MIGRATIONS DES OISEAUX
Nul animal ne révèle autant de force et d'instinct que l'Oiseau durant ses lointaines excursions : celles-ci tiennent du prodige. Ce n'est qu'à l'aide d'instruments de précision et de calculs épineux que le marin s'aventure sur la mer ; nos voyageurs ailés, sans guide et sans boussole, et sans jamais s'égarer, se transportent du cercle polaire aux régions tropicales : des Grues passent l'été sur les grèves orageuses de la Scandinavie, et l'hiver dans les ruines des palais des Pharaons.
Le mécanisme des Oiseaux est admirablement disposé pour seconder leurs courses rapides. Leurs rames aériennes , mues par des muscles d'une puissance extraordinaire, se prêtent aisément à toutes les témérités de leurs pérégrinations à travers les hautes régions de l'air. 11 est de ces animaux pour lesquels le vol est si facile, qu'ils semblent s'en faire un jeu : telles sont nos Hirondelles. Une force passive vient encore favoriser leur suspension dans les plaines de l'atmosphère ; un air raréfié par la chaleur du corps pénètre dans toutes ses cavités et jusqu'à l'intérieur des os. Rendus ainsi spécifiquement plus légers, comme des Montgolfières gonflées de gaz échauffés, ils planent sans efforts au milieu des nuages. Tel est le vol audacieux de ces Condors, qui , des cimes glacées des Andes, s'élançaient vers les cieux, et bientôt disparaissaient à la vue
d'Alcide d'Orbigny, sans qu'on s'expliquât comment ils pouvaient respirer dans une atmosphère si raréfiée.
L'Oiseau, quoique doué d'une si frêle organisation, dépasse