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Germination d'un Balisier

dité de la terre ou à sa composition chimique. Mais Duhamel ayant vu que de jeunes racines ne s'enfonçaient point dans des éponges mouillées, entre lesquelles on faisait germer des graines ; et Dutrochet ayant reconnu que des semences suspendues dans des boîtes remplies de terre les abandonnaient pour se porter en bas, on a été forcé de renoncer à ces deux hypothèses.

Knight et Dutrochet ont vu qu'en faisant germer des graines dans les auges d'une roue mise en mouvement par un mécanisme, toujours les radicelles se portaient au dehors etles tiges en dedans, et ils en ont conclu que la direction opposée de ces organes était sous l'influence de la gravitation terrestre.

On pensa aussi que la direction des racines tenait à ce qu'elles tendaient à fuir la lumière. Mais à l'aide d'expériences dans lesquelles des plantes suspendues étaient éclairées en dessous, on reconnut que ces organes se portaient vers le lieu éclairé. Donc cette hypothèse, pas plus que les autres, n'explique réellement la cause de la direction des végétaux.

24g. Racines éclairées en dessous et se dirigeant vers la lumière.

A mesure que l'Embryon se développe, les Cotylédons, comme l'avait déjà vu Malpighi, se remplissent de vaisseaux chargés de sécréter les premiers fluides nutritifs de la jeune plante ; car celle-ci n'eût trouvé au milieu du sol que des aliments trop actifs ou trop grossiers pour ses tissus à peine ébauchés. Puis, quand ces véritables mamelles végétales, ainsi que les appelait Bonnet, ont accompli leur fonction et que les ra-

cines sont assez vigoureuses pour se nourrir elles-mêmes, leur rôle étant fini, ces organes se fanent et tombent.

Telle est sommairement la dernière phase de l'évolution de la jeune plantule.

En même temps que se produisent ces divers actes vitaux, la germination est le théâtre d'importants phénomènes chimiques. Pour s'accomplir, elle exige impérieusement un certain degré de chaleur, de l'eau et de l'air. Si l'un de ces facteurs manque, cette première manifestation de la vie devient absolument impossible.

A la température de zéro, toute végétation cesse. Lorsque le froid saisit les graines, il les conserve indéfiniment ; comme il a conservé les compagnons de Bilbao, le découvreur de la mer du Sud, dont les cadavres ont été naguère retrouvés dans les neiges des Cordillères ; comme il a conservé les restes de ces Éléphants et de ces Rhinocéros antédiluviens dont on a trouvé l'ossature encore enveloppée de ses chairs, dans les glaces de la Sibérie.

La route que suit l'eau qui va imbiber la graine et préluder à son évolution n'est pas toujours la même.

Dans les semences qui ont un test coriace, peu hygroscopique, telles que celles du Maïs ou du Blé, c'est par l'ombilic qu'entre le liquide. Poncelet et de Candolle ont, en effet, démontré qu'on pouvait enduire tout l'extérieur de ces graines avec de la cire, et que cela ne les empêchait pas de germer, si on avait eu la précaution de n'en pas recouvrir la cicatricûle ombilicale.

Dans les semences dont la peau est molle et s'imbibe facilement, telles que celles des haricots, au contraire, c'est elle qui donne principalement accès à l'eau indispensable à la vie primordiale.

L'air joue aussi un grand rôle dans les phénomènes chimiques de la germination. Le savant Homberg en avait nié l'importance, parce qu'il vit des graines se développer sous le ré-

cipient de sa machine pneumatique. MaisBoyle, Muschenbroeck et Boerhaave ont démontré que cet agent est absolument indispensable à l'évolution végétale, et que si le grand chimiste a professé le contraire, cela ne peut être attribué qu'à l'imperfection de ses instruments, avec lesquels il n'obtenait qu'un vide fort imparfait.

Cependant tout l'air n'est pas employé dans la première phase de la vie végétale ; de ses deux principaux éléments, l'oxygène seul y sert. C'est au chimiste Scheele que revient la gloire de cette découverte.

Quelques graines n'en absorbent que peu : un ou deux millièmes de leur poids leur suffisent; c'est ce qu'on observe sur le Froment. D'autres, telles que les Haricots, en dépensent, selon de Saussure et Woodhouse, jusqu'à un centième.

Au moment où les semences germent, elles exhalent de l'acide carbonique et de l'eau, en même temps qu'elles dégagent une notable quantité de chaleur.

Diverses causes viennent accessoirement hâter l'évolution de la plantule.

L'électricité est dans ce cas. Ce fut l'abbé Nollet qui découvrit sou action. H. Davy et A. Becquerel ont reconnu, plus récemment, que c'était l'électricité négative qui seule donnait de l'énergie au phénomène, tandis que l'électricité positive, au contraire, l'entravait.

Si, en effet, on fait passer un circuit électrique sous une plate-forme ensemencée, les graines s'y développent beaucoup plus rapidement que sur un plateau qu'on n'a point électrisé.

La différence est très-sensible quand on expérimente avec des plantes qui germent fort vite. Déjà le premier plateau est recouvert d'une végétation verte et serrée, lorsque sur l'autre aucune plante n'est encore sortie de terre.

On a longtemps professé, avec Ingenhouz et Sennebier, que

la lumière était contraire à la germination. C'est une erreur, comme l'a reconnu de Saussure. Cependant tous les rayons colorés de celle-ci ne lui sont pas favorables ; les rayons chimiques et les rayons calorifiques ont séparément, sur le phénomène, une action opposée. Les premiers, qui sont le rayon bleu et le rayon violet, l'activent évidemment; les seconds, ou les rayons rouge et jaune, lui nuisent.

La connaissance des conditions fondamentales qu'exige la germination nous explique certains phénomènes qui parfois ont frappé le vulgaire. Quand ces conditions manquent, les graines se conservent souvent un long laps de temps endormies dans le lieu qui les recèle; et si, à un moment donné, elles se trouvent sous l'influence de circonstances favorables, elles couvrent certains sites d'une végétation qui leur était de mémoire d'homme absolument incounue.

Ainsi, au rapport de J. Ray, après le grand incendie de Londres, un Sisymbre, le Sisymbrium irio, pullula tout à coup sur les décombres de cette ville, où précédemment il était inconnu. Quand on brûle certaines forêts, on voit après surgir sur le sol des masses de végétaux qu'on n'y trouvait jamais auparavant. On a fait des remarques analogues à l'issue du dessèchement d'anciens marais. Leur fond mis à nu se recouvre parfois d'une végétation toute nouvelle, absolument inconnue dans la contrée, et provenant, sans doute, de semences enfouies sous l'eau, et qui s'y sont conservées jusqu'au moment où, exposées enfin au contact de l'air, elles y ont trouvé toutes les conditions de germination qui leur manquaient précédemment.

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