L'Épinoche et son nid
La seconde pluie de Crapauds bien constatée tomba, en 1834, sur la ville de Ham, et immédiatement les rues, les toits et les gouttières furent remplis d'une grande quantité de ces jeunes animaux.
Déjà, à l'époque de la Renaissance, un médecin célèbre, Cardan, qui a produit tant et tant d'hypothèses étranges, avait cependant, pour ce phénomène, mis le doigt sur la vérité. Il supposait que les pluies de Grenouilles devaient être attribuées aux trombes qui enlevaient ces animaux sur les montagnes et
allaient les déposer au loin quand elles venaient à crever. Récemment, le sage et savant Duméril, dans le sein de l'Académie des sciences, lorsque ce phénomène donna lieu à de si grands débats, se rapprocha de cette opinion. Il supposa que les trombes, en passant sur des marécages, en pompaient l'eau ainsi que ce qu'elle contenait, et allaient au loin verser le tout.
A l'appui de cette hypothèse fort rationnelle, Arago rapporta que, dans leurs tourbillons, les vents enlèvent parfois à la mer des masses d'eau, qu'ils laissent ensuite tomber sous forme de pluie à six ou sept lieues des rivages. Des grêlons, beaucoup plus pesants que de petits Crapauds, se trouvent bien suspendus pendant un certain temps dans les nuages!
On prétendit que si cette opinion était positive, il devait aussi tomber des pluies de Poissons. On a répondu à cette objection en en citant divers exemples. Les érudits mentionnent quelques averses d'Épinoches , ces véritables infiniment petits de leur classe, vivant dans les mares et les ruisseaux de nos contrées. On a vu de ces poissons pompés avec l'eau des marécages, par l'aspiration de quelque trombe, aller retomber en masse, à de grandes distances de leur séjour.
Ainsi donc, la science moderne a constaté un fait avancé par l'antiquité, et dont l'étrangeté avait longtemps fait douter47.
Parmi les Poissons, il en est quelques-uns dont les migrations ont une grande célébrité ; telles sont surtout celles des Harengs. On pense que les mers du Nord doivent être considérées comme la résidence de prédilection de leurs innombrables cohortes, et que c'est de là qu'annuellement partent les longues bandes qui viennent en Europe apporter tant de nourriture, et donner un si grand essor au commerce maritime. Leur extrême fécondité explique seule comment ces poissons subsistent encore malgré l'énorme consommation que nous en faisons depuis tant de siècles. Quand leurs masses errantes sortent des mers polaires, elles se divisent, dit-on, en deux
colonnes. L'une d'elles s'avance vers l'Islande et longe l'Amérique: l'autre descend à l'opposé, le long des rivages accidentés de la Norvège, fournit un rameau à la Baltique, tandis que la masse vient se répandre sur les côtes de la France et de l'Angleterre. La route est tellement régulière que certains