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Labyrinthodon restitué

Les mers liasiques nourrissaient de nombreux animaux, et leurs dépôts se trouvent nettement caractérisés par des Gryphées, des Ammonites, des Bélcmnites, des Plagiostomes et des Encrinites, qui leur sont particuliers. Mais ce qui surtout leur impose un cachet spécial, ce sont les étranges Reptiles marins dont on retrouve parmi eux beaucoup de dépouilles d'une remarquable conservation.

Alors existaient les Ichthyosaures, véritables Lézards-Poissons par la forme et le genre de vie, ce qu'indique leur

nom. Ces Reptiles, qui vivaient comme d'effrayants dominateurs dans les anciennes mers, acquéraient jusqu'à dix mètres de longueur. Tout leur organisme n'est qu'une suite de paradoxes. Avec des vertèbres de Poisson, ils présentaient des nageoires de Dauphin; armés de dents de Crocodile, ils offraient un globe oculaire d'un développement sans pareil. Ce globe,^ dont le volume égalait parfois la tête d'un homme, était couvert en avant par une armature de pièces osseuses ; c'était évidemment l'appareil visuel le plus puissant et le plus perfectionné qu'on ait jamais rencontré dans la création. Aussi Buckland prétend-il que les Ichthyosaures pouvaient découvrir leur proie aux plus grandes comme aux plus petites distances, au sein de l'obscurité des nuits et des abîmes de l'océan-, et que là, la délicatesse de l'organe était protégée contre la pression de l'eau et le choc des vagues par le bouclier osseux qui entourait la cornée transparente.

L'investigation des naturalistes a été tellement ingénieuse à l'égard de ces animaux que, malgré la destruction de leurs organes mous, qui remonte à tant d'années, on a pu exactement débrouiller la structure de leur tube intestinal ! On a prouvé qu'il était exactement formé comme une vis d'Archimède et absolument analogue à celui de nos Requins et de nos Raies. En même temps, on découvrait même quelle était la nature des aliments de ces Reptiles voraces. La révélation de ces deux faits était résultée de l'examen de fèces ou Coprolithes d'Ichthyosaures, que l'on découvre en grand nombre dans quelques localités. Leur forme, moulée sur l'intestin, en dévoilait évidemment la structure; tandis que les vestiges d'aliments dont on les trouva pétris, attestaient que ces animaux dévoraient une énorme quantité de poissons, et même, à l'occasion, leur propre espèce, car on a retrouvé de petits Ichthyosaures dans le ventre des gros.

Avec ces terribles dominateurs des mers jurassiques vivaient les Plésiosaures, Reptiles tout aussi étranges, et que

2G8. Iehthyosaure commun. Ichthycsxurus commuais, d'après Buckland. Gnomes ou Cabale' des légendes allemandes. Voir page G39.

LA GEOLOGIE.

Cûviér considérait comme les plus monstrueuses races de l'ancien monde. Ils se faisaient remarquer par leurs nageoires semblables à celles des Tortues, et surtout par la finesse et l'extrême longueur de leur cou serpentiforme. La disposition du squelette des Plésiosaures a conduit Conybeare à penser qu'ils nageaient ordinairement à la surface des vagues, en recourbant leur cou en arrière, à la manière du Cygne, et en le dardant de temps à autre pour saisir les poissons qui s'approchaient d'eux. Leurs pattes, analogues à celles des Tortues marines, [ont aussi fait penser au savant anglais que les Plésiosaures, ainsi que ces reptiles, sortaient parfois de la mer et se réfugiaient parmi les végétaux pour se soustraire à leurs dangereux ennemis, qui étaient sans doute les Ichthyosaures.

Si les périodes les plus reculées du globe nous ont offert quelques monstrueux animaux, selon nous, ce sont les Ptérodactyles qui méritent d'être placés à leur tête : ils nous rappellent les anciens dragons des traditions légendaires. Leur structure est tellement paradoxale qu'on ne sait réellement où les placer; ils furent tour à tour considérés comme des Poissons, des Oiseaux, des Mammifères et des Reptiles. De Blainville, embarrassé comme le furent tous les savants, en fit une classe à part dans le règne animal.

L'aspect des Ptérodactyles devait être fort étrange. Lorsque les naturalistes ont essayé d'en restituer l'organisme, les figures qu'ils en ont données ont plutôt paru le produit d'une imagination malade, que celui de la réalité. C'étaient des Reptiles munis de grandes ailes et qui ressemblaient à d'énormes chauves-souris ayant une tête fort effilée , supportée sur un cou grêle. Les petites espèces vivaient d'Insectes, car on en retrouve des débris mêlés à leurs squelettes fossilisés.

Certains naturalistes, et tel fut Bory de Saint-Vincent, n'étaient pas éloignés d'admettre que ces fantastiques animaux ont pu donner la primitive idée de ces images de Dragons représentées si fréquemment sur les monuments des arts

naissants, on dont l'existence est attestée par divers écrivains inspirés. Ce savant suppose que quelques grands Ptérodactyles, en survivant à l'époque où ils s'éteignirent tous, auront pu se trouver les contemporains des premiers hommes; et que ceux-ci, frappés de leur étrange aspect, en conservèrent peutêtre quelques images parmi leurs imparfaits dessins hiéroglyphiques, dont ensuite la tradition mythologique déforma plus ou moins le type.

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