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APPARITION DES ANIMAUX ET DES PLANTES

Lorsque les savants commencèrent à s'occuper de la théorie de la Terre, ils se partagèrent en deux camps nettement opposés :

Les Plutoniens, qui attribuaient exclusivement au feu la formation de l'écorce du globe ;

Les Neptuniens, qui, au contraire, faisaient tout dériver de l'action de l'eau.

La vérité est que le feu et l'eau ont eu tour à tour leur rôle. Une partie de la croûte terrestre est le résultat de l'ignition, et l'autre celui du dépôt des eaux "6.

Il est évident que le globe ne fut originairement qu'une

masse absolument incandescente. Descartes avait deviné ce grand fait, en proclamant que la terre n'était qu'un soleil encroûté, partiellement éteint, et dont l'écorce refroidie nous dérobait les fournaises centrales.

Leibnitz développa cette hypothèse dans sa Protogce. Puis elle fut successivement confirmée, soit par les observations de Buffon et de Cuvier, soit par les calculs de Cordier, de La Place et de Fourier.

Le globe embrasé et lancé dans l'espace dut obéir aux lois du rayonnement de la chaleur ; et lorsqu'après une longue succession de siècles, il se fut assez refroidi, sa superficie se solidifia et en constitua la primitive écorce.

Quand ce refroidissement eut assez fait de progrès, les vapeurs d'eau, dont l'immense atmosphère enveloppait le globe, se condensèrent en se précipitant à sa surface en pluies torrentielles. Les éclats de la foudre et d'incessants roulements du tonnerre accompagnaient ces scènes imposantes de l'enfantement de la terre, dont notre imagination ne pourra jamais nous donner qu'une imparfaite image. Telle fut l'origine des premières mers.

En même temps qu'avec la succession des siècles, l'écorce terrestre augmentait d'épaisseur, le refroidissement, en contractant le globe, forçait son enveloppe à se plisser et à se fracturer. Et ces efforts produisaient les montagnes qui hérissent aujourd'hui sa surface m.

Lorsque la croûte terrestre était encore mince, un faible effort de ses fournaises centrales suffisait pour la briser; mais il ne donnait lieu qu'à d'insignifiantes éminences. Lorsque la croûte eut acquis beaucoup plus de consistance et d'épaisseur, sa rupture, exigeant des forces bien autrement considérables, ne se produisait qu'à l'aide des plus violents efforts plutoniens; c'était alors qu'elle soulevait les Cordillères dans les nuages.

Le soulèvement de chaque chaîne de montagnes s'accom-

pagnait nécessairement d'énormes perturbations dans le nivellement des mers : de là ces grandes scènes de déluges mentionnées dans les Cosmogonies de toutes les nations. Ces remaniements, dont on compte au moins quinze à seize, se terminèrent par l'émersion du système des Andes, résultat d'une immense faille s'étendant presque d'un pôle à l'autre. Celle-ci, en exhaussant les deux Amériques au-dessus de l'Océan, suscita ce flot prodigieux qui vint submerger l'ancien continent et produisit le Déluge mosaïque. Ainsi, le feu et l'eau, successivement, retravaillaient la surface du globe.

Il est à remarquer qu'en se fracturant, l'écorce terrestre a suivi des directions constantes. De Buch , de Humboldt et Élie de Beaumont ont fait observer à ce sujet que toutes les grandes chaînes de montagnes se développent du nord au sud, ainsi que cela a lieu pour les Andes et l'Oural ; ou de l'ouest à l'est, comme on l'observe à l'égard de l'Atlas.

11 est évident que chaque phase tellurique a eu ses formes organiques particulières, et que les espèces d'animaux d'une époque géologique n'ont vécu ni avant ni après cette époque. Le plus illustre savant des temps modernes, de Humboldt lui même, embrasse cette opinion, sans la moindre restriction : « Chaque soulèvement de ces chaînes de montagnes dont nous pouvons, dit-il, déterminer l'ancienneté relative, a été signalé par la destruction des espèces anciennes, et par l'apparition de nouvelles organisations. »

Il n'est pas possible d'être plus explicite. Le révérend Buckland professe la même opinion, et dit que de nombreux groupes d'animaux et de plantes ont déjà eu leur commencement et leur fin ; et qu'à l'apparition de chacun d'eux, l'intervention créatrice a dû se manifester.

Les phénomènes telluriques n'ont point été abandonnés aux fluctuations du hasard. Régis par d'harmonieuses lois, chacun d'eux se lie avec le passé et se perd dans l'avenir ; aussi toute génération qui apparaît n'est que le corollaire de

celle qui expire et le prélude d'une autre qui va naître. Les étapes de la création, sauf quelques rares oscillations, suivent une marche ascendante; la nature semble procéder par une succession d'essais, avant de façonner ses plus splendides chefs-d'œuvre : quelques infimes Crustacés, quelques Mollusques précèdent les Reptiles, et ceux-ci préludent à la création des Oiseaux et des Mammifères !

La terre n'est qu'une immense nécropole, où chaque génération s'anime aux dépens des débris de celle qui vient d'expirer : les particules de nos cadavres reconstituent de nouveaux matériaux pour les êtres qui nous suivront. Mais nous sommes arrivés aujourd'hui à une époque de transition; les forces génésiques épuisées éprouvent presque un temps d'arrêt ; elles attendent que de nouvelles perturbations telluriques les réveillent de leur torpeur !

La première croûte compacte qui enveloppa le globe ne fut formée que par le refroidissement et la solidification de ses couches superficielles, naguère incandescentes. Aussi les terrains qui la composent sont-ils appelés Terrains primitifs ou plutoniens, pour indiquer soit leur ancienneté, soit leur origine ignée.

Les couches qui se trouvent superposées aux terrains primitifs doivent au contraire leur formation au dépôt des eaux ; c'est pourquoi on les nomme Terrains d'alluvion ou neptuniens. Ceux-ci sont divisés en quatre principaux étages : les Terrains de transition, les Terrains secondaires, les Terrains tertiaires et le Diluvium.

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