrinthe. Enfin, son ignorance conin)è marin est telle, que lequipage commence à murmurer, dans la crainte d^étre obligé de passer l'hiver d;»ns ces tristes contrées. Après mille aventures , dans les(jut'l!es la Providence lui était heureusement venue en aide, il découvre nie Gharton, qfl*il nomme Danby, Il y construit une cabane pour les malades , et dès ce moment commence pour ses gens et pour lui-même une longue série d» malbean. La leus-canoDiiier, en

poursuivant des renards, s'aventure sur un étang gelé , et s'enfonce pour jamais dans ce gouffre, dont la surface

solide se referme sur lui. Lecanonnier meurt aussi : le malheureux avait subi Tamuntation de la jambe, et, malgré un reu très-vif soigneusement entretenu dans sa chambre, l'appareil gelait sur sa plaie, et sa bouteille d'eau-deyie sous sa tête. Tout l'équipage se • transporte aloi s à terre; mais le froid y est si intense , que tous ont, en petf de jours, le visage et les mains entièrement gelés. L'huile, le vinaiirre, les spiritueux, placés a quelques nieds du foyer, deviennentdôrs comme la pierre, et il faut employer la hache pour en détacher des fragments. Le scorbut vient ajouter de nouvelles souffrances ù celles oui accablaient déjà les Anglais, et la mort marque impitoyablement ses victimes. ISous ne sm'vrons pas le capitaine James dans le douloureux récit de ses tortures et de celles de ses compagnons de voyage; qu'il nou.s suffise de dire qu'après un hiver terrible et une navigation qui renouvela, pour l'infortuné capitaine, tous les périls et toutes les angoisses du trajet d*Angleterre à la baie d'Hudson, Thomas James put atteindre le port de Bristol , où il trouva enfin le terme de ses misères. Dans les calamités qui avaient fraj)pé les Anglais pendant cette expédition, Il faut faire une large part a l'inexpérience et à l'impéritie du capitaine. Les navigateurs modernes ont prouvé qu'avec certaines précautions les Européens peuvent vivre plusieurs années dans des pays encore plus froids que la baie d'Hudson; ajoutons que les enifiloyés de la compagnie du nord-ouest passent les hivers sans accidents sur la côte où rtle Charton , théâtre des souffrances de Thomas James, est située, et huit ou dix degrés plus au nord.

Malgré les fautes sans nombre de James , on lui doit la découverte de

rîle bien connue oui porte son nom.

On lui est aussi reoevable de quelques observations précieuses sur le froid, observations qui ont été d*ua graoq

L'UMVERS.

secoure à plusieurs physiciens qui ont

écrit sur ce. sujet.

Bernardo. 1G40. L'amiral deFuente fut chargé par le roi d'Espagne de faire des découvertes au nora de l'Améri-

aue, et de chercher le fanieiix pnssaiîe u côté de l'océan Pacifique. FueiUe s'arrêta par cinquante-trois degrés de latitude nord, et pénétra dans les terres du continent .imcrîcain , on il lui firriva nne série d'aventures que Ton ikiut considérer comme fabuleuses.

Mais le bâtiment qui acoompagnait le sien, et qui était commandé par un certain Bernardo, poussa vers le ftord, entra de la mer Pacifique dans un dé< troit , et s'avança jusqu'à un isthme ui sépare les mers orientale et occientale, près de la baie de lînffin. Bernardo affirma même avoir vu c.c% deux mers du sommet d une montagne élevée. Ce voyage a été traité de mensonge par plasieurs écrivains et géographes , parmi lesquels on peut citer Burney, Dalrvn^ple, Forster et H irrow. Mais des autorités non nioius respectables, telles que Fleurîeu, Vancouver et le capitaine John Ross, ont combattu cette opinion , et ci)erché à

Ërouver la vraisemblance du récit de ;emardo. Le dernier surtout y ajoute foi. Il va même Jusqu*à présunier que le navigateur espagnt^l a pénétré jusqu'à l'isthme de Boothia- Félix, et que c'est là cette terre du lia ut de laquelle il aperçut les deux mers. Dans cette hypothèse, Bernardo se serait trompé :

il se serait cru dans le voisinage de la baie de Batlin , tandis qu'il était sur l'étroite langue de terre que le capitaine Ross explora en 1880 , et à la-

3uelle on parvient en passant par le étroit du Prince-Régent.

Danell , 1652 et 16ô3. — Deux voyages infructueux de ce Danois à la découverte du Groenland oriental. Malgré ses efforts et son ronrage , il ne put mettre pied aterresur ccttecôte, devenue depuis longtemps un mystère pour les Européens; les glaoes la bordaient dans une épaisseur de plusieurs milles, et cet obstacle était insurmontable, car on ne pouvait même pas franchir la distance à pied , la glace n'étant ni as-

sez continue , ni assez solide pour supporter le poids de plusieurs hom* mes.

DetgroseUlert et Zacharie GUhm^

ICfiS. — Citons sTuloînent pour mémoire le voyage de notre compatriote Desgroseillêrs , qui se rendit , par terre , du Canada a la baie d'Hudsoo.

Quelque temps après , un vaisseau anglais, commandé par le capitaine Gillom, et équipé aux frais du prince Ruppert, le porta de nouveau dans ces parages, non pas seulement pour y jeter les fondements d'un établissement commercial , mais aussi pour continuer la recherdie du passage au nord - ouest , abandonnée depuis les tentatives de Fox et de James. De ces deux ol)jetÂ;, le moins positif fut snrrifié à l'autre. Mais les détails des opérations de ces hardis aventuriers sur les bords de la baie^d'Hudson appartiennent plus particulièrement à I historique de la Compagnie du nord-ouest contenu dans la description du Canada.

INous y renvoyons donc le lecteur.

John f^ooà et H^UUam Flawa.

1G76.— Des circonstances particulières rendirent un intérêt nonvenu a la question du passage par le nord-est , question oubliée, ou du moins négligée depuis près d'un siècle ; mais l'expeaitton de John AVood ne la fit pas avancer d'un pas. Ce marin, accompagné de William Fiawes, fit naufrage sur les côtes de la Nouvelle-Zemble , et revint en A ngleterre , où , par dépit de Téchec qu'il avait essuyé, il s'emnressa de nier les découvertes des Hollandais et de ses propres compatriotes dans les parages tonoins de son désastre.

Jacques Knight, George Barlow, David I aughan et Jean Scroggs. i 1719 et 1722. — L'expédition des trois premiers de ces voyageurs ne mériterait pas la moindre mention , c^ar elle eut pour but principal la recherche ' d'une mine d'or el de cuivre dans les environs de la baie d'Hudson; la déoouvirte du passage n'en fax que le prétexte. Mais elle fut marquée par une catastrophe si lamentable, et son histoire est si intimement liée à celle d'autres voyages plus sérieux et |ihif

RÉGIONS CIRGOMPOLAIRES.

importants , que nous n*avoD$ pu la passer sous silence.

Knight, Barlow et Vaughan partirent pour la mer d*Hudson; ne recevant d'eux aucune nouvelle , les optimistes se plurent a supposer qu'ils avaient pénètre dans Tocean Paciilque, et quMb reviendraient en Angleterre après avoir doublé le cap Horn. Mais deux ans s'écoulèrent , et dès lors fut acquise la triste certitude que les trois marina et Téquipa^e des deux MtU ments qu'ila montaient avaient péri.

John Scroggs fut envoyé, en 1722, à la recherche des trois vova'ieurs; mais rien n'indique dans sa relation qii il se soit occupé un seul instant du sort des maltieurettX dont il était chargé de découvrir les traces. Ce ne fut que près d'un demi-siecle plus tard, en 17<i7, que Ton commença 6 recueillir quelques indicatioas sur la mort de Knight et de ses compagnon?!. Plusieurs objets trouvés sur le rivage de l'île de i\hu !)re prouvèrent que les équipages anglais • STaient péri sur cette côte inhospitalière. Enfin, en 17G9, Heame recueillit de la bouche des Esquimaux qui habitent cette île les renseignements suivants ; quand les navires arrivèrent de?ant Wle de Marbre, il taisait nuit; le plus grand des bâtiments toucha , et tut très-endommagé en entrant dans la baie. Les Anglais , une fois mouillés non loin du rivage, construisirent une maison. Ils étaient alors environ cinquante. Lorsque, l'été suivant, en 1720, les Esquimaux leur firent une seconde visite, le nombre des naufragés était considérablement diminué, et ceux qui avaient survécu étaient fort malades, ils étaient occupés à allonger la chaloupe, comme Talteste une qi:niitité de copeaui de chêne trouvés à peu de distance de la maison. Peu à peu , la famine et la maladie flrent parmi eux de tels ravages, qu'au commencement du deuxième hiver ils étaient réduits à vingt. Durant cet hiver, ils se soutinrent, grâce aux provisions en huile et en cliair do phoque que leur fournissaient les Ksquimaux établis près de leur campement. Mais ceux-ci quittèrent 111e de Hariire à rapfirodie

du printemps; et quand ils y revinrent dans Tété de 1721, ifs ne trouvèrent plus que cinq Anglais , tellement affamés qu'ilsdévorèrent toute crue la chair de phoque et de baleine qu'on leur offrait. " Lue pareille nourriture amena bientôt des résultats funestes : trois en moururent au bout de quelques jours , et les deux autres, qiioitjoe tres-faibles, creusèrent une fosse pour les enterrer. Ces deux-là vécurent encore assez longtemps. Ils montaient* sou- Tent sur la pointe d*un rocher voisin, regardant fixement au sud et à l'est , [)oar voir si quelque vaisseau ne venait >as a leur secours. Après être restés ongtemps sur le rocher sans rien aper^ cevoir, ils s*asseyaient Tun contre l'autre, et pleiir.iient amèrement. Bientôt l'un des deux mourut, et les forces de Tautre étaient si épuisées , qu'il expira en essayant de creuser une fosse pour son compagnon. On voit encore près de la maison les crânes et les os de ces deux hommes (*}. »

Behring , 1738. — Ce navinteor russe se dirige à Test pour cherclier le pnssage supposé entre l'Asie et l'Amérique. Il découvre le détroit qui porte son nom ; il lait naufrage dans une île et y meurt.

Middleton, 1741. — Un particulier anglais, nommé Dobhs, avait, en 1737, décidé la Compagnie de la baie d'iludson à équiper deux petits bâtiments pour reconnaître- la cdte orientale du "Welcome. Une nouvelle tentative dans ce sens eut lieu quatre ans plus tard. Christophe Middteton côtoya longtemps fes rives du même détroit, et revint sans avoir foit la moindre découverte. Quelques-uns de ses compai^ncdis (le voyage lui reprochèrent publiquement d'avoir commis des erreurs Tolontaires dans son exploration, et d'avoir ainsi abusé de la confiance de ses patrons. Il s'ensuivit une discussion très-vive entre le capitaine et M. Dobbs, et une accusation formelle fulminée contre Bfiddleton par la haute cour de

(*) Voyagf dt'pilis le fort du Prinro de Galles dans la baie d'Hudson, jusqu'à l'ucéan Nord, par Samuel HeanM. (hiuroductioa.^

L'IIHIVERS.

r.imirautc. Middleton se défendit mal , et le pubHc acifuit la conviction qu'il avait accepté < inq mille livres ttcrling des mpnilirf's de la Compagnie de la baie d'Hudson {)Our ne pas faire nu nord-ouest des découvertes (|ui auraient porté un grand préjudice aux intérêts dft cette aaiodatioii commerciale.

^yUlium Moor et t rancis SmiUi.

1746. — La promesse d*une récompense de vingt mille livres sterling,

faite par le parlement pour la découverte du passage au nord-ouest , fut interprétée par tout le monde comme un blâme sévère ieté sur la conduite de Middleton , qui avait cherché à dégoîltrr les Anglais de toute tentative ultérieure dans la baie d'Hudson.

I/appât de celte récompense lit nailre un nouveau projet d'expédition, et bientôt deux bâtiments, le Dnhbs et la Californie ^ furent destines a aller naviguer dans les luers polaires , sous le commandement des capitaines Moor et Smith.

La baie d'Hudson fut encore Ir tlieàtre de cette exploration. Les deux équipages hivernèrent dans le port Nelson. Ëllis, historien du voyage, nous a laissé de curieuses observations sur les effets du froid ; nous les transcrirons ici, pour complett r et' que nous avons deja dit sur le climat de ce pays.

Le froid ne se fait guère sentir avec une grande violence que pendant quatre ou cinq jours par mois, et généralement vert Tépoque du changement de lune. Alors levent vient du nordouest , et souffle avec force ; pendant le reste du mois, quoiqu'U gèle cruellement, le temps n'est pas désagréable.

Le vent est modéré, et Ton peut tant inconvénient faire la chasse aux àoi^ maux, surtout aux lapins et aux perdrix , dont on prend une multitude presque mcroyabie. ïa^ eutretenant de grands feux dans leurs cabanes, eu bouchant la cheminée dès què le bots était consume , en prenant de l'exercice Quand le temps ne s'y opposait pas , les Anglais ne souffraient près* que pas 4ea e£foti du Droid. Ia diA-

rence entre la température extérieure et celle des cabanes était si sensible,

que presqfie tous s'évanouissaient en y entrant, et restaient un certain temps sans connaissance. Si Ton ouvrait une porte ou une fenêtre, l'air qui faisait aussitôt irruption dian^it en flocons de neige la vapeur concentrée dans la la cabane. T,a séve des troncs d'arbres qui avaieut servi à la. construction de ces frêles demeores, gelant et dégelant tour à tour, les faisait craquer avec un bruit presque égal à celui d'un coup de fusil. L'esprit -de -vin prenait la consistance de Thuile.Le gibier se conservait longtemps sans avoir bes^ d'être salé. Lorsqu'une partie quelconque du corps était geice, elle (levénait dure et blanche comme la glace elle-même. Si on négligeait le mal, la partie atteinte se gangrenait; mais un sifn|)le froltement avec la main suffisait pour rétablir la circulation.

froid eitréme produisait a peu près les mêmes effets que rextrwiie chaleur, et les soufiranoes ou'll occasionnaît exigeaient presque le même traitement. Si I on touchait du fer ou toute autre surface solide et unie, les doigts y restaient attachés par la celée. Si , en buvant de l'eau-ae-vie, la langue ou les lèvres touchaient le verre, la peau y restait aussi collée. « Nous m edmes, dit bllis , un exemple singulier dans un de nos matelots qui portait une bouteille d'eau-de-vie de la maison dans sa tente; n'ayant pas de bouchon, il se servit de son doigt pour la boucher, et la gelée l'y fixa avec tant de idroe, quil fut obligé d'en perdre une partie pour qu'on [uU ;,'iierir l'autre.» Il ajoute que tous les corps sohdes acquièrent un degré de froid et exeessif, qu*ils résistent méoMM»»

dant longtemps à l'action d une forte chaleur. Cependant, dit le narrateur, les habitants dr ce pays ne sout ni à plaindre ni malheureux, il va même jusqu'à affirmer que des Gvropéiw, après y avoir vécu plusieurs années, ne pouvaient plus rester dans leur patrie. {)nM\i a nous, l explication de ce fait nous parait assert naturelle. Les

«Ctratu delà viede dia«ieur« «liur-

RÉGIONS CmCXMIPOLAIRES.

tOOt les bénéfices énormes que l'on retirait d*un séjour de quelques an> nées à la baied*Ëudson, étaient certes d'assez puissants motils |)our inspirer aux Européens dont p'iric KIlis le désir ardent de retourner au nord de l'Amérique.

L'hiver étant entièrement fini, Moor et Francis Smith se dirigèrent vers le Welcome. lis examinèrent attentivement les eiïets du ilux et du reUux dans le Waçer, et remontèrent dans le Nord Jusqu'à la baie de Jic puise, où ils espérèrent un instant trouver la communication tant désirée. Après d'inutiles efforts, lesoflicicrs des deux navires furent d'avis de reprendre le chemin de l'AntiIeterre , où ils arrivèrent sains et sniil's le 14 octobre, après uue absence d'un an et cinq mois.

Samuel Heamé. 1769-1773. Malgré la récompense promise par le parlement , trente ans s'tvonlèreDt s:ins qu'une nt^velie entreprise lilt dirint e vers le nord ouest. Il est à presunier que la compagnie de la baie d'Hudson; intéressée, comme nous l'avons dit, a ce que le passage en question ne frtt pas découvert, lut la cause (trinelpale de cette lacune dans les voyages au Nord. I.a première tentative qui eut lieu après ce laps de temps , n'eut même pas pour objet la recherche de la communication des deux océans, mais toitt simplement la découverte de la mine de cuivre dont nous avons parlé précédemment , et l'evamen géographique du nord du cojitiiient américain. Ce fut Samuel ilearne, employé de ta Compagnie , qui se charia;ea volontairement Ù6 cette tâche difficile.

Il partit, le G novembre 1769, du fort du Prince de Galles sur la rivière Churchill, et se dirigea hardiment au Dord-ouest. Mais ses vivras étant épuisés , et le froid commerii^nt à devenir rigoureux , il revint h son point de départ. Le 23 février 1770, il se mit de nouveau en campagne avec quelques Indiens qui devaient lui servir d6 guides. Le trajet fut des plus pénihies: les voyageurs n'avaient pour subsister gue ce (|ue le pays leur fouruissait, du gibier et au poisson. « Nous

avions quelquefois trop , dit ïlearne dans sa relation {*) , rarement assez , souvent trop peu , et fréquemment nous n'avions rien du tout. >ous avons passé plusieurs lois deux jours et deux nuits, et deux fois plus de trois jours sans manger, et une fois nous avons été près de sept Jours sans avoir cl*atttre nourriture que quelques fruits sauvai^es, de l'eau, des morceaux de vieux cuir et des os brûlés. » Tant de fatigues furent sans résultats. Il fallut encore revenir h la ûctorerie sans avoir rien découvert.

Hearne n'avait pas renoncé à son projet. Il partit une troisième fois, le 7 décembre 1770, et , le 13 juillet de l'année suivante, il découvrit la rivière de la iNline de Cuivre. Il assura avoir vu la mer à remboucbure de cette rivière; mais plusieurs ctrcodatances significatives font présumer qu'd se trompa. En définitive , ce voya;;e, accompli à travers tant de dangers et de souffrances, n'eut qu'un résultat ; ce fut de prouver la possibilité de parvenir à la odte septentrionale de l'Amérique.

Jean Pkipps. 1773. A mesure que le passage aux Indes fuyait, pour ainsi dire, devant les navigateurs, on ^acharnait à le poursuivre dans toutes les directions. Le capitaine Phipps, devenu depuis lord iMulgrave , fut chargé de le chercher au Nord , en allant jusqu'au pdle. L'expédition atteignît quatre-vingts de^Tcs trente-sept minutes de latitude nord ; mais les glaces l'empêchèrent d'aller au delà.

James Cooh et Charles Clerhé, 1776 î> 1779. Cette fois, on tourna ses rec;ards vers le détroit de Behring, e^sperant qu'on pénétrerait plus aisément de la mer Pacifique dans l'océan Atlantique. Tout le monde connaît la relation du voyage de Cook, ([ni avait déjà fait deux lois le tour du globe. U avani^a jusqu'à une terre qu'il appela cap des Glaces , et qui est située sous la latitude de soixante-dix de-

(*) Voyage depuis le fort du Prince de Galles dans U baie d'Hudson Ju^u'à l'océaa Nord. 1795.

M8 L*UMVË&S.

grés vingt-sept mioutes, et la longi- de succès. Toutefois, on a*asMini quMI

tude de cent quatre-vingl-dix-luiit de- n'y avait pas d'habitation sur le ri-

grrs vingt nnnutes. L i , une niasse vagc, car le télescope permettait de

solide de di\ pieds d'épaisseur, et s'é- l'explorer du regard dans presque toute

tendant jusqu'à la cdte d^Asie , loi op- son étendue, et on n'aperçut rien qui posa une barrière qu*il ne put fran- . révélât le séjour des hommes*

chir. 1! retourna nnx îles Sundwicli, Machpnzu. 178U. Le voyage d'A-

où n penl sous le icr d'un indigène, iexaiuire Mackenzie fut le pendant de

Le capitaine Clerkc prit alors le coni- celui de Samuel Hearue. li parlU du

mandement de Texpedition. II se diri- lac des Montagnes dans le Canada , et

gea de nouveau au nord-est; mais les arriva sur les bords de la rivière qui

mêmes obstacles rohligerenl a rttro- porte ( luoro son nom. Là il vit ou

grader, et à abandonner sou entre- crut voir la mer liyperborécnne. On a prise. •' dit qu'il n'avait aperçu qu'un grand

PickersgiUet Yoimg. 1776 et 1777. lac; mais les débris oe baleines qu'il

Knvoyés, parla baie de Raffiii, a la trouva sur la jil.ijze prouveraient qu'il

rencontre du capit.ntie Cook, cesdcux a dit la vérité, roulefois, unfaitgrave

lieutenants ne se cuni'onnèrent pas plaide contre lui: d ne dit pas avoir

aux instructions de Pamirauté, et goâtéTeau de cette vaste étendue qu*il

firent des voyages complètement in- nomme la mer. et c'était la chose la

fructueux. Le premier atteignit le pkis naturelle qu'il y edt a faire,

soixante-buitienie degré de latitude, Charles Duncan' 1790. 17î)i. —

X et revint par le Labrador, sans avoir Voyage avorté par suite de la malveiU

suivi ritinéraire qui luiavaitété tracé; lance des employés de la baie d*Hud-

le second ne s'avan(^a que jusqu'aux son. Apres avoirVisité l'entrée de Clies-

tles des Femmes, et revint en Augle- terlield, Duncan, expose à la colère

terre. de son équipage insurge , fut conlramt

Lowenm'nf Egède et Rothe, 17S6 de renoncer à son entreprise , dont le

et 1 787. La partie orientale du Groèn- célèbre géographe Dalrymple avait été

land, deveiHie, disait-on, inabordable le zélé promoteur,

depuis l'établissement de la colonie Kotzehiie. 1815 à 1818.— ?vouvelle

chrétienne que le Danemark y avait tentative par l'océan Pacilique et par

fondée, préoccupait toujours le gou- le nord-ouest de TAmérique septen-

vernement de Copenhague. La publi- trionale. Le lieutenant Kotzebue, parti

cation de pinsieurs mémoires sur ee sur un b.ltiment équipé par le comte

sujei le décida a tenter de découvrir russe iiomanzofi, doubla le cap ilorn,

une seconde fois le Groenland orien- comme le capitaine Coek , et s'avança UU C), perdu depuis des siècles pour ^ vers l'exirt initédu nouveau continent,

les navigateurs. Le capitaijje , plus Entre le soixante-septième et le soixan*

tard amiral Lowenorn , et le lieiite- te-huilième degré de latitude nord , il

nant Ëgede , petit - (ils du célèbre jeta l'ancre dans une vaste baie , a la-

fnidateur de la première colonieigroen- quelle il imposa son nom. Les naturels

landaise , partirent d'Islande, et Ion- de ce lieu étaient grands, armés d*arcs,

gèrent à distance cette terre inaeces- de flèches et de lances. Leurs vète-

sible ; mais malgré des tentatives ments étaient de peau; leurs bot tint»

renouvelées dans plusieurs voyages étaient bien faites et ornées d'tapeces

suooessifs, les chamfis de glace qui de broderies. Ils voyageaient en trat-

s'étendaient entre la rote et leurs vais- neaux attelés de chiens. Cette race est

seaux les empêchèrent d'aborder, l^ne la même que celle que Ton trouve à

dernière entreprise, dirigée par Egcdc rétablissement russe de Koudiaki elle

et le lieutenant Rotbe, n*eut pas plus offre aussi des traits frappants d'analogie avec les Tchoutskis visités par

O Voyez dans la notice sur le Groêlafld Cook sur le continent OppOSé.

li dusertatioa »ur la ake orientai. Au uord dc la baie Kotzebue , dans

fiÉGIONS GULGOMPOLAIRES.

le fond d*ane anse étroite , on aperce- Yaît de loin une masse gigantesque

s'élevant perpendiciilairempnt de six cents pieds au-dessus du niveau de ia mer. Les Russes , en approchant de ce focher taillé à pic, reconnurent, à leur grande surprise, que c'était une montagne de gbrp. Le sommet offrait une belle végétation , et des lianes de ce monstrueux glaçon coulaient des torrents d*eau produits par la fonte de quelques-unes de ses j)arlies. Entre la base et le littoral s'étendait une langue de terre large d'environ deux cent cinquante toises et couverte de plantes.

On V trouva des dents d'éléphant semblables à celles qu'on a exhumées du sol de la Sibérie et des îles de la mer de Tartarie. C'était la première fois qu*on voyait des débris de ces animaux ea Amérique. D'où pouvaient-ils venir? On supposa qu'ils s^étaienl détaches de la glace à mesure qu'elle s'était fondue; et , ce qui semblait con6rmer cette opinion, c'est que dans les endroits où se précipitaient les torrents d'eau , on sentait une odeur insupportable de matière animale, semblable à peu près à celle d'os brdlés. On pensa aussi que le soi même sur lequel gisaient res restes de mammifères, avait été forme par les portions de végétaux et de terre tombées successivement du sommet du rocher. Mais celte couche supérieure y cette espèce d'oasis placée à six cents pieds au-dessus du rivage, et ornant le front de cet étrange géant de glace, comment en expliquer la formation ? Doit-on admettre que la terre végétale avnit été jetée par la tempête sur la surface du glaçofi , avant que celui-ci eût atteint, par'des agglomérations successives, les proportions d'une montagne? Mais, ordinairement, ces masses cristallisées se forment par la superposition des ^Maçons, et alors, que serait devenue la cùuclie de terre? Faut-il supposer que ce soit le dernier glaçon qui, en escaladant cet immense édifice, Tait couronné de l'humus fertile dont lui-même était couvert? La science, malgré ses ressources et ses ingénieux calculs, est impuissanteàéclaircir ce mystère de la nature. Et ce qui

rendait le spectacle du rocher de glace encore plus surprenant, c'est que nulle autre part, dans la partie du continent nniéricnin où se trouvaient les Russes, on ne voyait ni glace ni neige. Le ciel était pariaitement pur, et la température chaude.

Kotzebue, avant de s'occuper spécialement de la recherche du passage dans l'Atlantique, devait, aux ternies de ses instructions , reoonnattre si le cap des Glaces n'était pas une île, comme on le présumait. Cet objet secondaire de l'expédition ne put même être réalisé. Kotsebue 8*étant cassé la clavicule, le diirurgien déclara qu*ll ne recouvrerait la santé que sous un climat plus chaud. Kn conséquence, le bâtiment traversa la mer Pacifique, oiî les Russes firent queh^ues découvertes ; et , après avoir doublé le cap de Bonne-£spérance , il rentra en Kuàsie.

Ross, Parry ^ Buchan et Franklin, 1818.— Des circonstances toutes particulières firent espérer aux Anglais qu'ils seraient plus heureux en 1818 qu'ils ne l'avaient été jusqu'alors. On organisa deux expéditions, dont une était destinée pour le nord-ouest, tandis que l'autre serait dirigée ou nord.

Les talents et l'expérience des chefs, ia supériorité des équipages, l'excellence des instruments scientifiques dont on avait muni les astronomes et les physiciens , les soins qui avaient été apportés à l'armement et à l'approvisionnement des quatre vaisseaux, tout se réunissait pour persuader au public et au go'ivcrnement de la Grande-Bretagne que celte nouvelle entreprise, alors même qu'elle n'atteindrait pas son but principal , ne nuinquerait pas d'avoir aes résultats importants sous plus d'un rapport.

Le capitaine Jolin Ross, chef de l'expédition du nord-ouest, partit dans les derniers jours d'avril 1818, accompagné du lieutenant Ëdouard Parry qu! commandait la conserve. A peine entres dans le détroit de Davis, d'innombrables montagnes de glaces contrarièreut la navigation des deux bâtiments. Ce ne fut qu'avec la plus grande

14* Uffraiton (Rroions ciBcoMPOLAincs.)

L*U1IIVER8.

difticiilté, et qu'après avoir affronté àta dangers lurniidables , qu'ils attei-

§nirent T'extrémilé de l'île de Disco, épeiidante du Groèiiland, et qu^ilg purent s'avancer plus au nord.

Entre 76** et 77° 40' de latitude nord, les Anglais découvrirent uo pays que le capitaioe Ross nomma wctic lUghlands , ou Hautes terres arctiques.

Cette contrée oaupnit un espace de cent viofft milles daiib le coin nurd-cst de la baie de BafBn. Nous n*ea donnerons pas la description, car nous ne ferions que répéter tout ce que nous avons dit sur ces régions glacées, dont Taspect est partout a ^leu près le même; mais nous raconterons avec quelques détails les premières entrevues que les marins de V Isabelle eurent avec les indigènes ; le récit que nous en a laissé le capitaine Ross est trop curièuK et trop comique pour qu'on puisse le pas»

ser sous silence. Il offre , (railleurs, un intérêt j)articulier, en ce qu'il montre quelles sont les premières sensations qui affectent Thomme sauvage à la vue des objets qu'il ne connaissait pas.

Le.s Anglais avaient apercju (|uelques F^quiniaux qui , maigre les instances qu'on leur avait faites , n'avaient pas voulu s'approcher des vaisseaux. Le capitaine Ross résolut alors d'aller audevant d'eux avec le lieutenant Parry, deux matelots et un Esquimau qu'ils avaient emmené d'Angleterre. Lors* qu'ils arrivèrent au lieu de la réunion, les naturels étaient au nombre de huit, chacun ayant son traîneau attelé de quatre ou cinq chiens. Le lieu de la scène était un champ de glace éloigné des terres. A peine en présence les uns des autres, tous se mirent à parler et à crier en même temps , et les aboiements d'une cinquantaine de chiens augmentèrent le bruit de cet effroyable charivari. Ij > Es juiinntix avaient d'abord fait mine de reculer, mais Sackhouse, l'Esquimau civilisé qui servait d'interprète aux Anglais , cria au capitaine de se tirer le nez, car il avait découvert que c'était leur manière de se saluer. Cette cérémonie fut accomplie par chacun des Anglais , et les naturels répétèrent le même geste, dont

nos voyageurs n avaient d'abord pas compris le motif. Ceux-ci inntcrent aussi , le mieux possible , le cri habi* tuel des K^fjuimaux, hei-yauî expression qui indiquait le plaisir et la surprise. Ils s'avancèrent alors vers eux, et présentèrent à celui qui ^itle plus près un miroir et un couteau; tous ceux qui osèrent successivement s'approcher, recurent en présent les mêmes objets. L'étonnement des naturels, quand ils se virent dans les miroirs ; rut excessif, et ils se regardèrent un moment l'un l'autre en silence; puis ils poussèrent un cri général , auquel succédèrent de grands éclats de rire i ce qui parattétre leur manière de témoigner leur satisfaction. Les voyageurs ne purent s'einptVher d'en faire autant, et mauilestereut par là qu'ils étaient fort contents de leurs nouvelles connaissances.

Les Esquimaux , s'nrmant enfin de courage, s'approchèrent et donnèrent en échange des couteaux , des miroirs et des grains qui leur avaient été offerts, leurs propres couteaux , des cornes de narwdl ou licorne, et des dents de chevaux marins. Sackbouse leur apprit alors que s ils se découvraient la téte, ce serait donner une marque de respect et de bienveillance à leurs nouveaux amis. Ils le firent aussitôt, et, dèji ce moment, la bonne intelligence s'établit tout à fait entre les Anglais et les naturels.

lin de ceux-ci avant demandé quel usage il pouvait faire d'un bonnet rouge qu'on lui avait donne, Saciihouse le plaça sur sa téte , au grand étonnement des autres, qui voulurent l'essayer tour à tour. La couleur de la peau des Européens devint ensuite UD grand sujet d étonnement pour eux, et les ornementsqui décoraient le cadre des miroirs ne les divertirent pas moins. Le plus dgé, celui qui montrait le plus de courage, s'adressaut au capitaine Ross, lui fit un long discours, et lorsqu'il eût fini, il parut ottendre une réponse; le capitaine tâcha de lui faire comprendre par gestes qu'il ne l'entendait ^as , et appela Sackhouse pour lui servir d'interprète. Le naturel

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