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LA GRAINE ET LA GERMINATION

La Graine n'est qu'un véritable œuf /végétal ; et Linnée, en lui donnant déjà ce nom, dans sa philosophie botanique, en a ainsi entrevu les diverses analogies.

Quand on compare toutes celles-ci, on reconnaît même que l'avantage est du coté de la plante, et que son œuf s'est élevé à une plus grande puissance organique que celui de l'Oiseau. Sur le dernier, c'est à peine si l'on aperçoit le germe du nouvel être qui en sortira, tandis que lorsqu'on écarte les panneaux et les membranes de la semence végétale, on y voit déjà l'Embryon tout formé. On en distingue, même à l'œil nu, la petite racine, la tige et les feuilles délicates, tout y est : ce n'est qu'une jeune plante endormie dans son berceau. Dans beaucoup de Graines, on va jusqu'à discerner les cordons par lesquels le petit tient aux mamelles qui vont le nourrir !

Le jeune chaume du Blé existe déjà dans le grain que nous mangeons; le petit Palmier, raide comme le stipe vertical qu'il

va produire, se voit aussi dans la noix de coco; tandis que l'embryon de la Fève, incurvé sur lui-même, révèle les tendances qu'a sa tige à s'enrouler sur tout ce qu'elle trouve à sa portée.

Organe essentiellement rudimentaire, la Graine, ainsi que l'œuf des animaux, se présente presque toujours sous des formes élémentaires ; elle est en général globuleuse, ovoïde ou réniforme, rarement anguleuse.

Quelques Graines ont une telle petitesse qu'elles nous sont absolument invisibles sans le secours du microscope, telles sont celles des Champignons; tandis que d'autres, à l'instar des Cocos des Maldives, acquièrent la grosseur du tronc d'un homme.

Les unes ne conservent leur faculté germinative que quelques heures; si vous ne les semez pas au moment où la plante vous les présente en quelque sorte d'elle-même à maturité, elles avortent constamment. D'autres, au contraire, conservent leur vie latente pendant plusieurs siècles, abritées dans nos monuments ou enfouies sous un sol non propice. Après un si long sommeil, et peut-être plusieurs milliers d'années!... si elles se trouvent placées dans un lieu d'élection, elles se développent alors à notre grand étonnement.

Deux parties sont à distinguer dans la semence : le Tégument et l'Amande.

Le Tégument, qui n'en est que l'enveloppe, offre ordinairement une consistance coriace; quelquefois cependant, comme cela a lieu dans le Grenadier, il n'est formé que d'une couche aqueuse. Sa surface, ordinairement lisse, est parfois chagrinée, villeuse ou finement alvéolée.

Dans une de ses régions, on voit la trace du lieu où s'implantait le Cordon qui attachait la graine à la plante mère, et lui transmettait les sucs nutritifs. Cette empreinte porte le nom d'Ombilic.

L'Amande est formée par l'Embryon, véritable plantule en

miniature, environnée des parties qui doivent présider à son évolution.

Parmi celles-ci, les Cotylédons occupent le premier rang. Ce sont des organes ordinairement charnus et parfois foliacés, qui préparent à la petite plante sortant de l'œuf une nourriture appropriée à sa délicatesse, jusqu'à ce qu'elle puisse elle-même la pomper dans le sol. 11 n'y en a ordinairement qu'un ou deux.

Quand les Cotylédons sont peu développés, leur fonction alimentaire est confiée à un autre organe, le Périsperme. Celui-ci, que Gaertner comparait avec raison à l'albumine de l'œuf, varie beaucoup pour son volume et sa consistance. Dans le Cocotier, il est en partie laiteux. Notre pain n'est confectionné qu'avec le Périsperme farineux du blé; notre café n'est que celui de la semence cornée du Caféier de l'Arabie.

On connaît des végétaux dont le Périsperme offre une consistance qui dépasse encore de beaucoup celle qu'il présente dans le Caféier. C'est ce qui a lieu pour les semences du Coroso, où cet organe est blanc et aussi dur que l'ivoire; ce qui fait que, dans le commerce, on en confectionne divers objets <[ue l'on débite comme ayant été ouvrés avec cette substance. Cette particularité a fait désigner ce Palmier sous le nom de plante éléphant, Phytelephas ; et ses fruits, dont on apporte des cargaisons en France, sous celui à' ivoire végétal.

Ce fut Leuwenhoeck qui s'aperçut, pour la première fois, que la semence contenait déjà la jeune plante en miniature, tout ébauchée au milieu de ses enveloppes et n'attendant que les circonstances favorables pour épanouir ses feuilles et ses fleurs. Aussi, envisageant philosophiquement le sujet, peuton dire que certains végétaux sont vivipares. Il en est même chez lesquels l'impatience de l'Embryon est telle que, pour aspirer plus tôt l'air et la lumière, il se précipite hors de son œuf, lors même que celui-ci est encore adhérent à la mère.

On observe cette singularité sur les Palétuviers, étranges végétaux, moitié arbres et moitié poissons, vivant à demi plongés dans la mer ou les lagunes de l'Amérique tropicale et de l'Inde, et y formant parfois d'impénétrables forêts. Suspendus au-dessus de l'eau par leurs branches recourbées et souvent toutes recouvertes d'huîtres, ces arbres laissent pendre à travers leur feuillage les longues racines des Embryons germés dans le fruit. Ceux-ci, parfaitement appropriés à l'acte qu'ils vont accomplir, ressemblent à de petites massues pointues, et sont déjà longs de trois à quatre décimètres au moment où ils vont choir dans l'eau, pour aller pesamment s'enfoncer dans la vase qui entoure la plante mère et lui former un cortège de famille.

La germination, ce véritable allaitement végétal, n'est que le développement de l'Embryon jusqu'à la chute des Cotylédons.

Cet acte s'accomplit presque toujours dans la terre ; il n'y a guère que les plantes aquatiques qui l'opèrent sous l'eau. Cependant, quelques parasites germent sur les végétaux ou les animaux à la surface desquels on les rencontre. Tels sont les Champignons microscopiques qui attaquent notre chevelure et notre barbe, et y occasionnent de déplorables maladies, des dartres, des teignes, ce que les travaux des micrographes de notre époque ont parfaitement mis hors de doute. Telles sont aussi certaines plantes parasitaires qu'on ne découvre jamais que sur tel ou tel Insecte.

D'autres fois, c'est dans des conditions tout à fait étranges que s'opère l'évolution de la semence, Vandermonde a observé des enfants dans les narines desquels des pois avaient germé, après y avoir été introduits imprudemment. Un autre médecin, Bréra, dit avoir ouvert le cadavre d'un soldat dont l'estomac était rempli d'Orge qui déjà s'y développait.

Il y a deux sortes d'actes à considérer dans la germination : les phénomènes physiologiques, et les phénomènes chimiques.

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