‹ L'universChapitre 156 sur 212 · Cannellier. Laurus cinnamomum , Linnée · texte numérisé non relu

Cannellier. Laurus cinnamomum , Linnée

vulgairement connu, que les habitants lui accordent une ample protection.

Certaines îles, que tout atteste avoir été formées postérieurement aux grands continents qui les avoisinent, ne doivent qu'aux Oiseaux et aux courants des mers les principaux éléments de leur colonisation. Telle est en particulier l'Islande, qu'on reconnaît n'être peuplée que de végétaux enlevés au

Groenland et à l'Europe boréale, lesquels lui ont été apportés par les innombrables Oiseaux dont les migrations s'opèrent annuellement dans ces parages.

C'est aussi à des Oiseaux que l'on doit la flore variée qu'on observe dans l'intérieur du Colisée de Rome. En effet, toute cette' végétation qui couvre les ruines célèbres, depuis les Figuiers dont les nerveuses racines fendent ses voûtes, jusqu'à l'humble Graminée qui s'étale sur les pierres abattues, n'a pu s'introduire dans leur vaste entonnoir qu'à l'aide des animaux "°.

En suivant des procédés semblables, quelques Mammifères, môme des plus carnassiers, mangent divers fruits dont leurs organes digestifs, quoique doués de tant d'énergie, n'attaquent cependant que la pulpe, et ils vont çà et là en déposer les semences avec leurs excréments. C'est ainsi qu'une espèce de Civette, à Java et à Manille, opère activement la dissémination du Caféier. Elle est avide de ses fruits, dont la chair analogue à celle des Cerises est facilement digérée par l'intestin, qui ensuite expulse les semences encore aptes à germer1".

L'homme doit être, lui-même, considéré comme un des plus grands agents de ia dissémination végétale. Ses vaisseaux et ses caravanes, en franchissant l'Océan et le désert, transportent à son insu des semences et des plantes, qui viennent envahir des contrées nouvelles.

C'est ainsi que, par le trafic des toisons des moutons d'Amérique avec la France, certaines graines attachées à leurs poils viennent s'implanter chez nous. Dans toute une localité des environs de Montpellier, où l'on reçoit une grande quantité de laines de Buenos- Ayres et du Mexique, on voit Croître aujourd'hui beaucoup d'espèces enlevées à la flore de ces deux pays. Les botanistes de la célèbre école de Montpellier, les de Candolle, les Delille et les Dunald, connaissaient parfaitement ce fait, et se rendaient de temps à autre dans cet en-

droit pour y faire, sans fatigues et sans périls, une commode herborisation tropicale.

Ailleurs, pour les besoins de son commerce ou pour ses jouissances, l'homme extirpe certaines espèces de leur patrie adoptive pour en enrichir des pays éloignés. Enfin, quelquefois aussi, c'est aux armées des conquérants que nous devons certaines plantes exotiques.

Cependant, il est des contrées qui se trouvent parfois envahies par une végétation dont on n'explique ni l'arrivée, ni la puissance. Elle pullule dans sa nouvelle patrie avec une telle énergie qu'elle y étouffe tout ce qui y croissait précédemment. Ainsi, une grande Immortelle, Y Helicrysum fetidum, transportée d'Amérique en France, s'est appropriée en despote divers parages du midi de notre pays.

Par opposition, l'Artichaut commun s'est exilé de notre patrie pour aller s'établir victorieusement sur quelques plages de la Patagonie et en chasser les possesseurs naturels. En tirant de l'Asie notre plus utile céréale, nous avons importé avec elle la Nielle, le Coquelicot et le Bluet, qui émaillent nos moissons de si vives couleurs.

Nos besoins nous ont fait prendre à l'Asie la plupart de nos plantes alimentaires. Le Blé provient évidemment de la Perse, et c'est là que Michaux et Olivier l'ont rencontré à l'état sauvagem. La Vigne, l'Olivier et le Noyer nous ont été apportés des montagnes de l'Asie. Le Citronnier est originaire de la Médie et l'Oranger de la Chine "3.

C'est à l'aide de cette variété de moyens de transport que la végétation s'établit avec une si grande rapidité, sur tous les points du globe qui viennent d'être mis à nu. Ses plus élémentaires représentants surgissent d'abord sur la roche dénudée ; l'air semble presque suffire à leur nourriture : tels sont les Lichens et les Champignons microscopiques. Puis apparaissent des Mousses qui, en abandonnant de l'humus par leur décomposition, forment dséormais un sol assez épais pour nourrir

des Graminées. Enfin, viennent les arbrisseaux et les arbustes, et bientôt après, dans un lieu naguère frappé de stérilité, on voit s'élever une verdoyante forêt114.

La résistance vitale des semences, qui souvent présente les plus extrêmes limites, vient elle-même favoriser la dissémination. En effet, s'il existe des graines dont le mouvement organique semble ne pouvoir s'arrêter, et qui paraissent tellement pressées de vivre qu'elles germent sur le végétal même qui les produit, comme nous l'avons vu pour les Palétuviers; d'autres, au contraire, nous offrent des embryons dans le sein desquels la vie peut sommeiller pendant une succession de siècles.

La graine du Caféier, malgré l'enveloppe épaisse et coriace de son embryon, perd après un temps fort court la faculté de germer. Si le planteur diffère seulement de quelques jours d'ensemencer sa récolte, celle-ci devient impropre à la reproduction.

Mais, au contraire, quelques semences, en apparence moins robustes, conservent un temps fort long leur faculté germinative. On a obtenu des Haricots avec des graines extraites de l'herbier de Tournefort, et qui alors ne devaient pas avoir moins de cent ans d'ancienneté.

Des graines plus délicates résistent encore beaucoup plus longtemps aux causes destructives. Il y a peu d'années que l'on a fait germer des semences d'Héliotrope, de Luzerne et de Trèfle, qu'on avait trouvées dans un tombeau gallo-romain, qui remontait à plus de quinze cents ans.

Un fait analogue dont, à cause de la haute renommée du botaniste qui le rapporte, il semble qu'on ne puisse douter, est celui que cite Lindey. Ce savant assure que des graines de Framboisiers, extraites d'une sépulture celtique, qui datait d'environ dix-sept cents ans, ayant été semées dans le jardin de la Société d'horticulture de Londres, produisirent des arbustes, qu'on y peut voir encore aujourd'hui.

Mais la vie semble encore pouvoir faire un bien plus long

stage dans l'embryon de quelques autres végétaux. Plusieurs savants prétendent que des grains de blé d'une ancienneté qui remontait à l'époque des Pharaons, ont germé et donné une récolte après avoir été confiés à la terre ! On les avait trouvés dans des sépultures égyptiennes, à côté des momies . Aussi, selon toute probabilité, avaient-ils été récoltés sur les bords du Nil il y a trois à quatre mille ans115.

L'Oignon de la Scille maritime, d'après quelques botanistes anglais, offre une longévité non moins extraordinaire.

Objet d'un culte particulier dans l'ancienne Égypte, où on lui éleva même des temples, ce végétal sacré était quelquefois emmaillotté sous des bandelettes et déposé religieusement dans les sarcophages. Le génie audacieux des naturalistes a voulu fouiller dans ces véritables momies végétales, pour voir si elles ne recélaient pas encore quelque étincelle de vie, malgré tant et tant de siècles de sommeil. Et l'on assure que ces cadavres de racines, soustraits à leur double emprisonnement, et placés dans un sol propice, se sont rapidement ranimés en se parant de fleurs et de fruits!...

Les palais de marbre de César et d'Auguste ne laissent sur la terre que des décombres ignorés.

Byron, Manfred, acte III.

Nous retrouvons encore des vestiges des fleurs antédiluviennes qui animèrent les premiers gazons du globe !

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