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Poivrier noir. Piper nigrum, I.innée

fournissent s'en extrait de la manière la plus facile ; il ne faut que dilacérer l'arbre en petits fragments et chauffer ceux-ci dans de l'eau; la précieuse essence se condense sous le couvercle des matras.

Ailleurs, au lieu de ces aromates excitants, ce sont les belles Mimosées, dont les fissures laissent découler les gommes

adoucissantes ; puis les Mauves, toutes gonflées de sucs émoilients, que la médecine appelle à son secours.

Sous l'ardent soleil de l'Inde où le Serpent à lunette distille son redoutable venin, les Orties sécrètent de mortels poisons. Ce rapprochement avec le reptile a une double exactitude, aussi n'est-on pas étonné de voir un botaniste allemand appeler les Urticées les serpents du règne végétal. C'est par un organe analogue au leur que ces plantes introduisent leur venin dans nos tissus; et si l'on songe à la minime quantité qu'un de leurs poils nous inocule, peut-être pas la cent cinquante millième partie d'un grain ! à la rapidité et à l'intensité des accidents, il deviendra évident que le poison de l'Ortie est sans doute le plus foudroyant qui soit connu.

Nos espèces indigènes ne produisent qu'une brûlante sensation, qui se dissipe rapidement ; mais celles des contrées tropicales donnent lieu à de sérieux accidents. Leschenault dit qu'il a vu des blessures de l'Ortie crénelée plonger des personnes une huitaine de jours dans d'horribles souffrances. Une autre espèce qui croît à Timor, et que les naturels appellent Feuille du Diable, Yurtica urcntissima, produit des piqûres tellement graves que, selon Schleiden, l'amputation seule préserve du trépas.

Mais au milieu de cette funeste cohorte de végétaux léthifères, l'Upas de Java est l'un de ceux qui distillent les plus terribles sucs. Leur action est telle, que l'arme qui en est imprégnée tue subitement l'animal qu'elle atteint. Des voyageurs rapportent avoir vu périr, en six minutes, plusieurs femmes coupables d'adultère, qu'on avait piquées, au-dessous du sein, avec une lancette imbibée du suc de cet arbre.

Jamais on n'a débité sur aucun végétal autant de ridicules fables qu'on l'a fait sur l'Upas; naguère encore celles-ci étaient populaires. Sur la foi d'un chirurgien hollandais nommé Foersche, on racontait que l'Upas découlait d'un arbre unique et singulier, qui végétait au milieu d'une affreuse solitude de

Java, la vallée de la mort. Aucune créature vivante, selon ce voyageur, ne pouvait résister aux vapeurs empoisonnées qu'il exhalait ; et, à trois ou quatre lieues à la ronde, on ne rencontrait que des cadavres ou des squelettes d'hommes et d'animaux. Les oiseaux eux-mêmes qui s'aventuraient dans l'air environnant tombaient subitement foudroyés. Des criminels condamnés à la peine capitale essayaient seuls d'arracher l'infernal produit de l'arbre. Beaucoup tentaient ce périlleux voyage ; bien peu en revenaient80.

Il est honteux d'avouer que ce n'est qu'à Leschenault que nous devons d'avoir réfuté cette fabuleuse narration. Ce voyageur reconnut que le poison fameux est fourni par deux espèces d'arbres qui vivent au milieu des forêts de Java. Loin d'exercer une influence délétère sur leur voisinage, la végétation la plus luxuriante les environne; les oiseaux, les lézards et les insectes animent leurs rameaux et leur feuillage. Le savant français, en explorant l'un de ces arbres qu'il avait fait abattre, eut même le visage et les mains couverts des sucs qui découlaient de ses branches fracturées, et n'en ressentit aucune indisposition.

Mais il n'en est pas de même lorsque le produit est introduit dans les organes, à l'aide de la moindre piqûre. L'une d'elles fait périr un chien en cinq à six minutes, comme Magendie l'a reconnu dans ses expériences. Huit gouttes de suc d'Upas, injectées dans les veines d'un cheval, le tuent subitement.

Quelques végétaux plus heureusement dotés, au lieu de ces redoutables poisons, élaborent à la fois des agents médicinaux et des principes alimentaires. L'une de leurs parties sert au traitement de nos maladies, et une autre s'ajoute au luxe de nos tables. Les Rhubarbes sont dans ce cas. Leurs grosses racines sont toutes gonflées d'éléments purgatifs et fortifiants, tandis que leurs feuilles, imbibées de sucs acidulés, offrent un robuste pétiole qui sert à l'alimentation. Au printemps, en

233. L'Arbre au camphre ou Laurier camphrier. Laurus Camphora, 'Linnée.

Angleterre, on en consomme énormément pour la confection des pâtisseries et des entremets ; et, à cette époque, on voit arriver, sur les marchés de Londres, des files de voitures pesamment chargées de feuilles de Rhubarbe.

Depuis longtemps on avait remarqué qu'il existait une sorte de sympathie entre certains végétaux, comme si l'un se plai-

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