Mouettes à manteau bleu. Larus aryentalus, Brunn
toute vapeur, une locomotive, enveloppée de feu et de fumée, n'atteint la même rapidité qu'en dévorant des masses de charbon et d'eau, au bruit infernal de ses engrenages et de ses pistons. Les Mouettes qui nichent sur les rochers des Barbades, à ce
que nous rapporte Hans Sloane, font chaque jour une promenade de cent trente lieues en mer pour aller, sur une île éloignée, trouver le plaisir et la nourriture. L'animal l'emporte sur l'industrie humaine !
Durant leurs audacieuses excursions, les Oiseaux suivent infailliblement leur route, guidés par des sensations d'un ordre inconnu et d'une extrême délicatesse, parmi lesquelles la vue et l'odorat jouent, sans doute, un grand rôle. Tous les historiens racontent qu'après la bataille de Pharsale, les émanations putrides des morts entassés sur le sol attirèrent des Vautours de l'Asie et de l'Afrique, qui y vinrent faire la curée. Ce qu'il y a de certain, d'après de Humboldt, c'est qu'au milieu des plus solitaires passages des Cordillères, là où l'on ne supposerait même pas qu'il existât des Condors, si l'on tue un cheval ou une vache, bientôt après, plusieurs de ces sordides carnassiers, avertis par l'odorat, arrivent pour se gorger de ses chairs putréfiées.
Les migrations de certains oiseaux sont parfaitement connues; on sait d'où ils partent, où ils font leurs haltes, en quel lieu ils s'arrêtent. Tout cela s'accomplit avec une telle régularité, qu'à jour fixe on peut prédire leur passage. Ainsi, constamment, à l'automne, des bandes de Cailles, en émigrant, tombent épuisées sur l'île de Malte et n'y trouvent qu'une fatale hospitalité. On les prend en masse dans les rues de la ville ou sur les chemins; et comme les habitants ne peuvent consommer entièrement cette moisson vivante, on l'expédie sur des marchés lointains. J'en vis encombrer le pont du navire sur lequel je sortais du port.
La mystérieuse migration des Hirondelles a surtout exercé les savants. Que deviennent ces ravissants messagers, lorsqu'on les voit tout à coup disparaître ? C'était ce qu'on ne savait pas. Naguère encore on faisait à cet égard les plus étranges suppositions.
Comme, à l'automne, ces oiseaux vont butiner dans les ma-
176. Hirondelle Ariel et ses nids. Ilirundo Ariel, d'après Gould,
récages et semblent s'y plonger, on crut longtemps qu'ils s'enfonçaient alors dans leur limon, pour n'en sortir qu'au retour de la chaleur printanière, qui les ranimait après une asphyxie de six mois. Olaus Magnus, naturaliste du Nord, plus érudit qu'observateur, fut le premier qui propagea cette fable, allant jusqu'à prétendre que les pêcheurs de la Norvège prenaient souvent, dans leurs filets, un grand nombre d'Hirondelles mêlées aux poissons. On assurait même, qu'en exposant à la chaleur du poêle les pauvres oiseaux tout souillés de vase , détrempés d'eau et engourdis par le froid, bientôt on les voyait se sécher et renaître à la vie.
Linnée, BufFon, et même Guvier ont cru de tels faits! Doiton leur en faire un crime, quand on voit encore quelques physiologistes de notre époque s'obstiner à professer que certains auimaux ressuscitent40!
Les Hirondelles nous ayant longtemps voilé leur résidence hivernale, celle-ci a été l'objet de toutes les suppositions. Divers savants prétendaient qu'au lieu d'émigrer dans de lointaines régions, elles se cachaient et s'engourdissaient au fond de quelque caverne, ainsi que le font nos chauves-souris, Un des hommes les plus dignes de foi que l'on puisse citer, le chirurgien Larrey , rapportait même avoir découvert, dans les environs de Maurienne , une grotte dont la voûte était tapissée d'une masse d'Hirondelles, qui s'y tenaient accrochées comme un essaim d'abeilles.
Mais les expériences de Spallanzani ont ruiné toutes ces fausses croyances. Ce savant abbé vit , non pas s'endormir, mais périr les Hirondelles qu'il voulait faire hiverner dans une glacière.
Adanson nous a appris que c'est au Sénégal que se réfugient les Hirondelles durant la froide saisou. Celles qui se trouvent dispersées dans nos régions, se rassemblent à l'automne sur les rivages de la Méditerranée, et ensuite la traversent par bandes nombreuses, quand une aspiration suprême ordonne
leur départ. Ainsi donc, l'été, l'Hirondelle maçonne sa demeure sous la corniche de nos palais et, l'hiver elle habite les huttes de la Sénégambie.
Toutes n'atteignent pas le but de leur pèlerinage. Les flots engloutissent celles qui ont trop compté sur leurs forces , si quelque rocher ou quelque navire propice ne se trouve à temps pour leur offrir un refuge. Durant une de mes pérégrinations