Le Stromboli, près de la Sicile
le dieu des mers et celui du feu, rien de commun, si ce n'est que tous les deux étaient fils de Chronos, c'est-à-dire du temps qui modifie toutes choses, qui renverse et renouvelle, et par son incessant travail de destruction prépare la place aux innombrables germes pressés à l'entrée de la vie. »
Mais nous verrons plus loin que si cette opinion semble être l'expression de la vérité, quelques géologues tendent à la contester aujourd'hui.
Plus les volcans sont élevés, et moins leurs éruptions sont fréquentes. Les laves qu'ils vomissent provenant de fournaises
dont la profondeur est probablement identique, il est évident que pour en monter les flots dans les cheminées de ceux qui se trouvent à une grande hauteur, il faut un effort bien autrement considérable que dans les autres. Aussi, l'un des plus petits de tous, le Stromboli, jette-t-il de continuelles flammes; depuis les temps d'Homère, il sert de fanal aux navigateurs qui approchent les îles Éoliennes. Au contraire, les volcans six ou huit fois plus élevés qui animent les crêtes des Cordillères, semblent condamnés à de longs intervalles de repos, et parfois ne s'embrasent que de siècle en siècle.
Les volcans qui dominent les sommets glacés des Andes suscitent souvent des phénomènes aussi extraordinaires qu'inattendus. Lorsque leurs éruptions fondent les neiges qui couronnent les cratères, elles produisent d'impétueux torrents qui, en se précipitant vers les vallées, entraînent avec eux des scories fumantes, des fragments de rochers et des blocs de glace.
A une grande distance, la plupart des volcans n'apparaissent que sous la forme d'un cône pointu, vomissant des flammes ou des vapeurs par quelque infime fissure. Mais lorsque la patience et le courage nous ont portés jusque sur les crêtes accidentées de leurs bouches brûlantes, ou que nous avons pénétré dans leurs flancs, nous sommes alors tout surpris de la scène grandiose qui s'offre à nos yeux au milieu de ces gouffres effrayants et dangereux, où la chaleur et les gaz délétères suffoquent le voyageur. J'avais déjà été étonné par les dimensions des cratères des anciens volcans de la France et de l'Italie, les uns comblés par des lacs et les autres transformés en forêts: le même étonnement m'avait saisi en explorant le Vésuve et l'Etna; mais rien dans leurs bouches ignivomes n'est comparable à ce qui existe en Amérique. L'immense cratère de l'Orizaba, d'après le baron de Mùller, n'a pas moins de 6000 mètres de circonférence. Les hommes qui se promènent autour sont presque imperceptibles.
Sur une autre montagne du Mexique, nous trouvons encore un cratère de très-remarquable dimension, c'est celui du Popocatepetl. Placé au sommet d'une crête de la Cordillère, d'où l'on aperçoit à la fois les deux océans qui baignent l'Amérique, et dans le lointain Mexico entouré de son lac féerique,