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Colombe voyageuse. Columba migratoria, Linnée

à travers la Méditerranée, au milieu de la mer, des Hirondelles égarées vinrent tomber complètement épuisées sur le pont de la frégate qui me portait en Afrique. Tout le monde, matelots et soldats les environnèrent de soins qu'elles recevaient pleines de confiance. Quand elles eurent enfin dissipé leurs fatigues, elles reprirent leur voyage vers les chaudes régions du Sénégal; et depuis longtemps peut-être elles s'y reposaient sous les cabanes des sauvages, lorsque nous, nous n'avions pas encore salué les ports de l'Algérie.

Mais, après leurs longs et périlleux voyages, ces charmants hôtes de nos demeures reviennent chaque année, avec une touchante fidélité, retrouver leur ancien asile. Si les pluies ou les vents Font altéré, les architectes le réparent rapidement avant de le rendre témoin de leurs amours. Spallanzani a même vu que ces couples ailés s'attachent vivement à leurs constructions. Ayant noué des rubans diversicolores aux pattes de quelques-uns, il les reconnut l'année suivante, lorsqu'ils vinrent en reprendre possession. Il en vit revenir ainsi pendant dix-huit années de suite. Combien parmi nous ne font pas un si long bail !

Une autre espèce du même groupe, l'Hirondelle Ariel, revient aussi avec amour à sa république formée de nids entassés, plus ingénieux que ceux de nos hirondelles, et ressemblant à autant de bouteilles à goulot très-évasé qu'on aurait suspendues par leur fond dans des lieux inaccessibles.

Moins remarquable par l'instinct qui la guide que par l'innombrable multitude de son armée, la Colombe voyageuse parcourt les forêts de l'Amérique en masses si serrées qu'elles interceptent absolument les rayons du soleil, et projettent sur la terre une ample traînée de ténèbres. Ses colonnes compactes offrent de telles proportions que l'œil ne peut en embrasser toute l'étendue. On a supputé qu'elles avaient souvent une soixantaine de lieues de longueur . Le passage de ces colonnes dure parfois trois heures, et comme les Colombes voyagent à peu près à raison de vingt lieues par heure, nécessairement leur armée doit se développer dans le ciel sur un espace de cinquante à soixante lieues.

L'immense armée ne voyage jamais la nuit; aussitôt que celle-ci la surprend, elle se précipite, haletante et épuisée, sur la plus prochaine forêt, pour s'y refaire de ses fatigues. Ses légions s'entassent sur les arbres, en tel nombre que les grosses branches plient ou cassent sous leur poids; et bientôt après tous ces envahisseurs se livrent au repos.

Mais à peine les Pigeons sont-ils installés, que tous les gens valides de la contrée accourent et en font un véritable carnage. Le bruit et la fusillade nourrie n'interrompent nullement le sommeil de ces voyageurs harassés. Les victimes tombent ; les femmes et les enfants les ramassent, ou tuent à coups de bâton les Pigeons qui se sont perchés à leur portée. La récolte devient tellement abondante que, ne pouvant manger tous les oiseaux sur place, on est souvent obligé de les saler et de les entasser dans des barils, pour les conserver ou les expédier au loin.

La rigueur de l'hiver chasse la plupart des animaux des contrées polaires, et ceux-ci gagnent alors des régions plus favorisées du soleil. Les Manchots du Cap semblent seuls se dérober à cette loi universelle. Ces véritables Oiseaux-poissons, nageurs intrépides, ne se plaisent qu'au milieu des frimas et des vagues mugissantes. Ils n'habitent guère les rivages de l'Afrique que pour y creuser leurs nids, couver leurs œufs et élever leurs petits. Puis, quand la jeune famille est devenue assez robuste pour soutenir les fatigues du voyage, tous ces Palmipèdes, mystérieusement emportés par un instinct dont le Créateur connaît seul le but, disparaissent subitement des plages africaines, et vont, durant six mois d'hiver, gagner les plus affreuses régions du pôle austral , condamnés à d'incessantes luttes au milieu des tempêtes et des glaces. Mais au retour du printemps, les Manchots reviennent en troupes nombreuses, et de nouveau encombrent subitement les rivages riants de verdure, en s'y groupant en longues processions, qui ne semblent occupées qu'à s'abreuver de lumière et d'amour.

A ces tableaux de la vie errante de certains oiseaux, on en peut opposer d'autres où, malgré la puissance de leurs ailes, ces hôtes de l'air mènent une existence tout à fait sédentaire, ne voltigeant qu'aux environs du site qui les nourrit et les vit naître.

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