Transpiration des végétaux. Expérience de Gueltard
de fleurs penchée vers l'astre qu'elle accompagne sans cesse dans sa course, et ses feuilles amples et immobiles ; mais ce calme apparent nous voile une énergie vitale que nous sommes loin de supposer.
En effet, qui pourrait se douter que la sueur qu'exhalent les pores de la plante est beaucoup plus abondante que celle qui imbibe notre front? C'est cependant ce que la science a prouvé, car après avoir démontré l'existence de la transpiration
végétale, elle a eu la prétention d'en évaluer comparativement le produit.
Un vieux médecin de Padoue, dont l'originalité est devenue célèbre, Sanctorius, eut la patience de passer une grande partie de sa vie dans une balance, se pesant et se repesant à chaque instant du jour, pour apprécier quelle était la déperdition que son corps éprouvait par la transpiration 70 .
Haies, sans avoir la même persévérance, voulut estimer quel était le poids d'eau qu'un Soleil perdait journellement par la transpiration insensible de ses feuilles. A cet effet, il mit Tune de ces plantes dans un pot, dont le dessus, hermétiquement bouché avec une plaque de plomb, n'offrait qu'un seul petit goulot pour recevoir l'arrosement. En pesant chaque jour ce Soleil, ses balances lui indiquèrent qu'il perdait vingt onces d'eau toutes les vingt-quatre heures, par la seule transpiration de ses feuilles.
L'expérimentateur, en supputant ensuite quel est le rapport en surface entre la peau d'un homme et les feuilles d'un Soleil, trouva que la première était aux autres comme 26 est à 10 ; et qu'à surfaces égales, conséquemment, le Soleil avait une transpiration insensible dix-sept fois plus considérable que la nôtre.
Sur certains végétaux, le phénomène ne se passe pas auss mystérieusement; leurs feuilles transpirent avec une abondance surprenante ; l'eau ruisselle de toutes leurs porosités.
Ruysch rappelle qu'un Arum qu'il possédait dans les serres du jardin botanique d'Amsterdam, distillait l'eau goutte à goutte par l'extrémité de ses feuilles, à mesure, pour ainsi dire, qu'on l'arrosait!
On pourrait penser qu'il peut y avoir là de l'hyperbole; mais de récentes et curieuses observations, que l'on doit à un expérimentateur de Toulouse, ont prouvé toute l'exactitude du fait avancé par le grand anatomiste hollandais. Ch. Musset a découvert qu'une plante de la même famille que celle
dont il vient d'être question , la Colocase comestible, lançait même en l'air, et sous forme de jet, de petites gouttelettes d'eau qui s'exhalent des porosités qu'on voit à la pointe de ses magnifiques feuilles cordiformes, ondulées comme les va-
217. Transpiration du Soleil des jardins. Expérience de Haies.
gues de la mer. L'ingénieux et savant observateur de ce phénomène extraordinaire a compté que chacun de ces pertuis lançait ainsi, à quelques centimètres de distance, dix à cent gouttelettes d'eau par minute !
Mais la merveille végétale, sous le rapport de la transpira-
tion,estr^/r^re qui pleure, que l'on voyait, il y a quelques années, dans l'une des îles Canaries. L'eau tombait de son feuillage touffu, semblable à une pluie abondante, ce que les botanistes ont voulu exprimer en l'appelant Csasalpinia plu-