LÀ MONADE
Quel mystérieux abîme exprime ce seul mot, la Monade ! Comme une arénaire en mouvement, cette impalpable poussière d'animalcules, cette primaire intention créatrice, ne nous est révélée que par le microscope ; et encore ne l'apercevonsnous seulement qu'en masse, car son individualité souvent nous échappe.
L'extrême petitesse de la Monade semble l'appeler aux plus intimes phénomènes de la vie. Que de fois la philosophie n'at-elle pas considéré les manifestations les plus élevées de l'animalité comme n'en représentant qu'un assemblage !
En effet, ces Microzoaires étaient regardés par Buffon et quelques autres naturalistes comme des molécules organiques, dont l'agglomération, dominée par des lois déterminées, contribuait à la formation des animaux et des plantes. Depuis l'immortel intendant du Jardin du Roi, Oken a soutenu la même opinion, en professant que les grands animaux n'étaient que des agrégations de Monades : idée qui, comme on le voit, paraît n'être qu'un reflet de la fameuse hypothèse des atomes, que nous devons à Leucippe, et qui, après avoir fleuri dans l'antiquité, est venue jeter ses dernières lueurs dans les écrits de Képler et de Descartes ''.
Les Monades, ces véritables atomes vivants, ne s'aperçoivent qu'à l'aide des plus forts grossissements, tant leur petitesse est extrême. On les rencontre dans toutes les macérations animales ou végétales; et souvent en nombre si prodigieux, qu'elles semblent se toucher toutes, dans la goutte de liquide où elles s'agitent; on s'étonne qu'elles ne s'y étouffent pas mutuellement : une seule en contient parfois plus qu'il n'y a d'habitants sur le globe.
Ces animalcules sont souvent punctiformes et n'offrent au-